POUR LE JOUR DE LA PRESENTATION DE NOSTRE-DAME
Loquente Jetu ad turbas, extoltem roeem qutBdam muliêr d$ turba âixit ilU : Beatut wnterfidê poriavit^ ei ubera quœ tuxUti, Al ilie dixit : Quin imo beali qui audiunt verbum Dei etemUh diunt illud. Luc. xi.
Lorsque Jésus parloit au peuple, une rerame csleva la voix et lui dit : Heureuse celle qui t'a conoe^ heureuse celle qui t'a nourry de son lein. Mais Jésus lui répondit : Bien plut heureux teronti qui escoutenl la parole de Dieu cl qui y preslent allenlion.
L'Evangile que nous propose la saincte Eglise en lu feste que nous célébrons aujourd'huy de la présentation de Nostre- Dame au temple, est composé de deux parties, lesquelles tendent toutes deux à la louange de cette saincte Vierge. La première est que Noslre-Scigneur prcschant au veuple, il y eut une femme, laquelle es-
levant sa voix , se prit à luy dire : 0 qa» bien-heureux est le ventre qui vous a porté et les mumelles que vous avez succéeslà quoy Nostre- Seigneur respondit : Mais plutost bien-heureux sont ceux qui escoutent la parollede Dieu et qui la gardent : et celle responso fait la deuxicsmo partia de l'Evangile, qui est celle qui fait le plus
POUR LA PRÉSENTATION
Kangedela tres-sainclcYiergo, car ^s pnrollos quo dit cotic femme esnspirécs par 1^ Sa i net-Esprit , elles t neantmoins prononcées par une reaturo : mais comme si Nostretir eust voulu ench^^ir et non pas er la loiiangc que Ion donnoit à sa incte Mère, poursuivant le cantique Bur qui estoit entonné à sa faveur:
'ray, ô femme (vouloit-il dire) que >re est bicn-heu^eu^o d*estro ma mais elle est encore plus heureuse escouté la parolle de mon Père , et gardée. Cest sans dout^ un honneur md de m*avoir porté en son ventre, n'avoir nourry du l;nct descoulant mamelles , moy qui suis et seray leinent la pasturc des anges et des s, fà-haut en la gloire céleste : mais a pas esté le principal fondement bonheur, ains d'avoir obey parfaicà la volonté de mon Père éternel.
)y Nostre-Seigneûr nous fait voir 'elîcité n*e>t pas unie à la dignité, ny selon la dignité, mais selon l'union is avons de nostre volonté avec celle 1, de façon que si l'on pouvoit se- 1 dignité de Mcrc de Dieu, d'avec la 3 union à sa tres-saincto volonté t la sacrée Vierge, elle auroitsans fu le mesme degré de gloire et la félicité qu'elle a maintenant dans
! dy que cette saincte Vierge a eu -grand privilège au dessus de toutes ^s créatures, qui est qu'elle a tousité parfaictemcnt obeyssante à la de Dieu , c'est à dire 4 ^^a parolle, dès le premier instant de sa con- , sans jamais varier ny discontilon pas mesme d'un seul moment , solution qu'elle a voit prise de ser- 'aiclement sa divine Majesté ; grâce jamais esté donnée ù aucune auature , non pas mesme aux anges, je nous voyons par la ( hule de Lut de ses adherens. Et quant aux S, qui peut ignorer qu'ils no soient ans et variables en leurs bonnes ons? nous en voyons tous les joui*s eoce en nous-mnsmes ; car qui est |uî soit toujours d'une mesme hui celle heure nous voulons une chose, tèi nous ne la voudrons plus , ains
en désirerons une autre \ maintenant noua sommes joyeux , et peu de temps après nous serons tristes.
