‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 35 sur 266 · I. M"^ Poisson, fille de Du Croisv · texte numérisé non relu

I. M"^ Poisson, fille de Du Croisv

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noit. Loivt nous apprend que les acteurs et les actrices, au nombre de quinze, reçurent à cette occasion chacun cent pistoles de récompense. Brécourt et La Thorillièrp étoient entrés dans la troupe-^au mois de juin de cette année 1662; et ce fut leur adjonction qui éleva à quinze le nombre des parts qui n'avoit été jusqu'alors que de dix, de douze et de treize.

11 est à propos de signaler aussi le retour de la troupe italienne, qui eut lieu au mois de janvier de cette année 1062; les Italiens obtinrent d'alterner de nouveau avec la troupe de Monsieur sur le théâtre du Palais-Royal, comuie ils avoienl fait autrefois sur le théâtre du Petit-Bourbon. Ils prirent à leur tour les jours extraordinaires, et, sur l'ordre du roi, ils restituèrent aux François, comme dit La Grange, les quinze cen^s livres qu'ils avoient reçues de ceux-ci en 1658, et cela pour Tfloitié des frais d'établissement de la salle du Palais-Royal. Ces comédiens, qui étoient à la fois des mimes merveilleux et des clowns de première force, firent par moments une concurrence redoutable à la comédie françoise : on peut remarquer en passant l'origine de cette dernière dénomination qui s'est conservée jusqu'à nos jours.

seconde epoque du theatre de moliere.

l'École des femmes et ses suites.

L'auteur comique ne s'accorda pas une longue trêve : pendant cet été qui suivit son mariage, il composa une nouvelle comédie qu'il intitula l'École des Femmes. Dans l'École des Maris, Molière enseignoit que

Les verrous et les grilles

Ne font pas la vertu des femmes et des filles : C'est l'honneur qui les doit tenir dans le devoir.

Il prouvoit qu'une tyrannie étroite de la part des 'maris n'étoit

DU TllKATKi: i)l-: MOLIERE. cwwii

-Hullement propre à assurer Iç bonheur domestique. II va montrer maintenant qu'une ignorance excessive chez les femmes n'est pas un meilleur moyen d'obtenir ce résultat. L'Ecole des Femmes n'est pas une contre-partie de l'Ecole des Maris , et ce titre ne seroit exact que s'il pouvoit signifier l'éducation ([u'il convient de donner aux femmes. On doit plutôt la considérer dans l'œuvre de Molière comme une contre-partie des Précieuses ridicules et des Femmes scu:antes. On n'a pas, en effet, toute la pensée de Molière , si l'on n'oppose à la pédanterie des unes et 5 l'afféterie des autres la périlleuse naïveté d'Agnès , et aux théories de Gorgibus et de Chrysale la méprise d'Arnolphe. En regard de l École des Maris, la nouvelle pièce est une continuation , un second chapitre du même traité , un nouveau manifeste, comme on diroit aujourd'hui , en faveur de la même cause qui n'est autre que l'émancipation de la famille.

L'École des Femmes , moins bien construite que l'École des Maris, lui est supérieure par la puissance de l'observation et la verve de l'expression. Arnolphe et Agnès sont plus fortement conçus et tracés que Sganarelle et Isabelle; aussi ont-ils laissé des traces plus profondes dans l'imagination populaire et dans le langage. Nous sommes d'ailleurs en présence d'un préjugé et d'un travers qui sont moins passés de mode. Enfermer les femmes ne se comprend plus guère et n'est plus du tout dans nos mœurs. Prétendre les maintenir dans une sorte d'imbécillité intellectuelle, croire qu'innocence et ignorance sont une même chose, attacher une trop grande vertu à la simplicité d'esprit, s'imaginer qu'il n'est rien de tel que de ne pas connoître le danger pour être capable de s'y soustraire, de ne pas voir les pièges pour ne pas y tomber, ce sont là des idées qui ont toujours de nombreux partisans. Fort peu de maris sont tentés aujourd'hui de suivre les conseils et l'exemple de Sganarelle; beaucoup de maris font plus ou moins le rêve d'Arnolphe; on a même été jusqu'à dire, tant il y a une pente naturelle de l'àme à ces illusions, qu'il y avoit un Arnolphe en germe dans tout célibataire vieillissant. C'est pourquoi l'École

