‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 101 sur 356 · POUR LA TOUSSAINCT · texte numérisé non relu

POUR LA TOUSSAINCT

I é'fst à cette croix que tous les saincts » «mt attachez , et qu'ils ont prise pour tbjet plus ordinaire de leurs me» li ta tiens. ?rl^Ie8vraysreliî2;ieux doivent tousjours wr la croix et le crucifix devant lours »nz, pour apprendre de luy à se bien litter et renoncer eux-mesmes : et bien m la bonté de Nostre-Seigneur soit si ande que de faire quelquesfois gouster douceur de sa Divinité aux âmes qui le rvent, par les grâces et faveurs qu'il leur nununique, si est-ce neantmoins que 1M ne devons jamais oublier les amertu- !S, mespris et douleurs qu'il a soufferts urnous en son humanité. J*ay plusieurs ai dit , et ne me lasseray jamais de le re, que la religion est un mont de Calire, où il se faut continuellement crucir avec No5tre-S«Mgneur en cette vie, or r^pner éternellement avec luy en tulre.

EnOn pour conclure ce discours, je vous ray encore ce mot du glorieux S. Nicolas ïTolentin , lequel après avoir parfaicle- Mt renoncé au monde , à la chair et à

soymesme, et s'estre crucifié avec Nostre* Soigneur, par une entière mortification de tous ses sons, tout transformé en ses douleurs, sentant approcher l'heure do sa mort , il se fit apporter le bois sacré de la croix , et le voyant, il s'escria comme un autres. André, en l'apostrophant : Obona crux diù desiderata ! 0 bonne croix tant désirée ! je vous salue , ô croix unique et précieuse, sur laquelle estant appuyé, comme sur un baston très-assuré , je passeray sans crainte et à pied sec la mer orageuse de ce monde, et parviendray au port de l'elernelle félicité 1

0 certes , il est vray, mes chères filles , qu'il n'y a point de meilleur moyen pour assurer nostre salut que de nous crucifier avec Nostre-Seigneur, en renonçant au monde, à la chair et à nous-mesmes, suivant l'exemple que nostre glorieuse Maistresse nous a donné en sa saincte nativité. Faitçs-le donc fidellement, et Dieu vous comblera de grâces en ce monde , et vous couronnera de sa gloire en l'autre. Ainsi soit-il.

1" SERMON

POUR LA FESTE DE TOUS LES SAINCTS

Mw non viditf née amrit audtotl, née in tor hominit ateenderunt qnœ prœparai^ii Deui iit qni

diligunt illum. I. Cor. ii.

CKU n'a Yen, ny oreille entendu, et il n'est jamais entré en la pensée ny ao cœur de Thomme quelles et combien grandes sont les choses que Dieu a préparées à ceux qui l'aymenl.

Ce sont les parolles de S. Paul , mes ères sœurs , desquelles il se servoit esivant aux Corinthiens , pour les exciter à deprendre des choses basses et transira» de cq monde , et se desengager des 'ections de cette mortalité, en relevant ira cœurs et leurs pensées aux biens M-oels et perdurables. Et moy ayant a lia parler en cetle solemnité do la gloire s ttaincts , j'ay pensé que je me devois rvir des parolles de ce grand apostra , et » vous adresser , pour par icelles vous oourager à relever vos cœurs et vos pen-

sées à la considération de la gloire et félicité éternelle que Dieu a préparée à ceux qui l'aiment et le craignent en cette vie, et vous exciter par ce discours à mespriscr et retirer vos affections de toutes les choses créées ; puisque , comme dit TEscriture saincte, le ciel et la terre passeront, 6'cblum et terra transibunt, c'est-à-dire, que tout ce qui est icy-bas prendra fin.

Or pour vous dire et faire comprendre quelque chose de celte gloire. Je me serviray d'une histoire qui* est rapportée au pre* mier chapitre du livre d'JSoUier, d*un toAiia

SERHOll

qne le ruy Awuenis fit à tons les plus I cy : aussi n'y a-t'il rien * quey il

grand:* de son royaume, qui fut le plus j eslre comi«ré, d'autant qu'en ce festin de

