‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 34 sur 266 · I . Consulter le registre de La Grange · texte numérisé non relu

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siipporU' loiijtnirs. Mais la pclilo M"'" Moliri'c rompit sa chaîne un malin, alla s'établir dans la chambre de son mari et l'obligea de la prendre au sérieux.» Voilà comment un roman se retourne, pour ainsi dire, lorsqu'il rencontre un démenti imprévu. Nous n'avons ])as besoin de faire obseVver combien, dans ce nouveau récit, le dessein que l'on prête à Madeleine et^Ie" rôle qu'on attribue à Molière sont absurdes et odieux. Toutes ces histoires sont apocryphes; elles pernictlent loui au ])lus.de supposer que Madeleine Béjart opposa à ce mariage quelques difficultés qui furent levées sans peine. Q'iant à Molière, il s'en falloit de beaucoup qu'on fût obligé de le pousser, comme malgré lui, à cette union; et il suffiroit de se rappeler, si l'on éprouvoit à cet égard le moindre doute, les paroles d'Armande dans l' Impi^omptu : a Voilà ce que c'est, le mariage change bien les gens, et vous ne m'auriez pas dit cela il y a dix-huit mois. »

C'est ici un point si important dans la vie de Molière, que nous avons cru devoir nous départir un peu de notre méthode habituelle d'exposition pure et simple, et nous livrer à une courte controverse. Nous n'avons plus qu'à donner un crayon de cette jeune femme que Molière épousoit. Le principal témoignage qu'il soit à propos d'invoquer est celui de Molière luimême : voici le portrait qu'il a tracé d'Armande, à une époque oîi elle lui avoit déjà causé beaucoup de chagrins; le dialogue suivant s'engage entre Cléonte et Covielle , au sujet de Lucile représentée par M"« Molière, à la scène ix du troisième acte du Bourgeois gentilhomme :

Vous trouverez cent personnes qui seront plus dignes de vous. Premièrement, elle a les yeux petits.

— Cela est vrai ; elle a les yçux petits, mais elle les a pleins de feii, les plus brillants, les plus perçants du monde, les plus touchants qu'on puisse voir.

— Elle a la bouche grande.

— Oui; mais on y voit des grâces qu'on ne voit point aux autres bouches; et cette bouche, en la voyant, inspire des désirs, est la plus attrayante, la plus amoureuse du monde.

— Pour sa taille, V^lle n'est pas grande.

SON MARIAGE. cxxxv

— Non ; mais elle est aisée et bien prise.

— Elle adecte une nonrhalance clans son parler et dans ses actions.

— Il est vrai; mais elle a srâre à tout cela; et ses manières sont engageantes, ont je ne sais quel charme à s'insinuer dans les cœurs.

— Pour de l'esprit...

— Ah! elle en a, du plus fin, du plus délicat.

— Sa conversation...

— Sa conversation est charmante.

— Elle est toujours sérieuse.

— Veux -tu de ces enjouements épanouis, de ces joies toujours ouvertes? Et vois-tu rien de plus impertinent que les femmes qui rient à tout propos? "

— Mais, enfin, elle est capricieuse autant que personne du monde.

— Oui, elle est capricieuse, j'en demeure d'accord; mais tout sied bien aux belles, on souffre tout des belles.

C'éloit donc une beauté plus piquante que régulière , « faisant tout avec grâce, dit un témoin impartial,^ jusqu'aux plus petites choses, quoiqu'elle se mît très-extraordinairement et d'une manière presque toujours opposée à la mode du temps. » Elle avoit reçu une fort bonne éducation ; elle chantoit également bien le françois et l'italien ; et elle devint sous la direction de Molière une excellente actrice. Elle prit beaucoup de fierté dans sa nouvelle position, mais elle ne s'enorgueillit pas de ce qui auroit dû faire son véritable orgueil, c'est-à-dire du génie de son mari, et du rôle secourable qu'il lui appartenoit de remplir dans cette fiévreuse et glorieuse existence. Elle s'enorgueillit de sa brillante fortune, de l'éclat qui l'entouroit; elle fit la duchesse, comme dit Grimarest. Au baptême d'un enfant, dont elle étoit marraine (23 juin 1663), elle se faisoit inscrire : «femme de Jean-Baptiste Poquelin, écuyer, sieur de Molière. » Elle ne paroît pas avoir jamais compris la grandeur de l'honmie qui l'avoit associée à son sort. Elle pouvoit avoir de l'esprit, u du plus fin et du plus délicat; » mais ce n'étoit ni un cœur généreux, ni une intelligence élevée.

Pendant l'été qui suivit ce mariage, la troupe de Monsieur alla passer quelques semaines à Saint-Germain où le roi séjour-

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