SCÈNE III
VALRRE, KRASTE. GROS-RE NK.
ÉRASTE
Hé bien! seigneur Valère?
VALÈRE
Hé bien! seigneur Eraste?
nommés Ergaste et Lydie sont absolument de la même humeur que Gros- René et Marinette et s'expriment à peu près dans les mômes termes :
Que t'en semble, Lydie ■? — Et que t'en semble à toi?
— Si je t'offrois mes vœux? — Je t'offrirois ma foi.
— Si tu veux, je suis tien. — Et si tu veux je t'aime.
— Je parle tout de bon. — Je parle tout de même.
— Va, jamais autre objet n'aura ma liberté.
— G favorable hymen , et bientôt arrêté !
1. Hère, qui vient du latin herus ou de l'allemand herr, signifie seigneur , sire; il ne s'emploie ordinairement qu'avec l'adjectif pauvre. La Fontaine a dit cependant :
Cancres , hères et pauvres diables Dont la condition est de mourir de faim.
168 I-F DÈPlT A MOT U EUX.
ÉRASTi;,
En quel état l'amour?
VALÈRE
En quel état vos feux?
ÉRASTE
Plus forts de jour en jour.
VALÈRE
Et mon amour plus fort.
ÉRASTE
Pour Lucile?
VAT.ÈRE
Pour elle.
ÉRASTE
Certes, je l'avouerai, vous êtes le modèle D'une rare constance.
VALÈRE
Et votre fermeté Doit être un rare exemple à la postérité.
ÉRASTE
Pour moi, je suis peu fait à cet amour austère Qui, dans les seuls regards, trouve à se satisfaire; Et je ne forme point d'assez beaux sentiments Pour souffrir constamment les mauvais traitements : Enfin, quand j'aime bien, j'aime fort que l'on m'aime.
VALÈRE
Il est très-naturel, et j'en suis bien de même. Le plus parfait objet dont je serois charmé N'auroit pas mes tributs, n'en étant point aimé.
ÉRASTE
Lucile cependant...
VALÈRE
Lucile, dans son âme.
ACTF f, SCKN \i III. 169
Rend tout ce que je veux qu'elle rende à ma flamme.
KRASTE.
Vous êtes donc facile à contenter?
Pas tant Que vous pourriez ])enser.
ÉRASTE
Je puis croire pourtant, Sans trop de vanité, que je suis en sa grâce.
VALÈRE
Moi, je sais que j'y tiens une assez bonne place.
ÉRASTE
Ne vous abusez point, croyez -moi.
VALÈRE
Croyez - moi , iNe laissez point duper vos yeux à trop de foi.
ÉRASTE
Si j'osois vous montrer une preuve assurée
Que son cœur... Non, votre âme en seroit altérée.
VALÈRE
Si je vous osois, moi, découvrir en secret... Mais je vous fâcherois, et veux être discret.
ÉRASTE
Vraiment, vous me poussez, et, contre mon envie,
Votre présomption veut que je l'humilie.
Lisez.
VALÈRE, après avoir lu.
Ces mots sont doux.
ÉRASTE
Vous connoissez la main?
VALÈRE
Oui, de Lu ci le.
170 i.i- ni-:piT A M or H Kr\.
Il('' bien! cet esj)()ii- si certain...?
\' A I. K H )■'. . riant ot s'en allant.
\(lien, seitj;nenr l<;r;ist<'.
<; lîos-RKM-:.
Il est fou, le bon sire.
Où vient-il donc pour lui de voir le mot ponr rire?*
ÉRASTK.
Certes, il me surprend, et j'ignore, entre nous. Qnel diable de mystère est caché là-dessous. ^
GROS-RENÉ
Son valet vient, je pense.
KRASTE.
Oui, je le vois paroître.
Feignons, pour le jeter sur l'amour de son maître.