‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 116 sur 356 · DE L'ORAISON · texte numérisé non relu

DE L'ORAISON

Orat0 Hnê intêrmittiowê, i. Thuiâl. e. ▼• Priei Mn« cesse.

Ndas avons monstre en l'exhortation précédente comme la fin de l'oraison doit «Ire l'union de nostre ame avec Dieu , et comme tous les hommes qui sont en la foye de salut peuvent et doivent prier : nais il nous est demeuré une difficulté , qui est , de savoir si les prières des pecbeurs sont exaucées; car nous voyons que l'aveugle né , duquel parle S. Jean en Unevangile queNostre-Seigneur illumina, 4itàceux qui Tinterrogeoient , que Dieu l*exauce point les pécheurs, Scimus ^ pna peccatores Dens non audit : mais laissons-le dire , car il parle encore comme tveugle.

Il nous faut premièrement en tendre qu'il y a trois sortes de pécheurs , à scavoir , les pécheurs impenilens, les pécheurs peniteos , et les pécheurs justifiez. Or c'est une

chose tres-asseuréequeles pécheurs impenitens ne sont point exaucez, d'autant qu'ils veulent croupir et persévérer en leur péché, et leurs oraisons sont en abomination devant Dieu , ainsi qu'il le fait entendre par le prophète Isaye , respondant à ceux qui Iuy disoient: Nous avons jeusné et ainigé nos âmes , et vous ne nous avez point regardez; Jejunavimus , et non a«pexisti; humiliacimus animas nostrat^ et neicisti : vos jeusnes , vos prières , vo6 affiictions , et vos f estes me sont en abomination, d'autant qu'avezvos mains pleines de sang, c'est-à-dire l'ame pleine do péchez, Calendas vestras et solemnitates vestras odivit anima mea^ et eum multip licaveritis orationem^ non exaudiam : manusvestrœplenœ sanguine sunt. C'est donc une chose certaine , que les prières

du peohtiir impénitent ne pentent être •saucëeê , et nul ne peut dire Jésus , sinon en la vertu du Sainct- Esprit, ny appeler Dieu Père, qu*il ne soil adopté pour son Fils Or le pécheur qui veut persévérer en son ppché ne peut appeler Dieu Pero , ny prononcer le nom souverain de No5tre*Seigneur , puisqu'il n*a pas le Sainct-Esprit en luy , car il n'habite pointau cœur souillé dépêché; nul ne peut aus^i avoir accez vers le Père Eternel , ny estre exaucé de luy que par la vertu , et au nom de son Fils , ainsi qu'il dit luy-mcsme en TEvangile : Nemo venit ad Patrem , ni$i pèr me. Il est donc certain que los.pricres du pécheur impénitent ne sont point agréables à Dieu et ne peuvent estre exaucées, puisqu'il veut persévérer en son péché.

Venons au pécheur pénitent. Certes on luy fait tort de l'appeler pecbcdr,oar il ne l'est plus, pui:jiqu'il detettle son péché , et bien que le Saincl- Esprit ne soit pas encore en son cœur par résidence , il y est neantmoins par assistance. Hé! qui est-ce à votre advis qui luy donne ce repentir d'avoir offensé Dieu, sinon le sainct-Espril? puisque nous ne scaurions avoir une bonne pensée pour nostre salut, s'il ne nous la donne : mais ce pauvre homme n'a-l-il rien faildc soncosté?8i a certes. Considérez David , quand Dieu luy eusi faitreconnoistrc son iniquité , ô qu'il pouvoit bien dire : Vous m'avez regardé, Seigneur, lorsque j'eslois dans lu fondrière de mon péché; vous m'avez ouvert le cœur, H je ne Tay paà refermé ; vous m'avez tiré, et je me so)s laissé aller; voiKîm*avez poussé, et Je n'ay pas reculé; Vous m'Bvn fait voir la grandeur de mon crime, et je l'ay détesté. Je pourrois prouver pto*. plusieurs exemples de l'escriture , que les prières des pécheurs penitens sont agréables à Dieu , et quil les exauce; m^s je me contenteray maintenant de vous rapporter celle do pubficain, lequel monta au temple pécheur, et en sortit jfisrrfié, par le mérite de l'humble prière qtî*i\ fit : ce qui nous fait voir que les prières des pécheurs penilen» sont exaucées de Dieu.

