POUR LA TEILLE DE NOËL
ors esté avec sa tres-saincte ame ibes , et avec son sacré cgrps dans Ichre. Il y a encore celte différence, oison soustenoit l'eau ; mais en Tinon , ce n*est point Thumanité qui at la divinité, ains c'est la divinité stientrbumanité.
M)è'tes fabuleux ne vouloient jamais ir de Tesponge pour aucune simili- I comparaison , disant que c'esloit !
civilité d^en parler : mais depuis a passion de Nostre-Seigneur, les luy présentèrent, lorsqu'il dit qu'il »f, et que cette esponge eut touché rées lèvres, elle fut sanctifiée, de Q'on n'a plus fait de difficulté de mer dans le discours des choses $ ; c'est pourquoy je m'en serviray lant, pour vous faire entendre le 3 de rincarnation. Imaginez-vous le grande esponge qui auroit esté ement créée dans la mer, si vous rdez, vous verrez qu'en toutes ses il y a de l'eau , et qu'elle en est împlie, la mer est dessus et des- . en un mot elle en est environnée )S parts; ncanlmoins cette esponge 1 point sa nature , ny la mer la Mais remarquez, je vous prie, re que la mer soit dans toutes les de l'esponge, l'esponge n'est pas ute l'estendue de la mer, d'autant mer est un profond et un vaste ^ui ne peut estre compris par l'es- Dr celte similitude nous représente 1 l'union de la nature humaine avec re divine. L'esponge nous reprclumanilé sacrée dtî nostre Sauveur, T sa divinité, laquelle a tellement lumanité, qu'il n'y a pas une petite u corps ny en l'ame de Nostre-Seiui n'en aye esté remplie, sans que la la nature humaine aye laissé » qu'elle estoit, c'est-à-dire, finie ïCy ne pouvant esgaler la divinité, une mer infinie qui comprend et toutes choses, et ne peut estre e ny remplie d'aucune. Vous voyez )ar ces similitudes, comme linm n'est autre chose qu'une union me et partaictc de la nature huivec la nature divine, par laquelle sa esté fait Dieu, et Dieu a esté fait
Quant au troisiesme poinct , pourquoy est-ce que l'incarnation a esté faite? C'est pour nous enseigner à vivre, non plus brutalement» comme les homméis avoient fait depuis la chute d'Adam, mais selon la raison : et pour cela Nostre-Seigneur vient s'incarner, afin de nous enseigner par ses parolles et par ses exemples l'abstinence et sobriété des biens, commoditez, plaisirs et honneurs de ce siècle, foulant aux pieds tout ce que le monde estime , embrassant et choisissant le contraire. Avant l'incarnation, les hommes vi voient comme des bestes sans raison, courant après lesdignitez et voluptez de cette vie, ainsi que les bestes font après ce qu'elles appetent.
Or Nostre-Seigneur nous voulant sauver vient nous apprendre par ses œuvres à mespriser toutes ces choses, nous donnant des exemples d'une admirable sobriété, non seulement extérieure, mais beaucoup plus intérieure et spirituelle, qui consiste en une soustraction et privation volontaire de toutes les choses délectables aux sens qu'il pou voit recevoir en cette vie, s'estant chargé volontairement, et de son plein gré, de toutes les peines, tribulations, pauvretez et mespris qui se peuvent endurer en ce monde. Il avoit une ame parfaictement glorieuse, qui jouyssoit de la claire vision de la Divinité dès l'instant de son incarnation, et neantmoins il ne voulut pas estre exempt de souffrir, non seulement en son corps, ains encore en son esprit; car dès le moment de son incarnation , il vit et lut dans le livre de la prédestination éternelle tout ce qu'il devoit souffrir, et qui lui devoit arriver durant le cours de sa saincte vie, et ce livre estoit intitulé : La Saincte Volonté de Dieu , ains qu'il dit par son prophète : In capite libri scriptum est de me, ut facerem voluntatem tuam, Deus meiM^ volui^eic. (4). Et pendant qu'il fut en ce monde, il ne fît autre chose que de lire dans ce livre sacré, afin d'ajuster toutes ses volontez à celles de son Pero éternel , practiquant exactement tout ce qu'il treuva escritcnicelny, ainsi que luymesme tesmoigne : Quia descendi de cœlo, non ut faciam voluntatem meam, sed voluntatem ejus , qui misit me , Patris (2); Je suis descendu du ciei eo
(i) raala. usix. — (t)8. Jtu , vl
terre, dit-il, non pour faire ma volonté, mais pour faire celle de celuy qui m*a envoyé.
