‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 102 sur 356 · SS · texte numérisé non relu

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rer el conserver, vous disposant pour mentation et accroissement d*icolles.

travaillez avec fidélité , mes chères B, pendant cette vie, et persévérez I6S à la fia, à ce que vous puissiez es-

trc congregécs et unies nvec les bien-hcu* reux esprits en cette félicité, pour y aymer Dieu et jouyr de luy éternellement. Cest ce que je vous soubaite et désire de tout mon cœur. Amen,

II" SERMON

POUR LA FESTE DE TOUS LES SAINCTS

Vidit Deut euneta quœ fecerat^ $f erani vc/oe tùnm, Grn. i. qftBt créé tootes dioftes, les cooiidérani eo gênerai, n \u qu'eU«if eitoieai frandeiiient bonnet.

premîeiiB feste qui aye jamais esté rée en la terre a esté une feste de laisance. Il est dit dans la Genèse , !>ieu voulant donner commencement grand univers, il créa premièrement 1 et la terre , puis ayant créé la lu- 3 il vid qu*elle estoit bonne, Et vidit I lueem quod èsset bona; et considela terre comme la pépinière des es , des arbres , des herbes et des ly il vid semblablement qu'elle estoit e ; puis regardant la mer, qui conteledans soy tant de poissons, il vid que estoit bon : bref considérant les anii et chaque chose en détail , il vid les e^ftoient bonnes. Mais après qu'il sreé l'homme et formé la femme d'une tg cosles qu'il luy tira dans un doux leil, regardant alors tout son ouvrage ict et accomply , poussé de complai- », il vid, ou pour parler conformeà mon subjet , il dit non seulement estoit bon , comme il avoit fait , conont chaque chose en particulier, mais estoit grandement bon , P^iditque r cuncla quœ fecerat, et erant valde

la saincle Eglise qui est non seuleespouse de Jésus Christ, mais encx)re mitatrice, se voulant en toutes choses irmer à luy, fait les fcsles particu- ) des saincts avec un plaisir admiracar lorsqu'elle considère Tamour des très, la constance des martyrs, la ferdes coofeaseuni et la pureté des vier-

ges, et qu'el/e void toutes ces choses en particulier, elle dit, à l'imitation de Nostre-Se.gneur, que cela est bon. Mais quand elle vient à faire de tous ensemble une feste et qu'elle vient à considérer les couronnes, les palmes, les victoires et triomphes de tous les saincts en gênerai, elle a uno complaisance non pareille, etdit alors, non seulement que cela est bon , mais que cela est grandement bon; et c'est ce qu'elle fait en la feste que nous célébrons aujourd'hui. Il y a plusieurs raisons de son institution , mais je me contenteray d'en dire une qui est fondamentale, à sçavoir, qu'elle a esté instituée pour solemniser la feste de plusieurs saincts et sainctes qui sont au ciel, les noms et la vie desquels pour cette Cause i'Kglise ne fait point de feste parliculiore ; car ne pensez pas que ce soit les miracles ny les vertus apparentes qui ont rendu saincts tous ceux qui sont au ciel. 0 non certes 1 il y a un nombre infini de saincts qui ont tousjours esté cachez en cette vie , qui n'ont point fait de miracles , et de la saincteté desquels on ne fait aucune mention , qui sont neantmoins exaltez au ciel par dessus ceux qui en ont fait beaucoup , et qui sont honorez dans TEglise. Ce fut un coup de la divine Providence de relever et faire connoislre au monde la saincteté d'un S. Paul , premier hermit^, qui vivoit dans le désert si inconnu et si peu estimé des hommes.

