‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 111 sur 356 · POUR LA VEILLE DE NOËL · texte numérisé non relu

POUR LA VEILLE DE NOËL

Hodie êtietii quia Ihminut vente t , et mane videbitis gluriam ejut, Exod. xv. ▼•Of tçaurei aujourd'huy que le Seigneur viendra, et demain au malin vous verrez sa gloire.

La tres-saincte Eglise , comme tres-soigneose du salut de ses enfans, a accx.)us- Uifflé de nous préparer dès la veille des giiDdessolemnitt z, ïS\x\ que par ce moyen BOUS venions à estre mieux disposez pour Rconnoibtre les grands bcnelices que nous irons reçeusde Dieu en iceiles. En la primitive Eglise , les chrestiens qui vouloient raidra en quelque manière satisfaction à

Nostre-Seigneur, du sang qu'il avoit fraischement respandu pour nostre salut en mourant sur U croix, avoient un très-grand soin de bien employer le tomps dessolemnilez, et pour ce subjet il n'y avoit poing de feslequi n'eust sa vigile, des laquelle ils commençoient à se préparer pour la solemniser, et non seulement cela s'est ob« serve dans4a primitive Eglise, mais

SEBMOn

qui ne Fa choisie pour estre sa mère, sinon parce qu'elle estoit Vierge, etcommentlny, qui est la pureté mesme, eusl-il pu diminuer sa pnrelé vir^innle? ;

Noslre-Seigneurest engendré et produit .

de toute éternité au sein de son Père céleste virginalemonl , et bien qu'il prenne la mesme divinité de son Père éternel, il ne la divise pas neantmoins, ains demeure tousjours un mesme Dieu avec luy. Ainsi la tres-saincte Vierge a produit son Fils Nostre-Seigneur virginalement en terre, comme il est produit de son Père éternellement au ciel, avec celte différence néantmoins qu'elle le produit de son sein et non pas dans son sein ; car des lors qu'il en fut sorti . il n'y rentra plus : mais le Père celeste le produit de son sein et en son sein; car i I y est tousjours et y sera éternellement, d'autant qu'il n'est qu'une mesme chose avec luy par unité d'essence. Cecy ne doit pas eslre espluché ny considéré curieusement : Generationem ejus guis enarrabit.

Car qui est-ce qui racontera sa ge eration? dit Isaye : et ne faut pas alambiquer nostre entendement après la recherche de cette divine production qui est trop haute pour luy, quoy qu'on s'en puisse servir pour fondement des méditations que l'on fait sur le mystère de la tres-saincte nativité de Nostre-Seigneur.

C'est donc à très juste raison que la tressaincte Vierge porte en son nom la signification d'estoile ; car tout ainsi que les estoiles produisent leur lumière virginalement sans en recevoir aucun détriment , ains en paroissent plus belles à nos yeux : de mesme Nostre-Dame a produit cette lumière éternelle, son Fils Ires-benit, sans en recevoir aucun détriment de sa pureté virginale, avec cette différence neantmoins qu'elle la produit sans effort, secousse, ny violence quelconque; ce que ne font pas les estoiles , car il semble qu'elles produisent leur lumière par secousse, et avec quelque violence et effort.

Je remarque en second lieu que la manne avoit trois sortes dcgouslsou de substances , qui luy estoient propres et particuliers, ou Ire les(|ucls elle avoit encore, selon l'opinion de quelques docteurs, autant de divers gousts qu'on eust pu désirer, de sorte que si les entans d'Israô'l desiroient de ouiBger du pain, la manne en avoit le

goust ; de mesme , s'ils desiroient de manger des perdrix , ou quoy que ce fust , la manne en avoit aussi le goust. Or quant à cette diversité de gousts, la plupart des pères sont en doute si tous les Iraëlites, tant les mauvais que bons , participoient à cette faveur, ou si Dieu faisoit seulement cette grâce aui bons. Que cela fust, ou non, il est ceftain neantmoins que la manne avoit tousjours trois sortes de gousts q^ luy estoient propres, à sçavoirceluy da p::in , de i'huyle et du miel : ce qui nom représente trt« à propos les trois substances qui sont en ce tres-benit enfant, qoe nous verrons demain couché dans une cresche ; car tout ainsi que ces trois substances qui estoient en la manne ne faisoient qu'une seule viande , de mesme en la personne de Nostre-Seigneur, bien qu'il y aye trois substances , à sçavoir la sub> stance divine, la substance de Tamc et celle du corps, toutesfois elles ne font qu'une seule personne , qui est Dieu et homme tout ensemble.

Or quant à la substance du miel qui ee^ toit en la manne, il nous représente tresi propos la divinité de Nostre-Seigneur, d'autant que le miel est une liqueur céleste; et si bien les abeilles le cueillent dessus les fleurs, elles ne tirent pas pourtant le suc des fleurs, ains cueillent et ramassent seulement avec leur petite bouchelte le miel qui descend du ciel avec la rosée: de mesme la nature divine de Nostre-Seigneur vint et descendit du ciel à l'instant de l'incarnation sur cette beniste fleur de la tres-saincte Vierge Nostre-Dame, où In nature humame l'ayant recueilly, l'a conservé dans la ruche des entrailles de cette tres-pure Vierge l'espace de neuf mois, après lesquels estant né il a esté transporté dans la cresche, où nous le verrons de* main.

Mais outre la substance du miel qui es* toit en la manne, elle avoit encore celle de l'huyle, ce qui nous représente très-bien, la substance de la tres-saincte ame de Nostre-Seigneur ; car qu'est-ce autre chose, sa beniste ame , qu'une huyie et un baume, lequel estant respandu jette une si suave odeur, qu'elle console infiniment l'odorat de tous ceux qui s'en approchent , par la considération de son excellence. O quelle odeur d'incomparable suavité respandi(«

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