0 que nous serions heureux si, à l'exemple do Noslre-Scigneur, nous lisions fidelicment dans ce livre ! er. que tout nostre soin fust do faire la voionlé de Dieu , par un parfaict renoncement de la nostre, taschant tousjours de rajuster à la sienne. Ce sercit sans doute le vray moyen d'obtenir de sa bonté tout ce que nous voudrions; car celuy qui fait la volonté de Dieu obtient tout ce qu'il luy demande : Folunlatem Umentium sefaciet. Dieu fera la volonté de ceux qui le craignent, dit le prophète : ainsi que nous voyons qu'il fit tout ce que voulut Gedeon, quand il luy demanda un signe.
Nostre-Sefgneur vit donc ii l'instant de son incarnation tous les foUet^î, les escourgées, les doux , les espines, cl toutes les injures et bhisphemes que l'on devoit vomir contre luy, en somme il vit tout ce qu'il devoit souffrir en la croix , et alors il accrpla et embrassa tous ces tourmens avec une dileclion non pareille, les mettant sur son cœur, avec tant d'amour, qu'il commença dès lors à souffrir tout ce qu'il devoit par après endurer durant le cours de sa vie, et au temps de sa passion , commcnç4int dès sa naissance à se priver par une entière soustraction de toutes les consolations qu'il pouvoit recevoir en cette vie , ne se reservant que celles dont il ne se pouvoit priver, faisant que la partie inférieure de son ame fust subjetle et souffrist les tristesses, peines craintes, appréhensions, frayeurs et respugnances, non par force, ny pour ne |>ouvoir faire autrement, mais volontiers et de son plein gré ; et le tout pour nous monsirer l'amour qu'il nous portoit, quoy que cela ne fu>t pas absolument nécessaire; car un seul soupir amoureux sortant de son sacré cœur, estoit plus que tres-suffisant pour nous rachepter, d'autant qu'il procedoit d'une per.-.onne infinie ; et ii est certain que No^tre-Seigneur mérita plus par la plus petite de ses actions, que ne firent ny ne feront jamais tous les sa i nets, et Dieu fut plus honoré par un seul acte d'amour et d'adoration, que la Ires-beniste ame de nostre Sauveur fil à l'instant de sa création, qu'il ne fut
SEMIOn
ny ne sera jamais par tontes les en humaines et angeliques. Et neantm divin Sauveur, pour nous rachei voulu souffrir tant de peines et ( vaux, payant en toute rigueur de nos fautes et iniquitez , nous ens( par son exemple à embrasser an sèment les souffrances , et nous de tout ce que le monde estimi de vivre désormais selon' la rais non scion nos appétits et affectioi ordonnées.
J'ay tousjours accoutumé de dl âmes qui se veulent consacrer à 1 la saincte reliî:;ion, qu'elles y doivei pour porter la croix , et se crucifie Noslre-Seigneur, en somme qu'elle vent venir pour pastir, et pour y v une profonde humilité et entière r tion d'y recevoir les peines , tribul seicheresses et desgousts qtii leur ront : et si quelquesfois Dieu leur des consolations , elles ne s'v doiv attacher, ains passer outre en s'hur Mais n'est ce pas une grande mi:
voir Nostre-Seigncur tant souffrir, priver de toutes les consolations qu voit recevoir parmy ses souffrances nous en soyons si avides et si amî qu'il semble que nous ne cherchior chose en tout ce que nous faisons?
derez , je vous prie, ce petit enfa veau-né dedans la cresche de Bet escoutez ce qu'il vous dit, regardez pie qu'il vous donne , il a choisi les les plus aspres , pénibles, viles et s au temps de sa nativité , qu'on se imag ner. 0 qui pourroit demeurer
de cette sai note crescho tout le long octave I il se fondroit certes d voydnt ce divin enfant couché ei pauvre lieu pleurer et trembler de ODieu ! avec quelle révérence estla sacrée Vierge consideroit le cœt Ires-sainrt enfant, tout palpitant c dans sa saincte |K)ilrine, comme ell meslant ses sainctes larmes avec ce couloicnt si doucement des yeux di cebenist poupon, comment estolt-e rée à la suave odeur de ces adn vertus ?
