Muse hislori'pii'. lettre du l.'i janvier 1G
DU THÉÂTRE DE MOLIERE. cxlv
Climène, qui cherche à prendre sa revanche du coup terrible qu'elle a reçu en 1659: Molière répond à tout le monde. Il glisse assez légèrement toutefois sur le reproche qu'on a fait à certains endroits de sa pièce de choquer la religion : « Ces paroles (ï enfer et de chaudières bouillantes sont assez justifiées, dit-il seulement, par l'extravagance d'Arnolphe et par l'innocence de celle à qui il parle. » Immoral et sans pudeur, Arnolphe cherche à exploiter la morale et la religion à son profit; il y a là un trait essentiel de ce caractère profondément conçu. Molière n'avoit rien de plus à dire : il réservoit d'ailleurs à ce groupe d'accusateurs une meilleure réplique.
Il réfute moins sommairement les prétendus connoisseurs , défenseurs des règles et invocateurs d'Aristote, gent alors insupportable ; il les fait battre par un homme du monde avec les arguments du bon sens et de la droite raison. Il défend en même- temps sa cause contre ceux qui, pour déprécier ses ouvrages , leur opposoient sans cesse les tragédies de Corneille. De Villiers , qui s'est fait l'écho de toutes ces clameurs , développe comme il suit la comparaison dont on se servoit pour ' rabaisser l'auteur comique: a Pour faire parler des héros, il faut avoir l'âme grande ou plutôt être héros soi-même, puisque les grands sentiments que l'on met dans leur bouche et les belles actions que l'on leur fait faire sont plus souvent tirés de l'esprit de celui qui les fait parler que de leur histoire. Il n'en est pas de même des fous que l'on peint d'après nature; ces peintures ne sont pas difficiles. L'on remarque aisément leurs postures, on entend leurs- discours, l'on voit leurs habits, et l'on peut, sans beaucoup de peine, venir à bout de leur portrait. Si , pour bien représenter des héros et entrer dans leur caractère, il faut être capable d'avoir leurs pensées, je vous laisse à deviner les belles qualités que l'on doit avoir pour bien dépeindre des personnes ridicules.* »
Cette opinion étoit alors fort communément admise. Le