POUR LE QUÀTRIESME DIMANCHE DE L'ADVENT
Firflim e$î terhum Domini iûper Joannem^ Zmhariœ /l/ium, in deterto, et venit in ommm r$lft nem Jordanii, prœdican* baptitmUm pœnitentim in retnittionem peeeatorum.
Lt ptrolle de Diea est lombée sur Jean, flis de Zacharie, au désert , et il vint par toutes les oontiiM d*alentoar le Joutdain, presehant le bapl6ime et la pénitence, en la remission des pechei.
Le glorieux S. Jean, ainsi que je vous mnnslray dimanche, ayant donné des preuves tros-suffisantcs de la grondeur de son humilité, lorsqu'estant enquis s'il cstoit le (ihrist, ou quelqtie grand prophète , il respondit franchement qu'il ne l'estoit pas , ainsi que dit Fevangeliste : et se voyant pressé par ceux qui estoient venus à luy de dire qui il estolt, il leuf re$f)ondit : Je suis la voix de celuy qui crie au désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, F'ox eiamantis in deserto: Parafe viam Domini; comme leur voulant dire : Je ne suis pas celuy qui crie : Faites pénitence, ains seulement la voix de celuy qui vous le dit par moy. 0 certes! il est vray que ce n'esloit pas S. Jean qui crioit, mais Nostre- Seigneur qui parloit par sa bouche.
Le grand apostre S. Paul, oscrivant aux Tbessalonissiens, leur disoit : Quand vous avez receu de nous la parolle do la predi* cation, vous l'avez receuë, non pointcomme parolle d'homme , mais comme parolle de Dieu, laquelle aussi a opéré en vous. Or il •ai oertain que si nous voulons tirer profit
des choses qui nous sont dites et des 6ftseignemens qui nous sont donnez, nous lei devons recevoir, comme nous estant diU ' de la part de Dieu, qui nous fait connoistresa volonté par le moyen des prédicateurs ou antres , qui sont ordonnez pour annoncer sa parolle , ainsi que je dinf maintenant.
S. Jean estoit sur le bord du fleuve Jo«*» dain preschant la pénitence. Ce fleuve êl« toit à l'entrée d'un désert où il s*estoit re* tiré, et le monde accouroit à luy de toutel part?, pour escouter ses parollcs et eslri baptisé, et il disoit à tous : Faites penitence, car le royaume des deux est prochei préparez les voyes du Seigneur, aplanisses et redressez les chemins , PœnitentioM agite, appropinquavit enim regnum cth lorum, parate viam Domini , rectos fdr cite semitas ejus (4). Hais d'autant, disoit ce glorieux sainct, que je crie et prescha en ce désert qu'on fasse pénitence , vooi voulez sçavoir qui je suis; je vous dy aoa je ne suis que la voix de celuy qui crWi
a\ s. MatUi. 111.
POUR LE lY* DTKAIfClIC DE L*ADYENT.
M dfooit : Ce n*est pas moy qui crie : faites pénitence, mais c'est Dieu qui b vous dit par moy, el je no suis que la toîx el trompette par laquelle il vous fait sçavoîr et entendre ce que vous devez faire pour vous disposer à son advenement : c'est ponrquoy vous devez escoutcr mes parolles; non comme miennes, mais comme parotlesdeDiou.
Or ce qui est dit dans Tevangile do ce jour, que la pnrolle de Dieu est tombée sur Jean , filb deZacharic, au désert , se peut entendre diversement , d*nulant que la parolle de Dieu tombe spocialement sur les CQBQrs en deux manières : La première , est quand Nostrc-Seignour parle au cœur de quelqu'un pour l'instruire , et luy enseigner ce qui est de sa volonté et de son bon plaisir, luy fais:\nt connoistre ce qu'il doit faire pour sa conduite particulière ; la seconde est (juand elle tombe sur le cœur, non pour «oy soulomcnt, mais aussi pODrla porter et communiquer aux autres, afin de leur faire f^.avoir ce qui est de la volonté de Dieu , soit par la prédication ou autrement : et c'est en cotte manière qu'elle tomba sur S. Jeun , qui fut choisi etesleu de Dieu, pour estrc son avant-coulenr, et pour annoncer sa venue au peuple Ibis notez ce mot que je diray en passant, que nul ne peut estre receu ny eslevé en quelque dignité et prclature, si la parolle de Dieu ne tombe sur luy, c*est-à-dire qu'il no soit premièrement choisi et esleu de Dieu. Et le choix et les élections que Diea fait de ses créatures sont presque iDQSjours communes et ordinaires , et Ton l^en doit point désirer ny rechercher de particulière ny d'extraordinaire ; car les locations particulières et extraordinaires Mt dangereuses et suspectes, quand elles ae sont pas approuvées ni authorisées par ta pasteurs et maistres do la vie spiritvlb.