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(h's Femmes doiiicurc toujours aussi aclut'llc, pour ainsi dire, (|u'au moment où elle ])arul.

Composée par Molière pendant les i^remiers mois de son mariage, cette comédie ne res])ii'e i)oint le contentement et la joie. Bien au contraire , on y ressent plus d'ironie et d'amertume que dans l'œuvre précédente. Le jiersonnage d'Ariste sensé, aimable et heureux a presque disparu. 11 ne reste que le sceptique, le railleur qui sera dupe, l'homme des vieux contes , disant avec un air fin :

Je sais les tours rusés et les subtiles trames

Dont, pour nous en planter, savent user les femmes,

Et comme on est dupé par leurs dextérités.

(( Ce bon jaloux dont je vous conte (c'est un des narrateurs des Cent Nouvelles nouvelles du roi Louis XI qui parle maintenant) estoit très-grand historien et avoit beaucoup veu , leu et releu de diverses histoires, mais la fin principale à quoi tendoit son exercice et tout son estude estoit de savoir et cognoistre les façons et inanièi-es et quoi et comment femmes pevent décevoir leurs maris. Car, la Dieu mercy, les histoires anciennes, comme Malhéolet, Juvénal, les Quinze joyes de mariage et autres plusieurs dont je ne sçay le compte, font mention de diverses tromperies , cautelles , abusions et déceptions en cet état advenues. Nostre jaloux les avoit tousjours entre ses mains et n'en estoit pas moins assoté qu'un fol de sa marotte. Tousjours lisoit, tousjours estudioit; et d'iceux livres fist un petit extrait pour lui, auquel estoient décrites, comprinses et notées plusieurs manières de tromperies, aux pourchas et entreprinses des femmes, et es personnes de leurs maris, exécutées. Et ce fist-il tendant à la fm d'estre mieux prémuni et» sur sa garde, si sa femme à l'adventure lui en bailloit de telles comme celles qui en son livret estoient chroniquées et registrées. 11 gardoit sa femme d'aussi près comme un jaloux italien, et si n'estoit pas encore bien asseuré, tant estoit fort féru du maudit mal de jalousie. » Tel est Arnolphe surveillant sa pupille qu'il veut épouser; égoïste et cynique, confiant en sa llnesse, n'ayant (pic

DU THÉATHK DK MOLIIÎRE. cxx\i\

du mépris pour la nature humaine et en particulier pour la nature féuiinine, et avec cela passionné. Lorsqu'à la fin la jeune proie qu'il se réservoit lui échappe, Arnolphe devient tragique; la foiblesse profonde des tardives et dernières amours se traduit dans ses plaintes désespérées. Malgré l'égoïsme et le ridicule du personnage, cette souffrance nous touche presque de compassion tant elle est réelle : la vérité comique atteint ici les limites suprêmes qu'elle ne doit pas franchir; elle est poignante, sans cesser d'être plaisante, et elle offre une de ces grandes leçons morales comme on n'en peut recevoir que de la vie elle-même. Arnolphe a des cris , des lâchetés qui font frémir lorsque la réflexion s'y arrête ; écoutez ces accents de détresse et de rage :

Chose étrange d'aimer, et que pour ces traîtresses Les hommes soient sujets à de telles foiblesses I Tout le monde connoît leur imperfection ; Ce n'est qu'extravagance et qu'indiscrétion ; Leur esprit est méchant, et leur âme fragile ; Il n'est rien de plus foible et de plus imbécile , Rien de plus infidèle : et, malgré tout cela. Dans le monde on fait tout pour ces animaux -là !

