‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 112 sur 356 · POUR LA TEILLE DE NOËL · texte numérisé non relu

POUR LA TEILLE DE NOËL

elle an présence de la divinité du Père eter- 1 sel à laquelle elle se voyoit unie sans Ta- TOÎr mérité, ny pu mériter d'elle-mesme? 0 quel acte de parfaictc charité et de profonde humilité ne produit-elle pas à l'instant de Tinciimation, lorsqu'elle se vit si estroitement unie avec le Verbe éternel ? Et pour nous autres (mes chères âmes) , quels parfums et quelles divines odeurs it*3-t*elle pas resparidu pour nous inciter à la suite et à l'imitation de ces perfections? Enfin la sub^tance du pain qui estoit en Il manne nous représente merveilleusement bien la tres-saincte humanité de Nos- Ire^eigneur, c'est-à-dire, son corps tresninct et sacré, lequel ayant esté moulu Bor l'arbre de la croix, a esté fait un pain tres-prccieux, qui nous nourrit pour la vie éternelle : Qui manducal hune panem , met in œternum (4), 0 pain savoureux i quiconque vous mange dignement il ne mourra point, ains vivra éternellement. 0 que ce pain a un goust infîniment délectable au-dessus de toute autre viande, pour les âmes qui le mangent dignement ! Quelle delection. je vous prie, de se nourlirde ce pain divin descendu du ciel , de ce pain des anges ! Mais ce qui le rend plus délectable est l'amour avec lequel il nous est donné par celuy-mesme qui est le don et le donateur tout ensemble. Voyez-donc quelle obligation nous avons à Nostre-Seipeur, et quelle estime nous devons faire de ce divin et sacré pain, qui nourrit nos âmes pour la vie éternelle. Or afin que je ne mWeste pas tant sur ces considérations, qui ne sont que pour l'exercice de l'entendement, passons outre, et disons quelque chose propre à enflammor nostre volonté , sur le mystère que nous allons célébrer. U faut donc remarquer en passant qu'il D'y eut que de simples bergers , de tout le peuple qui estoit alors en grand nombre en Bethléem, qui vinrent visiterNostre-Seigneur, et après eux les roys mages qui vinleot aussi de fort loin reconnoistre et rendre hommage à ce divin roy nouveau né , couché dans une crcsche. Les anges allant annoncer la neuvelle de cette heureuse Baissance aux bergers, leur donneront des euseignes admirables : £t hoc vobis si- §num invenietis ivfanlem, pannis invokUum et posilum in prœaepio (2), Allez ,

in. — (1) s. LMi 11.

dîrent-ils, vous trouverez Tenfant emmailloté dans des langes et couché dans une cresrhe. 0 Dieu? quelles enseignes sont celles-cy, pour faire reconnoistre Nostre- Seigneur, et quelle simplicité des bergers d'adjouster foy à ce qui leur estoit dit? A la vérité, les anges eussent eu quelque raison de se faire croire s'ils eussent dit : Allez, vous trouverez l'enfant tout resplendissant de lumière, assis sur un throsne d'hy voire, environné de courtisans céleste; qui luy tiennent compagnie ; mais ils di«senl : Vostre Sauveur est né en Bethléem,aux enseignes que vous le trouverez emmail'oté dans des langes, couché dans une cresche, entre deux animaux.

Mais pourquoy pensez-vous que les anges s'adressèrent plutost aux bergers qu'à nuls autres de ceux qui estoient en Bethléem? sinon pour nous monstrer, selon le sentiment de quelques-uns des pères, que Nostre-Seigneur estant venu en ce monde, comme pasteur et roy des pasteurs, il vouloit spécialement favoriser ses semblables; d'autant que ces bergers représentent tous les pasteurs de l'Eglise , comme sont les evesques, les curez, les supérieurs et autres qui ont charge d'ames, parce, disent , ces saincts pères, que Noslre-Scigneur a accoustumé de révéler plus particulièrement ses mystères à ceux-là qu'aux autres, à cause qu'ils sont commis de sa part, pour les faire puis après entendre à leur troupeau, j'entends aux âmes qui leur sont commises. L*autre partie des pères disent que ces bergers représentent les religieux, et tous ceux qui font profession de prétendre à la perfection, et qu'un chacun de nous est berger et pasteur, et peut-on dire que nous avons tous nostre troupeau et nos brebis à conduire et gouverner, qui sont nos passions, inclinations, affections, et les puissances et facultez de nostre ame.