Or S. Jean fut esleu et choisi de Nostre- Sngnear, pour annoncer sa venue au anode , et luy-mesme approuva sa vocation et manière de procéder. Il l'envoya devant luy, et le suivit, et prescha ce qu'il aroit presché. Il est donc certain que ce glorieux sainct devoit annoncer la piirolle ^Dieu, prescber la pénitence, et faire les autres foncfions de sa charge : maiscommo ii'esiôît obligé de crier que l'on preparast
la voye tu Meneur, qû» foa tidanisl les
sentiers et les chemins , le peuple auquel il preschoit estoit aussi obligé non seulemont de l'escouter, mais encore de faire ce qu'il leur disoît, et de recevoir lebaptesme qu'il leur presentoit ; car si les prédicateurs sont obligez de prescber et annoncer la parolle de Dieu , l'on est aussi obligé de l'escouter, et bien recevoir ce qu'ils disent de sa part et le mettre fidellement en practique , et pour le bien faire , il faut bien mascher et savourer ce que Ton a ouT, afin d'en faire une bonne digestion : car ditesmoy, je vous prie, qu'eust-il servi au peuple dlsraël que Dieu leur eust fait pleuvoir la manne au désert pour leur nourriture , s'ils ne l'eussent voulu recueillir et ramasser? Et que leur eust-il profité de la recueillir, s'ils ne l'eussent voulu manger pour s'en nourrir et sustenter? Certes quand Dieu 6t tomber la manne du cie!
pour nourrir ce peuple, il l'obligea de se lever du matin, pour l'aller recueillir avant que le soleil fust levé , et non seulement de la recueillir, mais encore de la manger, afin de s'en nourrir et sustenter. De mesme pouvons-nous dire que ceux à qui on presche la parolle de Dieu sont obligez non seulement de Tescouter, mais encore de la practiquer, afin d'en nourrir et sustenter leurs âmes.
Il y a deux causes principales pour lesquelles l'on ne profite pas de cette divine parolle. La première est , que si bien on i'escoute , Ton n'est pas neantmoins bien déterminé de la mettre en practique , Ton diffère tousjours l'exécution jusqu*au lendemain. 0 que nous sommes misérables I ne voyons-nous pas que ces remises que nous faisons de l'exécution des volontés divines sont la cause de nostre perte et de nostre mort spirituelle , et que tout nostre bien ne consiste qu'au temps présent , la vie de Thomme ne consiste qu'au jour et mesme qu'au moment auquel il vit; car qui se peut promettre qu'il vivra jusqu'au lendemain ? 0 certes personne ne le peut , noslrc vie ne consisUint qu'en ce seul mom^"^ que nous possédons , en telle sorte que nous no nous en pouvons pas promet* tre ny asseurer une autre.
Or cette venté estant supposée, comment osons-nous difierer de nous mettra en l'exécution et en la practique de ce qui
SEBMOR
nous est annoncé par lea prédicateurs, qui peut servir à nostre amendement et conversion, puisque du moment présent , duquel seul nous jouyssons et entendons ce qui est propre pour nostre salut , dépend peut-eslre noslro bonheur éternel. Je dy donc que la première cause pour laquelle nous i.e proGtcns pas des choses qui nous sont dites et enseignées , c'e>-t que nous usons de remises , et ne nous mettons pas promplemenl en la practique d'icellos.