Mais, ô Dieu, combien pensez-vous qu'il y a eu d'autres qui ont vescu dans les de*

MS

SERMON

serts, dans les boutiques, dans les maisons devostes et dans les monastères , et qui ont esl^ inconnus aux yeux du momie pendant leur vio, et qui sont maintenant exaltez dans la gloire par-dessus ceux qui ont esté connus et honorez en la terre? C'est pourquoy la saincto Ê:j;lise considérant la festo qui se fait au ciel do tous les saincls en gênerai, pour s'y conformer, a institué celle que nous célébrons aujourd'huy.

Les astrologues admirent la grande correspondance et le merveilleux rapport que la tierre a avec le ciel, et ce rapport est tel que Ton peut diro que le ciel est lo mary de la terre, et qu'elle ne peut rien produire que par s^es influencrs. Or je ne veux \ as m'estendre è parler en ce lieu des influences que les philosop':es disent que lo ciel respand sur la terre, qui font qu'elle vient à produire des fruicls , des arbres , des plantes et des fleurs , ny des recompenses que la terre rend au ciel , luy exposant tout ce qu'elle a produit par le moyen des influences qu'elle a receuës de luy, et comme elle luy envoyé des vapeurs qui montent au ciel comme une fumée d'encens , et le ciel les ayant receuë's les luy renvoyé pour la féconder par la pluye et la rosée. Bref, c'est une choe admirable de voir le grand rapport et la parfaictu correspondance qu'il y a entre le ciel et la terre. Mais , ô Dieu ! que c'est chose bien plus admirable de voir le grand rapport qu'il y a entre la Hicrusalcm céleste ( t la terrestre, entre TEglise triomphante et la militante , d'autant que l'Eglise militante faitça-bas en terre, autant qu'il luy est possible, tout ce qu'elle croit se faire lànaut en la triomphante , et comme une boime mère , elle tire tout ce qu'elle peut de la Hierusalem céleste pour en nourrir ses enfans , taschant de les conformer en tout ce qu'elle peut aux habitans du ciel. Cesl pourquoy, considérant les festcs qui s'y font, pour honorer le martyre et triomphe do chaque sainct en particulier, elle en fait de mesme ça-bas en terre. Voyez , je vous prie , comme elle chante la ferveur et constance d'un S. Laurent en célébrant sa feste, comme elle admire un S. Barthélémy au Jour de son martyre ; et ainsi des autres saine ts. Mais outre les fostes parti- Culiet-es que TEglise fait de chaque sainct, Toyant qu*il se fuit au ciel une resjouys-

sance générale de tous ces bienhûoreux esprits, pours'y conformer, elle fait le mesme aujourd huy; ce qu'elle nous fait entendre par CCS parolles qu'elle chante au commen- Ciinentde la saincte messe: Gaudeamuê omnes in Domivo , diem fentum ceit' hrntttessub honore sanclorum omnium^ etc. ; Rosjouyssons-nous tous en Noslro- Seigneur, dil-elle, pour la feste de tous les sa i nets; chantons cl célébrons leurs triomphes et victoires, et au 1res semblables paroUes de resjouyssances et d'exaltation, par lesquelles elle nous invite à faire celte solemnité.

Donc pour suivre le dessein de la saincte Eglise , je diray quelque chose de ce qu'il faut faire pour bien célébrer cette feste, le plus briefvemenl et familièrement qu'il me sera i>os5iblc , et diviseray mon discours en trois poincts. ^

Dieu de toute éternité a oesiréde nooâ donner sa grâce et nous faire ressentir les eiïocls de sa miséricorde, et ceux de sa justice par laquelle il nous veut donner la gloire pour recompense de nosbonnesœih vres ; sa bonté nous ayant mis en ce monde, où nous pouvons mériter ou dcmariter. Or neantmoins , bien qu'il nous doime la gloire par sa justice, pour recompense de nos bonnes œuvres et des travaus que nous avons endurez pour son amour, il nous la donne aussi par sa misericordei d'autant qu'elle surpasse infiniment le loyer que méritent nos bonnes œuvres.