Mais remarquez, je vous prie, qu'il n'y eut que les bergers qui veilloicnt sur leurs troupeaux, qui eurent rhonncnr et la grâce d'ouyr cette tant gracieuse nouvelle de la naissance de Nostre-Seigneur, |)Our nous monstrer, que si nous ne voilions sur le troupeau que Dieu nou-^ a donnô en charge, qui n'est autre, comme j'ay dit , que nos p;issions, inclinations et les facultez de nostre ame, pour les faire paistre dans quelque sainct pasturage, et les tenir ran-

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pées ea leor devoir, nous ne mériterons jamais d'ouyr cette nouvelle tant aymable rie la naissance de nostre divin Sauveur et Maislre, et ne serons non plus capables de l'aller visiter dans la cresohe , où sa tresaainctoMero le posera demain.

0 que c'est un mystère suave et de grande consolation que celuy de la tressaincte nativité de nostre divin Sauveur ! Et bien qu'un chacun y puisse trouver beaucoup de suavité et de consolation , si est-il vray neantmoins qu'elle sera incomparablement plus grande pour ceui qui se seront bien préparez, et qui auront , à l'imitation des bergers, bien veillé sur leur troupeau. Et pour nous apprendre à le bien iU)nduiro et gouverner, Nostre-Seigneur, fomme bon pasteur et berger tres-aymable de nos âmes, qui sont ses brebis, vient nous enseigner luy-mesmo ce que nous devons faire pour cela. 0 que nous serons heureux si nous Timitons fidellement, et si nous suivons les exemples qu*il nous donne en sa saincte nai^ance.

Or qu'est-ce qu'il fait, co très-doux enfant? Rcgardez-Ic couché dans uno creschc, vous le treuvercz , disent les anvcs , emmailloté et bandé, Invenieiiiinfantem pannis involuium(h). Uelas 1 il n*avoit point besoin d'eslre ainsi bandé et emmailloté; car l'on a accoustumé d'emmailloter et bander les enfans pour deux causes. La première est , parce qu'estant encore tendres , s'ils n'esloiènt bandez et serrez, il y auroit danger qu'ils no prissent quelque mauvais détour, qui les pourroit rendre contre-faits, lia deuxiesmo cause est, crainte qu'ils ne viennent à se gaster îes yeux ou le visage, ayant la liberté d'y porter les mains, pour sp frotter quand ils voudroient, n'ayant pas la raison pour s'en abstenir, ainsi qu'il seroit requis. Mais pourNostre-Seigneur, qu'y avoit-il à craindre, veu qu'il avoit l'usage parfaict de la raison dès l'instant de sa conception. Ce n'a donc esté que pour nous donner des exemples d'une parfaicte humilité, qu'il s'est ainsi sousmis à eslro trait té comme es autres enfans, ne voulant paroistre autre chose qu'un pauvre petit poupon, sub* jet à la nécessité et aux lois do l'enfance , ainsi que le reste des hommes , et pour cela il pleure et gémit. Mais vrayment ce

n'est pés pai" tendreté mir Wf^ètmè qM jette ces larmes , ny par amertume A cœur, ains tout simplement pour se em former aux autres enfans. Et c'est la rai son pour laquelle il a voulu estre bandé emmailloté et subjet à sa tros-saineti Mère , se laissant manier et conduire toa ainsi qu'elle vouloit, sans jamais tesmol' gner aucune respugnance.

Mais pour revenir à ce que j'ay dit , qw nous devons régir et gouverner nostn troupeau spirituel , qui n'est autre chose que nos passions , nos affections et les hcultez de nostre ame, il faut entendre qa*3 y a en nous deux parties , desquelles elles procèdent toutes, à sçavoir, la concupisdble et l'irascible , et toutes les autres puis* sances , facultez et passions semblent estra subjottes a ces deux parties , et ne se remuer quo par leur commandement. La partie conçu piscible est celle qui nousfUt aymer et désirer ce qui nous semble bon et profitable, qui nous fait resjouyr enta prospérité , et attrister en l'adversité, en la mortification , et en tout ce qui répugne i la propre volonté. La partie irascible eil celle qui produit le chagrin , les respu* gnancos, les esmotions de cholere, le désespoir et semblables mouvemcns qui résident à la partie inférieure de nostre ame lesquelles Nostre-Seigneur veut que noo!

apprenions à ranger sous la dominatioi delà raison : et tout ainsi que nous voyoni qu'il se laisse cmmaillotler, serrer et baft dcr par sa boniste et tres-saincte Mère , I veut de mesme que nous laissions bande et serrer toutes nos humeurs , passions affections , inclinations, et enfin toutes no puissances, tant intérieures qu'extérieure! dans les maillots do la saincte obeyssanee pour n'en vouloir jamais plus user à nostr gré, crainte d'en mes-user , sinon autan que l'obeyssance vous le permettra.

