‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 28 sur 266 · Banquettes · texte numérisé non relu

Banquettes

2. Cette salle, consacrée après la mort de Molière à la représentation des tragédies lyriques appelées opéras, fut détruite en t763 par un incendie, reconstruite peu après, et incendiée de nouveau en 178t. On bâtit alors te théâtre de la Porte-Saint-Martin.

rvm pn !• M 1 1: ni- i: poorn

joiiîTonl l'Elourdi el les Précieuses, d 11 nous semble, remarque M. Bazin, (lu'il y auroit là le sujet d'un tableau qui vaudroil. bien celui qu'on a fait des derniers moments du cardinal. » Sa Majesté on plulôl Mazarin ^M'atifia la troupe de trois mille livres: ce fut peut-être aussi dans celte occasion que Molière obtint la salle abandonnée du Palais-Royal.

La troupe de Monsieur, j^endant qu'elle se trouva sans abri, ne donna pas seulement des représentations au Louvre; elle alla en visite, comme on disoit, chez plusieurs grands personnages de la cour et de la finance; elle reçut notammerît chez le surintendant Fou([uet, i)0ur qui elk> joua l'Elourdi et SganarcUe, une hospitalité généreuse; et, dans l'intervalle de trois mois qui s'écoula avant que son théâtre fût prêt, elle gagna cinq mille cent quinze livres.^

La salle du Palais-Royal s'ouvrit le 20 janvier 1661; la troupe de Monsieur y joua le Dèpil amoureux et le Cocu imaçjinairc.

1. Ces renseignements sont fournis par le Registre de La Grange, snr lequel on lit ce qui suit :

<( Pendant que l'on travaille à la salle du Palais-Royal, on a joué plusieurs fois la comédie à la ville.

« Une visite ctiez M. Sanguin 'c'étoit le niaitre d'hôtel du roi), à la place Royale, Ip Dépit amoureux, tiOO livres.

« Une visite chez M. le maréchal d'Auniont , 220 livres.

« Une visite chez M. Fouquet, surintendint des finances , l'Étourdi et le Cocu, 500 livres. ,

« Une visite chez M. le maréchal de La Meillerayc, le Cocu et les Précieuses, 220 livres.

« Une visite chez M. de La Bazinière, trésorier de l'Épargne, idem, 300 liv.

« Une visite chez M. le duc de l\oquelanre, l'Etourdi et le Cocu, 2.^ louis d'or : 275 livres.

<i Une visite chez M. le duc de Mercosur, le Cocu imarjinaire, 150 livres.

« Une visite chez M. le comte de Vaillac , l' Héritier ridicule (de Scarron) et le Cocu, 220 livres.

<' Pour i.e Roi.

" Le samedi K» octohre, au Louvre, le Dépit amoureux et le Médeciti volant.

'( Le jeudi 21 octobre, l'Etourdi et les Précieuses, au Louvre.

'< Le mardi 26 octobre, l'Etourdi et les Précieuses, au Louvre, chez S. î.ni. M. le cardinal Mazarin, qui étoit malade dans sa chaise. Le Roi vit la co-

J) U ï H E A T U E I) K .M U L I E U I- . ci\

-Mais Molièiv l'aisoit répéter pour rinauyuratioii du nouveau théâtre une nouvelle œuvre. Le retour de la cour et des courtisans, le réveil du goût espagnol auquel la jeune reine servoit de prétexte, peut-être les souvenirs de cette scène oîi la tragicomédie avoit lleuri, le poussèrent à faire une tentative dans un genre tout opposé à celui des deux comédies précédentes, se rapprochant davantage du DèiJit amoureux, mais allant plus loin dans la noblesse et l'héroïsme des sentiments. 11 comptoit avoir affaire à un autre public et vouloit le servir à son gré. Molière avoit pour ambition d'embrasser tout le domaine dramaticjue ; il eut beaucoup de peine à renoncer à la tragédie ; il ne se résigna que tardivement à cet abandon, d'abord comme auteur, ensuite comme acteur. Il entendoit rester aussi près d'elle que possible, pour ainsi dire, et ne pas céder une ligne de terrain sans résistance, sans efforts pour s'y maintenir. Il se sentoitbien capable des créations les plus élevées , et il étoit préoccupé de voir trop restreindre son rôle et spécialiser son génie. 11 ne s'avisoit pas encore que le moyen de s'établir dans les régions supérieures de l'art, c'étoit, non pas de sortir de la vraie et franche comédie, mais de l'y porter elle-rhéme.

Acceptant les compromis accrédités alors par la rhétorique théâtrale, il composa une de ces œuvres d'un caractère mixte qu'on appeloit tragi-comédies ou comédies héroïques, et dont l'Espagne nous avoit offert les premiers modèles. Don Garde de Xavarre ou le Prince jaloux parut sur la scène du Palais-Royal

médic incognito, debout, appuyé sur le dossier de ladite chaise de Son Émiuencc (nota qu'il rentroit de temps eii temps dans un grand cabinet). Sa Majesté gratifia la troupe de 3,000 livres.

« Le '23 novembre, un mardi , on a joué à Vincennes, devant le Roi et Son Éminence, Do7n Japhet (de Scarron) et le Cocu.

» Le samedi 4 décembre, joué au Louvre, pour le Roi, Jodelet 2}'''>i'Ce ( de Thomas Corneille).

« Le '25 décembre, joué au Louvre Don Bertrand (de Thomas Corneille) et la Jalousie de Gros-René.

« La troujje a reçu, dans l'intervalle qu'elle n'a point joué en public,

Page 1