LA COMEDIE AU MOYEN AGE
Le règne de la comédie à Rome fut très-court. Sous les empereurs qui succédèrent à Auguste, il n'y avoit plus pour elle d'air rcspirable. D'ailleurs, elle ne sulTisoit pas aux plaisirs et aux émotions de ce peuple ; elle ne pouvoit. soutenir la concurrence des jeux du^^fque, des combats sanglants de l'arène, des supplices ni de ces incroyables exhibitions où figuroit, avant de monter sur le trône, l'impératrice Théodora. Elle ne subsista que comme exercice de rhétorique, et fut cultivée à ce titre pendant toute la décadence latine.
AU MOVK.N AGK. xix
Lorsque la civilisation roiiiaiiie eut disparu sous le flot des invasions barbares, la renaissance sociale eut son principe dans la foi religieuse. L'Église satisfit par les cérémonies liturgiques aux besoins de la fiction dramatisée et au goût dos spectacles dont rimagiiialion populaire est avide. 11 y eut pendant les premiers siècles du moyen âge un théâtre qu'on a appelé hiératique, intimement uni au culte, alimenté par l'histoire sainte et la légende chrétienne.^ L'élément comique y étoit représenté aussi bien que l'élément tragique. La parodie, le travestissement qu'on voit se donner carrière dès l'époque la plus ancienne, les fêles burlesques qui sont en si grand nombre au moyen âge, revendiquent en quelque sorte les droits inaliénables du rire, de la moquerie et de la dérision.
Par une suite de transactions et de transitions qu'il seroit trop long d'indiquer ici, la comédie purement profane reparoît au xiw siècle avec les jeux travestis, les scènes plaisantes, les dialogues amoureux, récités, chantés, mimés par les jongleurs. Le Jeu de Robin et Marion, d'Adam de La Halle, qu'on peut régarder comme notre premier opéra-comique, est le plus gracieux monument que nous ait laissé cette nouvelle époque. La tradition se continua et se développa. On en a plus d'une fois déjà, mais fort incomplètement encore, esquissé l'histoire. Les représentations, qui paroissent avoir été ambulatoires et en quelque sorte foraines jusque vers la fin du XIV'' siècle, se régularisèrent à partir de cette époque. Les Confrères de la Passion, qui formoient une sorte de compagnie tragique, autorisés par lettres patentes de l/i02, louèrent, dans l'hôpital de la Trinité, une belle et grande salle pour y jouer leurs Mystères. Des associations* comiques ne tardèrent pas non plus à s'établir. Les clercs de la Basoche , la confrérie des Sots ou des Enfants Sans-souci furent les plus anciennes de ces associations. On a cherché à déterminer
I . Nous avons retracé les différentes phases par lesquelles passa ce théâtre primitif dans notre ouvrage sur les Origines littéraires de la France.