Partons nfiaintenane de la matière de l'ofaisonetdeson objecl. H faut premièrement sçrfvoir q<»e la matiero de l'oraison est, de demander à Dieu les biens qni nous sont âe6e8»»res'^ereea lirions sont de deùzsor-

tMjàiçittrtftaibiaiiiiipifltsMëtMDlll

temporels.

L'EspouM au Cantique de^ C&nthtiM voulant loUer son blen-aymé, luy dit qtl a des lèvres blanches comme un lys d distille la myrrhe ! Labia ejus lilià A Hllanlia myrtham pritndm (<); ei s Espoux luy dit en conir'cschange ((ne a lèvres sont comme des rais de miel disti lant, et qu'elle a le miel et le lairt dessO) sa langue : Fatus distWdng labia liU sponêa, mel et lût mh lingua tua (2). , Èçay bien que l'on interprète ce* paroi en ce sens; sçavoir est, que les pfedlCl teurs preschant au peuple la pdrollô i Dieu, ont le miel dessus la langue, et pA lant à Dieu par les prières qu'ils luy fol pour le peuple, ils ont le laict dessous i langue : et encore en celte façon que l< prédicateurs parlant de l'humanité de Ndl tre-Seigneur unie à la divinité ila onij miel dessous la langue.

Plusieurs se trompent grandement, e ce qu'ils pensent que le miel soit fait seï Icment du suc des Qeurs ; le miel est ud liqueur qui descend du ciel parmy la rc sée, laquelle tombani dessus les Qeurs prend le goust d'icelles, comme font ton I les vaisseaux dans lesquels on met que que liqueur, qui en prennent tousjoui quelque goust* C'est donc très à propc que le miel, comme une liqueur céleste représente les perfections divines, ou la d vinité doNostre-Seigneur, qui est descen due du ciel, et le laict, qui vient de) terre, représente sa tres-saincte huftiî ftité. Ou bien ort peut encore dire,qfi les (i^ediea teurs ont le laict dessous I langue, lorsqu'ils preschent les vertu» d douceur, de Mansuétude, et de ttiiserirord de Nosire-Seigneor, en tant qu'homme.

Or, api^fiquantcesparoffesde l'E^poiix nostre oraison , suivant ce que nous ëim dit, qu'il y a deux soi ten de b'ieHs qc nous pouvons denrander à Dieu, je dira que les biens spirituels sont sii^nlfiez pi lemiet, et les biens tempoielspar to laie Mais il faut encore sç^ivoir, ({u'enire k biens spii ituels il y en a de dernt aortes ciont les uns sont nécessaires pour nostf Scdot, et les nôtres ne le sont pas. (juai à ceux qui sont necessijfires |x>ur no:Hi sulut , nous les devons demamier à fin

Cl)CtaUT.-{f)iS. If.

DB MAilSON.

iift,9t «ans oûoditioB, d^âulaiit I âavoîrdetWiMlatiQiMeAfdniMn^aiiis \ les veut donner, liais lee autres à avoir nostre Tolonté miie A celle de IMen,

loy que spirituels, qui ne sont saires pour nobtre salut, noas ne a jamais demander que sous les iondi lions que les biens temporoir est, si c'est la volonté de ii c est pour sa plus grande gloire, es conditions , nostre oraison est e.

