DE L'ORAISON
Ab, qu'il faut prier tous les jours : et si 1008 ne dites que vous n'avez pas prié aujourd*huy , je vous diray que vous n'estes pBSchr^lien. et vous n*avez pas fait vos- Cre devoir. Les prières qui sont encore commandées Mnt les offices à nous autres qui sonnmes d*eglise , et si nous eu laissons i dire quelque notable partie , nous pedions. Celles qui sont seulement recommandées sont les Pater dvL Rosaire, et semblables prières qui sont ordonnées pour pigner les indulgences , et lai^^sant à les dire, nous ne péchons pas : mais nostre bonne mère l'Eglise , pour monstrcr qu'elle dosire que nous les disions , donne des indulgences i ceux qui les recitent.
Les prières qui sont de bonne volonté loat toutes celles qu'on fait outre celles que nous venons de dire , et quoy qu'elles loient bonnes , celles qui sont recommandées sont beaucoup meilleures, parce que h saincte vertu de la soubmission y intervient ; car c'est comme si nous disions : Kbstre bonne, mcro l'Ëglise recommande ces prières , et bien qu'elle ne les comnaiide pas , je suis ncantmoins bien aise de les dire pour luy plaire , et cela est tres-bon.
Hais les prières qui sont de commandement sont d'un prix tout autre , a cause de robeyssance qui y est attachée , et c'est aans doute qu'il y a aussi plus de charité. Or entre ces prières les unes sont communes; et les autres particulières : les com» amnes sont les messes , offices et prières qui se font en temps de calamité. 0 que aoosdevrions venir avec une grande révérence à ces prières communes, et tout intrement préparez que pour les prières prticulieres , parce qu'es prières parlicu- •«res nous no traitons avec Dieu que de nos affaires, et si nous prions pour l'Église, lOQS le faisons par charité : mais en ces prières communes , nous parlons à Dieu iu nom de toute TEglise , et prions pour tous ea gênerai. S. Augustin raconte , qu'estant encore Manichéen , il entra un jour dans lue église, où S. Ambroise faisoit chanter rofficealternativement do chœur en chœur, comme l'on fait maintenant, de quoy il fut tellement ravy et hors de soy, de voir le bd ordre et révérence qu'on y gardoit, qu'il pensoit eatro en paradis , et plusieurs ttiocts asseurent , que souventes fois ils
ont veu venir les anges en grande troupe » pour assister en ces divins offices. Avec quelle attention et révérence y devrionsnous assister, puisque les anges y sont presens , et répètent là haut en l'Eglise triomphante ce que nous disons çà bas en la militante? Mais peut^estre dirons-nous , que si nous avions veu une fois les anges assister à nos offices , nous y assisterions après avec plus d'attention et révérence. 0 certes, pardonnez-moy, il n'en seroit rien , quand mesme nous aurions esté ravys avec S. Paul jusques au troisiesme ciel, voire si nous avions demeuré trente ans en paradis , si la foy ne nous le fait faire , cela y serviroit fort peu. Et pour preuve de cette vérité, je vous diray une chose que j'ay souvent considérée , qui est que S. Jacques et S. Pierre , après avoir demeuré trois ans I avec Nostre-Scigneur , ayant vu la gloire de sa transfiguration sur lu montagne de Thabor, ne laissèrent pas pourlaut de le quitter et abandonner en sa mort et passion. Certes il est vray que nous ne devons jamais assister , ny venir aux offices communs, principalement nous autres qui les disons au chœur, que nous ne fassions des actes de contrition ; en demandant l'assistance du Sainct-Esprit avant que de les commencer, nous estimant bien-heureux de faire çà bas en terre ce que nous ferons éternellement au ciel.
Il faut maintenant déclarer la division qu'il y a en l'oraison mentale et vocale, et monstrer comme nous allons à Dieu en deux façons pour le prier, suivant ce que nous enseigne et ordonne nostre saincte mère l'Eglise; car elle nous fait quelquefois prier Dieu immédiatement , et d'autres fois mediatement : comme quand nous disons les antiennes de Nostre-Dame , le Salvê Regina^ et les autres antiennes qui s'adressent aux saincts. Or quand nous prions Dieu immédiatement, nous exerçons la saincte confiance qui est fondée sur la foy, resporance et la charité : mais quand nous prions Dieu mediatement , et par l'entremise de quelque autre , nous practiquons la saincte humilité , qui provient de la connoissance de nous-mesmos.