£n somme nous changeons à tous momens : ce qui ne fut pas ainsi de Nostre- Dame, car elle alla lousjours adhérant plus parfaictement à Dieu, si bien qu'elle meritoit tousjours de nouvelks grâces; et plus elle en reccvoit , et plus son ame se rendoil capable d'en recevoir d'autres : ce qui faisoil qu'elle alloit toi\sjours affermissant de plus en plus sa première resolution; de sorte que si l'on eust peu treuver du changement en la tres-saincle Vierge , ce n'estoit quo pour monter toufijour.*» d'un degré de perfection à un autre degré plus relevé par la practique de toutes les vertus : pour cela elle se voulut retirer au temple, non qu'elle eust besoin pour ellemesme de faire celte retraite , ains pour nous enseigner que nous autres qui sommes si variables et si subjets au changement, nous nous devons servir de tous les moyens possibles pour bien affermir et conserver nos bonnes resolutions ; car pour elle il suffisoit qu'elle se fusl donnée à Dieu dès le premier moment de sa vie , pour persévérer en son bon propos , sans qu'elle sortist de la maison de ses père et mère pour cela , n'ayant nul sub-el de craindre quo les objets extérieurs ia* ussent divertir : mais c^mme une bonne mère elle nous vouloit enseigner que nous ne devons rien négliger pour bien affermir nostre vocation , ainsi que S. Pierre nous exhorte (4).
Cette Ste Vierge donc n'estant encore aagée que de trois ans, fut apportée une partie du chemin de Nazareth en Hierusaiem pour estre offerte à Dieu en son temple , et l'autre partie elle y vint avec ses petits pieds. 0 Dieu ! que j'eusse bien désiré de me pouvoir représenter la consolation et suavité de ce voyage. Ceux qui alloicnt au temple de Hierusalem pour y présenter des offrandes à la divine Majesté chantoient le long du chemin le psalme : Beali immaeutati in via, qui ambulant in lege Domini , Bien-heureux sont ceux qui marchent sans macule , et sims tache do péché en la voie des commandemens de Dieu. 0 combien gracieusement ei avec quelle mélodie est-ce que l'entonna nostre
(I) Ba ta dMilAmt U s. Pltm , ch. l
flEMOIf
^orieoae Reyne et Maistresse? de quoy les anf^ furent tellement ravis et estonnez, que troupes à troupes ils vonoient pour escouter cette divine hannouie, et les deux ouverts ils s'espanchoient sur les balustres de la Hierusalem céleste , pour considérer cette Ste Vierge, laquelle estant parvenue au temple, o! mes chères âmes, combien allègrement pensez-vous qu'elle monta les quinze degrés de Tau tel; car elle venoit avec un amour non pareil, se donner, dédier et consacrer à Dieu sans reserve; et semble que si elle eust osé, elle eust dite ses bonnes dames, qui eslevoient les filles que Ton dedioit à Dieu dans le temple : Me voicy entre vos mains comme une boule de cire, faites de moy tout ce qu*il vous plaira , je ne feray nulle resia* tance à vostre volonté. Aussi e^toit^elle si soumise qu'elle se laiâfoit tourner à toute main, sans jamais tesmoigner aucuhe inclination à chose quelconque , se rendant si condescendante qu'elle ravissait tous ceux qui la voyoient, commençantdes lors à imiter son divin Fils, lequel devoit estre si soumis à la volonté d'un chacun que nonobsismt qu'il fu>ten son pouvoir de résister à tous , il ne le voulut pourtant jamais faire, et si bien au commencement de sa passion il monstra sa loute-puissance. lorsque ei:mme un lyon delà tribu de JuJn il se prit à rugir cette