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leur rôle et leurs atiribulions spéciales ; les clercs de la Basoche passent \MmY être en Krance les créateurs du genre de la Farce ; les Sots ou les Enfants Sans-souci, pour avoir inventé et joué principalement ce qu'on appeloit la Solie. La sotie ëtoit une-^sorte de pièce satirique, et allégorique qui reposoit sur une combinaison assez semblable à celle de la Commedia dcW arte en Italie. Les personnages ne changeoient pas plus que Pantalon, Cassandie, Arlequin, Isabelle et (volombine; ils se perpétuoiont dans toutes les pièces. Il y avoit d'abord le prince des Sots, ensuite Mère Sotte, puis certaines personnifications symboliques : le seigneur de Gaieté, le yénéral d'Enfance (dans le sens de tiaïveté badaude et un peu niaise), y abbé de Plate-Bourse, ehfm toutes les variétés de la sottise humaine : Sot dissolu, Sot glorieux, Sot ambitieux. Sot avare, Sot ignorant, Sotte foUe, Sotte bigottc. Sotte rebelle, etc. Tel étoit le groupe traditionnel auquel pouvoient s'ajouter, pour les besoins de chaque sotie en particulier, quelques personnages de circonstance. Avec un pareil ensemble, avec ces types familiers au public, ayant chacun leur costume et leur devise, l'action se nouoit simplement et facilement. Les caractères étpient tracés, il»sufiisoit d'en faire une application plus ou moins ingénieuse. Les personnalités, les allusions étoient le principal attrait de ces pièces : Sot glorieux figuroit tel'àeîgneur de la cour; Sot ignorant, tel prélat qui ne devoit pas son élévation à son savoir; Sot ambitieux, tel ministre impopulaire. Que M pièce eût pour sujet un événement politique ou un scandaie privé , le cadre étoit fort bien préparé pour la satire. « On y taxoit volontiers, en effet, comme dit Gilles Dura/id, les dames de nom et les hommes qui avoient fourvoyé. » «Le monument le plus important de ce gepre qui nous soit parvenu est la sotie de Pierre Gringore, jouée aux Halles pendant les jours gras de l'année 15H , sotie dirigée contre le pape Jules 11, et où Mère Sotte se montre déguisée en Mère Sainte Église. On découvre à la fin la matrone folâtre .sous ses habits vénérables, et l'on conclut que « ce n'est pas Mère Sainte Eglise qui fait la
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guerre à Louis XII et qui lroul)le le royaume, ce n'est que Mère Sotte. »
On sait moins positivement encore à quelle corporation attribuer l'invention de la Moralité, sorte de pièce tenant le milieu entre le sérieux et le comique, presque toujours allégorique et qui avoit pour principal fondement la philosophie des écoles.
Les corporations des Sots, de la Basoche et même des Confrères de la Passion , à supposer qu'elles eussent d'abord chacune un domaine bien défini et absolument distinct, échangèrent dans le courant du xv^ siècle leurs spécialités. Au commencement du siècle suivant, un spectacle profane étoit d'ordinaire composé à la fois d'une moralilé, d'une sotie et d'une farce. Cela formoil une sorte de trilogie.
Des différentes formes du jeu dramatique au moyen âge, la farce étoit celle qui se rapprochoit le plus de la comédie. Fille du fabliau, elle mettoit en scène des caractères ayant une empreinte personnelle, des types populaires, de vraies peintures satiriques des mœurs du temps. Elle a produit un chef-d'œuvre. Maître Pierre Pathelin , dont Herfri Estienne disoit avec raison : « Il me semble que je lui fais grand tort en l'appelant une farce, et qu'elle mérite bien le nom de comédie. » Parmi les productions de ($■ genre , qui n'ont pas sans doute une valeur égale à celle de Pathelin, il en est pourtant de très-remarquables; citons : Colin qui loue et desfile Dieu en un moment, à cause de sa femme ;^ le Plaidoyer d'entre la Simple et la Rusée, de Coquillart; Dire. et Faire, de Pierre Gringore; le Monologue du franc archer de Bagnolet , attribué à Villon; le Monologue de l'Aventureux.- 11 y a là toute une veine très -fertile, qui disparoît à nos yeux à parlii- de la seconde moitié du xvi'^ siècle, mais ne tarit pour-
I . Dans V Ancien théâtre français do la collection elzévirienne de Pierre .1 an net, 1. 1".
i. Dans le renieil de Techener.
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tant pas, et va rejoindre directement la comédie de Molière.