Quand nous allons immédiatement À Dieu , nous protestons de sa bonté et miséricorde, en laquelle nous mettons touta confiance : mais quand nous prions ne-
plation. Ainsi Toyond-nous souvent qu*à force de considérer combien Dieu est bon , mystère après mystère, nous venons à faire comme les cordons des bateaux , lesquels, quand on rame fortement, s*eschauffent tellement, que si on ne les mouilloit, le feu s*y prendroit. De mesme nos âmes viennent quelquesfois tellement à s'eschaufier et embraser par la méditation , en Tamour de celuy qu'elles reconsoissent estre tant aymable, que pour recevoir quelque raffraischissement en Tardeur des affections que la méditation allume en leur volonté et dans leur cœur, elles viennent après à le regarder en la contemplation , ^t à se complaire de voir en celuy qu'elles ont considéré tant de beauté et de bonté.
L*£spoux , au mesme lieu du Cantique, dit ces paroles , qui nous représentent merveilleusement bien la différence qu*il y a entre la meditaUon et la contemplation : J'ay cueilly ma myrrhe avec mes parfums, j*ay mangé mon miel avec mon bornai , et j*ay beu mon vin avec mon laict ; mangez , mes amis, beuvez et enyvrez-vous, mes Ires-chers : Messui myr'rham meam cum aromatibus meis , comedi favum cum melle meo^ hihivinum cum lacté meo; comedite, amici, et &/bite et inebriaminij charissimi (1). Ces paroles nous représentent tres-bien les mystères que nous allons célébrer ces jours suivans de la passion, résurrection et ascension do Noslre-Seigneur, lorsqu'il dit : J'ay cueilly ma myrrhe avec mes parfums, Alesatii myrrham cum aromatibus meis ; ce fut en sa mort et passion , lorsqu'il offrit ce sacrifice sanglant de luy- mesme à son Père éternel en odeur de suuvilé. Et quand il dit : J'ay mangé mon miel avec mon bornai , Comedi favum cum melle meo, ce fut lorsqu'il reiinit sa tres-saincle a me avec son corps en sa glorieuse résurrection. Et quand il dit : J'ay beu mon vin avec mon laict, ^f^t vtnum cum lacté meo , par le vin il nous représente la joye de sa triomphante ascension, et par le laict, la douceur de sa tres-saincte conversation pendant les quarante jours qu'il demeura sur la terre après sa résurrection , visitant ses apostres, leur faisant toucher ses playes, et
(1) CêML f .
mangeant avec eux. Mais quand :
Mangez , mes amis, Comediie, un veut dire, méditez et considérez ce teres. Vous sçavez que pour rei viande capable d'estre avalée, il premièrement mascher et amenuist les dents, et la jetter tantost d'un c la bouche, et tantost de l'autre : ain II que nous fassions des mystères d pour les comprendre ; car il faut qi les maschions et rouillons plusiec dans nostre entendement par la i tion , afin d'eschauffer nostre vole l'amour de Dieu , avant que de pas contemplation. C'est pourquoy ap paroles : Mangez , mes amis , Cot amici, il dit ensuite : Beuvez et ei vous, mes tres-chers. Et bibite, briamini , charissimi Or vous n' pas qu'on n'a pas accoustumé de n le vin , ains Ton ne fait que l'aval peine ny difficulté; c*^ qui nous rep la contemplation , laquelle se fait n< peine, comme la méditation, ains av sir, facilité et suavité.
Voicy donc ce que le divin Espoi dire à son Espouse, c'est-à-dire à Vi vole : Vous avez assez médité et co que je suis bon, regardez-nioy main et vous délectez à voir que je le su tablement. L'on rapporte en la vi François, qu'il passa une fois toi nuit à dire ces paroles : Vous ost< tout; ce qu'il disoit en confem]:
comme voulant dire : Je vous ay co pièce à pièce, mon Dieu, et j'ay trei vous estiez tres-aymable, mainiena je vous regarde avec complaisance que vous estes mon tout. S. Bruno tentoitde dire à Nostre-Seigneur : C Et S. Augustin disoit : 0 beauté ai et nouvelle, vous estes ancienne, pa vous estes éternelle ; mais vous est velle, parce que vous apportez lo une nouvelle suavité à mon cœur: e ces paroles esloient des paroles de ( plation.