0 que c'est une chose aymable e voir et considérer que le mystère tr et très-profond de rincamation de
POUR LA VfilLUb DE NOËL.
in
I^TMr 1 Mai» BMftimoiM il est vray qve toit ce que nous en pouvons entendre et ooBfirendre par nos {oiMesdisi^ours n'est rieo au prix des grandeurs et excellences qi*ii contient, et pouvons bien dire ce que diieii Socrate , lidant un Uvre dlleraclile : jtUvre, diflo»t-il ^ est si liaut, sr docte et n profond, (|uo je n*y entends que fort peu di<iM-^e»t toutosfeis le peu cpie j'y entends Mt exlresmemenk beou et relevé : niais je CMis que ce que je nVatcnd^ pas lest eneefe Wauconp pUis. 0 certes ! nous pou-' TO» bien à plus JiUStc raison nous scrviir de ces parolles, considérant l'incarnation ^ Aéirn : Ge mystère est si haui et si proioid^ qnn nons a*; eKtoa€k)n6 ^e furt peu»
de chose# toutesfoîs le peu que nous y entendons est cxtrcsmementbeau et relevé ; mais nous eroyon*; que tout œ q^io nons n.*enten.4ons pas Test infiniment plus.
Enikv, mes chères filles, si nous sommes bien fidelles à imiter les vertus qui reluysent en ee divin mystère, notis Tonlendrons parfaictement un jour dans le ciel, où nous célébrerons cette î;Fan<le festede Noël avec un contentement indicible , et là nous verrons clairement tout c^ qui s*est pa-sé en c^tlo trcs-Siiincle nativité , et bénirons à jamais celuy qui estant si haut, s*est tan^ abaissé pour nous exalter. Pieu nous e(f fasse la grâce. Ainsi soit-11.
SÊftMÔN
tfruffireif «mrïr^cf HvMi'tfRvnivr. Û. Jean thiuss. h m de IvFoy Oit c. xit. L'braiipon est une eslevaiioD dtr noslVb Urne' i Dieu'.
S.Kjimard, duqiiel la mémoire est douce ktenx qui ont à parler de l'oraison , escrivwlrà'un evesquc, lui mandoitquo deux fJMeB'Iui estoient nécessaires^, dont la ]irdniereestbitde'bien dire, s'entend d'enseigner la pnrolle de Dieu, etladeuxiesme* de bien foire- et donner bon' exemple ; et OMy, addressant cecy à' tous les clires- Uens, j'adjousteray qu'il est encore ncceswi» de bien- faire Toraison , et diray contn l'opinion de certains hérétiques de MMre temps, qu'ils tiennent que ''oraison esfrinut^le, qu'elle est tellement utile et Becesauire , que* sans iccile nous ne saurions parvenir â aucun bien. Go que je no' dy pas pour suivre ]*ad vis de quelques-uns, qoi ont voulu dire que l'oraison seule estoit suffisante pour no^tre justihcalion : mais soivnnt la doclrme des SS. Pères , je dy que par le moyen de i*orjisun , nous sommes enseignez à- bien faire nos actions , et mieux disposez pour recevoir la grâce. J'ay donc approuvé lé désir qui m'est venu de |0tir dtf'Poratoon , quoy que- car ne- soit
pas mon dcssèîh" d^expfiquer le itom rfer chacune, parcequ'on en sçait plus par expérience qu'il' no s'en peut dire ; aussi irti; porte- 1- il peu d'en* sravoir les noms, et? je* voOrirois que jnmais on ne l'es dtmandast , ny quelle oraison l'on a, car il est vray, c^nime dit S. Antoine, que Toraison ert laquelle on s'apporçoit qu'on prie; (;st iiiiparfaile, aussi œlle qu'ort ftiii'snrt'srefle&clîif sur soy-mesme, pour voir ce qtic Pon fait, monstre que Ta me est fort occupée en Dîeuv et par conséquent est fort bonne.
Nous trailterorts- dbnd aujoûrtMmy, et dimanche prochain , de' Ya cause* finale* dtt' l'oraison , et de hv cause efficiente , de son* objet , et des conditions rcqui es poor IfiPbienfbire, et enfin des diverses sortes- dV raisons. ^fais avanl que d'ent^'or plus aN'unt en discours , il faut que je dise tWis 0* quatre chost»s, qu'il est bon de scavoif potir mieux entendre* ce que je diray cl*^ apnwî, qui est qu'à' rioslro entendement? apparU0nn0iii*<|Uatitr attes , à'dCavoii^ll^
SERMOH
nmple pensée, Testude, la méditation , et la contemplation.
Or la simple pensée est lorsque nous allons courant sur une grande diversité de choses , sans aucune fin , comme font les mouches qui se vont posant sur les fleurs, sans prétendre d*en sucer le suc , ains elles s'y posent seulement parce qu'elles s'y rencx)ntrent : ainsi nostre entendement passant d'une pensée à l'autre , bien que ses pensées soient de Dieu , si elles n*ont une bonne fin, tant s'en faut qu'elles soient i>onnes , qu'au contraire elles sont nuisibles et apportent un grand empeschement à l'oraison.