biens spirituels nécessaires pour ut, signifiez par le miel, que TBsessous la langue, sont la foy, Teset la charité, el les autres vertus mpagnent celles-là. Les autres rituels, qui ne sont point necesnostre salut, f»ont les lumières, , consolations, et semblables biens donne quelquesfois à ceux qui le esquels nous ne lui devons jamais r que sous les conditions que j'ay rce qu'ils ne sont aucunement nepour noslre salut, trouve quelquesrois qui pensent avoient le don de sapicnce , ils seen plus capables d'uymer Dieu; certes ils se trompent, et cela , comme vous pourrez voir parce ^a à un religieux de S. Frunçois , alla un jour Ireuver S. Bonavonlui dit : 0 que vous estes heu- )n père, d'estre si sçavant, d'auvous pouvez beaucoup plus aymer e nous autres qui sommes ignoquoy S. Bonaventure respundit, nence n'estoit point requise pour ieu, et qu une simple femme le lulant ou plus aymer que luy et »lus grands docti'ursdu monde, et >cience nestoit |)oint nécessaire ir Tumour. Mais qui ne void enromperie de ceux qui sont tous- -es leurs pores spirituels , pour se de quoy ils n'ont point de consoîD leurs oraisons. Ho! ne voyezque si vous en aviez , vous ne escliappcr à la vaine gloire , et ne empesclier que vostre amour- pro- )*y complust, en sorte que vous useriez plus aux dons qu'au douait donc une grande miséricorde 1 vous a lai le, de ne vous en point et ne faut pas pv*rdre courage pour isque la perfection ne coAdiste pas

et c'est ce que nous 1q( devons demander sans condition.

Tobie estant deKJè vieil , et voulant donner ordre é ses affaires , commanda à son fils de s'en aller en Rages , pour retirer quelque argent qui luy esloil deu ; el pour ce faire plus facilement, il luy bailla une cedule , par laquelle on ne luy pou voit re fuser son argent. Ainsi faut-il que nous fassions, quand nous voulons demander au Père éternel son paradis , Taugmentation de noslre foy, et son amour. Toutes lesquelles choses il nous veut donner, pourveu que nous portions une cedule de la part de son Fils , c*est4-dire , que nous luy demandions au nom et par les mérites de Noslre-Seigneur, lequel nous a bien monstre Tordre que nous devons tenir en nos demandes, nous ordonnant de dire le Pater, où elles sont toutes comprises en ces psiroltes : Sanctificeturnomen tuutn : ad" teniatregnumtuum:fiatvoluntastua{k); Que vostre nom soit sanctiflé , que vostre royaume nous advienne , et que vostre volonté soit faite

Mais remarquez qu'il nous ordonne de demander, premièrement que son nom soit sanctifié, c'est-à-dire, qu'il soit reconnu et adoré par tous les hommes. Après quoy, nous demandons ce qui nous est le plus m^cessaire , à sçavoir, que son royaume nous advienne, el qu'après celte vie nous puissions estre des habitansdu ciel, el que sa volonté soit faite. Et après ces trois de mandes, nous adjouslons : Panem no#trum quotidianum da nobis hodie. Donnez-nous aujourd'huy nostre pain quotidien. Il dit : donnez-nous noslre pain, parce que dessous ce nom da pain sont compris tous les biens temporels : or pour cela, nous devons estre crandement sobres à lesdemander,eldevrionsbeaucoup craindre en les demandant, d'autant que nous ne sçavons pas si Nostre-Scigtieurne nous les donnera point en son ire el en son cour* roux. C'est pourquoy ceux qui prient avec perfection demandent fort peu de ces biens, ains demeurent devant Dieu avec con-^ fiance , comme lesenfans devant leur pore ou bien comme des serviteurs fidèles qui servent bien leur maislre, car ils ne vont

(1) s. lUUk. fi.

pas demandant tous les jours leur nourriture, mais leurs services demandent assez poureux.Voilà pour ce qui est de la matière de l'oraison.

Les anciens pères qui ont traité de Toraison disent quMiy en a de trois sortes : à sçavoir Toraison vitale , Toraison mentale, et loraison vocale. Parlons premièrement de la vitale, puis nous dirons quelque chose de la vocale et mentale.