parole : Ego i»m, C est nioy ; quand les Juifs lo cherchant |)Our le faire mourir , il leur demanda : Quem qiianriiù? Qui cherchez- vous? Ils hiy diront : JesuH de Nazareth, Cest moy, Jour (lit-il, et par cette paroile il lesrenversii Unis par terre. Mais soudain les ayant fiut relever, il cai'ha sa toute-puissance sous lo manU*au d*une saincle mansuétude et dobonnaireté , si bien que dès lors ils le prirent et le conduisirent à la mort, sans que jamais ils vissent en luy aucune resist;mre, leur permettant non seulement de le timdre et despouiller comme un doux agnelet, mais encore de luy osier jusqu*à sa propre vie, pour accomplir la volonté de son Père éternel. Donc la Ste Vierge prévoyant cela, se soumit en toute chose, sans reserve quelconque , à tout ce qu*on vouloit d'elle, se donnant et abandonnant totalement à la mercy de la divine volonté, mais avec tant de perfection, que jamais nulle créature ne se donna oy s'abandonna si
absolument et si parfaictameBt i)i Majesté, comme elle 6t non seolaJB sa saincte conception , mais enoon présentation , qui eSt pour voua • mes chères sœurs, une trea-grande nité, puisqu'on icelle vous vous vei rechef ofiVir et consacrer à Dieu pt nouvellement et confirmation de tob
Or la coustume de faire ce rené ment s'est (ousjours practiquée, al commencement de PEglise les i chrestiens la practiquoient au joo versaire de leur baptesme , qui e jour qu'ils s'estoient dédiez à Diea :
remarquoient point le jour de ton sance, d'autant que nous ne naiaai enfans de grâce, ains enfans d'Adan â-dire pécheurs : c*est pourquoy ib marquaient point ce jour, ains mu oeluy auquel ils avoient esté faits de Dieu , pour le solemniser. Cërtc très à propos que les religieux et reil les imitent, et fassent tous les ans ai particulière, au jour de leur dedîcM leur entrée en hi religion : mais d qu*ils ne doivent rien avoir de parti vous avez très à propos (mes chères choisi le jour de la présentation de ] Dame, pour faire ce renouvellement ensemble , et vous offrir derechef i vme Majesté , sous la protection d Ste Vierge, a6n de l'accompagner • offrande : en quoy se vérifie ce qui predict par le sainct prophète Davi plusieurs vierges seroient, à son imi amenées après elle au temple de Die luy estre offertes et consacrées pe vantes perpétuelles, JdducehHn vrgivex poit eam et proximœeju rentur tibi, in lœtiiia^ et exaiiaiii dueettiurin templum Hegi$ : or il encore qu*elles seront amenées , e dront avec joye et exultation. C'ci un jour de joie et de consolation pi âmes, ({ue le jour de vostre renouvel et commémoration de vostre dedici divine bonté.
Mais ce -que dit le sainct prophe plusieurs vierges seront amenéei Nostre-Dame, il ne veut pas pour exclure les veuves , lesquelles ne i pas estre rcjettées de cette bien-lM troupe , pour n*avoir plus leur vii puisqu'eiie se peut reparer parnni
POUR LA nttSENTATlON.
I0nsez-vous que ces grandes saine* ont esté miu iôos, et qui après se liées si p€^^faicteme^t au sorvice de e bonté en leur veuvap;e , comme le , Ste Melanie, Ste Françoise et ulres , ne soient pas admises au des sainctes vierges dont parle le ?? 0 rer tes elles ont gagné par hune lrcs-glorieusevirjîini((' , l'huniintnon seulement consorvat rire de lîté, mais encore sa ropîiralrice.
tte fesle que vous fr.iles tous les a commémoration de vos vœux se iculierement jyour renouvel 1er vos . raffermir vos bonnes résolutions.
