‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 21 sur 266 · De Vizé, Nouvelles nouvelles · texte numérisé non relu

De Vizé, Nouvelles nouvelles

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(Micoiv à subir, si on lit la scène iYElomire hypocondrc , où Le Boulanger de Chalussay met aux prises Molière et les Béjart. Voici comment il fait parler Angélique (Madeleine Béjart) :

Ce qui m"a piquéo et qui me pique au vif.

C'est de voir que le fils... je ne dis pas d'un juif.

Quoique juif et fripier soit quasi mesme chose.

C'est, dis-je, qu'un tel fat nous censure et nous glose.

Nous traite de canaille, et principalement

Mes frères qui l'ont fait ce qu'il est maintenant,

J'entends comédien, dont il tire la gloire

Qu'il nous vient d'étaler racontant son histoire.

Le langage est grossier; mais les jalousi.es, les révoltes qu'il traduit, les accusations de tyrannie qu'il fait entendre, avoient dû éclater bien souvent; et ce ne furent sans doute ni le moindre labeur, ni la tâche la moins délicate de Molière que de renouer sans cesse des liens si sujets à se briser.

On peut deviner maintenant ce que Molière avoit fait pendant ces treize années préparatoires, et saisir la triple carrière que son activité avoit embrassée. Quel auteur comique s'est soumis à un plus terrible noviciat? Plante, dit-on, dans l'antiquité, passa par de non moins rudes épreuves. De tels exemples montrent que le génie n'a rien de commun avec les privilèges que s'attribue la vanité naïve, et nous apprennent à quel prix on s'élève au-dessus du reste des hommes.

La troupe, lorsqu'elle rentra à Paris, se coniposoit, outre Molière, de Béjart aîné, Béjart cadet, Duparc, Dufresne, Debrie et Croisac (gagiste à deux livres par jour), et de M"" Béjart (Madeleine), Duparc, Debrie et Hervé (Geneviève Béjart); en tout, onze personnes.

Cette troupe, autant qu'on peut le conjecturer d'après les rares indications fournies par les documents que nous possédons, s'étoit jusqu'alors plus particulièrement appliquée à jouer la tragédie. Lisez attentivement d'Assoucy, Cosnac; rappelezvous les titres des pièces qu'elle a représentées. La tragédie domine, en dehors des petites pièces dont nous avons parlé tout à l'heure et qui formoient comme de véritables intermèdes

RETOUR A PARIS. lxxxv

à la mode espagnole. Cette application à la tragédie la rendit plus propre peut-être à élever ensuite le ton de la comédie que le goût de Paris ne tardera pas à lui assigner comme son véritable domaine. ^iîfe

Cette troupe arrivoit à Paris dans une situation assez prospère. Les dernières années de leurs courses en province avoient été fructueuses. Quelques difïicultés et quelques embarras qu'elle ait pu éprouver d'abord, on la voit, après 1653, faire bonne figure aux Etats et partout. Ses décors et ses costumes sont riches, suivant Cosnac; elle mène un train de vie fort large et fort hospitalier, suivant d'Assoucy. Une autre preuve que les comédiens avoient fait d'excellentes affaires, c'est que Jacques Béjart, lorsqu'il mourut à Paris, une année seulement après le retour, laissa une somme considérable : vingt-quatre mille écus d'or, si l'on en croit Guy Patin qui écrit, dans une lettre du 27 mai 1659 : (( 11 est mort depuis trois jours un comédien, nommé Béjar, qui avoit vingt-quatre mille écus en or :

Jampridem Syrus in Tiberim defluit Orontes.

Ne diriez-vous pas que le Pérou n'est plus en Amérique, mais à Paris? » Si Jacques Béjart avoit pu faire de si brillantes économies, il n'est pas probable que ses compagnons fussent dans le dénûment.

IlETOUK A PARIS.

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