La seconde cause qui nous ompescho de tirer profit de la parolle de Dieu , est une fertaine avarice spirituelle, qui fait que Ton recherche et s'empresse pour sçavoir beaucoup de choses : et vous treuverez des personnes qui no se lasseront jamais de recueillir de nouveaux documens , et qui sont tousjours à demander des enseig« emens; mais, après cela, elles n'en mettent pas un seul en practique : or je dy que cela est une avarice ^pirilueIle, qui est uii vice assez grand en la vie devoste, d'au- U:nt que cela ne fait que dissiper et troubliîr l'esprit. Vous en treuverez d'autres qui sont tousjours après à rechercher et amasser des livres nouveaux , et faire de grandes bibliothèques. Hé ! pauvres gens, que voulez-vous luire de cela? Pensez-voiTs que vostre perfection et vostre salut consiste à faire grand amas de livres et de documens spirituels? ne sçavez-vous pas que Nostre-Seigneur voulant esloigner 1 avarice et les sollicitudes du cœur de ses disciples , leur commanda de vivre au jour la journée , et de n'avoir point soucy du lendemain, J^olitesoUicid esse in crasiinum; crastinus enim dies sollicituê erit sibi ipsi; sufficit diei malilia sua.
Entre toutes les ordonnances que Dieu fit aux enfans d'Israël, il leur commanda 8|)ecialement do ne recueillir chacun qu'une mesure de manne , c'est à sçavoir ce qui esloit suffisant pour leur nourriture d'un jour, et leur défendit expressément qu'aucun n'en gardast pour le lendemain ; bt s*il arrivoit que quelqu'un en gardast par provision , il s'y engendroit des vers , et ello se tournoiten corruption. La mesme ordonnance se doit faire aux avares s()irituels. Vivez au jour la journée, leur doiton dire , profitez des enseignemens qui vous seront donnez chaque jour, et vous en nourrissez bieot les mettant en practi-
que , puis laissez faire à la divine provi*
dence ; car après elle vous pourvoira sekm vostre besoin : usez bien seulement de œ qui vous est donné chaque jour, puis soyez libre de tout autre soin. No sçavez-vous pas que dans les viandes qui sont gardées il s y engendre des vers? certes je crois que les vers qui rongeront les consciences des damnez ne seront pas les moindres peines qu'ils souffriront , ains qu*elles seront les plus grandes. Mais quels seront ces vers, sinon les vifs etpuissans remords qui picqueront et rongeront éternellement leurs âmes , par le ressouvenir et la vue de tant d'instructions, de moyens et d'occasions qu'ils auront eus de servir Dieu sans en avoir proGlé? 0 quels remords de conscience aura-t-on à Pheure de la mort, voyant le nombre infiny de documens, ad vis et enseignemens qui nous auront esté donnez pour nostre perfection , lesquels nous aurons négligez et rendus inutiles I Ce seront certes les plus grandes douleurs que Ton ressentira alors que celles-là. Vous voyez donc bien maintenant commo l'avarice spirituelle est un grand défaut, qui nous empesche de profiler de la parolle de Dieu.
Revenons à nostre évangile , je l'expliqurray le plus familièrement qu'il me sera possible : mais pour ce faire, il en faut dire briefvement l'histoire.
Du temps que Tybere César estoit empereur de Rome, qu'Herode estoit roy de Judée, que Ponce-Pilale presidoit en Rie* rusalem , et qu'Anne et Caïphe , princes des prostrés , estoient assis dans la chaire deMoyse, Dieu envoya son prophète, à sçavoir le glorieux S. Jean, qui fut sa voix, qui crioit au désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, faites pénitence ; car le sàlut est proche. Et pour l'explication de ces parelies , je me scrviray de celles que dit Isayo aux Israélites dans le quarantiesme chapitre de ses prophéties, qui senties plus douces et agréables qui se puissent entendre; c'est une chose merveilleusement suave que de lire les escrits de ce sainct prophète, ses parolles sont fluides, emmiellées et accompaj»nées d'une science incomparable, c'est un fleuve d'eloquencOy où l'on découvre des choses admirables.
Lorsque le peuple d'Israël fat mené m servitude oar 1a4 Gentils, et envû^Â fiaiNii
POUR LE Vf Dllf ANCHE DE L^ADYEIfT.
rmy les Perses et les M edes, le bon Cy- | s, après une longue capliviié, se resolde les retirer de relie servitude, el les mener en la terre de proini>sion ; alors prophète Isaye, avec une divine poësie, tonna ces belles pnroles: Cunsofamini, nsolaminiy pnpule meus , dicit Deus fter, loquimini ad cor Hiemmlem et \fDOcate eum, quoniam compléta est Mia ejuêy dimissa est iniquitas il- 1$ (I). 0 peuple d'Israël, consolez-vous, lis consolez-vous, dit le Seigneur nostre en. et voslro consolation ne sera point ine ny inutile, parlez au cœur de Hicsalem, et l'appeliez; car sa malice est compile , et parce que son iniquité est anië à son comble, elle luy sera par- «née : et pour cela (disoit ce grand prolete au peuple d'Israël) aplanissez vos tjes, et redressez vos chemins, a6n que jrras vous retirant de captivité, et vous imenant en la terre de promission, ne «uve point de tortuosité.