(admirable , mB^niliquc et soleinnel (|ui so | ru^ncau sans macule se relreuve tout •

pui^so jamais voir ny entendre, d'à utiint | quisesllreuvécnceluy d'Assuerugeiiiiai

qu'en iceliiy toutes les conditions requises, ! façon boaucx>up plus excellante , eten îe»»

et qui se peuvent souhaiter en un festin i luy sont joinctes cnsemblement toutes lu

four le rendre remarquable, s'y retreu- , conditions requises, pourfendre un bat*

verent;car, en premier lieu, celuy qui faisoit le banquet esloit roy de cent vingtsept province*;, et iceluy s'y treuva , qui est une des principales pièces du fesij) . à sçavoir que celuy qui le fait s'y Meuvn, principalement quand c'est une persoune de qualité royale. Et quanta ce qui estoit dos viandes, elles estoient les plus excel lentes qu'on eui$t pu souhaiter, et le vin phis exquis qu'on eust pu rencontrer. CeuK qui servoient en ce banquet estoient des personnes de grande qualité constituées par le roy, lesquelles s'acquittoient fort soigneusement de leur office. Le lieu où se faisoit le festin estoit le plus beau et plus magnifique qui se puisse jamais voir , tes pillicrs estoient de marbre, les corriiihea d'emeraudes, les tiipisseries estoient de soyc toutes rehaussées d'or et d'argent, les planchers estoient tout azurez^ il y avoit des couches toutes battuî^s en or fin, et avec cela les musiques les plus belles et exciuises , et les instrumens les plus accx)rds et harmonieux qui se puissent entendre n'y manquoient point : il y avoit aussi des parterres artificiels, diaprez d'une variété innombrable de fleurs les plus belles qu'on oust pu souhaiter. Les invitez estoient les pi us grands princes et seigneurs de cette contrée , et le banquet dura cent quatre-vingts jours, avec toutes ses magnificences. En somme, TEscriture le rapporte comme la chose la plus excellente et admin.ble qui se puisse jamais dire ny voir.

Ayant donc jette les yeux de ma considération sur cette feste, je n'ay |K)int trouvé d'histoire ou de discours plus propre pour vous représenter la gloire et félicité des saincts, qiie ce festin du roy Assucrus, puisque celte félicité éternelle n'est autre chose qu'un festin ou banquet, auquel nous sommes tous invitez, et ceux qui y sont receus sont rassasiez de toutes sortes de délices. Mais certes, quand je viens à comparer ce banquet éternel de la gloire des saincts avec celuy d'Assuerus, je trouve queCelay-là n'est rien &a prixdecettuy*

quet infiniment plussolemnel , magnifiqn et admirable qu'on sçauroit imaginer.

Premièrement , celuy qui fait le feilia est Dieu, qui surpasse infiniment en grai* deur et dignité tout ce qui est et peit estre : et sa personne royale et diviaei non seulement s'y trouve et assiste M festin ; mais , qui plus est , il est luy^ mesme la viande et le mets qui repaist il rassasie les conviez par celte admirable al ineffable communication qu'il leur fait de soy-niesme. Les assistans ou personnetqoi servent à ce divin festin sont les anges, a^ changes et autres esprits célestes que Diei a nommez et destinez à cela. De vous parler de la bonté du lieu où se fait le festin, é certes cela est tout-à-fait impossible ; ausri mon dessein n'est do le faire maintenaaCi ainsde vous dire briefvement sur chaq^i^ circonstance quelque chose des excellentes conditions de cet admirable festin de II félicité éternelle.

Donc pour commencer parla principale circonstance, qui est que Dieu qui fait le festin, se treuve en iceluy, et qu'il estliiymcsme lu viande qui rassasie ceux qui y sont conviez; escoulcz ce qui est dit eu l'Apocalypse : Fincenli dabo edere d$ ligno vitœ quod in paradiso Dei mfî.

Je donneray ù celuy qui vaincra à manger de l'arbre de vie qui est au paradis de mon Dieu : Beati qui ad cœnam nuf tiarum agni vocati sunt , Bien-hcurcuX sont ceux qui sont appelez au banquet des noces do l'agneau ; car ils n'auront jamais ny faim ny soif , d'autant qu'il les conduira aux fontaines des eaux de vitf Et deduret eos ad fontes vitœ aquarum.

Mais quelles sont ces eaux do vie , sinot Dieu mesme, lequel se fera la viande de ses esleus, en se communiquant à eux paf la claire vision cl connoissance de sa Di* vinilé?

0 quel fesfin plus excellent et remply dcéclicesse pourroit-il jamais treuver ny désirer que celuy que Dieu fuit dnns le dd à ses saincts, puisqu'il est Itty-meaiBe Iftil

POUR LA TMMAmCT.

Ml

f CefltoitBana doute après la jouys* I vision de Dieu, il ne se peut rien roir, ny ie ce divin ft^stin que le Faiiict pro- ' de plus excellent, ny rien ne peut ealre

David souspiruit, quand press<^ du e voir Dieu il s'CbCnoil : Qnemad- % énideral eertus ad fontes aqna^ ita degiderat anima rnea ad le^ mando teniarriy et apparebo ante ^ Dei (\)t Quand sera-ce, ô mon {ue mou anie plus alleréo du de:»ir B voir, que n*cst le cerf |)Oursuivy isseursde rencontrer quelque claire e pour apaiser sa soif par la fraisle ses eaux, paroistra devant vostre il pour confirmation de ces parolles :

y rassasi é,di tri I, quand vostre gloire iroistra, Saliabor c^m apparuerit ma (2).