Le douxiesme acte de nostre entendement est l'estude , et cecy se fait lorsque nous considérons quelque chose pour la sçavoir et bien entendre , ou pour en pouvoir parler, sans avoir autre fin que de remplir nostre mémoire; en quoy nous ressemblons aux hanetons qui se vont posant sur les roses, non pour autre fin que pour se saouler et remplir le ventre. Or de ces deux actes de nostre entendement , nous n*en dirons pas davantage , parce qu'ils sont plus nuisibles que profitables pour l'oraison.
Veno^ au troisiesme acte , qui est la méditation. Pour sçavoir ce que c'est que méditation, il faut entendre les paroles du roy Ezcchias, lorsque la sentence de mort luy fut prononcée par le prophète Isaye , laquelle après fut révoquée par sa pénitence. Jecrieray, dit-il, comme le poussin de l'arondelle, et mediteray comme la colombe au plus fort de ma douleur : Sicut pullus hirundinis, sic clamabo^ méditabor ut columba. Il vouloit dire , qu'alors que le petit de l'arondelle est tout seul , et que sa mère est allée quérir l'herbe chelidoine pour luy faire recouvrer la vue, il ne cesse de crier, d'autant qu'il ne sent plus sa mère proche de luy, et qu'il no void goutte. Ainsi moy estant privé de lumière , ayant perdu ma mère, qui est la grâce , et ne voyant venir personne à mon secours , je crieray et mediteray comme la colombe.
Pour comprendre cec)[, il faut sçavoir que tous les oiseaux ont âccoustumé, lorsqu'ils chantent ou gazoiiillent, d'ouvrir tous le bec, horsmis la colombe, laquelle fait son petit chant ou gémissement retenant sa respiration au dedans d'elle, et
par le groulement et retomr qu'elle fait éè son haleine dans son gosier sans la laiswr sortir, en réussit son chant. Ainsi la méditation se fait lorsque nous arrestons nostre entendement sur la considération d'un mystère duquel nous prétendons tirer da bonnes affections; car si nous n*avioDS cette intention, ce ne scroit plus méditation, ains estude, parce que la méditation se fait pour esmouvoir les affections , 6( particulièrement celles de l'amour da Dieu : aussi la méditation est-elle appelles mère de l'amour de Dieu, et la contempla* tion fille de l'amour de Dieu.
Outre ce que j'ay dit, il faut encore sçavoir, qu'entre la méditation et la contem* plation, il y a une pétition, laquelle se fait après que nous avons médité la bonté da Nostre-Seigneur, son amour infiny, et sa toute-puissance; car alors nous entroM en confiance de luy demander, et le prier de nous donner les choses nécessaires pour nostre salut. Il y a trois sortes de demandes, lesquelles se font différemment:
la première se fait par devoir, la seconda parauthorité, et la troisiesme par grâce.
La demande qui se fait par devoir ne sa peut pas appeler prière, aussi void-on qœ si quelques personnes qui ont de l'authorité sur nous, comme sont les pères, seigneurs , ou maistres , usent du mot de prières, nous leur disons incontinent .VoQl pouvez commander, et vos prières me se^ vent de commandement. Mais la prière qui . se fait par grâce , c'est lorsque nous demandons une chose qui ne nous est pas due, et que nous la demandons à un qcd e^t sureminent par dessus nous , comme est Dieu.
Le quatriesme acte de nostre entendement est la contemplation, laquelle n'est' autre chose que se complaire au bien de celuy que nous avons connu en la méditation, et que nous avons aymé par le moyei de cette connaissance, et en cette complaisance sera nostre félicité là haut att ciel : parlons maintenant de la cause finalt de l'oraison.
Premièrement nous devons sçavoir que toutes les créatures raisonnables sont créées pour Poraison, et lorsque Dieu créa l'ange et l'homme, il les créa afin qu'ils le louassent éternellement là haut au ciel, et ce sera la dernière chose que nous feronSi
DE L*OBAISON.
ridorniere se peut appeler celle qui sera atonielle. Nous voyons d'ordinaire que i quand oo veut faire quelque chose, on regjude tousjours à la fin, premier qu*à l'œuvre. Par exemple, si nous faisons bastir iBe Eglise, et qu'on nous demande pourquoi nous la faisons bastir? nous responèoBS, que c*est pour nous y retirer quand desera faite, afin d'y chanter les loiianges de Dieu, et neantmoins ce sera la dernière àose que nous y ferons.