Mais afin d'obtenir les grâces rcquiaes pour parvenir à celte gloire , il veut que nous nous servions de l'invocation des saincls el qu'ils soienl nos média leurs, alio que nous puissions recevoir, par leurs entremises el par leurs interce.-sions, ce que nous ne méritons pas d'obtenir sans icelles. Or est-il que ces âmes bienheureuses, les anges, les chérubins el séraphins nousay* niant parfaictemenl , non seulement ils nous désirent , ains aussi ils nous procu curent les grâces de Dieu, poussez par le motif «e l'amour el charité qu'ils ont pour luy ; d'autant que Tamour du procham procède et naistde l'amour de Dieu, comme de sa source : el de là vient le désir lit» ardent qu'ils ont que sa divine miséricorde nous donne sa grâce en ce monde et la gloire en l'autre. Mais les saincts ont en* core un autre motif qui leur (dit souhaite^

POUR LA TOTOSAINCT.

inder à Dieu qu'il nous donne sa c'est qu'ils voyent le grand désir le nous la dopartir, ce qui fait qu'ils ! lesirent et procurent avec un amour , t p!us grand qu'ils le voyent grand . Et c'est là leur principal et plus il motif, car voyant que nous avons es pour la gloire éternelle , et que ur jouyr de cette gloire que sa diiténous a rachetez, et qu'il nede-

I tant que nous jouyssions du fruict t5 rédemption, ils conforment leurs

celuy de sa divine Majesté en pronostre salut autant qu'il leur est par leurs prières et intercessions, intmoins afin que les saincts prient '^dent pour nous , il nous les faut r et demander leur secours ; et cette sorte que nous devons celers festcs, nous servant du pouvoir

II auprès de Dieu, pour oDtenir de •îcorde les grâces et faveurs dont ons besoin : et sa divine Majesté a ible qu'on se serve de l'invocation cts , que voulant départir quelque ux hommes , il les inspire souvent îrvir de leur entremise , et luyles provoque à prier pour nous.

)urquoy l'Eglise demande à Dieu cite ses saincts à prier pour nous, vous donc avec toute confiance les t nous adresser à eux spécialement de leurs f estes , et ne faut point |u'ils ne nous escoulent et fassent rs ce de quoy nous les supplions.

d'autant que l'invocation des ;e rapporte à la prière , il ne sera de proposd'en dire quehjuechose.

)nc sçavoirqu'il y a trois |>ersonnes rvienncnt à la prière : la première que l'on prie ; la seconde est celle ande ; et la Iroisiesme est celle . Quant à la première personne , iellc que l'on prie, ce ne peut jare que Dieu ; car c'est luy seul qui soy tous les thri'sors de la grâce et lire , et pour cela lorsque nous s saincts, nous ne leur disons pas us accordent ou qu'ils départent ce ou telle vertu, mais bien qu'ils ipelrent, parce qu'il n'appartient BU seul de donner des grâces, I luy plaist, et à qui il luy plaist. peut prier Dieu en deux façons, à

sçavoir Immédiatement et mediaiement ; prier immédiatement , c'est s'adresêer di« rectement à luv sans Tentremise d'aucune

créature , comme fit la Cananée , et plusieurs autres que nous lisons en la saiiicte Escriture, lesquels prièrent directemeiic Nostre-Seigneur, et recourent de grandes grâces de sa divine bonté, à cause de la confiance et de l'humilité avec laquelle Ha accompagnèrent leurs prières, ainsi que fît le sainct patriarche Abraham : Loquar ad Dominum meum, eiim tim puMi et cinis (4); Je parleray à mon Seigneur, dit-il, encore que je ne sois que |K>udreet cendre et une chose de néant; neantmoins je m'adrcsseniy à luy parce qu'il est mon Créateur et que je suis sa créature. L49 publicaln et la Samaritaine priant immédiatement Nostre-Seigneur, receurent la remission de leurs péchez : ce qui fui encore octroyé à plusieurs autres. Dieu fiou* vaut par luy-mesme donner ce qu'il luy plaist, sans qu'il aye besoin pour cela de l'ayde et secours d'aucune créature.

