A LA ROYNE CATHERINE DE MEDICIS
Mère du Roy.
Ode II.
Mère des dieux ancienne, Berecynthe phrygienne, A qui cent prestres ridez Font, avecques cent Menades, Au son du buis, des gambades, Sur les hauts sommets Idés,
Laisse , laisse ta couronne Que mainte tour environne, Et ton mystère orgien.
Et plus à ton char n'attache Tes fiers lions , et te cache Dans ton antre phrygien.
Une autre mère nouvelle, Une autre mère Cybelle, Nous est transmise des cieux , Qui, plus que toy bien-heureuse, Se voit mère plantureuse D'un plus grand nombre de dieux.
Ronsard. — II. 12
lyS Odes.
Junon en pompe si grande Ne fend la céleste bande Qui luy courbe les genoux, Quand elle, grave matrone, Se va seoir auprès du throne De son frère , son espoux ,
Comme toy, Junon de France, Grave en royale apparance , Fends la tourbe des François, T'allant seoir à la main destre De ton espoux, nostre maistre, Le meilleur de tous les rois;
Duquel, après mainte année, Tu conceus par destinée Une abondance d'enfants Qui diviseront le monde, Et de sa grand masse ronde Seront les rois triomphants {a).
[Mais d'autant que plus d'affaire Et plus d'ans tu mis à faire L'enfant que premier tu feis, Pour le delay de ton estre.
D'autant plus grand il doibt estre Que le reste de tels fils.]
Car, comme Alcide diffère De prouesses à son frère , Conceu par trois nuicts de temps .
L'aisné prendra d'avantage Que ses puisnez de courage, Qui mit à naistre sept ans.
Tout aussi tost que Lucine Eust fortuné ta gesine,
a. Var. (i J87) :
{Les deux à tes vœux ouverts) Des fils hentiers du monde, Qui d'une race féconde Peupleront cet univers .
Et que l'enfant nouveau-né De sa douce voix première Eust salué la lumière Du jour à chacun donné ,
Tu n'as pas, comme fist Rhée, A la pierre dévorée Le corps de ton fils changé , De peur que ne le perdisses, Et le perdant ne le visses Par un Saturne mangé;
Et ne Tas porté secrette, Dedans un antre de Crète, Afm qu'il vesquit de miel, Afin aussi que sa lèvre Suçast le laict de la chèvre Que depuis il mit au ciel,
Et que les Cretois gendarmes S'entrechoquans de leurs armes, En dansant fissent un son Parmy l'antre solitaire.
Pour engarder que le père N'entr'ouist son enfançon.
Mais tu l'as, Royne très-sage , Porté dès son premier âge , Non à Nede , non aussi Aux campagnes dicteennes , Non aux nymphes meliennes, Pour en prendre le souci ,
Mais à Durfé , qui radresse Les fautes de sa jeunesse Par un art industrieux, Et, comme en la cire tendre, En cent façons luy fait prendre Les vertus de ses ayeux.
Ores une ombre il exerce D'une bataille diverse, Et , tenant le fer en main , Les siens au combat il serre,
i8o Odes.
Et brave esmeut d'une guerre La figure faite en vain ;
Ores les chevaux il donte , Et leur brutesse il surmonte Par un doux commandement; Ores doutez il les guide, Et leur attache à la bride Un humain entendement;
Ores sa voix il façonne, Et de ses doigts le luth sonne.
Doigts qui tost doivent darder Les armes de telle sorte.
Que l'Espagne, tant soit forte, Ne les pourra retarder.
Mais cela ne le destourne Qu'à son Durfé ne retourne Ouyr ses mots fructueux :
Ainsi l'enfançon Achille Escoutoit la voix utile Du centaure vertueux,
Après (]ue Thetis la belle Eut brusle la peau mortelle, Et que, dedans son giron L'enlevant de l'eau salée, L'eut, sans le sceu de Pelée, Mis en l'antre de Chiron.
Mais laissons ce Peleïde Et sa mère Nereïde, Chiron et l'antre Pholois, Et ces histoires estranges, Et redisons les louanges Du divin sang de Valois.
Oy donque , Royne , et t'amuse 0 l'oracle de ma muse Qui va chanter tes honneurs, Et de tes enfans nos princes, Et de combien de provinces Le Ciel les fera seigneurs.
Troisiesme Livre. i8i