linsi qiTun homme qui joue oxcelt du luth a arronstumé d'en pinr^T •s cordes, de temps en temps, afin si elles n*ont pas besoin d'e<lre , ou laschres pour les rendre bien ites selon le ton qu'il lenr veut demesme il c^t comme ncct'ssaire r le moins, tous les i'ns une fois, schions et considérions toutes les is de noslro amo , alin de voir si it bien accordantes, pour entonner jue de l'amour «le Dieu et de nos- )re perfection ; et pour cela vous t des retraites et des confessions « , par lesquelles vous avez res cordes discordantes, je veux dire lions qui ne sont pas encore bien », et les resolutions qui n'ont pas îliement practiquées. Ensuite de près avoir fait de fortes et invioesolutions d'estre plus fidelles à r , et pour reparer tous c^s manj, vous venez derechef offrir sous ;tion de nostre glorieuse Maîtresse rs avec toutes leurs affections sur u temple de la divine bonté, pour Qslées et consommées sans aucune par le feu sacrée de son ardente
me direz- vous, qu'est-ce qu'il faut ar nous bien renouvel 1er et afferbonnes resolutions? ciir nostre misi grande, que nous faisons touslelque perte spirituelle, et ne vee trop souvent à déchoir de nos )pos. Certes il est vray que nous as facilement, et ne persévérons I le bien : mais neantmoins il ne (joe nous nous en estonnions, d'au-
tant que tout ce qu! est en ce monde fait le semblable , ouy mesine il semble que le soleil le fasse , avant besoin de faire sa course tous les ans une fois , afm de réparer le déchet qu'il semble avoir fait le long de l'année aux lieux qui n'ont pas un bon climat. Il semble aussi que la terre dechée l'hyver , et quand ce vient au printemps qu elle veuille regagner les pertes qu'elle a faites pendant le- gelées et grandes froidures. Ainsi devez-vous faire , mes chères filles, faisant votre course sur toutes les affections de vostre amc , comme le soleil a fait sur la terre , pour reparer les pertes que vous avez faites le long de l'année par les tepiditezet froideurs intérieures en vos exercices, et par l'immortificaiion de vos passions; et venant au printemps do vos renouvel lemehs , vous devez prendre un nouveau courage , pour reparer le déchet que vous avez fait au temps de ces froideurs intérieures d'immortification et de négligences à vous employer fiJellement au service de Dieu.
Or pour bien faire ce renouvellement, il f<iut que nous considérions trois ()oincts en la présentation de nostre glorieuse Maistresse. Le premier est qu'elle se vint présenter à Deu dans son temple dès ses plus tendres années, se séparant pour cet effect de ses parons. Le second est, que faisant ce voyage , elle est portée imo partie du chemin entre les bras de ses père et mère, et l'autre partie elle marchoit de ses petits pieds. Le troisiesme est, qu'elle se donna et offrit tout à Dieu sans aucune reserve.
Quant au premier poinct, qui est qu'elle se vient dédier à Dieu en son enfance, comment le pourrons-nous faire? direzvous, veu que nous ne sommes plus en cet aage, et n'y sçaurions jamais retourner ; c<)r le temps perdu ne se peut recouvrer. 0 certes 1 vous vous trompez, car si la virginité ()eut estre reparée par l'humilité, et si la chaste veuve peut estre rendue vierge glorieuse et triomphante, pourveu qu'elle soit humble, pourquoy voulez-vous que nous ne puissions regagner le temps perdu par la ferveuret diligence à bien employer le présent? il est neantmoins tres-veri table que le bon-heur de ceux qui sont totalement dédiez et consacrez à la divine Majesté dès leur enfance, esl tres-grand, •!
SBBIfOIf
semble que Dieu le désire et s'y complaise grandement, se plaignant du contraire, lorsqu'il dit par son prophète, que les hommes se sont tellement pervertis , que dès leur adolescence ils ont quitté la voye de salut, et ont pris le chemin de perdition. Les enfans ne sont ny bons ny mauvais, d'autant qu*ils ne sont pas capables de choisir ny le bien ny le mal, et pendant leur enfance ils suivent le droict chemin de rinnocence, mais estant parvenus en Taage déraison, ils prennent leur route à main gauche; et c'est de quoy Dieu se plaint par Hieremie : Dereliquerunt mefontem aquœ vivœ. Ils m'ont quitté, dil-il, moy qui suis la source de bened ction et la fontaine d'eau vive, pour suivre la voye de malédiction.
