Peiikault, Hommes illustres, p
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vouloit convertir et l'entraina à faire comme lui. Ces enjolivements sont suspects sans doute ; mais le fond, selon toute apparence, est véritable. Et, à ce propos, on ne se fait point faute d'accuser les Poquelin de vanité ridicule et de sots préjugés. Molière donnoit par la suilo raison à ses parents, si Ton en croit une anecdote qui est comme la contre-i)artie de celle qu'on vient de lire et que rapporte Grimarest : ^ à l'époque oi^i il jouissoit de toute sa renommée, il auroit trùs-énergiquement dissuadé un jeune homme qui, placé dans des conditions fort semblables à celles où il s'étoit trouvé lui-même à ses débuts, exprimoit l'intention d'embrasser la profession du théâtre. Et, en effet, il n'est que sage d'opposer à la jeunesse que tentent ces destinées exceptionnelles une prudente résistance ; l'opposition de la famille est surtout légitime. Ceux qui y sont réellement appelés trouveront dans leur volonté la force de surmonter les obstacles; la conscience de la vocation et du talent, ce qu'on a quelquefois nommé «le diable au corps,)) leur fera braver les conseils; quant à ceux que les obstacles arrêtent et que les remontrances font reculer, il n'y a qu'à se féliciter de ce résultat, car ils se trompoient assurément sur la carrière qu'ils vouloient suivre et ils n'étoient pas faits pour y réussir.
Engagé, malgré tous les efforts de ses parents, dans C Illustre Tliéûlre, Jean-Baptiste Poquelin cède désormais la place à Molière. 11 ne tarde pas à dominer la troupe à la fois par sa liaison avec Madeleine Béjart qui en étoit le véritable chef, et par son éducation supérieure à celle de ses camarades. L'Illustre Théâtre commença par donner des représentations aux fossés '' de la Tour de Nesle, sur l'emplacement actuel de la rue Mazarine. Il alla s'établir ensuite au port Saint-Paul, puis revint au
I. Collection des Mémoires sur l'Art dramatique , t. IV, p. 120.
Lekaiii rapporte dans ses Mémoires que Voltaire, consulté par lui dans sa jeunesse, lui opposa les mêmes objections et lui donna les mêmes conseils.
Vauvenargues a puisé dans l'anecdote recueillie par Grimarest l'idée du « dialogue entre Molière et un jeune homme, » qui est inséré dans ses œuvres.
M.vm DEBUTS A PA U I S.
l'aubourç Saiiit-Gonnain cl s"inslalla tlaiis le jeu île pauine de la Croix-Rlanclie, rue de Biici. Une tragédie intitulée Artaxerce, (]'un auteur noniiné Magnon, imprimée en 1G/|5, porte au frontispice qu'elle a été rei)résentéi^ ])ar l'Illustre Tlicâlrc. Des stances, iuipriuiées dans un recueil pul)li(' en 10/tG, citant les acteurs qui eurent part aux présents du duc de Guise, loi'S({ue ce prince, avant de partir pour l'Italie, distribua ses vêtements aux comédiens des diverses troupes, mentionnent entre autres (i la Béjart, Beys et Molière » :
La Jîi'jart, Boys et Molière, lîrilkuits de pareille lumière, A"ea paroissciit j)liis orgueilleux ; Et. depuis cette gloire extrême Je n'ose plus m'approcher d'eux.
Si ta rare bonté ne me pare de môme.
Ainsi s'exprime le poëte qui voudroit n'être pas oublié dans le partage de la splendide défroque. La paît qu'obtinrent les acteurs de Hllustre Théâtre dans cette distribution s'ex[)lique d'autant mieux que le cotiite de Modène, premier gentilhomme du duc, avoit été longtemps l'amant de Madeleine Béjart dont il avoit eu une fille en 1638.
Ces deux documents nous représentent toute l'histoire positive de l'Illustre Tlu'âtre. Ajoutez ces quelques lignes de Tallemant des Réaux : « La Béjart a joué à Paris, mais c'a été dans une troupe qui n'y fut que quelque temps. Son chef-d'œuvi'e, c'étoit le personnage d'Épicharis à qui Néron vcnoit de faire donner la question.* »
Les migrations successives de l'Illustre Théâtre indiquent suffisamment que sa fortune ne fut pas prospère. Les frais ne dévoient pourtant pas être considérables. On n'avoit pas encore accoutumé le public à de coûteuses magnificences, et il n'étoit pas bien exigeant sur la mise en scène. Des tapisseries formoient tout le décor et laissoient beaucoup à faire à l'imagination. « Ces
1. Ce personnage appartient à une pièce intitulée la Mort de Sénèque, de Tristan l'Hermite, imprimée en l(ii5.
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tapisseries, dit Perrault en parlant de ce qu'étoit le théâtre dans les souvenirs des vieilles gens de son temps, ces tapisseries donnoient des entrées et des sorties aux acteurs par l'endroit où elles se joignoient l'une à l'autre. Ces entrées et ces sorties étoient fort incommodes et mettoient souvent en désordre les coiffures des comédiens,- parce que, ne s'ouvrant que fort peu en haut, elles retomboient ludement sur eux quand ils entroient ou quand ils sortoient. Toute la lumière consistoit d'abord en ([uelques chandelles dans des plaques de fer-blanc attachées aux tapisseries; mais comme elles n'éclairoient les acteurs que par derrière et un peu sur les côtés, -ce qui les rendoit presque tout noirs, on s'avisa de faire des chandeliers avec deux lattes mises en croix , portant chacun quatre chandelles, pour mettre au devant du théâtre. Ces chandeliers, suspendus grossièrement avec des cordes et des poulies apparentes , se haussoient et se baissoient sans artifice et par main d'homme, pour les allumer et les moucher. La symphonie étoit d'une flûte et d'un tambour, ou de deux violons au plus. » Telle étoit la scène; figurezvous maintenant la salle : une galerie courant de chaque côté et formant les loges où le prix des places étoit de dix sols, le parterre debout où l'on payoit cinq sols; voilà à peu près dans quelles conditions on jouoit alors la comédie. Les représentations, quoiqu'elles fussent éclairées par les chandelles, avoient lieu l'après-midi, et non le soir. La porte étoit ouverte à une heure, on commençoit à deux heures, et l'on finissoit entre quatre et cinq heures.
