‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 161 sur 266 · ACTE IV, SCÈNE VIIl · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VIIl

LÉLIE

Ah! je me vengerai de ce trait déloyal!

MASCARILLE

Vous vous êtes causé vous-même tout le mal.

LÉLIE

3Ioi?

MASCARILLE

Si vous n'étiez pas une cervelle folle, Quand vous avez parlé naguère à votre idole, ^

Vous auriez aperçu Jeannette sur vos pas. Dont l'oreille subtile a découvert le cas.

LÉLIE

On auroit pu surprendre un mot dit à Célie?

MASCARILLE

Et d'où doncques viendroit cette prompte sortie? Oui, vous n'êtes dehors que par votre caquet. Je ne sais si souvent vous jouez au piquet, Mais au moins faites-vous des écarts admirables.^

LÉLIE

0 le plus malheureux de tous les misérables! Mais encore, pourquoi me voir chassé par toi?

Je ne fis jamais mieux que d'en prendre l'emploi; Par là, j'empêche au moins que de cet artifice Je ne sois soupçonné d'être auteur ou complice.

LÉLIE

Tu devois donc, pour toi, frapper plus doucement. -

1. Les joupurs de piquet comprendront tous ce jeu de mots qui est excusable dans la bouche de Mascarille.

2. L'observation comique que contient ce vers rappelle ranecdote bien connue sur Turenne et son valet de chambre.

116 i/i-Toruni.

M ASCAUII.l.K. g

(Quelque sot. Tniluldin lorgnoit exactement : Et puis, je vous dirai, sous ce prétexte utile Je n'étois point fâché d'évaporer ma l)ile. Enfin la chose est faite; et si j'ai votre foi Qu'on ne vous verra point vouloir venger sur moi, Soit ou directement, ou par quelque autre voie. Les coups sur votre râble assenés avec joie,* Je vous promets, aidé par le poste où je suis, De contenter vos vœux avant qu'il soit deux nuits.

LKLIK.

Quoique ton traitement ait eu trop do rudesse, Qu'est-ce que dessus moi ne peut cette promesse?

MASCARfLLE.

Vous le promettez donc?

LÉ LIE

Oui, je te le promets.

MASCAIULLE.

Ce n'est pas encor tout. Promettez que jamais Vous ne vous mêlerez dans quoi que j'entreprenne.

LÉLIE.-

Soit.

51ASCARILLE.

Si VOUS y manquez, votre fièvre quartaine! ^

LÉLTE.

Mais tiens-moi donc parole, et songe à mon repos.

1. L'effrontfî valet aggravi'- encore son procédé par ces excuses ironiques. Quant à Lélie, il faut qu'il pardonne cette injure ou qu'il renonce à sa maîtresse. La situation est des plus gaies, au moins à la surface; le fond est au contraire assez triste, ainsi que cela se voit ordinairement dans la comédie, et dans la comédie de Molière plus qu'en aucune autre.

2. Sorte d'imprécation fort en usage anciennement; elle signifioit : la fièvre quarte vous prenne, vous serre! « Or çà, dit Rabelais, tes fortes fièvres quartaines te puissent épouser! »

ACTH IV, sci:xi<: ix. 117

MASCAUI LLE.

Allez fiLiilter riial^it, et graisser votre dos.

LÉ LIE, seul.

Faut-il que le malheur qui me suit à la trace Me fasse voir toujours disgrâce sur disgrâce!

Al ASC .VRILLE, sortant de chez Trufaldin.

Quoi, vous n'êtes pas loin? Sortez vite d'ici; Mais surtout gardez-vous de prendre aucun souci : Puisque je fais pour vous,* que cela vous suffise; iN'aidez point mon projet de la moindre entreprise; Demeurez en repos.

LE LIE, en .sortant.

Oui, va, je m'y tiendrai.

MASCARILLE, seul.

Il faut voir maintenant quel biais je prendrai.

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