Et pour monstrer que I& divine bonté désire le temps de nostre jeunesse, comme estant le plus propre pour nous employer à son service , il dit par le mesme prophète : Bonum est viro cum portaverit jugum ab adolescentiasua^ Qu'il est bon à l'homme de porter le joug de la loy dès sa jeunesse. Mais neantmoins pensez-vous que la jeunesse dont parle le prophète soit tousjours prise et entendue de Paage; et quand la divine Espouse au Cantique des Ciinliques dit à son céleste Espoux : Oleum effusumnomen tuum,ideo dilexencnt te, Voslre nom, ô mon bien-aymé, est comme une huyle respandue qui jette un parfum si excellent que les jeunes filles vous ont aymé et sont allées après vous, estant attirées à l'odeur de vos divines suavilez, qu'elle entende parler de celles qui sont jeunes d'années? 0 non sans doute I ains de celles qui sont jeunes de ferveur et de courage, et qui viennent nouvellement consacrer au service du sainct amour non seulement tous les momens de leur vie, mais aussi toutes leurs actions et affections, sans reserve quelconque»
Mais, me direz-vous, quel est le temps le plus propre pour nous dédier et donner tout à Dieu, après que nous avons passé nosire adolescence? 0 mes chères filles, c'est le temps présent tout maintenant, c'est le vray temps 1 car celuy qui est passé n'est plus nostre, le temps futur n'est pas encore en nostre pouvoir; c'est donc le temps et le moment présent qui est le meilleor, et qu'il faut fideUement emi^oyer. |
Mais, me direz-vous, que faut-il que faisions pour recouvrer le temps pi Il le faut recouvrer par la ferveur e gence à courir en nostre voye le temj nous reste, faisant comme les cerfs quels bien qu'ils courent tousjours f( gerement, redoublent neantmoins 1 quand ils sont pressez du veneur, de qu'ils vont alors avec une si grande vi qu'il semble quasi qu'ils volent pluto de courir : de mesme devons-nous ts de faire, mais spécialement au tenp nostre renouvellement; car alors m devons pas seulement courir, mais en la voye do ia perfection, et |)0ur < nous faut demander avec le sainci phete David des aisles de colombes , dahil mihi pennas sicut coiumba labo et requiescam ; aHn qu'à tirc-d nous volions sans nous arrester, jusc ce quv"" nous allions reposer dans les du mur de la saincte cité de Hierus je veux dire que nous soyons entien unis à Nostre-Seigncur crucifié sur le de Calvaire par une parfaicte et e mortification de toutes nos inclinatic
Le second poincl, que nous devon; sidérer en la présentation de Nosire 1 est que venant pour se dédier à Diet le temple, elle fut portée par ses pi mère une partie du chemin, et l'autr tie elle vint de ses petite pieds, i neantmoins tousjours aydée de ses ps car quand le bien heureux S. Joac) saincte Anne trouvoient quelque p ils la metloient à terre pour la faire cher : mais alors cette glorieuse infai ciel esle voit ses petits doigts pour pr leur main, crainte de faire quelque vais pas; et soudain qu'ils recont quelque chemin rabotteux, ils la prei entre leurs bras. Certes si bien ils h soient marcher, ils ne le faisoient pai se soulager; car ce leur estoit une < lalion Ires-grande de la porter ; maii toit pour la complaisance qu'ils prei à luy voir former ses petits pas.
Nostre-Seigneur en nostre pèlerin le long de cette misérable vie nous C( en ces deux manières, ou il nous mei la main en nous faisant marcher ave ou il nous porte entre les bras de sa ; dence. 11 nous tient par la main, qu nous fait marcher en l'esercioe di» t
POUR LA PR$§EIfTATION. S75
ainsi ^inctement le voyage do cette vie mortelle ! et qui ne partent jamais des bras de la divine Majesté , sinon pour marcher et faire de leur costé ce qui est en leur pouvoir, en s*exerçant fidellement en la practique des vertus , tenant tousjours neantmoins la main de Nostre-Seigneur? car il no faut pas que nous pensions estre suffisans de faire aucun bien de nous-mesmes. L*Espous(^ au Cantique nous apprend cette vérité, lorsqu'elle dit à son bicn-aymé : Trafie me post te, in odorem unguentorum tuorum curremui^ Tirez-moy, et nous courrons après vous à l'odeur de vos onguens ; tirez-moy, luy dit-elle, pour monstrer qu'elle ne peut rien d'elle-mesnie, si elle n'est tirée, aydée et prévenue' de sa grâce. Mais pour monstrer qu'elle correspond à ses attraicls volontairement, de son plein gré et sans violence, elle adjouste après : Nous courrons, comme voulant dire : Pourveu, mon cher bicn-aymé, que vous nous tendiez la main pour nous tirer, nous ne cesserons point de courir jusqucs à ce que vous nous ayez pris entre vos bras et unis à votre divine bonté.