Une autre similitude vous fera mieux en- Indre cecy. Si vous entrez dans le palais fun prince, vous y verrez une volUere bien oiorée, remplie de divers petits oiseaux qd sont enfermés dedans; si vous voulez : ipToir la fin pour laquelle on les a mis là, e*«8lpour donner du plaisir à ce prince et b recréer par leur chant. Et si après vous riei regarder en un autre lieu, vous y vermdes esperviers et desfaulcons qui sont ; Aiperonnez, et ceux-là sont pour prendre : Il perdrix, et autres oyseaut de proyo pmr nourrir délicatement le prince. Mais Dieu qui n'est point carnassier, ne tient point de ces oyseaux de proye, ains seule- ■ent de petits oysclets, qui sont enfermez duisdes volières pour luy donner du piainr : et par ces petits oyseaux sont speciiikment entendus les religieux et religicu- M8, qui se sont volontsri rement renfermez dus des monastères pour chanter les loiianges de sa divine majesté; aussi leur principal exercice doit estre Toraison, et d'obéir à cette parole de Nostre-Seigncur, qô nous recommande en FEvangile de prier sans cesse , Oportet semper orare, iC non deficere. Les premiers chrestiens dODt parle S. Luc aux Actes des apostres, .«toient si assidus à l'oraison , que pour cela plusieurs des anciens pères les surlommoient les supplians; d'autres les appeiioient médecins, d'autant que par le aoyen de l'oraison ils trouvoient remède à lOQB leurs maux, et les appeloicnt encore iMyoes, parce qu'ils estoicnt fort unis en- Kmble, et que ce nom de moyne signifie Voiquc.
Or les anciens philosophes parlant de rbomme, ont dit qu'il estoit un arbre renlené, qui a ses racines en haut et ses branches en bas ; et comme nous voyons que si Tirbrene tire continuellement les influen- M dn dd par le moyen de ses racines
pour se nourrir, il ne peut subsister longuement en vie : de mesme en est-il de l'homme, lequel ne peut semblablement subsister longuement en la vie de la grâce, s'il ne fait une spéciale et particulière attention aux choses célestes, par le moyen de l'oraison, puisqu'elle est après les sacremens un des plus efficaces et puissans moyens qu'il y ayt pour conserver la grâce, mais encore pour l'acquérir : aussi l'oraison, comme disent la plupart des pères, n'est autre qu'une eslevation, et attention d'esprit aux choses célestes et divines, ou bien une demande selon l'opinion de plusieurs ; ce qui ne se contrarie point, d'autant qu'en eslevant nostre esprit à Dieu, nous luy pouvons demander ce que nous croyons nous estre nécessaire pour nostre salut (4). Or la principale demande que nous devons faire à Dieu, c'est l'union de nostre volonté à la sienne, et en cela consiste nostre perfection. Certes la cause finale de l'oraison doit estre de ne vouloir que Dieu, et d'estre tout à luy; aussi estce la perfection de la vie chreslienne , dit le bien-heureux père Gilles , compagnon de S. François, à un certain personqpge qui luy demandoit qu'est-ce qu'il pourroit faire pour estre bien-tost parfaict : Donne, dit-il, l'une à l'un, c'est-à-dire, tu n as qu'une ame, et il n'y a qu'un Dieu, donne luy toute ton ame, et il se donnera tout h toy.
La cause finale de l'oraison ne doit donc pas e>tre, comme vous voyez, de vouloir les suavitez et consolations que Noslre- Scigneur y donne quelquesfois , puisque Tunion ne consiste pas en cela , ains à avoir nostre volonté unie et conforme à la sienne.
Et pour parler de la cause efficiente de Toraison, il faut premièrement sçavoir ce que c'est, et qui doit prier. La question seroit bien-tost résolue, si nous disions que tous les hommes peuvent prier, et que tous doivent le faire : mais afin de mieux satisfaire les esprits, nous traiterons cette matière plus au long.
Pour mieux entendre cecy, il faut que nous sçachions que Dieu ne peut prier, puisque la prière est une demande qui se fait par grâce : Or Dieu ne peut rien demander par grâce, ains tout d*authorité.
<|) s. JMB DtMM , Itf. ni dl la Foy, A. SUT.
Cesl donc vue ebose trea-asseurée, que
Dieu ne pcul el ne doil prier, purce que la prière e\i;;e de nous une rcconnoissance que nous avons be:?oin de quelque choî^e, car l*on n*» pa» accousiunbé de demander ce que PoB posd<^e desj» *. Dieu ne peut avoûr aueua besom,. d'autani qu*ii possède toute» cboees, ei que tcMt k>y appartient.