Prier Dieu mediatement. c'est prier par le moyen de la glorieuse Vierge, des anges et des saincts, et c'e?t de cette priera que se servit le centurion, lequel envoya ses amis prier No^tre-^igneur qu'il vinst guérir son ser\'iteur ; et ta Cananée qui, après avoir prie immédiatement Nostre- Seigneur, se voyant rejcltéc de luy, pria mediatcment par le moyen des ap.)sire8, s'adressant à eux afin qu'ils fussent sea advocats. Or cette façon de prier est iresbonne et bien méritoire, parce qu'elle osi humble, et procède de la connoissance uue nous avons de nostre indignité et bas* sesse, qu'il fait que n'osant approclier de Dieu pour luy demander nos nece8^itcx, nous nous adressons aux saincts, assures^ que nous sommes que nos prières, qui d'elles-mesmes sont extresmcment foiblea et impuissantes, estant mesiées avec cel* les de ces bien-heureux esprits , auront par ce moyen beaucoup plus de force et d'efficace.

La prière immédiate est une prière toute filiale, pleine d'amour et de confiance en laquelle nous nous adressons à Dieu, comme à nostre Père, suivant ce que luy. mcsme nous enseigne au commencement de i'oraison dominicale, où il veui qut

(l)<;M.t:fiUi

seo

SERVOIf

nous Tappellions nostre Père. 0 Dieu, que cette parolle est pleine d*amour, et qu'elle remplit le cœur de douceur et de confiuncc : ce que nous voyons par les demandes que nous luy faisons ensuite, car après ravoir appelle nosire Pcîre, nous luy demandons son royaume , et que sa volonté toit faite ça-bas en terre par les hommes, comme elle est faite dans le ciel par les bien-heureux. 0 que ces demandes sont grandes I

La seconde personne qui intervient en la prière est celle qui demande : mais remarquez que je ne parle pas de celle qui prie, ains de celle qui demande ; car il y a bien de la différence entre prier et demander. Le maislre demande bien quelque chose à son serviteur, mais il ne le prie pas de la luy donner ; ains au contraire, en luy demandant ce qu'il désire, il luy commande de le luy donner : de mesme un autre, en demandant quelque chose qui hiy est deuë, n*use point de prières, parce qu'il demande ceqni luy appartient par justice. Cest une question qui est débattue entre les théologiens schblastiques, à sçavoir si Noslre-Soigneur, autant qu'homme, prie pour nous ; car S. Jean dit qu'il est nosire advocat et médiateur , Advocalum habemua apud Patrem Jesum ChriHum jusium : sç4ivoir, s'il faut que les advocats et médiateurs prient. Il y a diverses opinions sur ce subjet; mais il me semble que l'on se peut arrester à ces parollcs que Nostre- Seigneur dit à ses aposlres, qui sont rapportées dans le 46» chapitre de l'évangile du mesme S. Jean : £t non dico vobis , quia ego rogabo Patrem de vobis , El je ne vous dy pas que je prieray mon Père pour vous; car il y a bien de la différence entre prier et demander, comme nous venons de dire. Certes il n'y a point de doute que NostreSeigneur Jesus-Ciirist demande pour nous le royaume des cieux, qu'il nous a acquis au prix de son sang et de sa vie; c'est pourquoy il le demande comme chose qui luy appartient par justice; et ainsi de toutes les autres demandes qu'il fait f à son Pore éternel pour nous. Or bien neantmoins que l'on objecte que Nostre-Seigneur , en tant qu'homme , demande par forme de supplication et de prière, se rendant nostre médiateur, il est vray pourtant que tout ce qu'il de-

mande luy appartient pardroict de justice.