Cette simplicité primitive explique les déplacements successifs du théâtre où Molière faisoit ses débuts. La jeune troupe eut beau, toutefois, transporter d'une extrémité de Paris à l'autre ses mobiles tréteaux, le succès ne vint ni au Marais, ni au faubourg Saint-Germain. Paris, cette année-là, étoit exclusivement attentif à la fameuse comédie de Scarron : Jodelet ou le Maître-Valet. Comment auroit-il pu réserver un peu de sa faveur à ces jeunes gens inconnus? Comment ceux-ci auroient-ils soutenu une si redoutable concurrence? Le Bou- I d
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langer dv Clialussay no manque pas de s'appesantir avec joie sur ce premier échec. Voici coinment.il le fait raconter à Élomirc :
Donc niii tronpo ainsi faite, mi iiir vit à la teste. Va si je m'en souviens, ce tut un jour de fcstc : Car jamais le parterre avec tous ses échos \e fit plus de ahl ah! ni plus mal à propos. 'Les jours suivants n'estant ny fcstes, ny dimanches. L'argent de nos gOussets ne blessa point nos hanches : Car alors, e\c,ei)té les exempts de jiayer. Les parente de la troupe et quelques bateliers. Nul animal vivant n'entra dans nostre salle; Dont, comme vous scavés, chacun troussa sa malle. ' * .N'accusant qucîè'Jlieu d'un si faschcux destin. Du port Saint-Panl je pa^e au fauxbourp; Saint-Germain : Mais, comme même effet suit toujours même cause. J'y vantay vainement nos vers et Hbltre prose; L'on nous siffla d'abord, et, malgré mon caquet, 11 fallut derechef twfcfepr nostre paquet.
Molière ne trouva donc point la voie facile, unie et ileuric ; il fut dès les premiers pas rudement averti de Tàpifté de la route où il s'engageoit. Il connut immédiatement ces cruelles blessures qu'infligent presqiîe également la moquerie ou l'indifférence du public. Mais il n'étoit pa%de ceax qui se découragent et se rebutent. 11 n'avoit pas fait, comme on le dit d'ordinaire, un de ces coups de tête qui sont toujours suivis d'un prompf'repentii'l Une telle conduite n'est jMis dans son caractère; Molière esC l'homme qui sait où il v^t qui ne livre tien au feasard. En entrant dans la carrière du théâtre, il y portoit wni volonté arrêtée et une ambition résolue ; rien ne devoit le faire reculer.
La jeune troupe prit bravement son par^. Paris ne vouloit pas d'elle; elle quitta ^Paris é^ alla demander à la province, moins exigeante, un plus favorable accueil. L'esorit d'aventures venoit volontiers en aide, à cette époque, au goûtae la comédie. Corneille n'avoit-il pas raconté avec quelque complaisance, dans l' Illusion, les esc^pade^ et les fortunes divises du comédien Clindor? Scudéry ij'avoil-il ^as montré M. de Blandtmare À la ^ poursuite de son neveu Belle-Ombre, s'enrôl^ dans Ta^troupi* * après avoir entendu « une églogue pastorale jj^e l'autluildw^
COUR s H s 1-:N l'HOVIiNMlK. li
Trompeur panyn (Sciidéry liii-mùiiK'j?^ Scarron alloit écrire son Roman comique, comme l'espagnol Rojas avoit écrit son Viage entretenido; tous deux ont reproduit, dans ces étranges peintures, un côté fantasque des mœurs de leur temps; tous deux ont retracé une page bizarre de l'histoire morale de leur pays.
ANiNEES I) APPliExNTISSAGK. COURSES EN PROVINCE.
On ne sauroit dire exactement quels furent les compagnons ([ui se joignirent aux Béjart et à Molière pour mener le train de la comédie nomade. La composition de la troupe, sauf le noyau formé par la famille Béjart, dut changer souvent pendant le cours de ces années qui resteront toujours à peu près inconnues. On voudroit vainement, en effet, suiyre Molière dans ses pérégrinations vagabondes. Au commencement surtout, elles échappent à l'histoire. Dans un grand nombre de villes on trouve de vagues souvenirs de son passage; mais presque nulle part on ne trouve des témoignages positifs et dignes de foi.
La troupe de HUustre Théâtre, partie de Paris en 16/i6, semble avoir péfrcouru d'abord les provinces de l'ouest.
On a cru découvrir des traces convaincantes de sa présence à Nantes au printemps de l'année 16/t8. Voici les documents qu'il est permis d'invoquer. On lit sur les registres de l'hôtel de ville de Nantes les actes suivants : « Du jeudy 23*^ jour d'apvril mil six cent quarante-huit... Ce jour est venu au Bureau le s"" Morlierre, l'un des eommédiens de la trouppe du s"" Dufresne, qui a remonstré que le reste de lad. troupe doit ariver ced. jour en ceste ville et a supplyé tresheumblement Messieurs leur permettre de monter sur le téatre pour représenter leurs commédyes.
« Sur quoy, de l'advys commun du Bureau, a esté arresté