‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 91 sur 163 · COMPLAINTE DE GLAUQUE A SCYLLE · texte numérisé non relu

COMPLAINTE DE GLAUQUE A SCYLLE

Nymphe.

Ode XVIL

Les douces fleurs d'Hymette aux abeilles agréent, Et les eaux de l'esté les altérez recréent; Mais ma peine obstinée Se soulage en chantant sur ce bord foiblement Les maux ausquels Amour a misérablement Soumis ma destinée.

Hé ! Scylle ! Scylle ! las ! ceste dolente rive , Voire son flot piteux , qui grommelant arrive

Des salées campagnes, Me plaint et me lamente, et ces rochers, oyans Mon dueil continuel, de moy sont larmoyans;

Seule tu me desdaignes.

Ce jour fut mon malheur, quand les dieux marins euren Envie sur mon aise et lors qu'ils me cognurent

De leur grande mer digne.

Las! heureux si jamais je n'eusse desdaigné L'art premier où j'estois par mon père enseigné,

Ny mes rets, ny ma ligne!

Car le feu oui mon cœur ron^e, poinçonne et lime, Me vint ardre au milieu (qui reust creu }) de l'abîme De leur mer fluctueuse.

111 Odes.

Et bien en autre forme adonc je me changeay Que je ne fus mué alors que je mangeay L'herbe tant vertueuse.

Pourtant, si j'ay le chef de longs cheveux difforme Et le corps monstrueux d'une nouvelle forme

Bien peu connue aux ondes, Tel honneur de nature en moy n'est à blasmer : La mère Tethys m'aime, et m'aiment de la mer

Les nymphes vagabondes.

Circé tant seulement ne m'aime, mais encore Ardantement me suit et ardente m'adore,

En vain de moy éprise.

Ainsi, le bien que cent désirent, une l'a, Une seule en jouist, et, en lieu de cela.

Me hait et me déprise.

Bien aue nymphe tu sois, ah ! cruelle , si est-ce Qu'indigne je ne suis de toy : demy-déesse,

Un dieu te fait requeste.

Tethys, pour effacer cela que j'en d'humain Et d'homme au temps sujet, m'a versé de sa main

Cent fleuves sur la teste.

Mais, las! dequoy me sert ceste faveur que d'estre Immortel, et d'aller, compagnon, à la destre

Du grand prince Neptune, Quand Scylle me desdaigne, estant franc du trespas, Et celui qui, par mort, permis ne luy est pas

De changer sa fortune }

Troisiesme Livre. 223

A CHARLES DE PISSELEU, Evesque de Condom.

Ode XVIII {')•

D'où vient cela (Pisseleu' que les hommes De leur nature aiment le changement , Et qu'on ne void en ce monde où nous sommes Un seul qui n'ait un divers jugement?

L'un, esloigné des foudres de la guerre, Veut par les champs son âge consumer A bien poitrir les mottes de sa terre Pour de Cerés les presens y semer;

L'autre, au contraire, ardant, aime les armes. Et ne sauroit en un lieu séjourner Sans bravement attaquer les allarmes, Bien cjue jamais ne pense retourner {a).

Qui le palais de langue mise en vente Fait esclater devant un président , Et qui, piqué d'avarice suivante, Franchit la mer de l'Inde à l'occident.

L'un de l'amour adore l'inconstance; L'autre, plus sain, ne met l'esprit sinon Au bien public, aux choses d'importance, Cherchant par peine un perdurable nom.

L'un suit la cour et les faveurs ensemble, Si que sa teste au ciel semble toucher;

a. Var. (1584):

Marchant hardi j ores pour estonncr Le camp anglais de menassans alarmes Et pour l'assaut à Boulogne donner, I . Imité d'Horace : Qui fit Macenas, etc.

224 Odes.

L'autre les fuit et est mort, ce luy semble, S'il void le roy de son toict approcher.

Le pèlerin à l'ombre se délasse, Ou d'un sommeil le travail adoucit, Ou, réveillé, avec la pleine tasse Des jours d'esté la longueur accourcit.

Qui devant l'aube accourt triste à la porte Du conseiller, et là, faisant maint tour, Le sac au poing, attend que Monsieur sorte Pour luy donner humblement le bon-jour.

Icy cestuy de la sage nature Les faits divers remasche en y pensant, Et cestuy-là, par la lineature Des mains, prédit le malheur menaçant.

L'un, allumant ses vains fourneaux, se fonde Dessus la pierre incertaine, et, combien Que l'invoqué Mercure ne responde , Soufle en deux mois le meilleur de son bien.

L'un grave en bronze , et dans le marbre à force Veut le labeur de nature imiter.

Des corps errans l'astrologue s'efforce Oser par art le chemin limiter.

Mais tels estats, inconstants de la vie. Ne m'ont point pieu , et me suis tellement Esloigné d'eux que je n'eus onc envie D'abaisser l'œil pour les voir seulement.

L'honneur sans plus du verd laurier m'agrée; Par luy je hay le vulgaire odieux.

Voilà pourquoy Euterpe la sacrée M'a de mortel fait compagnon des dieux.

La belle m'aime et par ses bois m'amuse. Me tient, m'embrasse, et, quand je veux sonaer, De m'accorder ses flûtes ne refuse.

Ne de m'apprendre à bien les entonner.

Car elle m'a de l'eau de ses fonteines Pour prestre bien baptisé de sa main.

Me faisant part du haut honneur d'Athènes Et du sçavoir de l'antique Romain.

Trois lESME Livre. .225

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