. une chose hors de tout doute et rerse, que la gloire essentielle des sureux rx)nsistc en la claire vision oissancede Dieu, I/œc est vita œ^ it eognoêcant te Deum verum (3); au contraire la peine des damnez , ippelle du dam, consiste en la pride cette claire vision Mais outre loirc essentielle, il y en a une autre ppelle accidentelle, qui est celle que n-heureux reçoivent par accident, les damnez outre la peine du dam encore une autre qu'on appelle du ce sera de c^tte gloire essentielle Jentelle dont nous parlerons main-

lierement, quant à la gloire* essenjui consiste ô voir Dieu tel qu'il est, lent, sans ombre ny fli^ure, on y voit )se3 si grandes et excellentes, que lesme, avec rinfmité do sa louteice. n'en peut produire ny créer de •andes, puisqu'on y voit premierea Divinité, qui est la source infinie es sortes de grandeurs : seconde- Ton y voit encore Tunion du Verbe avec la nature 4Himaino; troisiest Ton y voit In maternité de la Ste nostre tres-lionorée Mère et Maiscn quatriesme lieu, l'on y voit la des bien-fi(Mjr(Mix , de laquelle il ouverain object. Or tout cecy derincipalemcnt de la gloire essen-

it à la première chose, qui fait la essentielle des saincts, qui est la

«. su. «. (1) Ib. &TI. «- (1) 8. IMD , ITn.

de plus grand , d'auUinl que (oomme disent les théologiens) Dieu est un estre qui est par dessus tout oslre un acte Ires-pur cl Ires^imple; et Dieu mesmo avec Tinfi* nité de sa toute-puissance ne peut rien pro duire ny créer de plus haut , ny de plus grand que luy; car s'il pouvoit créer quelqu'autre chose plus grande ou plus haute que luy, il no seroit pas Dieu, puisque Dieu est un estre qui est au-dessus de tout oslre, increé, indépendant, et que rien no peut es» galer. Tous les théologiens sont d'accord en cecy, et il n'y a point sujet d'en dispu* ter, d'autant que cela est une vérité tresclaire et manifeste.

La deuxiesme chose que voyent les bienheureux dans le ciel, est ce mystère ineflfable de l'union hypostalique de la nature divine avec la nature humaine, qui est une œuvre si sublime et relevée, qu'elle surpasse infmiment tout ce que les esprits, tant angeliquos qu'humains, peuvent concevoir.

La troisîesme est la maternité de Nostre- Dame joincte à sa virginité, qui est encore uncchose plus grande qu'on ne scauroitdire ny penser; d'autant que la virginité joincte à la maternité est l'œuvre la plus excellente après l'incarnation que Dieu avec sa toutepuissance puisse faire : mais comment, je vous prie, mes chères âmes, pourroit-il eslever une créature plus haut, que de la faire Mère de Dieu, qui est la plus grande d.gnité qui puisse estre?

La quatriesme chose que voyent les bienheureux , et dont je veux parler, est la lumière de gloire qui est aus^^i une des plus grandes choses qui se puissent créer, puis* (pi'elle a pour objet Dieu roesmequi est une clarté de lumière increée, parla()uelle Ton voit toutes les autres lumières qui sortent toutes de ceile-cy comme de leur source et origine, sans qu'elle en puisse estre tant soit peu intéressée ou diminuée : In /umine tuo videbimus lumen, En vostre lu* micro, nous verrons la lumière, dit le sainct prophète.

Or de ces quatre choses si grandes, si admirables et si excellentes, jouysscnt les bien- heureux dans le ciel ; car ils voyent face À face clairement, sans ombre ny figure, Dieu trioi ti uo, non ptr anigmi» of

SERMOlff

figure, mais lel qull est^avecune si grande clarté, que dans son essence ils voycnt la lumière en la lumière, et la lumière de toutes les autres lumières; et en icelle ils "voyent la grandeur et excellence de l'incarnation du Verbe éternel et de la maternité de la Vierge, et encore quelle et combien grande est la gloire que Dieu donne à ses esleus, et en cette claire vision de Dieu ils descouvrent et viennent à une parfaicte intelligence des plus profonds mystères de la foy, desquels ils ont la connoissance avec une telle clarté, joye et allégresse, qu'ils n'en peuvent souhaiter ny désirer une plus grande. De sorte qu'on peut véritablement dire, qu'on cette vision ils reçoivent une mesure de délices si pleine et si comblée, qu'elle s'espanche de toutes parts, et que l'extresme joye et liesse qu'ils reçoivent en la |)ossession de cette gloire essenliolle, par la connoissance de toutes ces choses, les rassasient tres-parfaictement.

lié I combien pensez- vous , mes chères sœurs, que les bien-houreux reçoivent de suavité par la claire vision du mystère ineffable de la tres-saincte Trinité, vovant l'eternité du Père, du Fils et du Sai net-Esprit, voyant comme le Fils est engendré du Père, et que le Père ne procède de personne, et comme le Sainct-Esprit , par un souspir amoureux, procède du Père et du Fils.