Venons à la troisiesme partie de T mentale, qui se fait par des cslan d'esprit en Dieu. Certes, pour celle-»
sonne ne s'en peut excuser, d'autani se peut faire allant et venant, et vac ses occupations. Vous direz peut-es vous n'avez pas le temps de faire g
DE LH>RillSOX
trois heures d'oraison , qui vous en parle? recommaDdez-vous à Dieu le matin, offrczby tout vostre estrc, protestez que vous ne foulez point Toffcnser, et puis vous en allez oA TOSlre devoir vous ap{)elle : mais resolva-vous pourtant de faire le long de la jMmiée plusieurs eslevations d'esprit vers m divine bonté, voire mesme parmy les ampagnies ; car qui vous empeschera de flrier A Dieu au fond de vostre cœur, puisqB*iI n'importe pas de luy parler mentale- Kntou vocalcment? Dites-luy donc des pudes courtes, mais ferventes. Celle que inii S. François est excellente, bien que •soit une parole de contemplation. Il est my que de dire à Dieu : Vous estes mon iMt, et vouloir quelque autre chose que ky cela 9 ne seroit pas bien ; car il faut fMt les paroles soient conformes au sen- ÉMot du cœur : mais de dire à Dieu : Jtvousayine de tout mon cœur, encore fMoous n'ayons pas un grand sentiment ffUBOur en la partie inférieure, nous ne énom pas liiisser neantmoins de le dire, |Msque nous voulons et avons un grand Mrde i'aymeren la partie supérieure de Mitreame.
Or un bon moyen pour nous accoustu- ■er à faire ces eslancemens, est de prendre le Paler de suite , en prenant une pétition à chaque fois. Par exemple , si loos avez pris au commencement de vosbe journée ces paroles : Pater noster qui m m eceliSy vous direz la première fois : Mon Père qui estes au ciel , si vous estes ■on Père , quand seray-jc parfaictement nMre ûlle? et dans un quart -d*heurc - ^près, vous direz : 0 mon Dicul que vos- . ire nom soit sanctifié par toutes les creatares : que quelque temps après. Que ^ VNtre volonté soit faicto en la terre comme au ciel , faites moy la grâce, ô IM» Dieu l que je Taccomplisse tousjours ■ toutes choses : et ainsi vous irez contiiuiant do quart-d'houre à autre vostre rnson, poursuivant le Paler, ou répétant B vous voulez les mesmes paroles. Ces SS. Feres qui vivoient au désert , ces anciens M parfaicts religieux, estoient si soigneux et faire ces oraisons et eslancemens d'esprit en Di^u, que S. Hierosme raconte que, quand on ailoit au désert pour les visiter, Ton enteodoit l'un qui disoit : Vous estes,
6 mon Dieu ! tout ce que je désire ; Tautre disoit : Quand seray-je tout vostre, ô mon Dieu! et Tantre disoit : Dens^ in adjuiorium meum intende (^) , à Dieu, soyez à mon ayde. Enfm Ton entcndoit une sainte harmonie de la diversité de leurs voix fort agréable.
Mais, me direz- vous, si Ton dit ces paroles vocalement , pourquoy Tappellezvous oraison mentale? parce qu'elle se fait aussi mentalement, et qu*elle part premièrement du cœur. Et c'est ce que nous veut faire entendre TEspoux sacré au Cantique des Cantiques, lorsqu'il dit, que sa bien-aymée luy a ravy le cœur par un de ses yeux, et par un des cheveux qui pend dessus son col , Fulnerasti eor meum , soror mea sponsa , vulnerasH cor meum in uno oculorum, et in uno crine eolli lui. L'on pourroit tirer de ces paroles plusieurs très-belles et agréables interprétations : mais d'autant qu*il faut finir, je n*en diray qu*uno. Vous verrez un mary et une femme qui ont des afluires en leur mesnage qui les font séparer; quand il arrive par hazard qu*ils se rencontrent, ils se regardent un peu en passant ; mais ce n*est que d'un œil, parce que ne se voyant que de costé , ils no le peuvent bonnement Xaire des deux. Ainsi cet Es<^ poux veux dire : Quoy que ma bien-aymée soit fort occupée, si ne laisse-t*elle pas pourtant de me regarder d'un œil , me protestant par ce regard qu'elle est toute mienne ; elle m'a ravy le cœur par un des chevaux qui pend dessus son col , c'est-àdire, par une pensée qui provient du costé de son cœur. Concluons ce discours. Nous ne parlerons pas maintenant de la dernière partie de l'oraison mentale, qui est la simple présence de Dieu.
0 que nous serons heureux si nous parvenons un jour au ciel ; car nous y méditerons éternellement, et regardant et considérant les œuvres de Dieu, nous les trouverons toutes tres-bonnos, et par cette bonté que nous y découvrirons, nous nous eslancerons continuellement en luy par une saincte complaisance, pour Paymer, l'adorer, le loiier et le bénir éternellement. Dieu nous fasse la grâce d'y parvenir. Amen.
(t)Gttt.ir.
