‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 209 sur 266 · LLCILE, ASCAGNE, FROSINE, MARI NETTE · texte numérisé non relu

LLCILE, ASCAGNE, FROSINE, MARI NETTE

LUCILE, à Marinette, les trois premiers vers.

C'en est fait; c'est ainsi que je me pnis venger;

Et si cette action a de quoi l'aiïliger, y

C'est toute la douceur que mon cœur s'y propose.

Mon irère, vous voyez une métamorphose.

Je veux chérir Valère après tant de fierté,

Et mes vœux maintenant tournent de son côté.

A s C A (i NE .

Que dites- vous, ma sœur? Comment! courir au change! - Cette inégalité jne semble trop étrange.

! . Cette scène est faite avec art sans doute. Ascagne à la faveur d'une supposition, qui n'en est pas une, cherche à s'assurer, autant qu'il est possible, de la tendresse de Valère pour elle; et Valère, se prêtant d'assez bonne grâce à cette idée qui ne laisse pourtant pas de lui paroître un peu folle, donne lieu à Ascagne d'espérer que, quand la supposition se convertira en réalité, cet amour qu'il lui promet conditionnellement ne se changera pas en haine. Mais la situation des deux personnages est fausse et pénible. Leur conversation n'est qu'un tissu de subtilités , de réticences et d'énigmes. Les scènes de ce genre sont nécessairement très-froides. Celle-ci appartenoit à lu pièce italienne dont Molière s'est emparé: c'est à peine s'il parvient, à force d'esprit, à en diminuer les défauts. (AuciER.)

On peut comparer à cette scène les scènes de l'acte 111 et de l'acte IV de Connue il vous plaira, de Shakespeare, où Rosalinde, à la faveur de son costume masculin, taquine si coquettement son amoureux Orlando. La situation de Rosalinde est moins difficile sans doute que celle d' Ascagne. Il existe entre elles assez d'analogie cependant pour qu'il y ait un intérêt de curiosifé à faire re rapprochement.

2. Courir au change se disoit pour : changer tout à coup, être brusquement inconstant, infidèle. Dans l'Absent chez soi, comédie de d'Ouville, on lit :

Imite cet ingr:it , comme lui cours au change.

\\)î \.\i \)K l'IT A MOU RKUX.

La vôtre me surprend avec plus de sujet. De vos soins autrefois Valère étoit l'objet ; Je vous ai vu pour lui m'accuser de caprice. D'aveugle cruauté, d'orgueil et d'injustice: Et, quand je veux l'aimer, mon dessein vous déplaît! Et je vous vois parler contre son intérêt!

ASCAGNE

.le le quitte, ma sœur, pour embrasser le vôtre, .le sais qu'il est rangé dessous les lois d'une autre; Et ce seroit un trait honteux à vos appas, Si vous le rappeliez et qu'il ne revînt pas.

LUCILE

Si ce n'est que cela, j'aurai soin de ma gloire.

Et je sais, pour son cœur, tout ce que j'en dois croire:

Il s'explique à mes yeux intelligiblement;

Ainsi découvrez -lui sans peur mon sentiment;

Ou, si vous refusez de le faire, ma bouche

Lui va faire savoir que son ardeur me touche.

Quoi! mon frère, à ces mots vous restez interdit?

ASCAGNE

Ah! ma sœur! si sur vous je puis avoir ci'édit.

Si vous êtes sensible aux prières d'un Irère,

Quittez' un tel dessein, et n'ôtez point Valère

Aux vœux d'un jeune objet dont l'intérêt m'est cher,

Et qui, sur ma parole, a droit de vous toucher.

La pauvre infortunée aime avec violence;

A moi seul de ses feux elle fait confidence.

Et je vois dans son cœur de tendres mouvements

A dompter la fierté des plus durs sentiments.

Oui, vous auriez pitié de l'état de son âme,

Connoissant de quel coup vous menacez sa flamme:

.\jCTE II, SCÈNE IV. 193

Ht je ressens si J3ieji la douleur qu'elle aura, Que je suis assuré, itia sœur, qu'elle en mourra, Si vous lui dérobez l'amant qui peut lui plaire. Eraste est un parti qui doit vous satisfaire ; Et des feux mutuels...

LUCll.E.

Mon frère, c'est assez.

Je ne sais point pour qui vous vous intéressez. Mais, de grâce, cessons ce discours, je vous prie. Et me laissez un peu dans quelque rêverie.

ASCAGjVE.

Allez, cruelle sœur, vous me désespérez, Si vous elTectuez vos desseins déclarés.'

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