Quelle joye de voir que le Fils n'est point moindre que le Père? lequel, pour estre Père, n'est point plus grand que le Fils, et que le Sainct-Esprit est en tout esgal au Père et au Fils. Quelle suavité de voir que le Fils est éternel, et aussi ancien que le Père, et que le Sainct-Esprit est aussi ancien que le Père et le Fils, et que les trois personnes n'ayant qu'une mesme essence, ne fontqu*un seul Dieu.

Je lisois hier en la vie de S. Ignace, fondateur des Jésuites, que Dieu luy fît la grâce de luy monstrer, dans une vision , le mvstere de l'ineffable et tres-adorable Trinité, de laquelle vision il receust tant de clarté et de lumière en son entendement, qu'il en faisoit après les discours les plus profonds et relevez qui se puissent dire ou entendre, et demeura lon,;-tcmps à escrire ce qu'il en avoit appris, remplissant plusieurs cahiers de choses les plus hautes ei Bublimes qui se puissent voir en la theo- 1

logie ; ce qui monstre que Dieu en œtti vision luy fit connoistre de ce divin my» tere ce qui s'en peut concevoir en cctU vie : et après cette vision , ce sacré mystère demeura si fortement gravé et imprimé dans son cœur et son esprit, qui eut tousjours depuis une singulière dévotion en iceluy, se fondant de joye toutM les fois qu'il en avoit le souvenir. Or sio sainct a receu tant de joye et de consolatioi par cette vision, quelle pensez-vous quedoi estre celle que reçoivent les bien-heurem en la claire veuë et connoissance qu*ilsoBi de cet ineffable mystère de la très^idorabll Trinité.

Mais combien grande est la joye qn*ili reçoivent encore de voir ce nœud in* dissoluble , avec lequel l'humanité a esU joincte et unie avec la divinité en cetli œuvre incomparable de l'incarnation , pu laquelle Dieu s'est fait homme, et rhomoM a esté fait Dieu, voyant clairement coniM ce divin mystère s'est accomply, et comiM le Verbe éternel a pris chair humaina au ventre de la tres-saincte Vierge , sau faire aucune bresche ny lésion à sa vii^ nité , la laissant toute pure et toute nette, sans offenser en aucune manière sot intégrité virginale. Quelle joye et quelto liesse sera cellr-cy? quels torrens de voluptez, quels plaisirs et contentemens auront éternellement les esprits bien-heureos par la veuë* de toutes ces choses.

Et quelle félicité est encore celle qu'ill onlde voir le fruict et l'utilité des sacremens? voyant clairement comme la graoi se communique par iceux selon la dispoiiition et corres})ondance qu'on y apporte, 6t comme les uns la reçoivent, et les autres It rejettent : comme Dieu donne la grâce treS' suffisante et surabondante aux uns, et Is grâce efficace aux autres, et comme il lare> fuse à quelques-uns, sans toutesfois leur faîre aucun tort, ne fai:»i)nt rien en cela qui DS soit très-juste, comme dit le grand S. Augu»* ti n. Se pou rroit-il jamais pen>er, mes chères âmes, avec quelle suavité les bien-heureax connoissent et voyent loUstes ci's choses.

Or non seulement ils voyent Dieu , qui est ce en (;uoy consiste la félicité , mais aussi ils l'eaUndcnt parler, et parlent avec luy, et font des colloques et des dialogiM admirables avec sa divine majesté; etc'esl ooc4;re ici l'un des principaux poincts de

FOUR LA TOUSSAINGT.

ititude. Mais, 6 Dieu > quel langage a'ils tiennent, et de quelles parolles mt-ils? Certes, leur parler et leur n*est autre qu'un lungage d*amour re bien aymé avec ses tres-chers et des enfans avec leur très-cher 3St-à-dire que le langage des bien- ; est un langage tout lilial et plein *; car comme ce lieu est la ae« les enfans de Dieu, et que nul n*en- \ le ciolsMl n*ayme Dieu, s'il n'a la

et s'il n'est enfant de dilection :

ur langage est tout filial et amouais quelles parolles d'amour est-ce m dira à l'anie bien-heureuse ? 6 il luy dira ces gracieuses parolles :

s tousjours avec moy. et je seiay Bavec toy: lu seras ilesormais toute et je serai tout à toy, et l'ame bione, par un amour réciproque, luy ra ces amoureuses parolles pronon- !C tant de suavité par TEspouse au edes cantiques '.Dilectus meus mijo i7/i(1), Mon bicn-aymé est tout et je suis toute à luy , il est à cette >ut mien , et je seray désormais et toute sienne.

