ACTE 11, SCÈNE V
Mais qui dans un moment peut devenir tout autre. Je crains fort de vous voir comme un géant grandir, Et tout votre visage afTreusement laidir/ Pour Dieu! ne prenez point de vilaine figure; J'ai prou - de ma frayeur en cette conjoncture.
PANDOLFE
En une autre saison cette naïveté Dont vous accompagnez votre crédulité, Anselme, me seroit un charmant badinage. Et j'en prolongerois le plaisir davantage; Mais, avec cette mort, un trésor supposé, Dont parmi les chemins on m'a désabusé. Fomentent dans mon âme un soupçon légitime. Mascarille est un fourbe, et fourbe fourbissime. Sur qui ne peuvent rien la crainte et le remords, Et qui pour ses desseins a d'étranges ressorts.
ANSELME
M'auroit-on joué pièce et fait supercherie? Ah, vraiment! ma raison, vous seriez fort jolie! Touchons un peu pour voir: en effet, c'est bien lui. Maie peste du sot que je suis aujourd'hui ! De grâce, n'allez pas divulguer un tel conte : On en feroit jouer quelque farce à ma honte ; Mais, Pandolfe, aidez-moi vous-même à retirer L'argent que j'ai donné pour vous faire enterrer.
1. Laidir, devenir laid. Le composé enlaidir, qui l'a remplacé, a moins d'énergie; il suffit de le substituer au mot de Molière pour voir combien son emploi affoibliroit l'image.
2. Prou est un vieux mot qui signifioit beaucoup. Il ne subsiste plus que dans ces façons de parler proverbiales: peu ou prou, ni peu ni prou.
L'un jura foi de roi, Tautre foi de hibou, Qu'ils ne se goberoient leurs petits peu ni prou.
(La Fontaine, l'Aiylc et le Hibou.)
32 L KTOl UDl.
l'A \ Dol.l' K.
Dr rar.uciill dilcs-votis? Ah! c'est donc rcnclouiirc! '
Nollà \o iKLMul socnM de toute l'aventure.*
A voire dam.- l^)ur nioi, sans m'en mettre en souci,
Je vais Taire inlbrmer de cette aiïaire ici **
Contre ce Mascarille; et si l'on peut le prendre,
Quoi qu'il [)uisse coûter, je le veux l'aire pendre.
ANSELME, seul.
Et moi, la boinie dupe à trop croire un vaurien, Il faut donc qu'aujourd'hui je perde et sens et bien! Il me sied bien, ma foi, de porter tète grise. Et d'être encor si prompt à faire une sottise; D'examiner si peu sur un premier rapport...^ Mais je vois...