‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 99 sur 163 · A GUY PACATE, PRIEUR DE SOUGÉ · texte numérisé non relu

A GUY PACATE, PRIEUR DE SOUGÉ

Ode V.

uy, nos meilleurs ans coulent Comme les eaux'qui roulent D'un cours sempiternel; La mort pour sa séquelle Nous ameine avec elle Un exil éternel.

Nulle humaine prière Ne repousse en arrière Le bateau de Charon, Quand l'ame nue arrive Vagabonde en la rive De Styx et d'Acheron.

Toutes choses mondaines Qui vestent nerfs et veines La mort égale prend , Soient pauvres ou soient princes; Car sur toutes provinces * Sa main large s'estend.

La puissance tant forte Du grand Achille est morte ,

1 . Cette ode, dans les éditions posthumes , est adressée à Jean Daurat, son précepteur.

254 Odes.

Et Thersite, odieux

Aux Grecs, est mort encores;

Et Minos qui est ores

Le conseiller des dieux

Jupiter ne demande Que des bœufs pour offrande; Mais son frère Pluton Nous demande, nous hommes, Qui la victime sommes De son enfer glouton.

Celuy dont le Pau baigne Le tombeau nous enseigne N'espérer rien de haut, Et celuy que Pégase (Qui fit sourcer Parnase) Culbuta d'un grand saut.

Las ! on ne peut cognaistre Le destin qui doit naistre.

Et l'homme en vain poursuit Conjecturer la chose Que Dieu sage tient close Sous une obscure nuit.

Je pensois que la trope Que guide Calliope, Troupe mon seul confort, Soustiendroit ma querelle, Et qu'indonté par elle Je donterois la mort.

Mais une fièvre grosse Creuse dcja ma fosse Pour me banir là bas, Et sa flame cruelle Se paist de ma mouelle, Misérable repas.

Que peu s'en faut, ma vie, Que tu ne m'es ravie Close sous le tombeau.

Et que mort je ne voye

QjJATRiESME Livre. 255

Où Mercure convoyé Le débile troupeau !

[Et ce Grec qui les peines Dont les guerres sont pleines Va là bas racontant , Poète qu'une presse Des épaules espaisse Admire en Tecoutant.]

A bon droit Promethée Pour sa fraude inventée ^ Endure un tourment tel, Qu'un aigle sur la roche Luy ronge d'un bec croche Son poumon immortel.

Depuis qu'il eut robée La flame prohibée, Pour les dieux despiter, Les bandes incogneues Des fièvres sont venues Parmi nous habiter.

Et la mort despiteuse , Auparavant boiteuse.

Fut légère d'aller; D'ailes^mal -ordonnées Aux hommes non données Dédale coupa l'air.

L'exécrable Pandore Fut forgée , et encore Astrée s'en-vola, Et la boîte féconde Peupla le pauvre monde De tant de maux qu'il a.

Ah 1 le meschant courage Des hommes de nostre âge N'endure pas ses faits; Que Jupiter estuye Sa foudre, qui s'ennuye, Venger tant de mesfaits l

256 Odes.

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