>pouse, estantencoreencettevallée res, disoit ces parollesd'amour avec suavité : ô Dieu ! quelle joye et ubilalion sera celle que recevront heureux en cette félicité éternelle, iialogue et cet entrelien amoureux iront avec Nostre-Soigneuf , lequel Icra de ce qu'il a fait et souffert c. leur disant : En un *f^\ temps jo i telles et telles choses pour vous , 'tenant du mystère de rincarnalion il ce qu'il a opéré pour nostre re- Df leur disant : J'uy fait pour vous

et attirer à moy, telles et telles je vous ai attendus tant de temps, >res vous quand vous résistiez à ma 9mme vous forçant par une douce de la recevoir ; je vous donnois en fmps ce mouvement et cette ins[)ije me servis d'un tel moyen pour irer à moy. En somme il leur desses secrets jugcmens, et les voyes blés qu'il a tenues, et desquelles il vy pour les retirer du péché, et les à la grâce : bref l'entendement des ireux deuieurera tout remply de

MU

clarté et de connoissance, tant de la grandeur de l'estre immense de Dieu , que de ce qu'il a fait et souffert pour eux , et dos faveurs qu'il leur a communiquées, etenfm de tout ce qui concerne la divinité et humanité do Nostre-Seigneu"*. et la maternité et virginité de Nostre-Dame et glorieuse Maistresse, qui est la troisîesme chose ia plus sublime que les bieo^heureux voyent dans le ciel, ainsi que nous avons dit.

Et si S. Bernardy oomme tresnlevost et plein d'amour qu'il estoiteaverarbiunanité de Nostre-Seigneur , et eoTers sa très* saificte Mère, receut tant /Je suavité el <le plaisir en la considerauou du mystère de sa saincte naissance , Wrsqa'eetant une nuict de Noè'l dans une e^^ise, en la ville de Chastillon sur Seine, meo.tanl celte sacrée nativité, que son entendement et tttiites les facultez de son ame furent tellemttnt englouties en la considération de ce divin mystère, avec tant de consolation et admiration, et fut si absorbé en îceluy, [wr la connoissance que Dieu luy en donna alors, : qu'il demeura plusieurs jours sans se pouvoir retirer de cette veuë, quelque violence qu'il se pust faire. En quel abysme de de* lices pensez-vous donc , mes chères fillos, que s'abysmera l'entendement des bienheureux, en la claire veuë, non seulement de la nativité de Nostre-Seigneur , mais de tous les divins mystères de nostre rédemption? Leur volonté sera alors dans une union tres-intime et inséparable avec celle de Dieu , Siins que jamais elle puisse faire aucune resistaixe à icellc , ains ac complira tousjours Ires-paifaictemcntsans aucune répugna nc^e , tout ce qui sera de son divin vouloir. Leur mémoire sera aussi toute pleine de Dieu, et du ressouvenir des grâces et des biens qu'il leur a faits ea celte vie mortelle, et du peu de ser* vice qu'ils luy ont rendu, au prix des grandes récompenses qu'ils [>ossederont.

Euiin toutes les puissances et fucul lez des esprits bien-heureux seront tellement rassasiez , qu'ils ne pourcont rien souhaiLoi davanUige que ce qu'ils ix^Sscderont : yin^ centi dabo manna abscondilum Je leur donneray, dit Dieu en l'Apuciilypse , une manne cachée qui les rassasiera ei assouvira entièrement : et outre cela , je donneray à chacun une pierre oiancue, en laquelle il y aura cscrit un nom uouveaui

SERMOlf

que |>er9onne n'entendra que gpIuy qui le recevra; Et dabo illictihulumeandidum, et in caleulonovum ifomen tcriplumjquod nemo scit nisi qui arcipit (4). Mais quelle est celte pierre blanche qui aéra donnée à ïaiï'.e bien-lieureuse , sinon Jesus-Christ , "vrayo pierre angulaire, lequel se donnera à chaque esprit bien-heureux par cette incompréhensible et ineffable communication qu'il leur fera de soy-mesmo, en la vie étemelle 1 car la blancheur do celte pierre ne signifie autre chose que la candeur et pureté de Nœtrc-Seigneur , vray agneau Bans tache ni macule. Mais quel sera ce nom qui sera graTé en cette pierre ? ccTle» i I n*y a point dedootp que nous ne soyons comme des caractère gravez en rhumanité de Nostre-Scigneur ainsi qu'il dit par isaye : Ji'cce in manibus meiit deêcripêi U. il nous a escritsen ses mains; d'autant que les doux qui les ont percées nous ont escrits et gravez en icelles , et de mcsmc la lance nous a escrits en son coour sacré , en luy ouvrant le costé.