puis s'adressant à Agnès et implorant celle qui l'abandonne pour le jeune Horace :

C'est quelque sort qu'il faut qu'il ait jeté sur toi. Et tu seras cent fois plus heureuse avec moi. Ta forte passion est d'être brave et leste , Tu le seras toujours, va, je te le proteste; Sans cesse, nuit et jour, je te caresserai; Je te bouchonnerai, baiserai, mangerai; Tout comme tu voudras tu pourras te conduire : Je ne m'explique point, et cela c'est tout dire.

(Bas, à part.) Jusqu'où la passion peut-elle faire aller!

( Haut.) Enfin , à mon amour rien ne peut s'égaler : Quelle preuve veux-tu que je t'en donne, ingrate? Me veux -tu voir pleurer? Veux-tu que je me batte? Veux-tu que je m'arrache un côté de cheveux? Veux-tu que je me tue? Oui, dis si tu le veux , Je suis tout prêt, cruelle, à te prouver ma flamme...

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C'est le fond d'uiK' âme misérable mis à nu. L'art n'a pas d'effets plus énergiques, et l'on doute qu'on ait une ficlion sous les yeux.

On a voulu voir dans plus d'un passage de cette comédie une confidence personnelle , la confession ironique de Molière qui y auroit versé et raillé ses propres douleurs. Il y auroit mis les pressentiments de sa jalousie, pour ainsi dire, l'inquiétude qui le dévoroit déjà, l'aveu amer de la folie qu'il avoit faite. Dans cette pièce, en effet, comme dans l,' École des Maris, il est des vers que Molière ne pouvoit guère réciter sans faire quelque retour sur lui-même, ceux-ci par exemple :

Quoi I j'îiurai dii'igé son éducation Avec tant de tendresse et de précaution ; Je l'aurai fait passer chez moi dès son enfance, Et j'en aurai chéri la plus tendre espérance; Mon cœur aura bâti sur ses attraits naissans. Et cru la mitonner pour moi durant treize ans , Afin qu'un jeune fou dont elle s'amourache Me la vienne enlever jusque sur la moustache , Lorsqu'elle est avec moi mariée à demi ! Non , parbleu ! non , parbleu !

Sans doute, toute cette situation à la fois risible et pitoyable n'étoit pas sans avoir pour le récent époux d'Armande B*éjart je ne sais quoi de vif et de palpitant. C'est dans ces termes, toutefois, qu'il convient de rester pour être vrai. Il ne faudroit pas chercher des applications trop précises. Les écrivains qui entreprennent de distinguer et de démêler ce que Molière a mis, dans ses ouvrages, de sa vie et de son cœur, font merveille, pourvu qu'ils n'abusent pas de ce point de vue et des effets romanesques qu'il est facile d'y trouver. Les esprits à la suite, ces grands corrupteurs des meilleures idées, sont sujets à tomber dans ce dernier travers : ils veulent à tout prix identifier Molière avec quelques-uns des personnages qu'il a créés. Ils oublient ce qu'on leur a dit pourtant avec tant de justesse : que le génie lyrique et élégiaque, qui se chante, se plaint, se raconte, se décrit sans ces.se, est l'antagoniste-né du génie dra-