Il y a un grand nombre d'interpretaoos sur ces parolles, et quelques doc- Hirs demandent pourquoy est-ce que lieu dit qu*il pardonnera au peuple d'Is- Bël leurs iniquitez, parce qu'ils sont vous au comble de leur malice, Quoniam ompieta est malUia ejus^ dimissa est niquitas illius. Les anciens percs, au apport de S. Grégoire, disent que ces paolles se peuvent entendre en deux matières. La première est, comme si Dieu lisoit : Lorsqu'ils sont au plus fort de ears travaux et afflictions , et qu'ils resleotent plus vivement le faix de leurs ini- ]ailez en cet esclavage et servitude oii ils Mml reduiis, après les avoir punis de leurs OKchancetez par cette tribulalion et ce feau, je les ay regardez, et en ay eu compassion au plus fort de leur malice, c'est- Nire, au plus mauvais de leurs jours, et De suis contenté de ce qu'ils ont souffert pour leurs péchez, et pour cela maintenant leurs iniquitez leur seront pardonnées et je les retirerai de leur captivité el servi- Code. Jacob se plaignant de la brief voté de n vie, disoit ces parolles : Mes jours sont soarts, mais ils sont mauvais , Dies pèreprinationismeœ parvi el m///i (2), comme roulant dire : Ces jours de la peregrinaion de ma vie sont courts, ils ne font que
passer, et ressemblent à une ombre qui disparoist on un instant ; mais neantmoins ils sont mauvais, d'autant qu'ils sont chaussez et suivis de tant de misères et de travaux qu'ap(>orte avec soy cette vie présente , qu'encore qu'ils soient courtSi ils ne laissent pas d'estre mauvais et pleins de malice. Ce qu'il disoit, à cause des grandes peines et tribulations qu'il souffroiU(l).
La seconde manière en laquelle nous pouvons entendre ces parolles d'Isayo; Dites au peuple d'Israël (à cause que leur malice est venue à son comble, leurs ini« quitez leur seront pardonnées) est comme s'il vouloit dire : Lorsqu'ils sont venus au comble, au midy et au plus haut point de leurs meschancetez et ingratitudes, lorsqu'il semble qu'ils n'ayent plus aucune souvenance ny mémoire de Dieu et de ses bienfaits, leurs iniquitez leur seront pardonnées, c'esl-à-dire, au temps auquel ils meritoient d'estre précipitez dans l'enfer et perdus pour jamais. Dieu leuri)ardon^ nera et ne se souviendra plus de leurs meschancetez.
Certes , quand la divine Providence a voulu faire voir aux hommes combieu grands estoient les effects de sa .miséricorde, ça rstoit lorsque, pour leurs péchez, ils ne dévoient plus attendre sinon de ressentir la fureur de son courroux et la terreur de sa justice ; en ce tempà-là, dis-je, auquel il n'y a voit aucune disposition de la part des hommes, et que Dieu estant exlrcsmement ofTcnsé pnr eux, il n'avoit aucun motif qui le pust esmouvoir à leur faire miséricorde : c'est en ce temps-là qu*il a fait voir des eflects admirables de sa bonté envers eux : bien que ce soit de grands effec s de sa miséricorde, dénoua départir continuellement ses grâces, nous pardonnant les fautes que nous commettons journellement et à toute heure contre sa divine Majesté, laquelle, non contente de cela, récompense encore les services que nous luy rendons, par de si grandes faveurs que ccluy qui correspond à une grâce te dispose pour en recevoir une seconde, el qui correspond à celte seconde se dispose pour en renvoi r une troisie.'^me, et de cette troisiesme une quatriesme, et ainsi consécutivement; car
(i)S.««ttfc.vi.
