DE LA DËDIC4CR W L'ÉGLISE
ique me mange, il ne mourra point lUement, Ego êumpanis vivus^ qui ilo descendi; si quis manducaverit cpane, vivei in œternum (1). Qui a ))oire mon sang, el manger ma jl aura la viectcmellc, Qui monmeam carnem , et bibil meum sanm, hiibet vitain (Bternam, Et pour inoostrer la grandeur de Tamour par il se donnoit à nous en ce tres-sainct cient, j'ay désiré, dil-il à ses a()0â- ;i*ua grand dosir de faire cotte passée vouâ , De4iderio desideravi hoc a mandueare vohiacum (2). Puis t de ^n mort : Nul n'ayme, dil-il, lus grand amour, que ctluy qui met ne , c'est-à-dire sa propre vie, pour 8equ*ilaymo, Majnrem hue diieC' % nemo habet, quam ut animam ponat quis pro innicis suis {3). Ht t et cent autres façons . il nous a ex- Tardeur incomparable de son amour • nous, durant tout le cours do sa incle vie , et principalement en sa t passion.
ous si*mble4*il donc pas, mes chères que nous avons une Ires-i^rando oblià conlre-chunger. en tant qu'il nous >^ible , cet amour sucré et incom[>aduquel nous avons esté el sommes emeot aymez de Nostro-Seignour?
ans doute que nous le devons , nu devons-nous avoir affection de le i plus parfaitement que nous pouràfîn d'accomplir ce qu'il nous or- , do i'aymer de tout noslre cœur.
» aimer Dii'U de tout nostre cœur, ce, sinon l'aymor de tout nostro , et d'un amour ardent? Et pour cela 'ort peu aymer toutes les autres chon'y point alt^icher nos affections, les roM^rver toutes pour Dieu, mer de toute nostre ame , c'est oo- X)utes nospuissanr.es inU.Tieures en icc de son divin amour ; l'aymer de streesprit,c'estraymer d'un amour simple.
er Dieu de toute nostre pensée, c'est oslre (>ntendoment occupe à penser i plus souvent qu'il nous sera pos-
merdc toutes nos forcer, c'est Tayun amour ardent , fornu} , constant
et généreux, qui ne se laisse jamais abatire dans les peines et contradictions, aies toujours persévérant.
L*aymer de tout ce que nous sommes »
c'est luy donner et abandonner entièrement nostre estro , pour ostre lotidemeot soubmis à Tobcissance de son divin amouc. L'aymer d'un amour de dilection , c'esi le proférer à toutes choses , afin de pouvoir dire avec l'Espouse : Uop bien-ayiné est à moy, et moy à iuy, IHhotuê m$m n^ihi^ et ego illi, • %
Vous serez pcut-estrebien pises de pou»
voir connoistre si vous aymez pieu , aiiuf que nous venons de dire qu'il le faut ay^ mer : or los mtfrques infaillibles pour coqv noistre si nous avons cet amour sont spe^ ciulement trois :
La première marque est de regarder si vous vous plaisez fort en la pntsence de Dieu ; car vous savez que l'amour recher* che tousjour^ la présence de la personoa aymée. L'amour (ainsi que dit le graod S. Denys , apostrede la France) iend tousf jours à l'union , si que l'amour unit les cœurs de ceux qui s'uyment, mais d*uiif union si forte, qu'elle est pres(|ue indissot lubie, quand l'amour est pur, comme est celuy de Dieu-, duqui^l.nous parlons.
L'amour est un lien , et un lien de perfection , Fineulum perfeclionis , c'est-àdire que le lien est si fort qu'il ne se peul rompre ny deslier. Donc si vous aymei bien Dieu , vous aurez un grand soin do reclu^rchcr sa présence, aûn de vous unir tousjours plus parfaictcmeqtayec sa diyine bonté , non point pour la consolation qu'il y a de jciiir de sa saincLe prcso3ce, ains simplement pour satisfaire à sou amour, qui le désire ainsi : vous cliercherez Ip Dieu des consolations , el non pas les consolations de Dieu.
Or vous sçavez qpe les amants cherchent tousjours de parler en secret, bien que ce '' qu'ils ont à dire ne soit pas des secrets, oa ' chose qui mérite d'esAre tenue pour telle. I De mesme en est il de cet amour sacré , • car la fidclle amante re<*herche tous les moyens possibles de rencontrer son bien* '■ aymé tout seul , pour luy lancer dans le cœur quelques traits de sa passion amoureuse , et luy rendre quelque petit tesmoi* gnage de son amour , quand ce ne seroil I que de luy pouvoir dire : Vous eslM teti
SERMON
mien , et ]e sois toute vostre : mais elle luy dit ces |>arole8 en secret, dans le fond de son cœur , a6n qu'il n'y ayt que son bienaymé qui les entende.