La troisiesme personne qui intervient efl la prière, c'est la créature raisonnable. Mais pour laisser à part tout ce qui se pourroit (lire sur ce subjet, nous no p;)rierons maintenant que de nous autres chrestiens qui vi\ons en cette vallée de misères, qui connoissant la difTiculté que nous avons de nous sauver, à cause do Tinfirmité de nostre nature , nous prions et envoyons nos requestes et nos soupirs au ciel, iuiploraot le secours de Dieu , luy demandant sa grâce ; et aHn de l'obtenir plus facilement, nous nous servons do rinvociition dei saincts, les priant qu'ils intercèdent pour nous qui sommes encore |ieIerinsete>traD* gers sur celle terre, et qu'il nous aydeâ parvenir à celte félicité elernellede laquelle ils sont jouyssans. Mais, helas! misérables et chelives créatures que nous sommes, nos prières sont si froides, si lasches et si foibles, qu'elles ne méritent pas d'eâlre exaucées de Dieu. 0 qu'il y a une grande différence et disproportion entre les prières de ces bien-heureux esprits et les nostrès ! car ils prient et chantent continuellement les loUan«>;es de Dieu . mais avec une si profonde humilité , et avec tant de fer veur, d'amour et de fermeté, qu'elles sont d'un prix et d'une valeur inestimable : c'est pourquoy les nostres chelives estant meslées parmy celles de ces bien- heureux, viennent à prendre une force et vertu admirable, ressemblant à une goutte d'eau, laquelle estant jeltée dans un tonneau de vin , en prend la force et la vertu , laissant d'estre re qu'(>IIe esU)it auparavant , pour se convertir en vin : ainsi quand nos prie* res sont présentées à Dieu en l'union de celles des sa i nets , par ce sacré meslange elles viennent à prendre une grande force et vigueur, et parce moyen elles sont rendues plus précieuses devant Dieu, et méritoires pour nous et pour nostre prochain.

Pour mon second poinct, je dy que c'est une chose très-certaine que les saincts prient pour nous, d'autant plus ardemment et fortement, que plus ils voyentdans l'essence divine que Dieu désire nostre salut et béatitude. Nous en devons faire de mesme à l'end roict de nostre prochain, nous employant à son service, et l'aydant autant que nous pourrons à se sauver, avec une chanté non point envieuse ny intcres-

POUR LA TOUSSAWCT.

is qui regarde purement Dieu , et tint d'autre objecl que sa gloire.

)us pouvions un peu comprendre st la charité dos saincl^, et de rveiir et humilité ils accompagnent ieres, nous aurions sans doute ibjet de nous confondre , si nous à faire comparaison du peu d*huli se treuve en nos prières çà-bas , avec celles dont ils prient là-haut 2e qui procède de la veuë et claire ance qu'ils ont sans ombre ny la grandeur immense de Dieu et stance infmie qu*il y a entre la et le créateur : et d'autant plus t de degrez de gloire, et qu'ils 5 eslevez , d'autant plus connoisîctle distance infinie , et par conteur humilité est plus profonde.

une personne en cette vie, par un exercice des considérations et }ns de la grandeur de Dieu et de sse de la créature , vient à conine si grande disproportion et esintde l'une à l'autre que cette cone la fait abaisser et humilier, en elle se voudroit cacher etabysmer ians son noant, ne trouvant point ;e luy semble, assez bas pour son : quelle doit oslre donc , je vous imilité de ces âmes bienheureuses nt clairement la grandeur et malie de Dieu? Certes, l'humilité que lincle Vierge a eue en cette vie a i-grande , d'autant qu'elle avoit connoissancc de Dieu qu'aucune nature. Il est vray que celle avec elle prononça ces sacrées pa relies, de rinc<nrnation : Fcce ancilla fut si grande, qu'elle estonna les e voir qu'il y oust une créature si en la terre : mais l'humilité que rieuse Vierge a maintenant dans .t incomparablement plus grande, .'elle a mille fois plu> de connoisla grandeur infinie de Dieu et de eraines perfections, qu'elle n'avoit ! monde ; cette connoissance estant ort et le plus excellent motif pour nilier, et nous faire abaisser jusis nostre néant, que nous puissions

