‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 63 sur 163 · A UNE FILLE · texte numérisé non relu

A UNE FILLE

Ode VIIL

Ma petite nymphe Macée, Plus blanche qu'yvoire taillé, Que la neige à monts amassée, Que sur le jonc le laict caillé, Ton beau teint ressemble les Hz Avecque les roses cueillis.

Ton chef de soie et d'or descœuvre, Où le Ciel, des beautés donneur, Employa sa peine et son œuvre, Curieux de luy faire honneur (a).

Descœuvre ton beau front aussi.

Heureux object de mon souci.

Plus belle que Vénus tu marches; Plus que les siens tes yeux sont beaux, Qui flambent sous deux noires arches Comme deux célestes flambeaux, D'oii le brandon fut allumé Qui tout le cœur m'a consumé.

Eh! n'est-ce pas ton œil, mignonne.

Qui dans son regard escarté Les miens encores emprisonne, Peu soucieux de liberté.

Et qui m'a dérobé le cœur Et seul de moi s'est fait vainqueur ?

a. Var. (1J87):

Descouvre-moy ton beau chef-d'œuvre, Tes cheveux où le Ciel, donneur Des grâces, richement descœuvre Tous ses biens pour leur faire honneur.

[Ennuy, plaisir, joye, tristesse, De tous costés naissent de toy.

Enlasse mon col , ma déesse !

Baise-moi et rebaise-moi; Veuilles au moins d'un seul baiser Le feu de mon cœur appaiser.]

Te voyant des belles la belle, Tu me suces l'ame et le sang, Monstre-moy ta rose nouvelle, Je dy ton sein d'yvoire blanc, Et tes deux rondelets tétons, Qui s'enflent comme deux boutons.

Las ! puis que ta beauté meurtrière Ne me veut point faire merci , Et que, de jour en jour plus fière, Prends passetemps ae mon souci , Au moins un jour voi sur mon front Combien de maux tes yeux me font.

A LA FONTAINE BELLERIE.

Ode IX.

O fontaine Bellerie!

Belle déesse chérie De nos nymphes , quand ton eau Les cache au fond de ta source, Fuyantes le satyreau Qui les pourchasse à la course Jusqu'au bord de ton ruisseau,

Tu es la nymphe étemelle De ma terre paternelle.

Pource , en ce pré verdelet , Voy ton poëte qui t'orne D'un petit chevreau de lait,

Deuxiesme Livre. 149

A qui l'une et l'autre corne Sortent du front nouvelet.

Toujours l'esté je repose Près ton onde, où je compose Caché sous tes saules vers, Je ne sçay quoy qui ta gloire Envoira par l'univers, Commanaant à la mémoire Que tu vives par mes vers.

L'ardeur de la canicule Jamais tes rives ne brûle, Tellement qu'en toutes pars Ton ombre est espaisse et drue Aux pasteurs venans des parcs , Aux bœufs las de la charrue Et au bestial espars.

lô , tu seras sans cesse Des fontaines la princesse, Moy célébrant le conduit Du rocher percé qui darde Avec un enroué bruit L'eau de ta source jazarde, Qui trepillante se suit.

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