SERMON
POUR LA PROFESSION DE QUELQUES RELIGIEUSES DE LA YISITi
SimUê ut mgkum cœlorum komini mefoeiatori, fuorenti honat mttrgaHtai ; invênim m ëbiil , «1 vêndidit omma qua habuit , «< emii eam, S. Mattb. xiii.
Ce«l certes trcs-ô-propoB que Noslre- Sei^nnir dit , que ie royaume des cieut est semblable à un marrbund , lequel cherchant des pertes , on trouve enfin une d*un si grand prix et si excellente au-dessus de toutes les autres, qu'il va et vend tout ce qu*il a pour l'acheter. Similitude par laquelle Nostre- Seigneur nous reut faire entendre , que les négociateurs du ciel qui cherchent cette perle de la félicité eternrlle, sont semblables à ce marchand , et si vous y prenez giirde, vous verrez qu*ils font un mesme négoce, je veux dire, qu'ils Décrient de mcsme façon.
Voyez ce marchand do l'Evangile, il cherche des perles , mais en ayant trouvé une , il s'y arroste , et à cause de son prix et de son excellence, il vend tout ce qu'il a pour se la rendre sienne : de mcsme tous les hommes cl'.orchont la félicité, mais pas un neantmoins ne la trouve , que cehiy qui rencontre celte fïcrle orientale du pur amour de Dieu, et qui Payant trouvée, Vend tout ce qiril a pour la po^sedo^. Il est vray que Thommo est créé pour joUir de la félicité : et lu félicité a tant de rapport etdeconvenanceavoc le cœur de l'homme, qu'il ne peut trouver de repos qu'on la possédant. Mais le malheur est , que les hommes constituent la félicité chacun en ce qu'il ayme, les uns aux voluptez, les autres aux richesses, et les autres aux honneurs et dignitoz : u.ais holas qu'ils sont tr(»mpez- car toutes ces choses ne sont point capnbles d'assouvrir ny contentef e cœur. Ce que S. Bernard exprime morvoilletisemenl bien par ces paroles : Ton ame,ô homme, dit-il, est de grande estenduè', et nulle chose ne la peut remplir Dy satisfaire que Dieu seul , iVof» eapit mmnitiiwuigQêuip anima eapaxiUiui
est qnœ nimimih ad f/iïtit A ereala (4). L'on en void l'expei Aloxandre-îe-Grand, lequel après sujelti presque toute la terre sou pire, nefuslpas neani moins con un certain philosophe luy ayan croire qu'il y avoil encore d'autre quoceluy-cy, il se mita pleurel il croyoit ne les pouvoir tuus tt Considérez de grâce ,. si celuy c sedé le plus éminemment les bit richesses de la terre que nul ai pas esté content, qui est-ce qui estrc?
Certes , non seulement les cho?
très ne sont pas capables de sali contenler nos cœurs, mais non pi les célestes; et cecy ntiis le voj bien en la chore amante de N( gneur la grande Ste Ma^rdolnine tout esprisedo Tumour qu'elle lu après qu'il fust mort et mis de pulclire , retourna promptemen chercher devant nul autre; mais i pas trouvé, ainsdesanj^es, cllei Contenter, bien qu'ils fussent li et habillez à l'ani^eliiiUe. Leshon beaux et magnifiquement ornezq sent eslre, ne ^ont rien aux pri:
ges, leur lustre n'a point d'esc sonlpas dignes de comparôîslrfe éi sence : aussi voit-on tin lEscrituf que jamais ils n'ont apparu jgihi qu'ils ne soient tonibez dessus ' n'estant pas capables de supporte deur et l'esclal de !a beauté angi La tres-Sle-Vicr.k' : mesme , qui eminenccs si grandes au-de^us les pures créatures, et laquelle particuilcremeht griltiiiée à^A
(1) StnMQ ^ la DédiMM , «i-iprli. — (I
POUR LA PROFESSION DES RtttGfEUSES DE LA YISITATlOIf. 4M
i anges, chérubins et séraphins, a neantmoins â la witi de l'ans;e ici lorsqu'il la vint Ircuvor, |>our 1er du trcs-haul et sacré myalere irnation (I).
grande Ste Map:delaine tout es* Tamour de son divin Maistrc, ne point ny â la beauté do leur viy à ia blanciieur de leurs vesteet moins encore à leur niainlien 5 roral: ains elle va et tourne auux, rej^irdant de touscoslez; les ly demandent : Femme, pourquoy vous? Mulier ^ quid piora*? Ws ris mon Mai>tre , dit-elle, el je ne ilsTontmis, Tulerunl Dominnm etneseio ubi posuerunt eum (2).
