‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 83 sur 266 · I. YrjÏT JodelH on le Mnilre-Xnhl, acte IV, se. ii · texte numérisé non relu

I. YrjÏT JodelH on le Mnilre-Xnhl, acte IV, se. ii

NOTICR PRÊLniINAI RK. 7

nirmo, comiiio il arrivoit souvent ù tous ces fins matois des vieux contes, à ce (|u'il devienne... Sganarelle.

Ce premier ouvrage indique un esprit en pleine possession de son art, un maître expérimenté de la scène. Tout y est conçu, en eflet, pour la perspective théâtrale. Tout y est action, mouvement; à la rigueur, les personnages pourroient être muets, la pantomime leur suffîroit. Ce n'est pas du théâtre de Molière qu'on s'avisera jamais de dire qu'il n'est qu'un salon où se tiennent d'admirables discours. Et c'est surtout en se plaçant à ce point de vue qu'on est fondé à prétendre que l'Étourdi est supérieur au Menteur de Corneille : le principal mérite de l'un est dans le drame, dans la puissance dramatique appliquée à la comédie; le principal mérite de l'autre est dans le magnifique langage qu'on y parle.

Le style de Molière est déjà, dans cette première œuvre, tout ce qu'il doit être : le style même de la comédie. On y observe, il est vrai, des incorrections et des tours de phrase embrouillés, dont se corrigera l'auteur du Misanthrope et des Femmes saiHinles. Mais il a dès lors ce vers ferme, facile, naïf, « où la périphrase elle-même ne semble pas une des servitudes de la rime, mais un tour ingénieux. » Point de périodes; une langue docile et juste, rapide, appropriée à chaque personnage, frappant chaque pensée au coin de la vérité et de l'efficacité, et produisant ainsi au courant du dialogue 0es sentences qui ne s'oublient plus. On compteroit dans VÉtoiJùriii, en aussi grand nombre que dans les meilleures pièces de Molière, de ces vers qui sont devenus proverbes et qu'on cite toujours.

On a adressé d'autre part à l'Étourdi quelques critiques. On a d'abord blâmé le titre. Selon Voltaire, « les connoisseurs ont dit que VÉlourdi devoit seulement être appelé les Contre-Temps. Lélie, en rendant une Ijourse qu'il a trouvée, en secourant un homme qu'on attaque, fait des actions de générosité plutôt que d'étourderie. Son valet paroît plus étourdi que lui, puisqu'il n'a presque jamais l'attention de l'avertir de ce qu'il va faire. » C'est une chicane. Il est clair que Lélie ne fait pas tout le long de la pièce des étourderies et rien que des étourderies, ce qui scroit faux, hors nature et insupportable. Il suffit que le caractère se développe et que l'étourderie en soit un des traits dominants. 11

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est difficile croxprinier et de définir par un seul mot ce travers de Lélie où diverses nuances se combinent : il est irréfléclii, inconsidéré; il cède toujours au premier mouvement, et, une fois parti, ne s'arrête plus; à la pétulance et à la précipitation qu'il apporte dans toutes ses actions, il faut ajouter certaine mauvaise chance évidente qui le poursuit. Il faudroit sans doute un mot différent pour indiquer et distinguer chacune de ces nuances. Mais le mot d'élourdi s'applique assez bien à l'ensemble du personnage, et te sous-titre : ou les Conlre-Temps ^ fait largement la part des simples incidents comiques inventés pour mettre en jeu l'activité et la souplesse de Mascarille.

On a critiqué avec plus de raison le dénouement. « La fortune seule, dit N. Lemercier, achève l'aventure qui auroit dû se terminer par les moyens emploj'és précédemment dans la fable. La faute commise par notre auteur est d'autant plus sensible que les inventions du valet et l'étourderie du maître ne concourent en rien au dénouement. On a remarqué avec justesse que l'auteur italien (Nicolo Barbieri, qui a fait l'Inavver(iln) avoit évité ce défaut. Dans la pièce originale, l'amant, désolé de ses propres incartades, se redoute soi-même au moment où toutes ses affaires sont arrangées; et quand son valet n'a plus besoin que de sa présence pour lui faire conclure son mariage avec sa maîtresse, celui-ci prend la fuite de peur d'être un nouvel obstacle à ce qui se concerte pour lui, et son valet est contraint de le rapporter en personne sur ses épaules pour que son évasion n'empêche pas encore son hj^men. Ce risil)le incident est un coup de maître dans l'intrigue de cette comédie. »

L'Étourdi fut représentéd'abord à Lyon, puis à Paris, le 3 novembre 1658, avec le plus grand succès. Molière jouoit le rôle de Mascarille; si l'on en croit de Villiers, l'auteur de la Vengecmce des Marquis, Molière joua d'abord ce rôle sous le masque; il rejeta le masque après les premières représentations; « mais à la fin il nous a fait voir, dit son implacable ennemi, qu'il avoit le visage assez plaisant pour représenter sans masque un personnage ridicule. » Ce qui est certain, c'est que Molière se montra excellent dans ce rôle, et qu'il se fit non moins admirer comme acteur que comme auteur. Écoutons encore Le Boulanger de Chalussay, dans son Élomire hypocondre ; voici comment cet autre

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détracteur de Molière fait parler celui-ci déguisé sous Tanagranime (ÏÉlomire. Là (au Petit-Bourbon) , dit Élomire,

Là, par lïéraclius nous ouvrons un tliL'âtro

Où je croy tout charmer et tout rendre idolâtre.

Mais, liélas! qui l'eust creu, par un contraire effet.

Loin que tout fust charmé, tout fust mal satisfait;

Et par ce coup d'essay, que je croyois de maistre,

Je me vis en estât de n'oser plus paroistre.

Je prends cœur, toutefois, et d'un air glorieux

J'afFichc, je harangue et fais tout de mon mieux.

Mais inutilement je tentay la fortune :

Après Héradius on siffla Rodogune ,

Cinna le fut de mesme, et le Cul, tout charmant,

Receut avec Pompée un pareil traitement.

Dans ce sensible affront ne sachant où m'en prendre.

Je me vis mille fois sur le point de me pendre.

Mais, d'un coup d'étourdy que causa mon transport.

Où je devois périr je rencontray le port :

Je veux dire qu'au lieu des pièces de Corneille,

Je jouay l'Étourdy, qui fut une merveille.

Car à peine on m'eut veu la hallebarde au poing :

A peine on eut ouy mon plaisant barragouin,

Veu mon habit, ma toque et ma barbe et ma fraise.

Que tous les spectateurs furent transportés d'aise.

Et qu'on vit sur leur front s'effacer ces froideurs

Qui nous avoient causé tant et tant de malheurs.

Du parterre au théâtre et du théâtre aux loges,

La voix de cent échos fait cent fois mes éloges,

Et cette mesme voix demande incessamment

Pendant trois mois entiers ce divertissement.

Nous le donnons autant, et sans qu'on s'en rebute,

Et sans que cette pièce approche de sa chute.

On aime à penser que cette pièce décida la fortune de Molière, et qu'il lui dut ces joies profondes que cause une victoire chèrement acquise, et qui s'emparent de l'esprit, lorsqu'enfin la carrière est ouverte et qu'on n'a plus qu'à y marcher courageusement et librement.

Dans l'année qui suivit la représentation de l'Étourdi en province, en 165/1, Philippe Quinault, âgé alors de dix-neuf ans, et qui en étoit déjà à sa troisième pièce de théâtre, fît jouer à Paris l'Amant indiscret ou le Maître étourdi. Le personnage principal est le même dans cette comédie que dans celle de Molière, sauf

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