SCENE V
ASCAGNE, FROSllNE.
ASCAGNE
Est-il bien vrai, Frosine, et ne rèvé-je point? De grâce, contez-moi bien tout de point en point.
FROSI-NE.
Vous en saurez assez le détail, laissez faire. Ces sortes d'incidents ne sont, pour l'ordinaire. Que redits trop de fois de moment en moment. Suffit que vous sachiez qu'après ce testament Qui \ouloit un garçon pour tenir sa promesse. De la femme d'Albert la dernière grossesse N'accoucha que de vous, et que lui, dessous main
!. Pour nous {rotter... pour livrer bataille, de quoi nous batti'e. C'est le même sens populaire que dans ces vers de dOuville :
U ne viendra point seul , il aura de l'escorte ; Ils nous pourront frotter assurément, monsieur.
( La Coiffeuse à la mode.)
Valère est un peu mauvais sujet et il a moins bon ton qu'Éraste. Dans Molière aucun personnage n'a tout à fait le même langage qu'un autre. 2. On se rappelle les vers de La Fontaine :
C'étoit un chat vivant comme un dévot ermite , Un chat faisant la chatemite.
Aucun mot n'exprime mieux l'hypocrisie doucereuse, la sournoiserie féline.
^60 I.K DlilMT A.MOUHEUX.
Ayant depuis longtemps concerté son dessein ,
Fit son fils de celui d'Ignès la bouquetière,
Qui vous donna pour sienne à nourrir à ma mère.
La mort ayant ravi ce petit innocent
Quelque dix mois après, Albert étant absent,
La crainte d'un époux et l'amour maternelle
Firent l'événement d'une ruse nouvelle.
Sa femme en secret lors se rendit son vrai sang;
Vous devîntes celui qui tenoit votre rang;
Et la mort de ce fils, mis dans votre famille.
Se couvrit pour Albert de celle de sa fille.
Voilà de votre s.ort un mystère éclairci,^
Que votre feinte mère a caché jusqu'ici ;
Elle en dit des raisons, et peut en avoir d'autres.
Par qui ses intérêts n'étoient pas tous les vôtres.
Enfin cette visite, où j'espérois si peu.
Plus qu'on ne pouvoit croire a servi votre feu.
Cette Ignès vous relâche; et, par votre autre affaire.
L'éclat de son secret devenu nécessaire.
Nous en avons nous deux votre père informé.
Un billet de sa femme a le tout confirmé :
Et, poussant plus avant encore notre pointe,
Quelque peu de fortune k notre adresse jointe.
Aux intérêts d'Albert, de Polidore, après.
Nous avons ajusté si bien les intérêts.
Si doucement à lui déplié ces my stères, -
Pour n'effaroucher pas d'abord trop les affaires ;
Enfin, pour dire tout, mené si prudemment
Son esprit pas à pas à raccommodement,
I . Co vers et les sept qui suivent sont uot/is dans ri'dition rie 108'2 connue n'étant pas redites à la représentation,
'2. Ce vers et les quatre qui suivent se rctranclioient éf,'alenient.
ACTK V, SCKNF VI. 261
Qtraiitanl que votre père il montre de tendresse A confirmer les nœuds qui font votre allégresse.*
ASCAGNE
Ah! Frosine, la joie où vous m'acheminez... Et que ne dois-je point à vos soins fortunés!
FROSINE
Au reste, le bon homme est en humeur de rire, Et pour son fils encor nous défend de rien dire.