Hier au soir , en considérant la gloire des sainctSf il me vint en pensée que cette parolle qui est escrite en celle pierre blanche que per.<onne n'entend que ceiuy qui la reçoit, n'estoil autre qu'une parolle filiale et amoureuse, telle que celle que nous avons dit que Dieu dira à l'amo bienheureuse : Je »u\^ tout à toy, et lu eâ toute à moy , lu ne te sépareras jamais do moy, et je ne m'esloigneray jamais de toy. 0 Dieu, me« chères sœurs, c'e^^t icv le comble de la félicité des bien-heureux, de sça«> voirquc cette gloiredelaquelleilsjouys!»ent sera éternelle , et ne prendra jamais fm ; c^r qu'est-ce qui cause le plus de juye dans les proî»perilez qu'on possède en cette vie, sinon rc8f)erance qu'on a qu'elles seront de longue durée? comme au contraire rien n'abat tant le ccurage, ny ne diminue tant

* la joye, que la crainte qu'on a que telles prosperilez ne dureront \i»s long-temps , et ne viennent test à passer. Mais les bienheureux posséderont la félicité avec une plénitude de joye libre de toute crainte et appréhension de |)erdre ce bien incomparable duquel ils seront jouyssans , parce qu'ils seront asseurez que leur gloire sera éternelle, et no leur pourra jamais cslre

ostée.

0)t.K«p. I.CLI.

Vous aurez leu, je m'assure, en ia vie de sainte Thérèse, la dévotion qa*e)le avait à ouïr chanter le Credo de la saincte mesat, selon que la saincte Eglise le chante; mais elle estoit piirliculiercment attirée à cm parollos : Cujus regni non erii finiê^So^ royaume sera éternel, et en la considerr lion de cette éternité, elle se fondoit tout! en larmes de joye et de consolation. Ce^ tes, je ne ly jamais cela en la vie de oetli grande tiamcte que je n'en sols, nonol^ slant toute ma misère et la dureté de mot cœur, grandement touché. Or si la peméi qu'on a en cette vie , que le rogne de Dm est éternel, cause au cœur humain taal de joye el liesse spirituelle , quel penser vous que doit eslre le contentement dai saincls, en l'assurance qu'ils ont delà per|)ctuilé de leur gloire? 0 certes! cela ne peut eslre compris de nos petits M» prils.

Mais outre cette gloire essentielle d« bien-heureux dont nous avons parlé, ill en ont encore une autre qu'on appelle a^ cidentellc, qui est celle qui leur arriva par accident, comme nous avons dit ai commencement de ce discours, et laquelll leur arrive de plusieurs choses, mais ipecialenienl de la claire veuë et connoissanci qu'ils ont de la gloire de tous les habitaaa du ciel; car vous sçavez que tous ne la possèdent pas esgalcment, ains en d(^ dilTerent, les uns p!us, les autres moim; el bien que cela soil ainsi, tous nenntmoiaa sont très- conlcns de la gloire qu'ils poMa* dent-; et ceux qui ont moins se rcjouysMOl de ceux qui en ont davantage, d'autant que la charité est là en sa perfection, d| ayant point dans le ciel d'envie nydeja* lousie : el c'est véritablement en ce liai qu'on peut dire, avec le grand apostra^ que la charité n'est point envieuse ny jalouse, puisque chacun de ces bien-heurain citadins est aussi aise de la gloire des aa^ Ires que de la sienne propre, Charitâê non œmulatur^ non est ambitiosa^noà quœrit quœ sua funt. Et par cette douea conimunicalion et participation qu'ils ont do lu folicilc les uns des autres, touada* meurent Ires-contens el satisfaits de oeila quils possèdent. Vous entendiez mieut cecy parquel()uc similitude.

Voyez un bon |)ere qui habille doux di ses cnfans do drap d'or, et comme ila

POUR LA TOUSSAINGT.

mt pM tout deux de mesme taille et l^ndeur, il en faut plus à l'autre qu*è l'aotre ; de sorle qu'il en faudra six ou sept laines pour la robe de Pun, et trois ou quatre suffiront pour la robe de l'autre : à TOI» les regardez ils sont tons deux veslus de drap d'or, et par conséquent ils doivent estree-^galeiDont contiens, et quoy qae le premier, lequel a sept aulnes de drap d'or en sa robe, en aye plus que celuy qui n*en a que trois ou quatre, si est-ce que celuy qui en a moins ne luy en porte aucune envie parce qu'il en a autart qu'il Iny en faut pour son vestcment. Ainsi en ert-il de la gloire des bien-heureux ; car tons aont parfaictement contens de c«lle qolls posscMicnt, sans envier celle des autres, chacun estant pleinement satisfait selon sa capacité.

