‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 238 sur 266 · Celui qui me couvre de honte · texte numérisé non relu

Celui qui me couvre de honte

2. Ce mouvement est plein de dignité et de noblesse; le style est d'une remarquable vigueur.

3. Mascarille s'enferre complètement. C'est ici qu'on peut remarquer combien sa finesse est en défaut. Il ne s'arrôte pas devant l'indignation de Lucile, et les excuses plaisantes qu'il lui fournit sont faites, en toute situation , pour achever de l'irriter.

Valère est de plus en plus embarrassé. Aussi il continue de garder le silence et il entend sans mot dire les récriminations injurieuses de Lucile. Quelques commentateurs voudroient qu'il s'emparât à son tour de la parole et fît valoir hautement les droits qu'il croit avoir. D'autres approuvent sa réserve qu'ils trouvent commandée par les circonstances. Bornons-nous à dire, avec Auger, que, s'il y a un défaut dans l'attitude de ce personnage, c'est un de ces défauts que la réflexion fait seule apercevoir et qui ne nuisent pas à l'effet théâtral.

ACTK 111, SCKNH l\. 227

Contre vos propres vœux vous fait roidir si fort?

Si monsieur votre père étoit homme farouche,

Passe ; mais il permet que la raison le touche ;

Et lui-même m'a dit qu'une confession

Vous va tout obtenir de son affection.

Vous sentez, je crois bien, quelque petite honte

A faire un libre aveu de l'amour qui vous dompte ;

Mais, s'il vous a fait prendre un peu de liberté,"

Par un bon mariage on voit tout rajusté;

Et, quoi que l'on reproche au feu qui vous consomme,*

Le mal n'est pas si grand que de tuer un homme.

On sait que la chair est fragile quelquefois,

\ ai;. Mais s'il vous a fait perdre un peu de liberté.

Ce vers est ainsi imprimé dans les éditions de 1663, de 1673 et de 1682. La plupart des éditeurs modernes ont substitué le mot prendre au mot perdre, et ils ont bien fait. Le sens n'est pas douteux; il y a eu là une faute d'impression qui s'est répétée, et ce soroit pousser trop loin le scrupule que do ne la conùger pas.

1. Du temps de Molière on se servoit indifféremment des verbes consommer et consumer. La confusion existant d'abord entre ces deux mots a été signalée par Vaugelas le premier comme une faute à la vérité commune chez de bons écrivains, mais enfin comme une faute. M. Génin a très-bien expliqué que le mot consommer étoit la forme primitive et, antérieurement au XVII* siècle, universellement employée.

« Geste qualité estouffe et consomme les aultres qualités vrayes et essentielles. » ( MONTAI&NE , III, 7.)

i( Ils m'osteront tout moyen de remédier au mal qui nous consomme, d (Henri IV, Lettres missives.)

Comme en l'air je voy consommée Leur vapeur, se puisse en fumée Consommer le mal que je sens!

(Ronsard , Odes, V, xxix )

Dis-lui que sa pudeur ne sauroif plus cacher Un feu qui la consomme...

(Corneille, Mélite, II, .5.)

Consultez le Lexique comparé de la langue de Molière, par F. Génin , et le Lexique comparé de la langue de Corneille , par F. Godefroy.

228 LE DKriT XM (Il UEUX.

Et qu'une fille, enfin, n'est ni caillou, ni bois. Vous n'avez pas été sans cloute la première, Et vous ne serez pas, que je crois, la dernière.

LUCILL.

Quoi! vous pouvez ouïr ces discours effrontés, Et vous ne dites mot à ces indignités ?

ALBERT

Que veux-tu que je die? Une telle aventure Me met tout hors de moi.

MASCARILLE

Madame, je vous jure Que déjà vous devriez avoir tout confessé.

LUCILE

Et quoi donc confesser?

MASCARILLE

Quoi? ce qui s'est passé Entre mon maître et vous. La belle raillerie !

LUCILE

Et que s'est-il passé, monstre d'effronterie, Entre ton maître et moi ?

MASCARILLE

Vous devez, que je croi, En savoir un peu plus de nouvelles que moi ; * Et pour vous cette nuit fut trop douce pour croire ()ue vous puissiez si vite en perdre la mémoire.

LUCILE

C'est trop souffrir, mon père, un impudent valet.'

(Elle lui donne un soufflet.)

' \ Ali. En savoir un peu plus de nouvelle que moi (1G73, 1682).

1. Cette scène se trouve aussi dans la pièce italienne; mais elle y est longue et insipide, quoique indécente. Le valet de Fabio soutient à Virginie qu'elle est grosse et qu'elle s'est serré le ventre pour ne pas le paroître. Toc-

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