Toutes les actions de ceux qui vivent en la crainte de Dieu sont de continuelles prières , et tout ce qu'ils font se peut appeller oraison vitale. Mais pour mieux entendre cecy, je me veux servir d'une similitude : lesEvangelistes disent que le grand S. Jean-Bupliste estant dans le désert, il ne mangeoit que des locustes et sauterelles, ou des cigales , et qu'il ne mangeoit point de raisins, ny ne buvoit point de cervoise , ni chose aucune qui pust enivrer. Or mon dessein n'est pas de m'arresler sur tout cela , ains seulement sur ce qu'il est dit qu'il ne mangeoit que des locustes ou cigales. L'on ne sçait si les cigales sont célestes ou terrestres, d'autant qu'elles vont continuellement s'eslançant du costé du ciel , ne touchant la terre que fort peu, et ne se nourrissant que de la rosée qui tombe du ciel, et vont tousjours chantant, et leur chant n'est autre chose qu'un retentissement ou petit gazouillement qui se fait dans leurs intestins. C'est donc tres-à-propos qu'il est dit, que le bien-heureux S. Jean se nourrissoit de cigales, puisqu'il estoit luy-mesme une cigale mystique , son oraison estant si continuelle, qu'on ne sçavoit s'il estoit céleste ou terrestre : car si bien aucunes fois il touchoit la terre pour prendre ses nécessitez, soudain il se relançoit du costé du ciel, où il avoit logé son cœur et toutes ses affections , se nourrissant plus de viandes celestes que terrestres. Il chantoit aussi presque continuellement les louanges de Dieu ; ce qu'il témoigne luy-mesme , disant, qu'il n'esloit qu'une voix : bref, sa vie et toutes ses actions esloient une continuelle prière. De mesme peut-on dire, que ceux qui ont tousjours leur intention dressée à Dieu , qui donnent l'aumosne , qui visitent les prisonniers ou les malades, et qui s'exercent en telles et semblables bonnes œuvres, fout oraison, et

ces bonnes actions demanâent à IHeaif^ compense , et se peuvent appeller orant

vitale.

Or pour parler maintenant de roralm vocale, jedy que ce n'est pas faire oraîm que de dire seulement quelques prient entre ses lèvres, si l'attention du cœur n'y est jointe, car pour parler à Dieu, il firi; premièrement avoir conceu en son inli»

tion ce qu'on luy veut dire. Il y a sortes de parolles, la vocale, et Tinterii or c'est la vocale qui fait entendre ce l'intérieure a premièrement conceu.

puisque la prière n*est autre chose parler à Dieu , il est certain que de le: sans estre attentif à luy , et à ce qu'on dit, est une chose qui luy est for tdesagni^ ble : et quand nous le faisons , nous mettons une grande incivilité, et blons en cela aux perroquets , qui sans sçavoir ce qu'ils disent

Un sainct personnage raconte qu'une I l'on avoit appris à l'un de ces oyseauxài VAve Maria y lequel après s*estant chappé, et pris le vol, il y eustun espei qui vint fondre sur luy, et le perroquet! prenant à dire Vj4ve Maria^ l'espervieri laissa aller. Or ce n est pas à dire que exauce le perroquet , non , car il est iaeif' pable de prier , c'est un oyseau immondo^ aussi n'estoit-il pas bon pour les sacrificei) mais il permit peut-estre que cela arrivail de la sorte , pour monstrer combien cettj oraison luy estoit agréable. Quoy qu'il et soit, c'est neantmoins chose certaine, qii les prières de ceux qui , comme des per roquets, prient sans attention ou intefl^ tion , sont en abomination devant DieoJ qui regarde plus au cœur et à l'intentkH deceluy qui prie, que non pas aux pfr relies qu'il dit.

Mais avant que passer outre, il estboi que nous sçachions que les oraisons vocaisi sont de trois sortes , dont les unes sori commandées , les autres recommandée! i et les autres de bonne volonté. Celles qd sont commandées, ci qu'il ne faut jamal obmettre , sont le Paier et le Credo , qoi nous devons dire tous les jours , ce qiK Nostre-Seigneur mesme nous failentendire, quand il nous fait dire en l'oraison doml' nicale : Donnez- nous aujourd'hui nostn pain quotidien ; car cela nous monstre qu'i le faut demander tous les jours « c'est-è

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