SERHOlf
selon le dire des théologiens scholasli- 1 ques, qui est tres-veritable, Dieu ne manque jamais de son coslë, et si Tame est fidelle à correspondre à ses grâces, il luy en donnera tousjours de nouvelles; et ainsi s*advancant tousjours par une fidelle correspondance, elle se rendra digne de participer à de grands biens et de recevoir de signalées faveurs : et pour cela Dieu, en tant et tant d*cndroicls de la saincte Ecriture , nous recommande la fidélité à correspondre aux bons mouvemens, lumières et inspirations qu*il nous donne. En quoy certes reluit merveilleusement la grandeur de sa miséricorde envers nous.
Mais quand, outre ce que j*ay dit, sa providence a voulu donner aux hommes des -efTects et des traicts plus grands do sa bonté, ça esté une chose admirable, qu'il n*a pas voulu qu'aucun motif Taye induit à ce faire; ains sans y esire poussé d'aucune cause que de sa seule bon lé, il 8*e8t communiqué à eux d'une façon du tout merveilleuse.
Lorsqu'il vint en ce monde , c*estoit, comme nous venons de dire, au temps qi.e les hommes estoient arrivez au comble de leur malice , lorsqu'ils vivoient sans roy, et que les loix estoient entre les mains d*Anne et de Caïphe, hommes meschans au possible, lorsqu'Hcrode regnoit, que Ponce-Pilate presidoit en la Judée. Ce fut en ce temps-là, dis-je, que Dieu vint au monde pour nous racheter, et nous délivrer de la tyrannie du péché et de la servitude de nostre ennemy, sans estre esmeu à ce faire, que de son immense bonté qui le porta à se communiquer aux hommes en cette sorte. Certes le cœur de nostre divin Sauveur et Maistre estoit tout remply de miséricorde et de douceur pour Je genre humain, et il en donna à ce coup des preuves et teamoignages admirables, comme il a fait en divers autres occasions, où sa miséricorde a fait paroistre et esclater sa grandeur, ains qu'il se voit en plusieurs endroiots de la saincte Escri-
iure.
Quand est-ce qu'il pardonna à S. Paul, sinon lorsqu'il estoit au comble de sa malice? car chacun sçait qu*au temps de sa conversion il estoit en jsa plus grande 6l Curie contre Dieu, et ne pouvant
assouvir sa rage contre luy, il tourmii son courroux contre l'Eglise, mais avec une telle furçur qu'il faisoit tout son possible pour l'exterminer, Spirans mina' rutn, et cœdU in diseipulos Domini; et ncantmoins ce fut alors que NostrenSeigneurcontre-pointa sa malice et son ingratitude par sa miséricorde, qu'il le toucha, le convertit et luy pardonna touUB ses iniquitez, au temps mesme qu'il avoit plus desmerité. 0 Dieu! comîbiea fut grande cette divine miséricorde, à l'endroict de ce sainct apostre I Certes nom voyons tous les jours de semblables eflecti (le la bonté de Dieu envers les pecheura; C(ir lorsqu'ils sont plus obstinez et endu^ cis en leurs péchez, et qu'ils sont venus i un tel poinct qu'ils vivent comme s'il n'y avoit point de Dieu, de paradis uj d'cT.fcr, c'est alors qu'il leur fait voir et découvre les entrailles de sa pieté et douoo miséricorde, dardant un rayon de sa di* vine lumière dans leur ame, qui leur fait voir le misérable estât où ils sont, afin qu'ils s'en retirent.
Or je ne lis jamais la conversion de Da* vid sans m'cstonner de- voir que ce pro* phete, après avoir commis de si grandi péchez , soit demeuré près d'un an es iceux sans se rccognoistre , dormant d'ua sommeil léthargique, sans se reveiller, ny s'apercevoir du misérable estât où il estoit. 0 Dieu ! son poché eust esté en quel* que façon plus excusable, s'il l'cust commis quand il estoit berger et gardoit lei brebis ; mais que David aye péché, après avoir reccu tant et de si grandes grâces de sa divine Majesté, avoir receu tantdoclartez, de lumières et de faveurs, luy qui avoit fait tant et tant de merveilles et prodiges, et qui avoit tousjours esté nourrf et eslevé dans le sein de la douce clémence et miséricorde de Dieu, soit venu jusqueslà que de commettre de si grands forfaitSt et soit demeuré après si long-temps sans ' les reconnoistre : ô certes c'est une chose digne de grand estonnement ! il avoit commis un adultère, mais c'estoit encore peu (ô misore extresmc de l'esprit humain, qui - ne veut point qu'on voye ses fautes!). Da- ' vid après cela pensant couvrir cette première faute , il s esseya de faire enyvrer Urie ; mais n'ayant pas reiisai en soa des» ! sein, il se résolut pour venir à chef de
POUR LE ly DIMAIVCHB DE L*ADV£iMT.