) donc point de doute que lespriesaincts estant faites avec une si

profonde humilité, ne soient tres-meritoires et tres-agreables à Dieu, et ne nous puissent par conséquent obtenir beaucoup de grâces : or il faut ncantmoins , si nous en voulons ressentir les effects, que nous sçachions nous en prévaloir ; car si de nostre costé nous ne coopérons, il est certain que nous nous rendons indignes de leurs suffrages. Mais considérez , je vous prie , seroit-il à propos de demander aux saincts qu'ils prient pour nous et nous obtiennent quelque grâce, si de nostre costé nous ne nous voulons disposer à la recevoir? Nous les prions qu'ils nous obtiennent les vertus, et nous n'en voulons pas embrasser la practique , ny n'en voulons faire aucun acte : et neantmoins nous voulons qu*ils intercèdent pour nous , quoy que bien souvent nous fassions les actes contraires aux vertus que nous leur demandons.

0 certes ! ne nous abusons pas, car Dieu veut que nous coopérions à ses dons , et quand nous luy demandons quelque vertu par l'entremise des saincts, il ne nous la donnera jamais , si nous ne nous mettons en l'exercice d'icelle. Dieu nous a créez sans nous , c'est-à-dire , lorsque nous n'es tiens point, il nous tira du néant et nous donna l'estre ; mais il ne nous veut pas sauver sans nous, comme dit S. Augustin :

Qui fecit te sine te, non salvabit te sine te ; et bien qu'il nous laisse nostre liberté sans la vouloir forcer, il veut neantmoins nostre consentement et coopération à sa grâce , afin de nous appliquer le fruict de nostre rédemption , sans laquelle nous ne sçaurions aller au ciel, n^y ayant point d'autre porte pour y entrer. C'est poui quoy l'Eglise termine toutes ses prières : Per Dominum nostrum Jesum-Christum ^ Par Nostre-Seigneur Jesus-Christ , pour nous monstrer que les prières, ny des anges , ni des saincts , ny des hommes , ne peuvent estre exaucées du Père éternel, si ce n'est au nom de son Fils ; d'autant que nulle créature, suivant son divin décret, n'eust jamais peu parvenir à la gloire , non pas mèsme la sacrée Vierge , que par la mort et passion de Nostre-Seigneur, qui nous l'a méritée. Les saincts donc prient que le mérite de sa passion nous soit appliqué , et à mesure que nous correspon- ! dons aux grâces de Dieu , il nous en donne tousjours de nouvelles ; ce qu'estant connu

SERMON

des saincts, ils prient avccbeauronp de ferveur sa honio infinie (luVIIe les respnndo abondamment sur nous , à cjuoy ils sont grandement incitez par le plaisir qu'ils voyenl que Dieu prend de se communiquer à ses créatures. Donc si neus voulons nous rendre dignes des suffraîies des saincts , il nous faut practiquer fidellementles vertus que nous demandons à Dieu par leur iatcrr^^ssion.

Pour mon Iroisiesme poinrt, jedy qu'il nous faut, à Texemple des saincts, enibrasser la praclique des maximescvangeliques que l'Église nous propose en ce jour : ^idens Jésus lurbc^^ ascendit in montem, et cutn sedisset, accesaerunt ad eum discipuli ejui, et aperiens os suum docebai eos, Jésus, dit le texte sacré, voyant une grande multitude de peuple qui lesuivoit pour entendre sa doctrine, il se retira sur une montagne, ets*esUint assis, ouvrant sa sainete Louche , il dit ces divines parolles qui contiennent toute la jwrfeclion chresticnne : Beati pauperes spirilu, quonia m ipsorum estrfgnumcœlorum^Bïvnbeureux sont les pauvres desprit, car le royaume des cieux est à eux : Beati mites^ quoiiiain ipsi possidebunt terrain, Bienbeureux sont les débonnaires , car ils posséderont la terre : Beati qui Ingent, quaniam ipsi consolahuntur , Bienheureux sont ceux qui pleurent, car Wi seront consolez : Beati qui persecutionem patiuntur propterjustitiam. Bienheureux enfin ceux qui seront persécutez pour la justice, car le royaumcdes cieux est à eux. 0 Dieu l que celle doctrine est contraire à l'esprit et au« maximes du monde.

