‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 197 sur 266 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

KRASTR. MASCARILLE. GROS-RENP;.

M ASC ARIELE, à part.

Non, je ne trouve point d'état plus malheureux Que d'avoir un patron jeune et fort amoin-eux.

* V\R. OÙ vienf-il ilnnc pour Itii d'avoir h mot pour rire? (1673, 1082).

1. Cette scène est vive et |)iqiiante. Comme jusqu'ici rien n'a pu annoncer queValùre, dupe d'un stratagème assez compliqué, doit se croire aimé de Lucile en dépit de toutes les apparences contraires, le spectateur n'est pas moins étonné qu'Krastc de lui voir prendre aussi paiement la chose-, et quand, dans la scène suivante, on apprend que la fausse Lucile lui a ordonné de ne croire à rien de ce qu'elle pourroit témoigner en faveur d'Éraste, on ne laisse pas d'être encore surpris qu'une lettre si positive ne lui ait pas donné quelque souci et qu'il n'ait fait qu'en rire. Mais Valère est un peu fat, ce qui le rend moins intéressant qu'Éraste, comme cela doit ("'tre. ' \rGFR.

AT.TF I. SCKN \i IV. 171

GR(>.S-RE.\É

Bonjour.

MASCARILI.K.

Bonjour.

GROS-RENÉ

OÙ tend Mascarille à cette heure?

Que l'ait-il? revient-il? va-t-il? ou s'il demeure?

MASCARILLE

>ion, je ne reviens pas, car je n'ai pas été: Je ne vais pas aussi , car je suis arrêté ; Et ne demeure point, car, tout de ce pas même, Je prétends m'en aller.'

ÉRASTE

La rigueur est extrême.

Doucement, Mascarille.

MASCARILLE

Ah ! monsieur, serviteur.

ÉRASTE

Vous nous fuyez hien vite! hé quoi! vous fais -je peur?

MASCARILLE

Je ne crois pas cela de votre courtoisie.

ÉRASTE

Touche; nous n'avons plus sujet de jalousie, .Nous devenons amis,, et mes feux, que j'éteins. Laissent la place libre à vos heureux desseins.

1. On a rappelé, à propos de ces réponses de Mascarille, celles que le paysan Gareau fait au capitan nommé Châteaufort, dans le Pédant joué , de Cyrano de Bergerac : « Où vas-tu? — Tout devant moi. — Je te demande où va le chemin que tu suis. — II ne va pas, il ne bouge. — Je te demande si tu as encore bien du chemin à faire aujourd'hui. — Nanain dà, je le trouverai tout fait. » Le Jongleur d'Ely, dans un fabliau du xiii*' siècle, pousse infiniment plus loin ce même genre de plaisanterie facile.

\l'î I.I-: DKI'IT AMOUUKUX.

MASCARU-LK.

IMùt à Du'ii!

KRASTK.

(Îros-Reiié sait qu'ailleurs je me jette.

r. UOS-RENK,

Sans doute; et je te cède aussi la Mariuette.

Passons sur ce point-là; notre ri\ alité ^ jN'est pas pour en venir à grande extrémité : Mais est-ce un coup bien sûr que votre seigneurie Soit désenamourée,- ou si c'est raillerie?

érastl;. J'ai su qu'en ses amours ton maître étoit trop bien ; Et je serois un fou de prétendre plus rien Aux étroites faveurs qu'il a de cette belle.*

MASCARTLLE.

Certes, vous me plaisez avec cette nouvelle. Outre qu'en nos projets je vous craignois un peu, Vous tirez sagement votre épingle du jeu. Oui, vous avez bien fait de quitter une place Où l'on vous caressoit pour la seule grimace. Et mille fois, sachant tout ce qui se passoit. J'ai plaint le faux espoir dont on vous repaissoit : On ollénse un Jîrave homme alors que l'on l'abuse.

' \\n. Aux secrètes faveurs que lui fait cette belle (1082).

1. On prétend que le mot rivalité est de la création de Molière. Ce qui est certain, c'est qu'il n'avoit été que rarement employé avant lui.

2. Le mot désenamouré est plus probablement de sa façon , mais il n'a pas eu une aussi heureuse fortune ; « pourtant l'absence de ce mot ou d'un équivalent, dit M. Génin, est une lacune sensible dans la langue. » Le mot énamouré, souvent employé au xvi'' siècle, est aussi une perte. Ces expressions ne sont peut-être pas, toutefois, nfni plus que beaucoup d'autres, disparii'"i <;)n< rptrinr.

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