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iiiatiqiio, et ([u'en prêtant à Molière ce besoin de » se peindre en tous lieux» on court grand risque de méconnoître sa véritable originalité. Nous serons obligé de signaler plus d'une fois ces excès de zèle. C'est ainsi que des biographes nous montrent Molière, qui dès les premiers mois de son mariage auroit eu de sérieux griefs contre la jeune Armande, traduisant dans le rôle d'Arnolphe sa déception et son désespoir. Ils anticipent de beaucoup sur les événements; si on ne les arrêtoit, ils feroient de Molière un mari trompé avant même qu'il eût songé à prendre femme , tant ils ont hâte et tant il y a là un thème qui leur sourit et qui les attire ! C'est trop se presser : Molière ne fut point si soudainement désillusionné et découragé. Les plaisanteries très-impertinentes de Chrysalde , dans l'École des Femmes, témoignent, au contraire, de la sécurité présente de l'auteur; et lorsque, dans l' hriprompta , il se fait rappeler par sa femme, en plein théâtre, les dangers auxquels leurs manières trop brusques exposent les maris , il montre clairement que sa confiance n'est pas encore altérée. Il pouvoit seulement , comme nous avons dit, s'avouer et prévoir qu'il ne parviendroit pas à s'attacher le cœiu' de la jeune femme, et, avec son expérience de la nature humaine, plaindre dès lors l'impuissance et le malheur de son amour. C'est par cette secrète et intime souffrance qu'il entroit sans doute dans le personnage d'Arnolphe et qu'il exprimoit, comme s'il les tiroit de son propre cœur, ces angoisses divertissantes et ces larmes qui font rire.

Représentée pour la première fois le 26 décembre 1662, sur le théâtre du Palais-Royal, l'École des Femmes, accueillie d'un côté par des applaudissements enthousiastes, souleva d'autre part une opposition violente. La foule s'y porta avec ardeur; mais la critique se déchaîna avec passion. La fortune grandissante de Molière augmentoit le nombre de ses envieux. La force de sa nouvelle création ne touchoit pas les raffinés, les précieux, dont le goût trop délicat étoit blessé par certains détails. Les uns crioient à la grossièreté, les autres à l'indécence, les autres à l'impiété. C'est aux premières représentations de l'Ecole des

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Femmes nii'on peut SLirlouL applùiuer les vers de l'épître Vil de Boileau :

L"ignorancc ot l'erreur h ses naissantes pièces , En habits de marquis, en robes de comtesses, Vcnoient pour diffamer son chef-d'œuvre nouveau Et secouoient la tète à IVndroit le plus beau. Le commandeur vouloit la scène plus exacte; Le vicomte indigné sortoit au second acte...

l'n bel esprit du temps nointiK; l'Iapisson s'est par là acquis la seule immortalité qu'il pût atteindre, celle du ridicule: placé sur le théâtre, il haussoit les épaules chaque fois que le parterre éclatoit de rire, et il lui disoit tout haut dans son dépit : (( Ris donc, parterre, ris donc! »

La protestation la plus dangereuse, quoique la moins bruyante, fut celle qui eut son principe dans le zèle religieux. « L'exhortation d'Arnolphe endoctrinant sa pupille parut, non sans cause, dit M. Bazin, parodier les formes d'im sermon. Les chaudières bouillantes dont il menace Agnès, la blancheur du lis qu'il promet à son âme en récompense d'une bonne conduite, la noirceur du charbon dont il lui fait peur si elle agit mal ; enfin, ces Maximes du mariage ou Devoirs de la femme mariée avec son exercice quotidien, tout cela ressembloit trop au langage le moins éclairé du catéchisme ou du confessionnal pour que beaucoup de gens n'y vissent point un attentat contre les choses saintes. » « Je ne dirai point que le sermon qu'Arnolphe fait à Agnès, disoit de Villiers, et que les maximes du mariage choquent nos mystères, puisque tout le monde en murmure. » Le prince de Conti, l'ancien protecteur de la troupe de Molière en Languedoc, devenu janséniste et théologien, se montra, dit-on, des plus scandalisés; et, en effet, dans le traité qu'il écrivit sur la Comi-die et les Spectacles selon la tradition de l'Église, et qui parut après sa mort (1667), l'Ecole des Femmes est citée comme une œuvre licencieuse et offensant les bonnes mœurs. Il ne faut point trop s'étonnpr, du reste, de toute cett(> émotion, car il n'est nullement certain qu'une comédie aussi

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audacieuse que l'Ecole des Femmes poiirroit être représentée de nos jours.

