La Comédie des Comédiens
i.ii ANNÉKS l)AI'l'i;KNTISSA(iH.
(liic la iiouppe dosd. conimédieiis lardera de monter sur le téatre jusques à dimanche prochain, auquel jour il sera advizé ce (pii sera Irouvé à ])ro[)os. »
(( Du dimanche 2()"\jour d'apvril 16/j8... De Tadvis commun du Bureau... delTances sont i'aictes aux comédiens de couimancer à monter sur le téatre jusques à ce (pi'on ave nouvelles de sa reconvalessance. » (Il s'agit de la convalescence du man'-chal de La Meilleraye.)
« Du dimanche, 17* jour de niay l()/)8... Ce jour a esté mandé e( laid entrer au Bureau Dufresne commédien, auquel a esté |)ar Messieurs déclaré qu'ils entendent prandre la i)ièce qui doibt estre demain représentée, pour Thospital de ceste ville, ainsy qu'il a esté praticjué cy devant aux autres troupes de comédiens. De quoy le dict Dufresne est demeuré d'accord. Et au moyen de quoy a esté arresté qu'il sera mis ordre à ce que l'argent soit reçu à la porte du jeu de paulme par personnes (jue l'on commettra poiu' cet elTaict.' »
Le sieur Morlierre qui ligure ici est-il le môme que le grand poëte comique dont le grellier du bureau de ville n'auroit pas exactement écrit le nom? Molière auroi(-il été dès lors associé à Dufresne, que bientôt en effet nous verrons dans la troupe? On peut, non sans quelque apparence de raison, incliner vers l'afln'mative, en se demandant en outre si Molière étoit réellement à cette époque subordonné à Dufresne, comme il sembleroit résulter de la teneur de l'acte, ou si Dufresne, à qui l'on
1. M. E. Péluint, conservateur do la hihliothèque de iVantes , a bien voulu transcrire pour nous, avec la plus scrupuleuse fidélité, ces passages sur les registres de l'hôtel de ville. Une copie de cet acte , incroyablement défiguré, a été publiée dans le Magasin universel, année 183i, p. 383, et de là a passé, sans vérification, dans les Noies historiques sur la vie de Xfolière, de M. Bazin, p. 34; dans l'Histoire de Molière, de M. Taschereau, p. 14, et dans toutes les biographies récentes de Molière. M. Mellinct, auteur d'un ouvrage De la Musique à Nanleg' (1837), avoit été déjà moins inexact, et M. Étiennez, archiviste de la ville, a montré en un endroit de son Guide du voyageur à Nantes (1860) que le véritable texte lui étoit connu. Mais ce texte est ici pour la première fois reproduit littéralement.
COIRSKS RN l'ROVINCR. i.m
fail ordinairement rem])lir des fonctions analogues à celles de régisseur, se trouvoit dans cette circonstance exercer simplement ses fonctions.
(]ette troupe, dont Dufresne ('toit considéré au bureau do ville comme le chef, et dont Molière faisoit peut-être partie, n'obtint pas, pendant le séjour qu'elle fit à Nantes, de brillants succès. Elle eut peine, disent les historiens de cette ville, à soutenir la concurrence que lui fit un Vénitien nommé Segale, qui fut autorisé le 2/i mai à organiser « jeux de marionnettes et représentations de machines.» Si la troupe comique étoit celle de V Illustre Théâtre, il faut avouer qu'elle n'étoit point favorisée par la chance, et que cet échec dut paroître au jeune Poquelin plus dur encore que celui que leur avoit fait éprouver à Paris la vogue sans pareille de Geoffrin-Jodelet.
Une autre tradition, moins certaine encore, fait mention de l'accueil tout à fait hostile que les comédiens auroient reçu à Limoges. Il en seroit resté au cœur de Molière une longue rancune qui lui auroit fait créer, vingt ans plus lard. Monsieur de Pourceawjnac. L'explication a bien l'air d'avoir été imaginée après coup.
La troupe, selon toute apparence, séjourna à Bordeaux. 11 ne reste non plus de ce séjour aucune preuve authentique ; mais voici les indices qu'on a recueillis. Magnon, auteur tragique qui eut des relations durables avec Molière et les Béjart, puisqu'il fit jouer sur rillastre Théâtre en 16/i5 son Artaxerce, et qu'il leur donna en 1659 une Zènohie,'^ Magnon fit imprimer, en 1647, une autre tragédie intitulée Sejanus. Dans la dédicace de cette pièce, il parle de la protection donnée par Bernard de Nogaret, duc d'Épernon, gouverneur de Guyenne, à une actrice dans laquelle on s'accorde à reconnoître Madeleine Béjart, quand elle jouoit à Bordeaux.- 11 resteroit à savoir si l'auteur ne fait pas allusion à des événements arrivés pendant les