Et comme nous voyons encore qu'en CMte vie tous n'entendent pas esgalemont le son et l'accord d'une bonne musique, et que celuy qui a Touïe dure ne peut pas nbien remarquer sa mélodie et sa perfection, quoy qu'il entende et sçache bien la musique, comme fuit celuy qui a l'ouïe plus subtile, et quoy que le premier soit content de la suavité qu'il reçoit à ouyr CHte nfiisiqoe, si est-ce neantmoins que celte suavité n*est pas si grande que celte que reçoit celuy qui a plus de subtilité en Toreille, quoy que tous deux soient contens de cette musique. De mesmc voyons- Ions que le soleil n'est pas esgalement regardé d*un chacun, et ne»ntmoins tous le contentent de sa clarté, pour en recevoir autant qu'ils en peuvent supporter; or celuy qui a les yeux troubles ou foi- Mesne-peut pas recevoir les rayons du Mleil avec la mesme clarté que fait celui qai a la veuë plus forte, cliiire et nette ; M loutesfois les uns et les autres sont satisfaits et contens de la lumière du soleil, bien que le contentement des uns soit plus Cteellenl que celuy des autres. Ainsi en eol-il do la gloire que reçoivent les bienheureux dans le ciel.

Mais de parler de la beauté du lieu où se fait ce divin festin de la félicité étemelle, qui est encore une gloire accidentelle, et de la dignité des conviez, et de ceux qui y servent; ce sont des choses qui seroient trop longues à raconter, et encore (ont ce qui s'fo pourroit dire ne seroit rien au

prix de ce qui s*y trvimi an v«rité« Lft

saincte mère Thérèse parlant de la beanté du ciel, s'essaye de treu ver quelques simi* lihides propres pour nous en faire conoe* voir qiiel(|ue cho e, et afln de se faire en* tendre, elle com|>are le ciel à une grande salle, laquelle seroit toute pleine et envi « ronnée de beaux tableaux et miroirs, parmy lesquels il y en auroit un si grand et si resplendissant que quand on viendroil à s'y regarder, outre que l'on verroit lo miroir dans lequel on se regarderoît, on s'y verroit parfaictement soy-mesme, et aveo cela l'on verroit encore en icelot, avec un singulier plaisir, tous les tableaux et tous les antres miroirs de cette salle ; mais cê qui est davantage, l'on y verroit aussi tool ce qu'ils repreaontent chacun en leur par* ticulier.

Or cette salle ou ce palais où sont cet tableaux et miroirs, c'est le ciel empyrée : mais quel est ce miroir si grand et si resplendissant, dans lequel on void tout ce que je vous ay dit? sinon l'essence de Dieu, dans laquelle non-seulement on la void et connoit tel qu'il est, mais l'on 8*y void et connoist aus^i soy-noesme, avec toutes les grâces qu'on a receuës, et dans cette divine essence Ton y void encore la gloire de tous les autres saincts, tous leurs mérites et tout ce qu'ils ont fait et souffert, et toutes les grâces et faveurs qu'ils ont receuës de la divine Majesté pendant qu'ils ont esté en cotte vie ; et de plus l'on y void encore toutes les choses créées , comme Dieu a fait le ciel et l'a orné du soleil et de la lune, et Ta enrichi d'estoiles, et de tout ce qui se retreuve en iceluy, et comme il a fait la terre diaprée d'une si grande varielé de fleurs; en somme, comme il a créé toutes choses du néant, et la manière avec laquelle il a procédé, qui sera encore un subjet do cette gloire accidentelle, qui procède, comme vous voyez, de Tessentiello, c'est-Mire de la claire vision de Dieu.

En cette félicité étemelle, les bien-heu* reux auront encore |H)ur gloire acciden* telle la claire vision dos chérubins, se» ruphins, throsm s , dominations, vertus^ puissances, principautez, archanges et an* gcs qui sont les neuf clioours de ces esprits célestes divisez en trois hiérarchies, parmi lesquels les saincts seront places chacun

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selon leurs mérites. Mais outre ce que nous avons dit, ils counoistront encore avec un plaisir admirable Tesperance des pnirinrches , i'obeyssance des prophel(*s, la charité des apostres, la ferveur et constance des martyrs, l'humililé et fidelilé des confesseurs, et la purelé dos vierges : ÎU verront les pénitences, jeusiies, veilles et mortifications qu*ils ont pracliquées en cette vie. Bref toute la perfection, saine été et gloire des saincts , sera à tous en gênerai, à chacun en particulier, un subjetde gloire accidentelle.