?3luy demandent: Puurquoy ploui? comme luv voulant dire : N'as pas bien subjol de von-i rosjoiiir, lyer vos larmes en nous voynnt?
lu splendeur et boaulé de nostre ?sclat de nos veslemens , et nostre •ence plus ;;rande que C(?ll(* de San'(*st-elie pas c.îpnhle d'essuyer aes^ 0 noji certes, son cœur ne contenter à moins que de Dieu!
line uvme mi(Mix son Maislre crule les an^i'S crlorifii^z.
i0us(^ au C.intique des Canliquos 'Son bien-:iymé l'avîml appelée , et •appé à sa porte, pa-sa outre, et anl ouverte , elle ni» le trouva plus, lecd met puisant is , aptri mihi lea , arnica men , cotumba mea , itala mva, pessulutn ostii tnei
dilt'Cto met); Ule dvcHnaccrat ^ 'ùnsicrat, {)uœ«ici , et non inv^ni vocavi ,et non regpondit mihi (3).
evrray , avoit-olle dit auparavant, tout à l'onlour de lacilé, cl cherpar les rues et par les places pu-
celuy que mon ame ayuio et ehe- I avoit demandé aux caries de la s n'avoient point veu celuy que son Tioit : et les ayant rencontrez pour ide fois, ils la midtraittercnt, do le se plaint, disant , (}ue les gardes ;é l'ont battue*, l'ont blessée , et luy
son mantrau, Inteuerunt inecusli circumeunt civitatem . perçusme , et vutneraverunt me , tuleittium meum miM custodes mu-
M, L — (t) s. Jmh, SX. — (S) Cwt. T.
roritm, Ptiis enfin s'nddreseant amc filles deSion : Je vouit ".injure (leur dit-elle), fdles de HierusaiMn , si vous renconli-ez mon bicn-aymé , vous (uy ann'»ncii»z que je lanjîuis d'amour pour luy , Aiijuro vos^ fifiœ /lirrusalem, « inceneritis ditec* (uni metim, ut Mntietis iUi quia amore latigueo.
Tous ceux qui practiqweht J'amoUr sacré sçavent bien quescs bk'ssures sorti <li verses, el qu'il bl *sse le cceur en plusieurs façons; mais spécialement lorsqu'il sevoid arreslé ou em|K»sché de |K»ssederce qu'il ayme. L'Amante sacrée dit que le^ gardes l'ont blessée, H cause qu'ils l'ont arrestée; car rien ne blesse tant un cœur qiii aymé Diou , que de se voir relemi el empcsché ae lediercher.
Le royaume des cieux (dit Nostre-Selgneur) est semblable â un marchand qui cherche des perles , et lequel en ayant tieuvé une de j^rand prix , vend toiit ce qu'il a pour l'acbepter. Le pur amour d<j Dieu est cette perle précieuse , que les négociateurs du ciel cherchent : mais s'ils la veulent aciiepler, il faut qu'ils vendent tout ce qti'ils possèdent. C'est le subjel iMïur lequel les anciens chrestietis ne secontenluieîit pas d*ol)server les commandemens de Dieu ; ains potir acquérir cette perle inestimable, ils embraâs(«ent encer- la practifiue des conseils , quittant et abandonnant sans reserve tout ce qu'rU possédaient : si que l'on peut véritablement dire, qu'ils n'acoient tous qu'un cœur et (pi'une ame ; car les mots de tien et de mien n'estoient jamais entendus parmy eux (1).
Mais escoulez, je vous prie, ce que dit le prince des apstres à N<^stre-Seij;neur : V'jicy que nous avons tout quitté et abandonné [Kjur vous suivre, quelle recom- [len-^e en aurons-nous? h'ccenos refiquîmus omnia ; quid rrgo erit nabis {î)'f Sur quoy le grand S. Bernard luy parle eu ces ternies : 0 iMiuvre S. Pierre , quelle raison |K'nscz-vous avoir d'exagérer ainsi l'abaudonnenient que vous avez fait de touteâ choses, pui-que vous n'estes qu un pauvre pécheur, et n*avez quitté qu'une pt»lite et chetive banjue , et des rets ; à quoy il respond luy-mesme : C'est bien tout quitter el abanuonner , que do ne se plus réserver
(i)A«t.iT.--(4fbiull a
SERMON
de prétentions pour le monde ; mais c'est encore beaucoup plus de se quitter et abandonner soy-mesme.
Tous les religieux et religieuses ont esté de tous temps fort loiiez et estimez, à cause de ce parfaict abandonnement qu'ils font de toutes choses. Et le grand S. Augustin rcprochoit aux Manichéens, dequoy parmy leur religion ils n'avoient rien qui approchast tant soit peu la pureté des vierges qui s'estoient renfermées dans les monastères , faisant vœu d*une perpétuelle chasteté : mais sur tout il exalte grandement le renoncement qu^elles avoi.ent fait de toutes choses, disant, qu'elles avoient tellement quitté et abandonné tout ce qifelles possédoient, que n'ayant rien en particulier, jamais ces mots pernicieux de mien et de tien ne s'entendoient parmy elles.
