AU ROY DAUPHIN FRANÇOIS II
Depuis roy de France.
Ode m.
( J ue pourrov-je, moy François,
^V^Mieux célébrer que la France,
Le pays à qui je dois
Le bon-heur de ma naissance ?
Et comme oubliroy-je aussi ,
En le célébrant, la race
De son Roy, qui tient icy
Après Dieu la plus grand place?
Que me vaudroit de chanter Ces vieilles fables passées Qui ne servent qu'à tenter L'esprit de vaines pensées?
Qui est celuy qui n'a sc&i De Pelops Tardante fîame, Le traistre Œnomas deceu Et les nopces d'Hippodame?
Ores je veux esprouver Autre fable plus nouvelle Que ces vieilles, pour trouver Une autre gloire plus belle Qui déjà se donne à moy, Si jusqu'aux pays estranges Du fils aisné de' mon Roy Je veux pousser les louanges.
Mais moy, qui suis coustumier Brouiller mes vers à la mode De Pindar', de qui premier Commenceray-je mon Ode ?
i82 Odes.
Commenceray-je à l'enfant, Ou par les faicts de son père, Ou par le nom triomphant De sa tante ou de sa mère ?
J'oy Jupiter qui défend Ne commencer par le père, Par la tante ou par l'enfant , Mais par le nom de sa mère.
Donc, puis qu'un Dieu me défend De commencer par le père, Les vers qui sont à l'enfant Commenceront par la mère;
Laquelle, dés quatorze ans^ Portoit au bois la sagette , La robe et les arcs duisans Aux pucelles de Taygette ; Son poil au vent s'esbatoit D'une ondoyante secousse.
Et sur le flanc luy battoit Tousjours la trompe et la trousse.
Tousjours dés l'aube du jour Alloit aux forests en queste, Ou de reths tout à l'entour Cernoit le trac d'une beste; Ou prenoit les cerfs au cours, Ou, par le pendant des roches, Sans chiens assailloit les ours Et les sangliers aux dents croches.
Un jour, pour avoir chassé Long temps un sanglier sauvage, Reposa son corps lassé Dessus les fleurs d'un rivage :
Elle pend son arc turquois^ Recoiffe sa tresse blonde , Met pour chevet son carquois, Puis s'endort au bruit de l'onde.
Les souspirs qui repoussoient Du sein la jumelle pomme.
Troisiesme Livre, 183;
Et ses yeux qui languissoient En la paresse du somme, Les Amours qui éventoient La sommeillante poitrine, De plus en plus augmentoient Les grâces de Catherine.
Jupiter la vid des cieux (Mais est-il rien qu'il ne voye?), Puis d'un soin ambitieux Souhaita si douce proye; Car amour, qui s'écouloit Venimeux en ses mouelles, Ses os congneus luy bruloit De mille flaraes nouvelles.
Adonc luy, sentant là haut Au cœur l'amoureuse playe, C'est ores, dit-il, qu'il faut Que pour me guarir j'essaye D'aller voir celle là bas Qui tient ma liberté prise; Ma Junon ne sçaura pas Pour ce coup mon entreprise.
A grand' peine avoit-il dit, Qu'ardant d'approcher s'amie, De son throne descendit Près de la nymphe endormie; Et, comme un dieu qui sentoit D'amour la poignante rage, A la force s'apprestoit De ravir son pucelage.
Mais Arne(i), qui l'entre-vit, Poussant l'eau de ses espaules, Hors des flots la teste mit, Ceinte de joncs et de saules ; Et, destournant ses cheveux Qui flotoient devant sa bouche ,