Pa.ssonsmaintenantautroisiesmepoinct, qui est que nostre glorieuse Maistresse se donna et abandonna toute a la divine Majesté, sans aucune reserve : or c'ei^t en cela , mes chères filles, qu'il faut spécialement que nous Timitions. Certes, Nostre-Seigncur ne veut pas que nous fassions ce qu'il ne veut pas faire luy-mesme, qui est (le ne se donner à nous qu'en partie ; car sa bonté est si grande qu'il se veut tout donner à nous : de mesnie veut-il, et il est bien raisonnable que nous nous donnions
it que s'il ne nous tenoit, il ne ses en nostre pouvoir de marcher ny 1 pas on cette voye de bénédiction; iroid-on pas ordinairement que ceux abandonné sa main paternelle ne s un seul pas qu'ils ne choppent et loent du nez en terre? Sa divine 10US veut conduire et nous tenir la n nostre voye; mais elle veut aussi 08 fassions nos petits pas; c'est-àue nous fassions de nostre costé ce J9 pouvons avec l'ayde de sa grâce :
liocte Eglise, esgalemcnt tendre et ise du bien de ses enfans, nous onde dire tous les jours une oraison, demandp à Dieu qu'il luy plaise xompagner le long de nostre peleen cette vie morl'jlle, et nous aider grâces prévenantes et concomitanr sans l'une et sans l'autre nous ne 5 rien.
Nostre-Seigneur nous ayant menez nain, faisant avec nous des œuvres Iles il veut nostre coopération, il Tte par après entre ses bras, et fait vrcs en nous auxquelles il semble \\\e nous ne faisons rien, comme tre autres les sacremens ; car dites- 3 vous prie, qu'est-ce que nous faiur recevoir le tres-sainct sacremerjt el dans lequel est compris toute la à et suavité du ciel et de la tcrro?
qu'il faille que le prestre prononce jles de la consécration, qu'est-ce a? pour faire venir ce souverain ir à la voye d'un prestre, pour mest indigne qu'il puisse estre, se rensous les espèces du pain et du vin ostre bonheur? n'est-ce pas nous între ses bras que de nous permet- i tout à luy ; mais qu'est-ce , je vous prie ,
e recevoir de la sorte? lit vous ver- ;ost comme il vous conduira en cos çons ; car quand vous viendrez dire :
iivelle et reconlirme de tout mon s vœux que j'ai faits à mon Dieu, il oduira alors par la main, d'autant us prononcerez ces paroi les, et fejlque chose de vostre part; mais i après quand vous communierez.
Seigneur vous prendra entre ses aisant de luy-mesmo cette œuvre «rfaicte en vous, sans presque •opération de vostre part.
'heureuses sont les âmes qui font
q,ue de nous donner tout à Dieu? C'est ne reserver aucune chose qui ne soit pour luy, non pas mesme une seule de nos affections ou de nos désirs, et c'est ce qu'il demande de nous. Kscoutez-le, de grâce, ce divin Sauveur de nos âmes : jFt/i, prœbe niihi cor luum , Mon enfant , donne-moi ton cœur, dit-îl à chascun de nous en particulier. Mais, me direz-vous, comment se peut-il faire que je donne à Dieu mon cœur, qui est si plein de péchez et d'imperfections? Comment luy pourrat'il estre agréable, puisqu'il est tout rem* pli de desobeyssance à ses sainctes voIod-
tez? Hél ne vous troublez point pour cela, ny ne refusez point de luy donner tel qu'il est ; car il ne dit pas que vous lui donniez un cœur pur comme celuy des anges, ou de Noslre-Dame, mais donne-moi Ion cœur tel qu'il est , dit ce divin Sauveur : ne refusez donc point de luy donner, nonobstant qu'il soit si remply de misères et d'imperfections ; car ne sçiivez-vous pas que tout ce qui est remis entre les mains de sa divine bonté est converty en bien? Vostre cœur est-il de terrt>, de boue et de fange ; ne craignez point de luy donner tel qu*il est : quand il créa Adam, il prit un peu de terre et en Gt un homme vivant, For^ mavit igitur Dominus Deus hominem de limo ierrœ (1). Avez-vous donc un cœur tout remply d'imperfections? donncz-luy tel qu'il est, car sa divine bonté ne demande de nous et ne veut sinon ce que nous sommes , et ce que nous avons , et quand nous luy aurons donné nostre cœur il le sçaura bien perfectionner.