toe, d'en commettre une troisiesme, ande que les deux autres, qui este faire tuer à la guerre, et pour iscrivil à son lieutenant et gênerai 9, et luy commanda d*exposcr Urie Htre à la teste des ennemys, puis andonner, afin qu'il fust tué, ce t fait ainsi que David Tavoit orde manière qu'il commit plusieurs Jes entassant les uns sur les autres, les uns pour couvrir les autres, et *& ainsi croupissant dans ses pçchez m an, sans s'apercevoir du miserait où il estoit, ny se ressouvenir de
k donc le pauvre David, par cet ou- )ieQ, sans aucune disposition à la mais la divine bonté le voyant dans uglement, pour le retirer de son pe- Y envoya le prophète Nathan, lequel liant faire reconnoistro sa faute, se d*une parabole, luy disant qu'un ! riche qui avoit un grand nombre >is et de bœufs avoit pris à un paumme une seule brebis , qu'il avoit ie; qu'il nourrissoitdans sa maison, aymoît uniquement, et la luy avoit l^oyez, je vous prie, comme le prouy parloit sagement de sa faute en personne pour la luy faire recon-
ct confesser : mais comme David lans un si grand aveuglement, qu'il )it point son péché, ne s'a percevant 5 le prophète Nathan parloit de luy, lonça la sentence de mort contre fui avoit desrobé celte brebis , lo inant de plus à en rendre qualre 4int.
iderez, je vous prie, comme le pauvid estoit endurcy dans son péché, I avoit aucun ressentiment ; mais s fautes des autres , il les connoist bien, et sçavoit bien leur imposer jtiment proportionne à leur dcsme- ■ le prophète Nathan voyant qu'il ne oissoit point ses fautes, luy dit franit que c'estoit luy qui avoit desrobé rebis, ce qu'entendant ce pauvre
touché de contrition : Ah ! dit-il , ché contre le Seigneur, Peccavi o. Lors Nathan luy dit ; Parce 9B avez confessé vostre péché, Dieu irdonne, et vous ne mourrez jwint, •0 Ifalhan ad David; Dominuê
quoquetranitulU pêeealum tuum, non morieris.
Or ^uel plus grand effect voudriez-vous voir de la miséricorde de Dieu que celuylà ? car au temps auquel il semble quo David estoit au comble de sa malice, Dieu luy pardonna son iniquité : mais quel changement ftt-il après qu'il eust reconnu sa faute? il ne faisoit plus que gémir et pleurer son aveuglement , Ton n'entendoit plus sortir de sa bouche que cette parolle : Peecaviy et criant miséricorde à Dieu, :I alloit tousjours disant ce p<almede la (ionîtence : Miserere mei, Deus.