Cette vaste période du moyen âge, sur laquelle nous n'avons pu que jeter un rapide coup d'œil, apportera deux choses au théâtre moderne : d'abord un élément de satire en quelque sorte indigène, tout pénétré de notre esprit, et puisé dans notre état social. De là viendront en droite ligne, par exemple, le Médecin malgré lui, George Dandin, et la plupart des œuvres comiques où le goût de terroir, pour ainsi dire, est plus prononcé. Ensuite notre théâtre devra en grande partie, selon nous, à son prédécesseur le théâtre du moyen âge les tendances philosophiques qui donnent une si grande portée à ses plus puissantes créations. Ce qui domine, en effet, dans la tradition dramatique du moyen âge, c'est la pensée abstraite. Les Mystères, qui sont les tragédies de cette époque, retracent en premier lieu l'histoire de la Création, de la Chute et de la Rédemption; ils traitent, par conséquent, de la nature de l'homme, de son origine et de sa fin; ils traduisent les sublimes enseignements du dogme religieux; ils ont pour sujets les plus hauts problèmes auxquels puisse s'élever l'esprit humam. La Moralité, qui vmt un peu plus tard, vécut plus exclusivement encore d'idées générales; elle n'eut guère, en guise de personnages, que des vices ou des vertus, des raisonnements ou des préceptes personnifiés. La Sotie, malgré les grelots qu'elle agitoit, fut, nous l'avons dit, presque exclusivement allégorique. La Farce elle-même n'échappoit pas toujours à cette tendance de la littérature entière : elle mêla bien souvent à ses personnages réels des êtres symboliques; tels sont : Dire et Faire, par exemple, dans la farce de Gringore que nous avons citée.
Quoique l'allégorie, poussée ainsi à l'excès, devienne un grave défaut, nous croyons pourtant qu'elle contribua à élever pour toujours le point de vue scénique. Si des modernes ont eu la hardiesse de résumer dans certains types une vue générale de la nature humaine, on peut supposer que les habitudes d'esprit (|ui avoient régné pendant tant de siècles
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n'étoicnt pas étrangères à cotte hardiesse que l'antiquité ne connut pas. Il n'est pas doiilcux, non plus, que la subtilité (le l'analyse psychologique et morale qui gagna la littérature et le thécâtre, tout ea les galant l'une et l'autre, grandit pourtant le domaine de l'observation intérieure. Il y eut là, dans cette conséquence de la scolastique, comme dans la scolastique elle-même, une éducation première, une gymnastique de l'esprit moderne. Les productions de l'école disparurent : .1/î/slè?rs , Moraliti's, Soties tombèrent dans un oubli profond ; le long travail , les procédés littéraires du passé ne laissèrent même pas de vestiges apparents. Tout n'en fut pas perdu, cependant; il en étoit comme de ces études qu'on fait dans sa jeunesse : les esprits superficiels s'imaginent que le temps qu'on y consacre est mal employé, parce qu'ils n'en aperçoivent pas immédiatement l'utilité pratique. Pourtant elles exercent sur la vie entière une influence considérable; elles modifient profondément l'intelligence; elles laissent, lorsqu'elles n'ont pas existé, une lacune irréparable, et établissent entre les hommes une sensible et durable inégalité.
En France, la tradition littéraire du moyen âge ne devoit pas poursuivre paisiblement son cours. Troublée et combattue par d'autres tendances et d'autres influences, elle fut entravée et arrêtée de bonne heure dans ses développements; elle n'eut pas sa pleine carrière; elle ne se résuma pas seule et sans mélange dans quelques génies sains, libres et heureux. Le moyen âge ne s'épanouit complètement que chez les peuples qui n'avoient pas été enveloppés dans le grand mouvement de la civilisation romaine, par exemple : l'Allemagne, l'Angleterre, les peuples du Nord. Le suprême représentant de cette tradition absolument indépendante, c'est Shakespeare, un des plus admirables génies qu'ait produits l'humanité. Shakespeare est le seul rival de Molière. Il est plus grand, si on l'envisage dans toute l'étendue de ses facultés, dans la sphère immense où il se meut librement. Molière est supérieur, si l'on ne con-
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sidère que le côté spécial qu'il a embi'assé, le côté comique, les discordances de l'homme, vices, foiblesses ou travers; son observation pénètre plus avant dans les tortueux replis de l'âme humaine et de l'âme compliquée par la société.
Shakespeare, fils et héritier du moyen âge, n'a pas reçu les leçons de l'antiquité. Il est demeuré étranger à cette révélation de la forme artistique qui nous est venue de la Grèce. Or, quiconque a échappé à cette initiation reste incomplet, quelle que soit la vigueur de son génie. Si riche qu'il soit par tous les ' dons de l'imagination et de l'esprit, il lui manquera infailliblement le sens de l'harmonie et de la perfection, la connoissance de la vérité estliétique. La vérité esthétique est sortie de la Grèce comme la vérité religieuse de la Judée; elle a été transmise de la Grèce à Rome, de Rome à l'Italie et à la France; c'est la grande voie hors de laquelle- il n'y a pas de salut. Hors de cette voie on rencontre sans doute des grands hommes; on ne trouve pas de tradition suivie et incontestée. On aperçoit des miracles d'inspiration, inconsciente presque toujours, solitaire et passagère; on ne trouve pasja beauté exemplaire et accomplie, ni modèles, ni lois.
C'est à cette initiation artistique et littéraire que, depuis longtemps déjà, la France se préparoit laborieusement.