il y a plusieurs des aacLena pères, et mesme S. Grégoire Nazianzcne, qiui scmr bieai dire, que Nostrc-Sei^neur ae peut noB plus prier, eu ta«t qu'hoiiMie, parce qu'il est un mesme Dieu avec son Père, et peut-estre fondeiit-ilstlours opinions sur les parulles qu'il- dit à ses a poutres avant sa passion : Je ne vousdy poiniquo je prieray mon Père pour vous , ii'i non. dico «obiê quia ego- rogaboPaérem éevobis : et puisqu'il a dit qu*ii ne priera- pas son Père,, pouniuoy noua autrea le dipona-nous ,. disent-ils? Mais Kaubre partie' dea Pères aaseurent , que Nostrc^Seigneur prie, se fomJantsur ce que son bi8n«-aymè disciple S. Jean dit de luy , que nous avens un advocat auprès du. Perc éternel , Advocalun^ haèemus apud PeUvem, Jeamn Chrii- "^juitlumu
Mais les unsetles*. autres ne- se- contrarient pas , bien que k'uo opinion soiJj diverse; car il est certain que Nustro-âoigneur Je:»us-Chriët ne doit point prier, ains peut deniaudor à son Pt re elcrnel tout ce qu'il. vQui|)ar justice, comme font les ad vocale ioRsqu'ilr^dcmundenl que!>]uo chose ; car ils n'ont pas accouslumé ae la demander pur grâce , ains selon la justice desdroicls, desquels iJsirailunt : de mesme fait Noslre-Seigncur , etpour oola il montre ses playes à son Perc , quand il luy veut faire quelque demande. G*6St pourtant une chose Iros-asseuroe, qpe combien que Nostre-Scigneur demande à son Père éternel ce qu'il veut par justice , il ne laisse pas neantmoins, comme homme, de s'a*bai&scr grandement en sa présence , en luy parlant aveo une oxtrosmp révérence et avec des actes d'une [trofonde humilité, quo jamais aucune autre oreaturo n'a fbit ny fera , si.que sa. demande se peut appel- 1er pliera.
Miils outre ceque j!ay dit ,.qne Nostne- Seigneur prie , nous trouverons aussi on quelquea. endroits, de L'&criuu»,« quale
Salnct-Esprit prie, et qu'il fait Qrmmm; i
S. Paul en TEpistreaux Romains dit, qa* fait des demandes pour nous avec des m pirs qui ne se p uvent exprimer : Sm ip$e Spirituê poaMaî pro nobéi gemiÊi buê imênarrabilibus. Ce qui toutesCai no se doit piis enleadre que la Sancl Esprit prie, ou aye prié ; car il ne le pei faire, aiyant la mesmi* divinité qae le Pet et le Fils, et Leur (*stant en tout esal ; ma» cela veut dire, qu'il a tnspfré aux hewaw de fa^ire telle-on telle prière, et que e'« par son inspiratioe que nous prions. '
Or quant aux pures créatures , il m certain que les an!i;e^ prient , et cela noo est montré en plusieurs endroiets de VBb cri turc ^aincte : mais des hommes qui ses au ciel , nous n'en avons pas tant de k$ moij^nagps. d'autant que devant que Nos tFe-Seij;neur fusC mort, ressuscité etmonl au ciel, il n'y en avoit point enrore doiisl paradis , ains ilaesloient au sein d Abn ham dans les limbes. C'est pourtant m chose trcs-asseurée , que les saincte, j veux dire les hommes qui sont duns le pi radis , et les anges a^ec lesq^u^îs iis soiil prient; car i4s ont tous esté créez poa tôlier Dieu, ainsi que nous a^ons dit.
Yoyons-maintenant si< teu^ le^ homme doivent prier et faire oraison. Cette difl culte sera bien-tost résolue* ; car je dy « un mot, que tous le doivent faire , et qti pas un no s'en peut excuser, non- pfl mesme les luTeliques. L'exemple du cei tcnier Corneille, nipporli* pnr S. Luc au Actes des apostrcs , nous donne un sufl sant tesmoii;nngo (Je cela ; car estant ei oorc dans le pa^anisn^e , il fit une oraiso si eflieace, (lu'elle mérita d'estro présenté devant le throsne de la divine majesté, qi luy fit lu grâce de luy envoyer le gran saint P.errc, afin de l'instruire en-lH'fb] et depuis il fut un grjnd suinct entre 1< chresliens. Il (»sl vray neantmoins (jue If grands pccheursont beaucoupdo diàicufl à prier et faire oraison. Certes , on pei dim qu'ils ressemblent à ces petit» o] si'iiux , lesquels d. s (ju'ils ont un [leU'C plumage S4* guindent en l'air |iour voN nuiis n'ayant pas assez de force pour coi tinuer leur vol, iis tombent soudai n^à-leir et se viennent |K)Sor sur la glu qu'on lei a ptvparée pour les prendre , de soiHte'qi catia-hunaur VÉiqueute* Jeurseiva 0M fa
DE lH)JiAlSON.