Et, outre cela, nos œrps seront après la résurrection glorieux , je dv les nostres. mais avec celte prchuppositiuii aue je tais tousjours, à sçavoir, si liieu nous fait la miséricorde d estre du nombre des esleus : cxir ils auront, ainsi que nos âmes, les quatre doU de gloire, à sçavoir : h subtilité, Tagilité, rimpassibililé et la clarté. Et comme maintenant nos âmes sont enchâssées (s*il faut ainsi parler) dans nos corps qui les tiennent comme prisonnières, les contraignant d'aller où ils vont, ayant une si estroite union ensemble, qu*on p(>ut dire qu*elles participent en quoique chose à leur misère. Ainsi en cette reunion du corps avec Pâme glorieuse, ces quatre dois de gloire luy seront communiquez, |>ar lesquels Tame la gouvernera, et le mènera où elle voudra, sans que jamais il luy fasse aucune résistance ; car il aura une telle subtibilité qu*il pénétrera partout, sans qu'il puisse estre empeschéd*aucun autre obstacle : et quant ù son agilité , il sera tel, qu'il n'y a traictrl^arbale-ste qui aille si viste, et comme ii sera plus subtil que le rayon du soleil, aiistii seni-t'il plus agile qu(! liiy^ et mesme que les mouveinensde l'esprit; il ira plus viste que le vent, ny qu'aucune chose qui se puisse imaginer.

11 aura l'impassibilité, en sorte qu'il ne pourra jamais estre offensé, ny altéré d'aucune maladie ny incommodité. Mais outre cela il sera si lumineux que sa clarté surpassera celledu soleil. El [wur cx^mble desa félicité, il sera semblable à Dieu : et coin- Dient semblable à Dieu? c'est-à-dire, par participation de gloire ; c'est ce que nous faitentc>ndre la sainte* E^crilure.qu<lnd elle 8p|)eile Nostre-Seigneur : J)eus deorum,\e Dit'U des dieux , c eat-a-dire, le Dieu de tous les petits dieux qui sont des saincts.

Je pensois dire encore un mot sor ki circonstances qui se trouvèrent au banquet de ce grand roy Assuerus, que j*ay prit pour subjot de ce discours. Mais {e vois que l'heure passe . c'est pourquoy je finis. Que me reste-t'il plus à vous dire , met chères sœurs? sinon devons exciter derechef par les parolles de S. Paul , à relorer vos cœurs et vos pensées à la considération de ces biens étemels qui sont si excellens , que c'est à très-juste raison que ce saincl aposlre dit que l'œil n'a jamais veu , l'oreille entendu , ny le cœur de l'homme pensé ce que Dieu a préparé i ceux qui l'aymenl et le servent , Oeuitt non vidit, nec auris audiviU nec in eof hominis aseenderufit , quœ prœpartnit Veus iii qui diligunt illum.

Contentez donc bien vos entendemens à les considérer, afin*que pinr les beauta et excellences que vous y découvrirez, vous veniez à les ayiner et désirer, retirant vos pensées de toutes les choses créées et transi loires de celte vie, pour vous appliquer soigneusement à faire ce qu'il faut poureo acquérir la possession.

Appliquez-vous aussi à méditer ces divins mystères, et tout ce que Nostre-Seigneur a 0|)eré pour nostre rédemption, afis que par la connoissance que vous en aura voslre volonté vienne à l'aymer ; car il le faut aymer ici-bas en terre, pour l'aymer eleinellement là-haut au ciel, parce qu'il n'y a peint de ciel pour celui qui n'a point d'amour et de charité. Contentez donc vobtre volonté, aymant Dieu autant qu'on le peut aymer en cette vie mortelle. Mail comment le fuut-il aymer, me direz-vousY il n'y a point de façon, ny de mesure poor cela ; la façon et la mesure d aymer DieOi c'est de l'aymer sans mesure plus que tout et au-dessus de toutes choses, Causa dtltgendi Deum, Deusest, modus sine mode»

Contentez aussi vostre mémoire, luy re* tranchant tous les souvenirs terrestres, afin de la remplir de choses célestes, mais spcciulemenl des divins mystères de la vie, mort et passion de Nostre-Seigneur. Mais . remplissez-la encore du souvenir de vos fautes et inficielitez, pour vous en humilier et amender, et des bencGcesque vousavei ; rcreiis de Dieu, pour l'en remercier: et si ; vous avez receii des grâces particulières, i ressouvenez-vous-en aussi, pour les bisr

POUR LA TOUSSAhNCT.

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