L'K TOUR
MASCARILLL.
Quoi?
Voici bien des alVaires; .l'ai dans ma passion toutes choses contraires : Léandre aime Célie, et, par un trait fatal, Malgré mon changement, est toujours mon rival.* '
Léandre aime Célie!
LÉLIE
Il l'adore, te dis-je.
MASr.ARILLE.
Tant pis.
LÉI.IE.
Hé, oui! tant pis; c'est là ce qui m'alllige. Toutefois j'aurois tort de me désespérer; Puisque j'ai ton secours, je puis me rassurer; ** Je sais que ton esprit, en intrigues fertile, N'a jamais rien trouvé qui lui fût difficile; (Jii'on t(; peut appeler le roi des serviteurs. Et ([n'en toute la terre...
M ASC A RI LEE.
Hé! trêve de douceurs.
Quand nous faisons besoin,- nous autres misérables,
' Var. Malgré mon chanrjement est encor ni07i rival (lOS^). *" Var. Puisque j'ai ton secours, je dois me rassurer (IG82).
gnol mascara, diminutif niascarilla, petit masque. Nous avons dit que. Molière commença probablement à jouer ce rôle sous un masqui;, comme faisoit Arlequin.
1. Léandre et Lélie ont aimé tous deux Mippnlyte, et tous deux ensuite se sont détachés d'elle pour aimer Célie.
2. Faire besoin, comme on dit : faire faute; cette cxpriission maintenant hors d'usage signifioit : être nécessaire.
ACTK I . SCi: N K II. 15
Nous suiiiines los cliéi"is et les incoinpai'ables;
Et dans un autre temps, dès le moindre courroux.
Nous sommes les coquins qu'il laut rouer de coups.
i,ÉLii:.
Ma toi! tu me lais tort avec cette iuv.ective. Mais enfin discourons un peu de ma captive : * Dis si les plus cruels et plus durs sentiments Ont rien d'impénétrable à des traits si charmants.' Pour moi, dans ses discours, comme dans son visage, Je vois pour sa naissance un noble témoignage; Et je crois que le ciel dedans un rang si bas Cache son origine, et ne l'en tire [)as.-
.A] ASCAllIl.LE.
Vous êtes romauescjue avecque vos chimères. Mais que fera Pandolfe en toytes ces aiïaires? C'est, monsieur, votre père, au moins à ce qu'il dit; Vous savez que sa bile assez souvent s'aigrit, Qu'il peste contre vous d'une belle manière Quand vos déportements lui blessent la visière. Il est avec Anselme en parole^ pour vous Que de son Hippolyte on vous fera l'époux, S'imaginant que c'est dans le seul mariage Qu'il pourra rencontrer de quoi vous faire sage: Et s'il vient à savoir xjue, rebutant son choix, D'un objet inconnu vous recevez les lois. Que de ce fol amour la fatale puissance Vous soustrait au devoir de votre obéissance,
" Var. Mais enfin discourons de l'aimnhle captive (1(5(S'2).
1. C'est-à-dire : si l'âme la plus cruelle et la plus dure peut rester insensible à des traits si charmants.
2. C'est-à-dire : et ne l'a point fait naître dans un rang si bas.
3. Il est en parole, en pourparlers, à votre sujet, afin de convenir que....
16 I/KTOUUDI.
Dion sait quelle tempête alors éclatera,
Et de quels beaux sermons on vous régalera.
LÉ LIE
Ail! tiève, je vous prie, à votre rhétorique!
MASCARILLE
Mais vous, trêve plutôt à votre politique!
Elle n'est pas fort bonne, et vous devriez tâcher...
J.KLIE.
Sais-tu qu'on n'acquiert rien de bon à me lâcher, Que chez moi les avis ont de tristes salaires, Qu'un valet conseiller y fait mal ses affaires?
MASCARILl.E.
(A part.) (Haut.)
11 se met en courroux. Tout ce que j'en ai dit N'étoit rien que pour rire et vous sonder l'esprit. D'un censeur de plaisirs ai-je fort l'encolure? Et Mascarille est-il ennemi de nature?
Vous savez le contraire et qu'il est très -certain Qu'on ne peut me taxer que d'être trop humain^j- . Moquez-vous des sermons d'un vieux barbon de père ; Poussez votre ])i(let, vous dis-je, et laissez faire. Ma foi! j'en suis d'avis, que ces penards * chagrins - Nous viennent étourdir de leurs contes badins, Et, vertueux par force, espèrent par envie Oter aux jeunes gens les plaisirs de la vie. Vous savez mon talent, je m'offre à vous servir.
LÉ LIE
Ah! c'est par ces discours que tu peux nie ravir. ^