tes ailes , qo'aprës ils ne peuvent plus vokr. De mesmo en arrive-l'il au pécheur, lequel , quoy qu'il oyt quelque dosir do s'enlever à Dieu par le moyen du la priero tl de rcraiiiûn , i| se lai^e neanlmoins tellemeot emporter à ses mauvaiseâ habitudes, que n'ayant pas assez de résolution DQurse retirer du vice, il vient incontinent r I te poser sur celte humeur visqueuse du fecbé, par laquelle il se laisse tellement ttrrer, qu'il ne peut après se guinder au âel par romisoi , qu'avec une grande difkullé. Mais neantmoins en tant qu'il est 9psble de la grâce , il peut et doit prier, Itlaire oraison , et n'y a que le diable seul fû ne la puisse faire, d'autant qu'il n'y a que luy seul qui soit incapable d'amour. Il noua reste maintenant à déclarer ^lles sont les conditions qu'il faut avoir : par bien faire l'oraison. Les anciens pères ; qai traitent de cette matière , en rappor- , M plusieurs , quelques-uns en comptent ÎMques à quinze et d'autres huici ; mais \ IVisque le nombre de trois est si révéré [ fu tout, je m y arresteray.
La première condition qu'il faut avoir inr bien faire Toraison est, qu'il fautes* Ire petit en humilité ; la seconde qu'il faut 91re grand en espérance ; et la troisiesme qu'il faut eatre appuyé sur Jesus-Christ crucifié.
L'humilité n'est autre chose qu'une mendicité spirituelle , de laquelle p^irlanl Nas- IffttScigneur à ses aposlres, il dit : Ifeali fmpereê spirilu , quoniam ipsorum Uirêgnum cœlorum (1); Bien-heureux aatles niendians d'esprit, car ù eux appvtient le royaume des cieux. Je sçay bieoquela pluspartdes pores qui interprètent ces parolles, disent : Bien-heureux lost les pauvres d'esprit ; mais ces deux ilterpretations ne sont pas contraires , car to les pauvres sont mendians ,- s'ils ne ani glorieux , et tous les niendians sont IIQVres, s'ils ne sont avaritieux.
U faut donc, pour bien faire l'oraison , fia nous reconnuissions que nous sommes lauvres et que nous nous humiliions granteient : et comme nous voyons qu'un tireur d'arkutleste, quand il veut deiMA-.lHT U grand Iraict, plus il veut tirer haut, et Fin U tire la corde de son arc en bas : aiM bttUU que nous iassioos; ai nous
voulons que nostre priero aille jusques au ciel, il faut que nous nous approfondissions grandement par la connoissiincc do noslro néant. David nousadvertit de le faire par ces parolles : Quand tu voudras faire oraison, dit-il , approfondis-toy tellement dans l'abysme de ton néant, que tu puisses par après sans difTicullé décocher ton oraison comme une sagetle jusques dans les cieux (4). Et comme nous voyons que les grands princes , lorsqu'ils veulent faire monter une fontaine au plus haut de leur chastcau , vont prendre la source de Teau on quelque lieu forteslevé, puis la conduisent'par des tuyaux , la faistinl descendre aussi bas qu'ils la veulent pur après faire monter ; car autrement l'eau ne montcroit jamais : et si vous leur demandez comment ils l'ont fait monter, ils vous diront que g'a esté en |a faisant descendre. Tout de mesme en est-il de l'oraison ; car si on demande comment elle peut monter au ciel?
on doiti respondre , qu'elle y monte par la
descente de l'humililé* L'espouseauCanliquedes Cantiques fait
esmervciller les anges, et leur fait dire par estonnement(2); Quœent ùlaquœaacefh dit per desertum , sicutvirgulta fumi^ ex aromatibus myrrhœ , et thuris , et univeni putveriê pigmentarii innixa super dileclum êMum {;à)'i Qui estcellccy qui vient du désert et qui monte comme une petite verge do fumée odoriférante, composée de myrrhe, d'encens, et de toute sorte de bonnes odeurs du parfumeur, et qui est appuyée sur son bien-aymé? Parolles qui se peuvent très-bien appliquer à l'aine humble, et qui s'exerce en sa vertu d'humilité ; car bien qu'elle soit grandement fructueuse en bonnes œuvres, toutesfois le bas sentimentqu'elle a d'elle-mesmo fait qu'elle ne void nul bien on soy, ains croit tousjours de ne rien faire, et luy semble qu'elle est connue un désert stérile , (jui n'a point d'arbres fruitiers, parce qu'elle ne void en elle aucune vertu : ci d'autant que piir cotte humilité l'ame s*esleve à Dieu, cela fait dire aux anges : Qui est celle qui monte du désert ?