La deuxiesme marque , pour connoistre ai vous aymez bien Dieu , est de regarder si vous n'aymez pas beaucoup d'autres choses avec luy ; ainsi que j*ay dit , cela s'entend d'un amour fort et puissant ; car TOUS sçavez que quand on ayme beaucoup de choses, speciaiement si on les ayme d*un amour fort et puissant , Tamour que nous avons pour Dieu en est bien moins parfait, parce que nostre capacité d'aymer est fort petite , tandis que nous sommes en cette vallée de misères; et partant nous ne devons pas laisser dissiper nostre amour à plusieurs objets , ains le tenir ramassé tant qu'il nous sera possible , pour l'employer à aymer un objet tant aymabie, comme est la souveraine bonté de Dieu : il faut véritablement aymer quelque chose avec Dieu , mais d*un amour qui n'aille point de pair avec le sien , ains qui luy soit subjet , en sorte que nous soyons tousjours prests et disposez de l'abandonner quand il sera contraire à celuy de Dieu.
La troisiesme et principale marque que Je vous donne, pour connoistre si vous aymez bien Dieu , est de regarder si vous aymez bien le prochain; car nul ne peut dire en vérité qu'il ayme Dieu , s'il n'aymo le prochain, ainsi que l'asseure le grand apostre S. Jean : Qui non diligit fratrem «titim, quem videl , Deum quem non ttdet , quomodo poleêt diligere?
Mais comment, et de quel amour devons-nous aymer le prochain? do quel amour, mes chères âmes, de l'amour mesme que Dieu nous ayme ; car il faut aller puiser cet amour dans le sein de sa divine Majesté , afin qu'il soit tel qu'il doit estrc, c'est-à-dire qu'autant qu'il nous sera possible , nous devons aymer le prochain d*un amour pur, solide , fei-me , constant et invariable , qui ne s'attache point aux qualitez ou conditions des personnes; ains à l'image de Dieu , que nous portons tous. Certes , si nous aymons ainsi nostre prochain , nostre amour ne sera point subjet au changement , ny aux aversions , conrnie est celuy que nous avons les uns pour les autres , lequel pour l'ordinaire se diasipe •t s'engloulit sur une mine froide , ou pour
quelque parole et aetkm qui ne sera pat assez correspondante à nostre humeur, oo pour la rencontre de quelque petite chose qui ne sera pas comme nous desirons.
Nostre Seigneur nous avme sans discon* tinuation (je ne vous parle pas de ceux qui sont en estât de péché mortel ; car le lieu où je suis ne le requiert pas) , il nous supporte en nos défauts et en nos impe^ fections, sans aymer neantmoins ny favo* riser nos imperfections : il faut donc qoe nous en fassions de mesme à l'endroit de nostre prochain, l'aymant sans disoontinuation , et sans nous lasser jamais de le supporter en ses défauts; prenant blet garde toutesfois de ne favoriser ny aymer ses imperfections , ains au contraire , taschant d'en rechercher l'extermination, avtant qu'il nous sera possible , ainsi que fait la divine bonté envers les hommes; mais Dieu nous ayme pour le ciel , et partant il ayme plus nos âmes que nos corps ; ainii devons-nous faire, aymanl spécialement nostre prochain pour le ciel , luy procurant de tout nostre pouvoir , par nos prières, les grâces et bénédictions célestes, parlé moyen desquelles il puisse tousjours croît* tre en l'amour sacré , et enfm obtenir l'i* * mour éternel après cette vie, Icncourageant à l'exercice des vrayes vertus , tant par paroles que par exemple ; et ainsi faisant, nous nous rejouirons beaucoup plus des dons et des grâces que Dieu fera à leun âmes , de leurs vertus , et des bénédictions célestes qu'il leur communiquera, que non pas des honneurs , richesses et autres bieas caduques et périssables qui leur pour* roient arriver.
Or c'est à l'acquisition de ce véritable amour de Dieu et du prochain , auquel je vous exhorte , mes chères sœurs , de travailler continuellement; car en somme, pour conclure ce discours , je dy derechef que c'est par l'exercice du sainct amoor que nous pouvons faire la dédicace de nos cœurs à la divine Majesté, et ne doutons point que si nous Taymons , ainsi que nous avons dit, il n'hubile plus volontiers dans nos âmes, qui sont ses temples vivans, qu'il ne fait dans nos E,;;liscs , puisqu'il dit que ses plus grandes délices sont d'estra avec les enfans des hommes , Delicim mem eue cufn filiù hominum.
Aynons donc Dieu de tout nostn ooeor
POUR LE lOUR DE LA DtDlCACB DE L*tCUSE.
•t eomme il se plaist d*estre avec nous, phitonsHnous aussi avec luy ; tenons-nous toosjourB en sa saincle présence, ne lo perdons point de vue', entretenons-nous lunilierejnent avec luy, donnons-luy toutes DOS affections , n'aymons rien qu*en luy
ou pour luy, et soyons ^sseurez que si nous persévérons à l'aymer fidellement et constamment pendant cette vie, qu'après icelle il nous fera la grâce de l'aymer étemelle* ment dans le ciel , où nous conduisent !• Père , le Fils et le Saloct-Esprit. Amen.
SERMON