En l'ancienne loy Dieu «voit ordonné qu'un chascun visitast son temple; mais il défendit que personne n'y entrast les mains vuides, ny les pauvres, ny les riches, Non apparebis in conspectu meo vacuus (2) ; luutesfois il né vouloit pas que tous lissent une esgale offrande ; car il vouloit que les riches comme opulens fissenliles offrandes selon leurs richesses, et que les pauvres o: rissent selon leur pauvreté ; de sorte qu'il n'eust pas esté content si les riches eussent fait des offrandes convenables aux pauvres, parce que cela eust ressenty l'avarice; non plus qu'il ne se fusl pas contenté que les pauvres eussent fait l'offrande des riches, d'autant que cela eust esté présomption. Que les séculiers viennent offrir à sa divine Majesté l'affection et la volonté qu'ils ont de suivre et garder ses divins commandemens, Dieu se contentera de cela, et s'ils les observent fideliement, ils obtiendront la vie éternelle : mais que les âmes riches en de samctes prétentions de faire de grandes choses pour Dieu, comme doivent estre les religieux et religieuses, ne luy viennent pas apporter l'offrande des pauvres, c'està-dire des séculiers; car il ne s'en contentera pas. Dieu vous a enrichies (mes chères
(1) C«n. II. — (S) Dent s? l
sœurs) de ses grâces, en vous appelant «n
la saincte religion ; c'est pourquoy il veut que vous luy donniez beaucoup, c'est-àdire, qu'il veut que vous lui offriez sans réserve tout ce que vous estes et tout ce q)ie vous avez.
Nostre-Dame fait aujourd'b'iy une offrande telle que Dieu desiroit d'elle ; car oulre la dignité de sa personne, qui surpasse celle de toutes les créatures, estant la plus excellente de toutes après son divin Fils, elle offre tout ce qu'elle est et tout ce qu'elle' a, et c'est ce que Dieu demande. 0 qu'heureuses sont les aines religieuses, lesquelles par le moyen de leurs vœux ont tout dédié à Dieu, luy offrant leur corps, leur cœur et leurs moyens, renonçant aux richesses par le vœu de pauvreté, aux plaisirs de la chair par celuy de la chasteté, et à leur propre volonté par celuy d'obeyssance. 0 mondains ! jouyssez si bon vous semble de vos richesses, pourveu que vous n'en abusiez pi)s, et que vous ne fassies tort à personne, cela vous est licite, prenex les plaisirs permis par la saincte Eglise; faites vos volontezen tant et tant d'occurrences, pourveu qu'elle:', ne soient point contraires à celles de Dieu, il voui^ permet tout cela. Mais quand à vous autres (mes chères filles), gardez bien de rien réserver; car Dieu ne le veut pas, et comme il se donne tout à vous en son divin sacrement, de mesme il veut que vous vous donniez toutes à luy, et prenez garde qu'il ne peut estre trompé : c'est pourquoy si vous dites que vous vous donnez toutes à sa divine Majesté, faitcà-Ie absolument, si vous ne voulez estre chasliées c(imroe Ananie et Saphire qui mentirent au Saiocl* Esprit.
Mais, helas! il n'est pas de nous autres comme de Nostre-Dame, laquelle s'estant une fois donnée à Dieu, n'a voit plus après besoin de reconfirmer son ofl^rande; car jamais elle ne discontinua , non pas mesme d'un seul niument,d'cstre toute à Dieu, et d'estie parfaictement collée, appliquée, unie et conjoincte avec sa divine bonté. Mais nous autres, au contraire, il est besoin qu'à ioute heure, tous les jours, tous les mois et toutes les années nous confirmions et rcnouvellions les vœux et promesses que nous avons faictes à Dieu d'estre toutes à luy, à cause de la coniiaueiie
POUR LA PRtSBlfTÀTIOlf.