Certes les religieuses ont tousjours esté en si grande estime parmy les anciens, que le bien-heureux S. Ignace martyr, escrivant à un de ses amis, luy recommandoit expressément d'honorer les vierges qui estoicnt congregées dans les monastères, comme l'autel sacré de Dieu, et les veufves comme la sacristie, et il les recommandoit tant les unes que les autres à cause du grand renoncement qu'elles avoient fait de tous les biens de la terre, non-seucment de ceux qu elles possedoient , mais encore des prétentions qu'elles pouvoient avoir d'en acquérir, comme aussi du renoncement parfait qu'elles avoient fait d'elles-mêmes.
Or c'est à ce renoncement parfait de vousmcsmes, et de toutes les choses de la terre, que vous estes maintenant appelées, mes chères sœurs; c'est une prétention bien haute que de conquérir le pur amour de Dieu , qui est la perle précieuse que vous cherchez, laquelle ne se peut achepter que par le renoncement de toutes choses : si TOUS la voulez posséder, il est en voslre pouvoir de l'acquérir, mais il vous faudra quitter et abandonner toutes les choses de la terre , et ce qui est encore plus difficile à faire, c'est qu'il faudra vous quitter vousmesmes; car le véritable amour de Dieu ne peut souffrir aucun compagnon , il ne veut point de rival, il veut estre seul dans nos cœurs , et y régner souverainement ; et quand il cesse d'y régner, il cesse quant et ; quant d'estre.
Or il faut que nous ssachions que nous
avons deux nous-mesmes qn*il faut renoncer totalement et sans réserve, pour faire place à ce divin amour , dont le premier êsl ce nous-mesme extérieur, qui n'est autre que noslre corps ; outre lequel nous avons encore un autre nous-mesme spirituel, qui est nostre propre jugement, et nostre profM'e volonté, et c'est spécialement au renoncement de ce nous-mesme spirituel que consiste nostre perfection. Il faut bien vraiment renoncer et mortifier le corps : mais ce n'est pas assez, il faut aussi mortifier l'esprit, car sans cela le renoncement du corps et des choses extérieures seroit fort peu de chose. L'Espouse au Cantique des Cantiques dit, que si quelqu'un donne toute sa substance pour Dieu, et pour acquérir son pur amour, il ne l'estimera rien , croyant de n'avoir rien ou fort peu donné, pour achepter une perle si précieuse : Si dederit homo oi»nem substantiam domus suœ pro dtieetione^ quasi nihil despiciet eam.
Tous les religieux cherchent ou doivent chercher cette perle inestimable du saint amour ; mais pour l'achepter, il faut qu'ils quittent et abandonnent toutes choses ; car autrement ils ne pourront parvenir au but de leur prétention , qui doit estre de se transformer tout en Dieu. Prétention certes digne d'un corps généreux, et laquelle nous devrions tous avoir , nous despoiiillant d'un vieil homme, c'est-à-dire, de tout ce qui est en nous de terrestre , pour nous revestir d'un nouveau qui est Jesus- Christ, cessant d'eslre ce que nous sommes en la nature corrompue pour vivre selon la grâce.
Mais ressouvenons-nous que ceux qui entreprennent de transmuer et transfo^ mer le metail en or pour faire ce qu'ils prétendent, il faut qu'ils ayent une grande peine, et qu'ils apportent un très-grand soin , et encore ne sçay-jo s'ils le pourront faire. Je sçay bien pourtant que pour faire ce qu'ils prétendent , il faut qu'ils réduisent leur metail en poudre, et qu'après, pour le purifier, ils le fassent passer par le feu et la coupelle plusieurs Tois , parce, disent-ils, que s'ils pouvoient tant puriGcr qu'il n'y rcstast plus qu'une certaine matière ou liqueur qui est descendue du ciel, il leur seroit facile de parvenir à ce qu'ils prétendent, et qu'ils y seroient enfin parvenus.
