‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 196 sur 266 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

VALRRE, KRASTE. GROS-RE NK.

ÉRASTE

Hé bien! seigneur Valère?

VALÈRE

Hé bien! seigneur Eraste?

nommés Ergaste et Lydie sont absolument de la même humeur que Gros- René et Marinette et s'expriment à peu près dans les mômes termes :

Que t'en semble, Lydie ■? — Et que t'en semble à toi?

— Si je t'offrois mes vœux? — Je t'offrirois ma foi.

— Si tu veux, je suis tien. — Et si tu veux je t'aime.

— Je parle tout de bon. — Je parle tout de même.

— Va, jamais autre objet n'aura ma liberté.

— G favorable hymen , et bientôt arrêté !

1. Hère, qui vient du latin herus ou de l'allemand herr, signifie seigneur , sire; il ne s'emploie ordinairement qu'avec l'adjectif pauvre. La Fontaine a dit cependant :

Cancres , hères et pauvres diables Dont la condition est de mourir de faim.

168 I-F DÈPlT A MOT U EUX.

ÉRASTi;,

En quel état l'amour?

VALÈRE

En quel état vos feux?

ÉRASTE

Plus forts de jour en jour.

VALÈRE

Et mon amour plus fort.

ÉRASTE

Pour Lucile?

VAT.ÈRE

Pour elle.

ÉRASTE

Certes, je l'avouerai, vous êtes le modèle D'une rare constance.

VALÈRE

Et votre fermeté Doit être un rare exemple à la postérité.

ÉRASTE

Pour moi, je suis peu fait à cet amour austère Qui, dans les seuls regards, trouve à se satisfaire; Et je ne forme point d'assez beaux sentiments Pour souffrir constamment les mauvais traitements : Enfin, quand j'aime bien, j'aime fort que l'on m'aime.

VALÈRE

Il est très-naturel, et j'en suis bien de même. Le plus parfait objet dont je serois charmé N'auroit pas mes tributs, n'en étant point aimé.

ÉRASTE

Lucile cependant...

VALÈRE

Lucile, dans son âme.

ACTF f, SCKN \i III. 169

Rend tout ce que je veux qu'elle rende à ma flamme.

KRASTE.

Vous êtes donc facile à contenter?

Pas tant Que vous pourriez ])enser.

ÉRASTE

Je puis croire pourtant, Sans trop de vanité, que je suis en sa grâce.

VALÈRE

Moi, je sais que j'y tiens une assez bonne place.

ÉRASTE

Ne vous abusez point, croyez -moi.

VALÈRE

Croyez - moi , iNe laissez point duper vos yeux à trop de foi.

ÉRASTE

Si j'osois vous montrer une preuve assurée

Que son cœur... Non, votre âme en seroit altérée.

VALÈRE

Si je vous osois, moi, découvrir en secret... Mais je vous fâcherois, et veux être discret.

ÉRASTE

Vraiment, vous me poussez, et, contre mon envie,

Votre présomption veut que je l'humilie.

Lisez.

VALÈRE, après avoir lu.

Ces mots sont doux.

ÉRASTE

Vous connoissez la main?

VALÈRE

Oui, de Lu ci le.

170 i.i- ni-:piT A M or H Kr\.

Il('' bien! cet esj)()ii- si certain...?

\' A I. K H )■'. . riant ot s'en allant.

\(lien, seitj;nenr l<;r;ist<'.

<; lîos-RKM-:.

Il est fou, le bon sire.

Où vient-il donc pour lui de voir le mot ponr rire?*

ÉRASTK.

Certes, il me surprend, et j'ignore, entre nous. Qnel diable de mystère est caché là-dessous. ^

GROS-RENÉ

Son valet vient, je pense.

KRASTE.

Oui, je le vois paroître.

Feignons, pour le jeter sur l'amour de son maître.

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