‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 210 sur 266 · SCÈNE IV. L · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. L

LIJCILE, MARI NETTE.

MARINETTE

La résolution, madame, est assez prompte.

LUCILE

Un cœur ne pèse rien- alors que l'on l'affronte;

1. Dans cette scène, l'embarras d'Ascagne augmente et est porté à son comble. Lorsque Valère l'a épousée nuitamment, croyant épouser Lucile, elle lui a recommandé de ne point s'inquiéter de la froideur qu'elle pourroit lui témoigner en plein jour et devant les autres. C'étoit l'avoir adroitement disposé à voir sans surprise, sans chagrin et sans plainte, l'indifférence de Lucile pour lui. Mais voici que cette indifférence, qui faisoit toute la sûreté d'Ascagne, cesse ou paroît cesser; voici que' Lucile, irritée contre Éraste, semble décidée à aimer Valère et à le lui dire elle-même, si Ascagne refuse de s'en charger. Une explication ne peut manquer de s'ensuivre et de tout découvrir. Cette situation , amenée fort naturellement par la manière offensante dont Éraste a reçu le dernier message de Lucile , produiroit sans doute un beaucoup plus grand effet, si la bizarrerie et l'invraisemblance du roman permettoit à l'intérêt de naître et de se développer. (Auger.) 2. N'examine rien , ne balance pas.

194 Lli DÈI'I T AMOUREUX.

U court à sa vengeance, et saisit proniptement Tout ce (lu'il croit servir à son ressentiment. . Le traître! l'aire voir cette insolence extrême!

MARINETTE

Vous m'en voyez encor toute hors de moi-même; Et quoique là-dessus je rumine sans fin, L'aventure me passe, et j'y perds mon latin. Car enfin, aux transports d'une bonne nouvelle Jamais cœur ne s'ouvrit d'une façon plus belle; De l'écrit obligeant le sien tout transporté Ne me donnoit pas moins que de la déité; Et cependant jamais, à cet autre message, Fille ne fut traitée avecque tant d'outrage. Je ne sais, pour causer de si grands changements. Ce qui s'est pu passer entre ces courts moments.

LUCILE

Rien ne s'est pu passer dont il faille être en peine. Puisque rien ne le doit défendre de ma haine. Quoi ! tu voudrois chercher hors de sa lâcheté La secrète raison de cette indignité?

Cet écrit malheureux, dont mon âme s'accuse, Peut-il à son transport souffrir la moindre excuse?

MAIUNETTE.

Eu ellét, je comprends que vous avez raison.

Et que cette querelle est pure trahison.

Nous en tenons, madame: et puis, prêtons l'oreille

Aux bons chiens de pendards qui nous chantent merveille ;

Qui, pour nous accrocher, feignent tant de langueur;

Laissons à leurs beaux mots fondre notre rigueur;

Rendons-nous à leurs vœux, trop foibles que nous sommes!

Foin de notre sottise, et peste soit des hommes!

Page 1