PODR lA PROFESSION DES lURJGlEUSES DE LA TISITATIOIf. Ut
De mMme les amfs qni ont fait cette généreuse entreprise de se transformer toutes en Dieu, que ne doivent-elles pas faire pour 8*aneanlir, se confondre, s abandonner, et renoncer soy-mesmes, jusques à ce qu'elles soient tellement purifiées, que rien ne demeure en elles que ce qui est de céleste, qui n*est autre queTimage et semblante de la divine Majesté? Mais pour &ire cette transformation , il se faut grandement humilier , à Fexemple de nostre divin Sauveur, duquel Tapostre S. Paul dit, qu*il s*est aneanty soy-mesme : Exi-nanivit semetipsnm : c'est-à-dire , qu*il a pour un temps resserré toute sa gloire en la partie supérieure de son ame , laissant sa partie inférieure exposée à la mercy de toutes les souffrances , abjections et respugnances qui luy dévoient arriver en sa passion. 0 que c*est une chose admirable 1 de voir que Nostre-Seigneur s^aneanlisso et se vuide ainsi de sa propre gloire , pour des créatures si chetives comme nous sommes , et qui correspondent si peu à son amour.
Il s'est rendu obeyssant jusqu'à la mort, et la mort de la croix ; Factus est obediens utque€Ldmortemy mortemautemcruciê.
Use dcspoiiilledesa propre gloire poumons en revestir. 11 est donc bien raisonnable que nous nous despoilillions de nousfiicsmes et de toutes choses , et qu*à son exemple nous obeyssions jusqu*à la mort, et la mort do la croix, pour luy tesmoigner nostre amour, sans nous ennuyer de la grandeur ny de la longueur de nos souffrances, quand bien elles dcvroient durer Jusqu'à la mort, puisqu'elles ne sçauroicnt jamais approcher, ny entrer en comparaison avec celles que ce divin Sauveur a souffertes pour nous.
Or pour faire cela, il faut agrandir nostre courage* et ne nous rendre jamais pour les difEcultez, ains combattre vaillamment sans nous estonner, non plus de la quantité de nos ennemis, que do la longueur du combat. Nous aurions vrayement raison de nous en estonner, si nous nous appuyions sur nos forces : mais il faut se con. fier en la vertu de Dieu qui nous fortifiera, si nous combattons généreusement pour son amour, disant à Timitation de son divin apostre : Je suis plus fort lorsque je me sens plus foible, Cùm enim infirmor^
tune potem êum; parce que c'est en la
vertu de Dieu que je. m'appuye : et si bien il nous arrive de commettre des imperfections en combattant , il ne nous en faut point estonner, ny perdre courage , pourveu que nous ayons tousjours la volonté de nous amender. Despouillons-nous donc du vieil homme, pour nous revestir du nouveau.
Nostre-Seigneur voulant remettre l'homme en Testât d'innocence, et le voulant revestir de la grâce qu*il avoit perdue par son péché , il voulut mourir tout nud sur la rroix, d^autant que les habits que noua portons sont les marques du pecbé : car vous sçavcz qu'aussi-tost qu*Adam eut péché en contrevenant au commandement de Dieu, s'appercevant qu'il estoit nud, il commença d'avoir honte de luy-mesme, et se fit des habits de feuilles de figuier , Consuerunt folia ficus y et fecerunt siH perizomata(^ ); parce que devant qu'il eust peclié , il n'avoit point d'habits. Adam et Eve esloient nuds avant leur péché : et Nostre-Seigneur par sa nudité en la croix monstroit son extrême pureté, et de plus , qu'il remettoit les hommes en Testât d'innocence : mais la principale raison pour laquelle il voulut mourir nud, fut pour nous monstrer comme il faut, si nous voulons plaire, que nous nous dospoiiillions de tout et réduisions noslre cœur en la mesme nudité qu'estoit son sacré corps sur la croix , ledespouillant do toutes sortes d'affections, désirs et prétentions. Or c'est ce que nous devons faire, si nous voulons achepter cette perle précieuse du sainct amour.
Un jour le grand abbé Serapion fut rencontré tout nud par quelques personnes emmy les ruë's d'une ville , lesquelles mues de compassion luy dirent : Hu ! mon père, qui vous a mis en cet estât , et qui vous a esté vos habits : C'est ce livre, leur dit-il , qui m'a ainsi despouillé , monstrant lo livre des Evangiles qu'il portoit toujours avec 8oy : et moy, je vous asseure que rien n'est si propre pour nous conduire à une entière resolution de nous despoiiiller , non seulement des choses extérieures , ains encore de nous-mesme,que la considoration de Tincomparabie despoUillement et nudité de Nostre-Sauveur crucifié«
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Que me reste-t*il ptos à tous dire , mes chores sœurs , sinon de vous convier (l'escouler ce que le grand S. Paul dit au second chapitre de son Epistre aux Philippiens : Fraires^ hoc enim stntite in vobi$ , quod H i% Chrisio Jesu; TaschoE, dii-il, mes frères, de ressentir en vous ce que Nostfe-6eigneur iesus-Christ a res^ senty. Qu'est-ce que ce grand Sainct vcol dire par ces paroiies? teui-il que nous ressentions pour nostre divin Sauveur cet amour tendre et afît-c4if qu'il a ressent^ pour nous sur la croix ; veut41 que nous pleurions de compassion sur ses douleurs? 0 non certes ! ce n'est pas ce que Noslre- Seigneur demande de nous , que Tamour tefidre et aflectif , qui nous fuit jetlerdes larmes , et nous cause tant de désirs sans effets ; car Tenfbr e%t plein de ces désirs. C'est donc Tamour effectif que S. Paul veut que nous ressentions , et que Nostre-Seigneur demande de nous, et c'est cet amour qu'il nous a spécialement montré sur la croix ; en souffrant tant de tourmens pour nostre salut.