Voyez ( de grâce ) ce très- doux enfant comme il se laisse gouverner et conduîr par sa. saincte Mère ; il semble véritable ment qu il ne puisse en façon quelconqu faire autrement. Mais pourquoy fait-il cela mes chères omes? sinon pour nous mona trer co que nous devons faire, et princi palemeni les religieuses ; qui ont fait vos d'obeyssance. Helas ! Nostre-Sei«];nour n pouvoitpas mes-user de sa volonté, nyd sa liberté , luy qui estoit la sapieooe

POUR lA TBIIXE DE IfOEL.

lalle : oeantmoins il a voulu cacber sous b maillot sa science , et toutes le^ perfectiODS qu'il avoit entant que Dieu , esgal à Km Père , comme l'usage de la raison , le

Civoir de parler, de faire des miracles , f, tout ce qu'il faisoit, ayant atteint r&age de trente ans; ains il tient tout cela dos et caché sous le voile de la saincte obeyssance qu'il portoit à son Père eterm1, qui Tobligcoit de se conformer en toutes choses à ses frères , excepté le pedié , ainsi dit S. Paul.

Or sus , que nous reste-t'il plus à dire ? ibon que le mystère de la tres-saincte ineimatioQ et nativité de Nostre-Seigneur otun mystère de la Visitation (4) ; car ne fOyoDS-nois pas que la tres-saincte Vierge qant conceu ce divin enfant, fut visiter sa ansine Ste Elizabeth, et qu'à sa naissance In bergers et les roys le viennent visiter. Le mesme devons-nous faire , mes chères illes,etc'està quoy je vous exhorte de visiter souvent ce divin poupon , couché dus la cresche , le long de cette octave : et là nous apprendrons de ce souverain pasteor de nos âmes , à conduire , gouverner et ranger nostre troupeau spirituel selon m tres-saincte volonté, afin qu'il soit agréable à sa bonté. Mais comme les bergers ne Tallërent pas voir sans doute sans luy porter quelque petit agnelet, il no faut pas iQSsi que nous y allions les mains vuides : Non appartins in conspectu tneo vamu (2) , Vous ne paroistrez point en ma présence les mains vuides, dit Dieu en l'Exode ; il nous luy faut donc porter quelque présent.

Mais qu'est-ce , je vous prie , que nous pourrions porter à ce divin berger de nos imes, qui lui soit plus agréable , que ce petit agnelet de nostre amour , qui est la première et principale partie de nostre troupeau spirituel? 0 qu'il nous sçaurabon gréde ce présent, mes chères umes, et que i très - saincte Vierge le recevra avec grande consolation , pour le dcsir qu'elle a de nostre bien : et ne faut point douter que Ml divin poupon ne nous regarde de ses yeux bénins et gracieux, pour recompense de Dostre présent, et pour nous tesmoi* per le plaisir qu'il en recevra.

0 que nous serons heureux si nous visiloos soigneusement ce divin Sauveur de

nos âmes ! nous en reoavrons aana doute une consolation non pareille. Et tout ainsi que la manne contenoit le goust de toutes les viandes qu'on eust pu désirer : de mesme ce divin enfant contient en soy tres-parfaictement toute sorte de consolation ; de manière que chacun y peut rencontrer tout ce qu'il désire pour sa satisfaction I pourveu neantmoins qu'on y apporte la disposition requise , et qu'on aye un vray désir d'imiter les exemples qu*il nous donne en sa tres-«aincte nativité , et cela estant soyons assurez que nous serons consolez de ce divin poupon , et qu'il nous départira beaucoup de grâces et de bénédictions, comme il fit aux bergers, lesquels s'en retournent pleins de joye , chantant les louanges de Dieu , et annonçant à tous ceux qu'ils rencontraient les merveilles qu'ils avoient veuës , Et reverti iunt pmtoret glorificantety et laudantet Deum in otnnibiM qum audierant et viderant.

