‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 24 sur 266 · Lettre du 6 décembre lfw9, « Apostille, n · texte numérisé non relu

Lettre du 6 décembre lfw9, « Apostille, n

'J. F. Doneau, dans la préface d'une petite pièce intitulée les Amours d'Alcippe et de Céphise ou la Cocue imaginaire; 1660.

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tique et le dénigrement pour diminuer la valeur de l'œuvre. On accusa l'auteur de plagiat; les uns prétendirent qu'il avoit pillé l'abbé de Pure (cela nous semble étrange aujourd'hui, mais pouvoit alors être dit sérieusement); les autres, plus ridicules encore, assurèrent qu'il avoit trouvé la pièce dans les papiers de Guillot-Gorju, qui lui auroient été vendus par la veuve du fameux bouffon.* Antoine Baudeau, sieur de Somaize, se mit à composer coup sur coup le Grand Dictionnaire des précieuses , les Véritables précieuses, le Procès des précieuses, la Pompe funèbre d'une précieuse, et cela tout en injuriant aussi Molière qu'il exploitoit, copioit, travestissoit, et bien plus qu'il traduisoit en vers pour le maltraiter plus sûrement. 11 n'y eut pas jusqu'à Chapuzeau qui s'avisa de versifier et d'arranger pour la scène son Cercle des femmes, qui fut joué au Marais sous le titre de l'Académie des femmes. Quant aux critiques, ils se contentoienl de dire en soupirant, comme de Vizé, le futur fondateur du Mercure galant : c La réussite qu'elles eurent (les Précieuses) fit connoître à l'auteur qu'on aimoit la satire et la bagatelle. 11 connut par là les goûts du siècle, il vit bien qu'il étoit malade et que les bonnes choses ne lui plaisoient pas. 11 apprit que les gens de qualité ne vouloienl rire qu'à leurs dépens, qu'ils vouloient que l'on fît voir leurs défauts en public, qu'ils étoient les plus docile^ du monde, et qu'ils auroient été bons du temps où l'on faisoit pénitence à la porte des temples, puisque, loin de se fâcher de ce que l'on publioit leurs sottises, ils s'en glorifioient. »

^i les applaudissements ni les clameurs irritées ne firent dévier Molière de sa route. La victoire étoit décisive : non pas que le genre précieux fût anéanti, mais un accent ironique fut définitivement attaché à ce mot. Si de grands seigneurs et de grandes dames, le duc de La Rochefoucault, la marquise de Sévigné, par certaine inclination particulière, continuèrent à

I. '1 Mais qu'attendre d'un homme qui tire toute sa gloire des Mémoires de Guillot-Gorgeu qu"il a achetez de la veuve?» (Préface des Véritables précieuses, du sieur de Somaize; 1660.)

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lire les romans des La Calprenède et des Scudéry, l'école littéraire qu'ils rcprésentoient tomba en discrédit; les libraires fureni les premiers à s'apercevoir du changement du goût; * le pauvre Faramond, qui parut sur ces entrefaites, ne naquit pas viable. Le public étoit tout disposé à revenir au vrai, au simple et au naturel. Ce résultat pouvoit suffire à Molière.

11 se maintint fermement et prudemment sur le terrain qu'il avoit choisi; il évita avec soin de provoquer une lutte par trop inégale et d'irriter des ennemis puissants qui auroient pris bientôt leur revanche. 11 chercha au contraire à ôter tout prétexte aux ressentiments et aux représailles. Aussitôt qu'il en trouva l'occasion, il eut soin d'établir avec une nouvelle insistance la distinction qu'il avoit indiquée dans sa pièce entre les véritables précieuses et les précieuses ridicules. Ni l'Étourdi , ni le Dépit amoureux n'avoient eu encore les honneurs de l'impression ; mais il fut obligé , nous dit-il , de consentir à ce qu'on imprimât sa nouvelle pièce, parce qu'il étoit menacé d'une édition subreptice pour laquelle on avoit même obtenu par surprise un privilège. 11 fallut prendre les devants et devenir enfin un auteur. Dans la préface qu'il composa pour la circonstance Molière s'exprime ainsi : « J'aurois voulu faire voir que les plus excellentes choses sont sujettes à être copiées par de mauvais singes qui méritent d'être bernés; que ces vicieuses imitations de ce qu'il y a de plus parfait ont été de tout temps la matière de*ia comédie, et que les véritables précieuses auroient tort de se piquer lorsqu'on joue les ridicules qui les imitent mal.^ » Enfin, il fit jouer sur .son théâtre, en 1660, une comédie de Gilbert intitulée : la Vraie et la Fausse précieuse , que nous ne connoissons pas, mais qui eut sans doute pour objet de faire

1. On lit dans le Longueruana, t. I*"', p. 104: « La comédie des Précieuses ridicules décrédita les romans et ruina le pauvre Joly (libraire), qui venoit de traiter avec Courbé (autre libraire) pour son fonds romanesque, dont l'impression de Faramond, déjà fort avancée, et qui parut l'année suivante, faisoit une partie considérable. »

'2. La pièce fut achevée d'imprimer le 20 janvier IGGO.

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ressortir avec éclat les intentions parfaitement innocentes de sa devancière.

Molière, par ce brillant succès qui avoit pris les proportions d'un événement, se trouvoit, comme on dit, hors de page. Il avoit alors près de trente-huit ans. La chronique lui a prêté une parole qui traduit bien le sentiment qu'il dut éprouver : « Je n'ai plus que faire, auroit-il dit, d'étudier Plaute et Térence, ni d'éplucher les fragments de Ménandre; je n'ai plus qu'à étudier le monde. » La préface des Précieuses ridicules laisse percer, sous une forme plaisante, la joie bien légitime du triomphe. Comment, après tant de travaux et de luttes, n'auroit-il pas ressenti une satisfaction profonde en se voyant enfin en position de donner carrière à son génie et de disputer à tant d'indignes rivaux la gloire dont ils l'accabloient jusque-là? Cette préface est, en effet, une préface de conquérant. Il salue avec une ironie victorieuse ((messieurs les auteurs, à présent ses confrères. » A partir de ce moment, nous allons voir, pendant près de treize ans, se succéder les chefs-d'œuvre avec une prodigieuse rapidité.

Geoffrin-Jodelet mourut le vendredi saint de cette année 1660.^

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