Mais voulez-vous sçavoif ce que ce divin Sauveur â particulièrement ressenty, et ce que S. Paul veut que nous ressentions avec luy ? c'est Cet anéantissement. 11 s'est aneanty, il s'est vuidé de luymesmé , il faut que nous en fassions de mesme, nous anéantissant et nous vuidant de nous-mesmes , c'esl-à-dire, de toutes nos passions, inclinations, aversions et re^^pugnances au bien ; nous exerçant à la continuelle mortification de nous-mesmes, et de nostre amour-propre, à l'imitation de ce sainct apostre qui disoit qu'il ne vivoit plus on luy-mesmc, puisqu'il a voit crucifié son amour, ou que son amour estoit crucilié (4). Il vouloitdire, qu'il avoil tellement mortifié son amour-propre, qu'il l'avoit entièrement aneanty, et qu'il n'avoit plus d'amour que pour Nostre- Seigneur crucifié Certes , il avoit bien raison , ce grand Sainct, de dire qu'il ne vivoit plus en luy mesme; car estant l'amou impropre de nos âmes, c'est leur ester la vie, et leur donner la mort; mais heureuse mort, qui nous fait mourir à nous-mesmes , |>our nous faire vivre à Dieu. Aymezdonc tellement, mes tres-cUeres filles , celuy qui est mort pour nous uoîr à sofi et pour nous
tesmoigner la grandeur de son amoor, qtie rien ne puisse p1u<« vivre en vous quelny, afin que vous puissiez véritablement dira avec S. Paul : Fivo aulem^jam non e§o^ vivit verà in me Chrislut ; Je lis , mais non point nioy, aîns c'est Jesus-Christ qui vit en moT.
Enfin l'amonf a esté la vie à nostre divia Maistre , il ne reste donc plus , sinon que nous mourions d'amour pour luy, o« da moins que nous ne vivions plus que poof son amour ; mais non pas d'un amodr M quel, ains d'un amour semblable etooN respondant au sien autant qu'il nous een possible : je ne dy [las égal , car nous ne It pouvons , mais je le veux dire d'un ameur fort et courageux , qui croi^^se emmy tel conlrad. étions, sans nous lasser jnmaisde souffrir pour ce divin Amant Soyons dott bien aises , pour luy tesmoigner nostts amour, de nous rendre semblables à tuy ea son abjection et en ses souffrances , puis^ que l'amour égale les amans. Et consïiderez, je vous prie, ce que fit le grand S. Paai, pour pouvoir dire vcrilablcmcnl ces ps^ relies : Je vis , mais non plus moy, aias c'est Jesus-Christ qui vit en moy. Quelld |)ersccutions, quelles mortifications, quelles sortes d'abjections , de tourmens et de douleurs n'a-t'il pas soufferts? Escoutet ce qu'il dit en son Epistre aux Corinthiens, jusques à celte heure : Nous avons esté blasphémez et persécutez à outrance, injiyiez et méprisez jusques là , que noul sommes estimez la baltienre du monde, Purgamenta hvjus mundi facti sumuê , omnium peripsema wtque adhuft (0* Or chacun sait qu'il n'y a rien de plus fH dans une maison que les ballieures, si qne l'on ne void jamais assez tost PheurS qu'elles en soient dehors : de mesme vetil dire S. Paul , les hommes nous ont en si grande horreur, qu'ils ne verront jamais, ce leur semble, assez tost l'heure qu'ils oê nous estent de devant leurs yeux. Nom sommes comme lu pelure d'une pomme; car si le monde est une pomme nous qû sommes la pelure qu'on jette là , comme une chose du néant.
Donc pour acquérir et acheptcr cetta perle précieuse du sainct amour, et pdul^ parvenir à cette transformation il laquelie nous prétendons , il nous faut resotuM