11 y a plusieurs autres exemples dans l'Escriture saincte semblables à cettuyH^, par lesquels Dieu nous a manifesté la grandeur de sa miséricorde, et où nous vwcms la vérité de ces paroi les d*Isaye : Quoniam compUta est malitia ejus, dimissa est iniqttitas illius, Parce que leur malice est venue à son comble , elle leur sera pardonnée. Et quant à ce qu'il dit : Préparez les voyes, et aplanissez les chemins d!i Seigneur, Parafe viam Domini , reC' tas fadtein soHtudine semitas Dei nostri ; i\ vouloit dire que le grand roy tlyrus dovoit bientost ramener les Israëliles de la Ciiptivité de Bubylone, en la terre ite promission. Mais bien que ces parollcs ayent esté dites pour ce subject , '^i eotce neantmoins que le principal but du prophète estoit de parler de radvenemont de Nostrc-Seigncur. S. Jean donc proschant la pénitence, et annonçant au poupie que le Sauveur estoit proche , Il se sert des parolles du Prophète Isaye ; Je suis la voix (dit-il) de ccluyqui crioaudesort ; Préparez le ciiemindu Seigneur, l^^o^r ciamantisindeserto : Parafe mam Domini,
Or puisque nostre divin Sauveur est proche, que faut-il faire (mes chères sœurs) pour nous préparer à son advenementf S. Jean nous l'enseigne en ses prédications, quand il dit qu'on fasse pénitence. Certes, il est vray qne la meilleure disposition qu'on puisse avoir pour Tadvencment de Nostre-Seigneur, c'est do faire pénitence : il faut tous passer par-là sans exception ; car comme nous sommes tous pécheurs, aussi avons-nous tous besoin de pénitence. Mais cela est trop gênerai , il nous faut toucher quelques particularités dMcelie : 8. lean noos en marque qnelqnee
unes en l*evangile de ce jour : JRecioê facile semitas ejus, omnis vallis implebiiur, et omnis i>wnê et coUis humilioùituVy Apliiiiissez le chemin du Seigneur, ait-il, remplissez les vallées, abaissez les monts et collines, redressez les chemins raboteux et tortus.
Cerlos, il n'y a nul doute que quand Ton treuve plusieurs chemins raboteux et qui s'entortillent les uns dans les autres, cela fatigue et lasse grandement le pèlerin. Il en va tout de mesme en Texercice do nostre chemin spirituel, il y a tant de monts et de vallées, tant de tortuositez, et tout cela rd peut estre redressé que par la pénitence, c'est elle qui remplit les vallées, qui rabaisse les monts, et qui redresse et esgule les chemins tortus, ainsi que Je diray nr^aintenant.
Faites pénitence , dit S. Jean , c'est-àdire : abaissez ces monts d'orgueil, remplissez Cv s vallées de tiédeur et de pusillanimité, parce que le salut est proche. Or ces vallées que ce glorieux sainct veut qu'on remplisse ne sont autres que la crainte; laquelle quand elle est trop grande nous porte au découragement. Le refait! des grandes fautes commises apporl-e quand et soy une certaine horreur, un estt-nnement et une crainte qui abat le codur, et cela sont des vallées qu'il faut n*iT«piir de confiance et d'espérance pour l'adveîiamentdeNostre-Seigneur. Un grand sainci parlant un jour à une saincle pénitente, qui avoit commis de grands péchez, luy disoitces parolles : Craignez, mais espérez, craignez, de peur que vous ne deveniez superbe et orgueilleuse ; mais espérez, de peur que vous ne tombiez dans le desespoir et descouragcment ; car la crainte et l'espérance ne doivent point aller l'ime sans l'autre, d'autant que si la crainte n'est accompagnée d'espérance, elle n'est pas crainte, ains desespoir, et Tesperance sans la crainte est présomption : Omnis vallis implebilur. Il faut donc par la confiance meslée avec la crainte remplir ces \allées de descouragemens qui viennent de la connoissance des péchez que nous avons commis.
Omnis mons et coUis humiliahiiur^ Abaissez, dit le glorieux S. Jean, les montagnes et les collines. Quelles sont ces monta^oeSi siuoo la présomption , l'orgueil et
Testime qu'on a de soy, qui est on grand empeschement pour l'advenemeiil de Nostre-Seigneur, lequel a de coustume d'humilier et rabaisser les superbes ; car U va pénétrant au fond du cœur, pour descouvrir l'orgueil qui y est caché. Prenei donc garde que vous ne soyez semblables à ce misérable pharisien duquel il est parlé en l'Evangile, qui estoit une montagde d'orgueil, présumant d'estre quelque chose plus que les autres, se vantant et gloritiaot de quelques vertus apparentesqui estoient en luy, en suite de quoy il disoit par une vaine présomption : Seigneur, je vous rends grâces de ce que je ne suis pal comme le reste des hommes, je paye les dixmes, je jeusne tant de fois la semaine, et choses semblables qu'il alleguoit pour se priser. Mais Dieu voyant l'orgueil de ce pharisien , il le rejeta ou au contraire lo pauvre publicain, qui devant le monde estoit une montagne très-haute et raboteuse, fut abaissé et aplani devant Dieu lorsqu'il vint au temple, où n'osant lever les yeux pour regarder le ciel , à cause des grands péchez qu'il avoit commis, il se tenoit à la porte , frappant sa poictrine avec ua cœur contrit et humilié, et par cette humilité il fut di|;ne de Ireuver grâce devant sa divine bonté, et s'en retourna justifié ea sa maison, Dei>cendit hic jusli/icatus t'A domum suam ab iilo.