m^inde et yarieté de nos affections et | meurs. C*esl pourquoy la saincle Eglise, nme une sa2;e more, nous va présentant
temps en temps le lon^; de Tannée des tes signalées pour nous encourager*à reiveller nos bons propos; car, je vous e, qui est celuy qui au jour solemnel de sques ne se renouvelle par des sainctes actions et resolutions de nnieux faire , franl Nostre-Seigneifr renouvelle en sa •rieuse résurrection? Qui est le chresn qui ne renouvelle son cœur au jour
la Pentecoste, quand il considère que Hi envoyé du ciel un nouvel esprit sur a qui Tayment ; et ainsi au jour de la ussaincts, où la saincte Eglise nous ressente la gloire et félicité des esprits ^Dheureux , après laquelle nous souxms, et pour laquelle nous espérons?
lis enfin qui est-ce qui pourroit avoir si Il de courage, qui ne s'efforce de se reaveller au jour de Noël, où l'on voit cet Tant tant aymable, nostre divin Sauveur, i vient naistre icy-bas pour nous rache- '? Mais outre toutes ces festes ça touirs esté la coustunne de ceux qui ont lé plus spécialement dédiez à Dieu , mme sont les religieux et religieuses,
prendre tous les ans un jour partilier pour reconfirmer et renouveler leurs mx, afin d'obeyr au grand «postrc qui us conseille de bien affermir nostre votien. Or comment le pourrions- nous eux faire qu'en f isant des reconfiritions du dessein et du choix que nous ons fait destre tout à Dieu? Vous allez ne , mes cbcres âmes , mettre aujourluy un clou à vostre vocation par le nouvellement que vous allez faire de » VŒUX en la présence de la divine ijesté, qui demande cela de vous en compense du don sacré qu'elle vous "a de soy-mesme en mesme temps à la is-saincte communion.
En somme, pour conclure ce discours, dy derechef (|ue le plus grand bon-heur
Nostre- Dame et glorieuse Maistresse dvient de ce qu'elle s'est toujours ren-
due parfaictement obeyssante à Dieu, non seulement pour ce qui est de ses com« mandemens et de ses volontez signifiées, mais encore pour ce qui est de ses inspirations : or c'est en quoy vous la devez imiter le plus près qu'il vous sera possible, si vous voulez plaire à Dieu et luy estre agréables ; car si Nostre-Dame ne luy eust pas esté agréable sans cette absolue obeyssance , comme Nostre-Seigneur le monstra par la loiiange gu'il lui donna , après celle que cette femme, dont il est fait mention en l'Evangile, luy avoit donnée; beaucoup moins vous autres luy pourrezvous estre agréables sans cette parfaicte obeyssance. C*est donc à quoy je vous exhorte , mes chères sœurs , si vous voulez particFper aux grâces de Nostre-Dame ; et bien que nulle autre qu*elle ne puisse avoir cet honneur d'estre Mère de Nostre-Seigneur en effect, vous devez neantmoins tiischer d'en mériter le nom, par une parfaicte obeyssance à ses sainctes volontez ; car vous sçavezquece divin Sauveur preschant un jour dans le temple les parolles de la vie éternelle, Nostre-Dame et S. Joseph ne pouvant s'approcher de luy à cause de la foule du peuple , il y eut quelqu'un qui lui dit que sa Mère et ses frères le demandoient (d'autant qu'il y avoit encore quelques-uns de ses purens qu'il appeloit ses frères) , à quoy Nostre-Seigneur respondit : Mater mea et fratres met ii sunt qui verbum Dei audiun/ et faciunt; quù cumjue fecerit voiuntat( m Pat ris met qui in cœlis est ipse meus fraler et soror et mater est{\) ; Ma mère ci. mes frères sont ceux qui font la volonté de mon Père qui est au ciel. Or c'est la grâce que je vous sou haite, mes chères filles, que d'accomplir parfaictement cette saincte volonté en toutes choses sans reserve : faites- le donc fidellement,etsa bonté infînie vous comblera de grâces en ce monde, et vous couronnera de sa gloire éternellement en l'autre. Ainsi soit-il.
(1) s. MatUi lit; S. Loo , fin.