L'Escrilure sainete rapi)orte que Nabocbodonosor vid en songe une grande staluo qui avoit la teste d'or, les bras d'argent, le ventre d'airain, les jambes de fer et les pieds de terre : mais comme il considcroit la beauté de cette statue , il vid venir une petite pierre de dessus une montagne, qui bcurlant les pieds de celte staluè la renversa par terre et la réduisit en cendres qui furent emportées par le vent; et ainsi il disparut. 0 mes cbercs sœurs, c'est à vous a qui je paile, ciir vous n'estes pas encore UjuI à fuit hors du monde, vous estes beulement comme estaient les Nazaréens, esloignées et sotjuestrées du monde el de ses van/loz. Qu'est-ce, je vous prie,

cette statue nous représente, finon b monde? ou plustost l'orgueil et la vanité da monde, qui a la teste d*or elles pieds da terre ; et cette montagne de laquelle est descendue* cette petite pierre ne nousrc* présente- tVlle pas très à propos noslre son* verain Seigneur et Maistre , de la boucha duquel est sortie celle petite pierre dei huict béatitude», qui a renversé cette sta^ tuè* de la vanj'tè du monde, faisant que iaot et tant de personnes ont quitté les richesses, honneurs et dignitezdo la terre, pour se rendre pauvres, vils et abjects? 0 Dieul il est vray que celte doctrine evangoliquo ayant esté respanduë par tout l'univers, 9 e^té embrassée de plusieurs, qui ont me^prisé le monde avec toutes ses vanilez.

Bien-heureux sont les pauvres dVsprii» dit Nostre- Seigneur ; et le monde dit: Bienheureux sont ceux qui sont riches ei qui ont toutes sortes de commoditez £B cette vie ; comme au contraire : Mal-bei)«

reux sont les pauvres. Mais Nostre-Seignour voyant la folie el la vanité du monde, «k les choses en quoy il constitue sa béatitude, il jette une petite pierre au pied d0 cette statue, et dit en premier lieu : Bieoheureux sont les pauvres d'esprit; car le royaume des cieux est à eux : comme an contraire : Malheur aux riches, c'est-ià-diro à ceux qui ont leurs afTections attachées aux richesses ; car outre qu'ils n'auroirf pas le royaume des cieux, ils seront éternellement mal-heureux , et n'auront pouf rewmpense que l'enfer el lu compagnie des démons. Bien-heurtux sout les débonnaires, dilNostrc-Seigrieur; car ils posséderont la terre. Or d'autant que cette debonnaireté veut que l'on réprime lef mouvemens de cholcre, que l'on soitdouZi cordial et plein do mansuétude envei^ig prochain, que l'on pardonne à son ennemy, que l'cii bupi/orle les mespns, la ^anité do mon Je qui a un esprit tout contraire à ccb^ dit : liiin-heureux celuy (jui se venge do son ennemy, oui se fait craindre et redouter, et au(|uel en n'oseroit dire un mot do mespris; et estime mal- heureux coluy qui csldoux et palientparmy les injures et adversité/. Noslre-Seigneur jette encore celte petite pierre contre cette statue, et dit: Bien-heureux sont les débonnaires, car ils posséderont la terre : et par ces paroiles il deslruit cette fierté et arrogance ea

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