J'aurois encore plusieurs choses tresutilcs à dire sur ce subjet pour noslre instruction , mais il faut finir. Aplanisses (dit le glorieux S. Jean) les chemins; redressez ceux qui sont torlus . afin de les rendre esgaux, qui est autant comme s'il disoit: Redressez tant d'intentions sinistres et obliques, pour n'avoir plus que celle de plaire à Dieu , en faisant pénitence , qui doit eslre le but au.|ucl nous devons lou^ viser. Comme le marinier, quand il con-' duit sa barque , a tousjours l'œil sur l'es* guille marine, pour voir s'il va droict où il prétend : de mesme devons-nous lousjour* avoir l'œil ouvert pour embrasser les actes de pénitence, afin de parvenir au ciel qui est le lieu où nous aspirons.
Il se treuvo pinsieurs personnes dans le monde, lesquelles ne veulent point regar» der la pénitence, jusquesà l'extresmiUîde leur vie Dieu est si bon et si misencor« dieux , disent-elles , il nous pardonnera A
POUR LA yALLË de NOËL.
li Ad de nos jours, donnons-nous seulement dn bon temps, et à Theure de la mort nous dirons un t>on peccavi. Mais qu'esl-ce que cela, sinon une grande présomption ? prenant occasion de la bonté de Dieu de croupir dans leurs péchez. Hé! ne sçavent-ils pis qu'encore que Dieu soit infmiment ùericordieux , il est aussi infiniment )vle, et que quand sa miséricorde est irlitéeelle provoque sa justice.
Bedressez les chemins , c'estrà-dire espSeï vos hiimeurs par la roortificiition de 1QB passions, inclinations et aversions. Or cette esgalité d*humeur est une vertu des |faB nécessaires aux personnes qui practiqnnt la dévotion , qui soit en la vie spiritaelie, et pour laquelle on a tousjours à travailler. 0 que c'est une chose merveilleasement suave que de considérer la vie denostrc divin Sauveur et Moistre 1 car ToB Y voit reluire cette parfaicte esgalilé, pvmy rinesgalité des divers accidens qui hiy arrivèrent pendant tout le cours de sa vie mortelle : certes personne n'a jamais en cette esgalité en telle perfection que lif, et la sacrée Vierge nostre glorieuse Ihistresse. Tous les saincts ont bien traviillé pour Tacquisition de cette vertu : mab quoy qu'ils ayent fait, leur esgalité n'a point esté si parfaicte qu'il ne s'y soit Ireuvé quelque inesgalité, non pas mesme en S. Jean-Buptiste ; car il avoit , selon l'o-
pinion de quelques docteurs , commis des péchez véniels , comme j'ay dit uuiresfois.
0 qae c'est une chose désirable, mes chères sœurs, que cette esgnlite d'esprit et d'humeur, et que nous devons travailler fidellement pour l'acquérir ; car nous sommes plus variables et inconstans qu'il ne se peut dire. L'on trouvera des personnes qui maintenant estant de bonne humeur seront d'une conversation agréable et joyeuse : mais tournez la main , vous les treuverez chagrins et inquiétez. Vous en trouverez d'autres à qui il faut parler à cette heure d'une façon, d'icy à peu d'une autre : tel aura à cette heure le cœur en douceur, lequel après, pour peu que vous attendiez, sera dans l'impatience.
En somme qu'est-ce que l'on void parmy les hommes , sinon de continuelles bigearreries et inesgali lez d'esprit, qui sont les chemins tortus et raboteux que nous devons redresser pour l'advenemcnt de Nostre-Seigneur? Mais pour le bien faire, il nous faut aller à l'eschole du glorieux S. Jean-Baptiste, et le prier de nous recevoir au nombre de ses disciples, et s'il nous reçoit, il nous remettra entre les mains de nostre divin Sauveur, lequel par après nous remettra entie celles du Père éternel , qui nous donnera sa grâce en ce monde et sa gloire en Tautre , où nous le loiierons éternellement. Ainsi soil-il.
SERMON