Passons maintenant à l'espérance , qui est hi seconde condition qu'il faut avoir pour bien faire l'oraison. L'espouse venant du désert monte comme un rejettoo ou
verge de fumée odoriférante, composée de la myrrhe. Cecy nous représente l'espérance; car bien que la myrrhe jette une odeur fort suave , elle est pourtant tresamere à gouster. Ainsy, quoy que Fesperance soit suave , parce qu'elle nous promet de jouyr un jour du bien que nous desirons, elle est aussi amere, d'autant que nous ne sommes pas encore en la possession de ce que nous aymons. L'encens est bien plus proprement le symbole de l'espérance ; car comme l'encens ne peut , s'il n'est mis sur le feu , jetter sa fumée en haut : ainsi faut-il que l'espérance , pour monter au ciel, soit mise sur le feu de la charité et bonté de Dieu , et qu'elle soit encore appuyée sur les mérites de Jesus- Christ, qui est la troisiesme condition nécessaire pour bien faire l'oraison ; car autrement ce ne seroit pas espérance , ains présomption. Et quoy que l'espérance monte jusques à la porte du ciel , elle n'y peut neantmoins entrer, d'autant qu'elle est une vertu toute de la terre.
Mais comme l'Espouse montant du désert appuyée sur son bien-aymé, aussi avons-nous dit que la troisiesme condition nécessaire pour bien faire l'oraison est, qu'il nous faut estre appuyez sur Noslre- Seigneur Jesus-Christ crucifié, puisque c'est par sa mort que nous avons accez au Perc éternel , que nous avons esté reconciliez avec luy , et que nous obtenons ce que nous demandons à sa divine majesté.
L'Espoux voulant loiier sonEspousc, luy dit, qu'elle est comme un beau lys entre les espines; Sicut lilium inter spinas , sic arnica mea inter filias. Et elle par contr'eschange de loUange le compare à un pommier : Sicut malus inter ligna sylvarum , sic dilectus meus inter filios {\ ) ; Mon bien-aymé, dit elle, est entre les enfans des hommes comme un pommier entre les haliers et les arbres des forests, il est tout chargé 'de feiiilles, de fleurs et do fruicts. Je me reposeray à son ombre , et recevray les fruicts qui tomberont sur mon giron , je les mangeray , et les ayant maschez , je les gousteray en mon gosier , où je les trouveray tres-<loux et tres-suaves; Subumhra illius quam desideraveram sedi , et fructus ejun dulcis gutiuri meo. Mais quel est ce pommier dont
aiCaakn.
parle l'Espouse, sinon la croix du S et en quel verger le trouverons-nov sans doute sur le mont de Calvaire Espouse l'appelle, quand elle dit, q bien-aymé vienne en son jardin , dilectus meus in hortum suum c'est en ce lieu où cet arbre divii planté , et où nous le devons cb pour nous nourrir de ses fruicts , tenir sous son ombre. Mais quel les feiiilles de cet arbre? c'est l'es que nous avons de nostre salut, moyen de la mort du Sauveur : a sont les prières qu'il faisoit pour son Père éternel : et ses fruicts i mérites de sa mortel passion. Der donc à l'ombre et au pied de cet ar veux d#e de cette croix : rassasie de ses fruicts , et n'en partons pc nous ne soyons tous détrempez < qui en découle.
Sainte Catherine de Sienne euti un excezou vision en méditant la passion de Nostre-Seigneur , où il advis qu'elle estoit dedans un ba estoit de son précieux sang ; et quî fi^ revenue* à elle , il luy sembloit robbe en estoit toute teinte. Or :
tant cecy à mon subjet, jedisque devons point aller à l'oraison , qu soit pour nous arrouser de ce precieu au moins s'en faut-il arrouser le mi première prière que nous faisons.
S. Paul en Tcpistre aux Romains vant à ses enfans spirituels, leui gnoit, qu'ils se revestissent de ; Seigneur Jesus-Christ, c'est-à-dire sang , Induimini DominumJesum tum (2). Mais qu'est-ce qu'eslrerev ce sang? Pour vous faire mieux ei cecy , il faut que je me serve d'une « raison. Vous verrez un homme i d'un habit d'cscarlate : Thabit est laine , mais ce qui luy donne sa y c'est qu'il est teint du sang d'un ] appelé Escarlate. Or maintenant quant cela à nous , je dy qu'enco nous soyons revestus de laine , « dire , que nous fassions de bonn vres , en tant qu'elles sont de nous n'ont aucun prix ny valeur, si e sont teintes dedans fe sang de ] Seigneur Jesus-Christ, le meril
(1) Cast. T. — (1) Bom. xiu.