La critique intervint aussi pour discuter au point de vue littéraire le succès de la nouvelle pièce; Donneau de Vizé s'exprime comme il suit : « Cette pièce a produit des effets tout nouveaux : tout le monde l'a trouvée méchante, et tout le monde y a couru. Les dames l'ont blâmée, et l'ont été voir; elle a réussi sans avoir plu , et elle a plu à plusieurs qui ne l'ont pas trouvée bonne; mais pour vous en dire mon sentiment, c'est le sujet le plus mal conduit qui fut jamais, et je suis prêt de soutenir qu'il n'y a point de scène où l'on ne puisse voir une infinité de fautes. Je suis toutefois obligé d'avouer, pour rendre justice à ce que son auteur a de mérite, que cette pièce est un monstre qui a de belles parties , et que jamais l'on ne vit tant de si bonnes et de si méchantes choses ensemble. »

En revanche, Molière vit se déclarer pour lin', outre le public, Boileau- Despréaux et Louis XIV. Boileau lui adressa les stances suivantes :

En vain mille jaloux esprits, Molièi'c, osent avec mépris Censurer ton plus bel ouvrage ; Sa charmante naïveté S'en va pour jamais d'âge en âge Divertir la postérité.

Que tu ris agréablement!

Que tu badines savamment!

Celui qui sut vaincre Numance, Qui mit Carthage sous sa loi , Jadis, sous le nom de Térence, Sut-il mieux badiner que toi?

Ta muse, avec utilité.

Dit plaisamment la vérité ; Chacun profite à ton École.

Tout en est beau , tout en est bon ; Et ta plus burlesque parole Vaut souvent un docte sermon.

Laisse gronder tes envieux :

Ils ont beau crier en tous lieux

ex 1,1V SKCOXDJ- Ki'oori:

(hicii \aiii tu (iianiu's le MilKuirc, Que tes vers n"ont rien de plaisant.

Si tu savois un pou moins plaire.

Tu ne leur d(''pIairois pas tant.

L'Ecole des Femmes fut représentée au Louvre, le 5 ou le 6 janvier 1663. Le roi goûta cette comédie.

Qui fit rire leurs Majestés Jusqu'à s'en tenir les côtés;

c'est ce que nous apprend Lorct, qui confirme en même temps la lutte engagée autour de cette pièce :

Pièce qu'en plusieurs lieux on fronde.

Mais où pourtant va tant de monde.

Que jamais sujet important, '

Pour le voir, n'en attira tant.'

Si l'orage étoit violent, Molière avoit, comme on voit, de solides appuis. Il marcha en avant, il lit imprimer son ouvrage, qui parut le 17 mars 1663, avec une dédicace à Madame Henriette d'Orléans. Dans la prélace qui y est jointe, il parle d'une petite dissertation qu'il a faite en dialogue pour répondre aux censeurs : « Il ne sait encore, dit-il, ce qu'il en fera. » Il se résolut bientôt à prendre l'offensive.

La Critique de l'École des Femmes parut sur la scène du Palais-Royal le l*""" juin suivant. Cette conversation littéraire, dans un salon du xvn'' siècle, si vivement retracée, est une des productions de Molière les plus charmantes et les plus instructives. Il a mis à dessiner ces caractères une délicatesse nouvelle. Chaque personnage est peint en quelques traits avec une vérité qui le met sous nos yeux : c'est d'abord le marquis, qui devient décidément un type comique; puis Lysidas, le détracteur oblique, l'auteur pédant et envieux; c'est Élise, la satirique spirituelle, qu'il fit représenter par la jeune Armande Béjart qui, pour la première fois peut-être, paroissoit sur la scène et y venoit défendre son mari. C'est la pri;cieuse, la prude

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