ACTE I, SCENE I I
C'est jouer en amour un mauvais personnage, Et se rendre, après tout, misérable à crédit. Cela, seigneur Éraste, en passant vous soit dit.'
ÉRASTE
Hé bien! n'en parlons plus. Que venois-tu m'apprendre?
MARINETÏE.
Vous mériteriez bien que l'on vous fît attendre, Qu'afin de vous punir je vous tinsse caché Le grand secret pourquoi je vous ai tant cherché. Tenez, voyez ce mot, et sortez hors de doute; Lisez -le donc tout haut, personne ici n'écoute.
ÉRASTE lit.
« Vous m'avez dit que votre amour « Étoit capable de tout faire ; « Il se couronnera lui-même dans ce jour, (( S'il peut avoir l'aveu d'un père.
'( Faites parler les droits qu'on a dessus mon cœur. « Je vous en donne la licence ; « Et, si c'est en votre faveur,
1. Cette excellente tirade est imitée de r/ttferesse ; voici le passage de la pièce italienne : Guidicai sempre in amor esse gran fallo il mostrarsi geloso; et ho per prova veduto molti, che hanno posto in gratia aile loro donne i suoi rival i , di che elle non ne facevano prima stima alcuna, e forse non gli coïioscevano, solamente cou mostrarsi gelosi : perché col scoprire il sospetto, davano aile loro donne occasione di pensar che qualche buona parte o rara qualità fosse nel giovine rivale, che conosciuta dallo amante, lo riducesse a dir mal di lui, et a sospetlare et mettergli il cervello a partito. « J'ai toujours jugé qu'en amour c'est une gi'ande faute de se montrer jaloux. Et ce qui m'a confirmé dans cette opinion, c'est que j'ai vu beaucoup d'hommes qui ont mis dans les bonnes grâces de leurs dames leurs rivaux dont elles ne taisoient auparavant aucun cas et qu'elles ne connaissoient peut-être point ; et cela rien qu'en se montrant jaloux: en effet, les soupçons qu'ils laissoient voir donnoient sujet à leurs dames de penser qu'il devoit y avoir quelque agrément particulier ou quelque qualité rare dans ces rivaux; et que c'étoit leur mérite reconnu qui réduisoit l'amant à médire, à s'inquiéter et à .se torturer la cervelle. «
164 LH DKI'IT AMOUHliUX.
(i Je vous réponds do mon obéissance. » Ah! quel bonheur! 0 toi qui nie l'as apporté, Je te dois regarder comme une déité !
GUOS-UEM':.
Je vous le disois bien contre votre croyance, Je ne me trompe guère aux choses que je pense.
ÉRASTE relit.
« Faites parler les droits qu'on a dessus mon cœur, « Je vous en donne la licence; (i Et, si c'est en votre faveur, (( Je vous réponds de mon obéissance. »
MARIiSETTE.
Si je lui rapportois vos foiblesses d'esprit, Elle désavoueroit bientôt un tel écrit.
ÉRASTE
Ah! cache -lui, de grâce, une peur passagère, Où mon âme a cru voir quelque peu de lumière; Ou, si tu la lui dis, ajoute que ma mort Est prête d'expier l'erreur de ce transport; Que je vais à ses pieds, si j'ai pu lui déplaire. Sacrifier ma vie à sa juste colère.
.MARIXETTE.
Ne parlons point de mort, ce n'en est pas le temps.
ÉRASTE
Au reste, je te dois beaucoup, et je prétends Reconnoître de peu, dans la bonne manière. Les soins d'une si noble et si belle courrière.
MARTNETTE.
A propos, savez -vous où je vous ai cherché Tantôt encore?
ÉRASTE
Hé bien ?