Mais je remarque sur ce subjet que Nostre-Dame et S. Joseph recourent des consolations incomparablement plus grandes que les bergers , parce qu'ils demeurèrent tousjours avec ce tres-sainct enfant , n'abandonnant point sa présence, afin de le servir selon leur pouvoir. Et bien que ceux qui s'en allèrent et ceux qui demeurèrent fussent tous consolez , ce ne fut pas toutesfois esgalement , ains un chacun selon s'a capacité.

Il est rapporté au premier livre dés Roys (4) , qu'Anne , mère de Samuel , demeura long-temps sans avoir lignée , ce qui luy causoit une si grande bigearrerie que quand elle voyoit des femmes qui se joiioient avec leurs petits enfans , elle se lamentoit et attristoit de quoy elle n'en avoit point : et quand elle en voyoit quelques-unes qui se plaignoient de leurs enfans , elle se resjouyssoit de quoy Dieu no luy en donnoit point. Mais dès qu'elle eut le petit Samuel , dès lors on no la vit plus jamais inesgale. Nous avions de mesme quelque excuse sans doute de nous Iamon« ter et attrister , et d'estre changoans en nos humeurs, tandis que nous n'avions point cet enfant tant nymable qui vient naistre parmy nous : mais désormais il ne nous sera plus loysible de nous attrister , puisque c'est en luy que consiste tout le

(D I dit aoyi. ch< u

SERMON

subjet de noslre joye et de nostre bonheur. Lee naturalistes rapportent que lesabeilles n'ont aucun arrest tandis qu'elles n'ont point de roy , elles ne cessent do volti<;er par l'air , de se dissiper et esgarer, et n'ont presque nul repos en leurs ruches : mais dès aussi-tost que leur roy est né , elles ^ tiennent toutes ramassées et rangées a jtour de luy dans leurs ruches , et n'en sortent que pour la cueillette et avec congé de leur roy, et co semble par son commandement. De mesme nos sens , nos passions et puissances intérieures, et les facultez de nostre ame, comme des abeilles spirituelles , jusques à tant qu'elles ayent un roy , c'est-à-dire , jusques à ce qu'elles ayent choisi Nostre-Seigneur nouveau né pour leur roy, elles n'auront aucun repos; nos sens ne cesseront de s'esgarer et d'attirer nos fucultez intérieures après eux pour se dissiper, tantost sur un objet, puis tantost sur un autre ; et ainsi ce ne sera qu'une continuelle perte de temps, travail d'esprit , et inquiétude, qui nous fera perdre la paix et tranquillité tant nécessaire à nos âmes : mais dès que nous aurons choisi Nostre- Seigneur pour noslre roy , elles viendront en guise de chastes a vettes, ou abeilles mystiques, se ranger tout auprès de luy, pour n'en sortir jamais, sinon pour la cueillette des exercices de charité, qu'il leur commande de practiquer à Tendroict du prochain , après (|uoy , elles seront soigneuses de se retirer et ramasser dans leurs

ruches auprès de ce roy tant aymàbleypow

mesnager et conserver le miel des saînclei et suaves conceptions , qu'elles tireront do la présence sacrée de ce souverain du ciei et de la terre , lequel par les amoureux regards qu'il jettera sur nos âmes causera ea elles des ardeurs et «ifTections non pareilles de le servir et aymer tousjours plus paf^ faictement

C'est la grâce que je vous désire , mai chères filles , que de vous tenir bien pro< ches de ce sacré Sauveur , lequel vient naistre icy-bas pour nous ramasser tooi autour de luy, afin de nous tenir tousjouft sous l'estendart de la tres-sainctc protection, ainsi que nous voyons que le pastnv fait son troupeau , pour le régir , consener et gouverner, et comme le roy des abeilles, lequel ne sort jamais de sa ruche qu'il ne soit environné de son petit peuple. Si bonté nous veuille faire la grâce que nooi entendions sa voix et le suivions fidellement, afin que le reconnoissunt pour nostre souverain Pasteur en cette vie, noos no nous égarions pas, et n'cscoutions la voix de nostre adversaire qui rode autour de nous en intention de nous perdre et dévorer comme un loup infernal , et que noitf puissions avoir la lidelité de nous tenir tousjours soumis, obeyssans et siibjectsà ses i^ainctes volontez , afm (}ue par ce moyen nous commencions à faire icy-bas en terre ce que, moyennant sa j^r.icc, nous ferons éternellement au ciel. Amen.

AUTRE SERMON

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