POUR LE JOUR DE LA DÉDICACE DE L'ÉGLISE
m LÀ SAmCTETÉ DE NOS TEMPLES ET DE L'OBLIGATION DE NOUS CONVERTIR PROMPTB- MENT A DIEU , QUI NOUS APPELLE A L'EXEMPLE DE ZACUÉE.
fifif , fêMHmmt deieend0f quia hodie in domo tua oportet me fmmen ; et f€$tinanê deêetniii
et exeepit illum gaudent. Luc. xix.
Xicbée, deMendi promptement, car il me faut demeurer aujoordlioy en ta maison; et ieelaj
descendit hasiivemeiit , et le receut avec Joye*
Comme le soleil environnant toute la terre vivifie tout ce qui se découvre et présente à ses rayons : ainsi Nostre-Seigneur se promenant au travers la ville de lerico , se présentant m ses yeux lumineux , Zachée mort de la mort de plusieurs péchez , il le revivifie , et fait en luy une des admirables conversions qui fut onbqncs Ute, de laquelle conversion je ne puis rien dire qui soit vivifiant et profitable à vos âmes, si Noslre-Sei gneur ne m*esdaire encore , et remplit ma bouche des pirolles de vie : et afin qu*il nous en fasse la grâce , présentons-nous à la Ste Vierge» et pour impotrer son regard sur nous , diions : Ave Maria,
Encore que tant au ciel qu'en la terre Dieu soit tousjours par une parfaite prelence en tous lieux; comme il dit par Jeremie : Calum et terram ego impleo , Je remplis le ciel et la terre ; et ce que S. Paul dit: Non longe abesi ab nnoquoque nostrum , in ipso enim vivifnns^ iuotemur, itsumus. Qu'il n*est pas loin d*un chacun de nous, parce qu*en luy nous vivons, nous nous mouvons et subsistons : si est-ce neantmoins qu'il y a certains lieux , lesqueb luy estant consacrez , sont appeliez ■uûson de Dieu , habitation , lieu, temple ,
tabernacle , non pas pource qu'il soit plus là qu'ailleurs , parlant de Dieu en sa divinité , mais pource que là il confère particulièrement ses grâces et bénédictions , et y fait plus de démonstration de sa gloire.
Ce que nos adversaires ne voulant pas entendre pour treuver occasion de se séparer d'avec TEglise, leur douce mère, et faire bande à part, afin de mieux seconder les impressions de leurs cervelles , ils ont dit à ceux qui leur ont voulu prester Toreille , que nous disions que Dien n'est pas tout , et qu'il n'entend pas nos oraisons par tout , ains qu'en l'Eglise il avoit l'oreille plus près de nous, pour user des termes de leur maistre ; mais ce sont pures impostures , et en cet endroit comme par tout ils voudroient faire accroire que leur mère est fulle , afin de se soustraire de son obeyssance ; c'est l'Eglise qui chante tous les jours : Pleni sunt cœli et terra majes' tatis gloriœ tuœ. Les cieux et la terre sont pleins de la majesté de vostre gloire. C'est l'Eglise qui nous fait dire que Dieu , qui est invisible, est présent par tout, Deuê qui invis'ibiliter omnia contines. C'est elle qui chante : Siascendero in eœlum , tu illie es, si descendero in infemum^ ades; Si je monte au ciel, vous y estes, et si je descends aux enfers, voua y estes piemiAt
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SERMON
Cest de rEglise que vous avei appris, Huguenots, ce que voue sçavez, si vous en sçavez quelque chose , de Fincomprehensibililé et immensité de Dieu ; nous sçavons bien que Dieu est \\at tout, et qu'il est proche de ceux qui Tinvoquent, Propê est invocanlibus eum, où que ce soit; neantmoins nous ^çavons bien au<si qu'il assiste parliculieremcet aux lieux qui lui sont dcdiez, y respandant plus libéralement ses grâces , estant de son bon plaisir que là il soit adoré. C'est pourquoy il rappelle sa maison, ou maison d'oraison, Domus mea^ domus orutionis^ etc. Et ailleurs TEglisc e:^t appellée son habitation, elle lieu de son repos, Donecinveniam loeum Domino , taherfiaeutum Den Jacob.
Mons Sion , in quo habit asti in eo{.\). Hnfin il faut bien que sa divine Majesté assiste plus là qu'ailleurs, puisque Salomon, apiTS avoir fait baslir le temple, luy demande qu'il luy plaise d'exaucer les prières de son serviteur en ce lieu , Ut exau' dias preces servi tui in loco islo. Voyezvous comme le lieu est déterminé ; car bi cVstoit tout un , pourquoi diroit-on : In loco isto? En ce lieu? Et en l'Exode 25 : Loquar indè tecum in medio Cherubim, D'où je parlcray avec toy au milieu des Chérubins. Mais je ne veux pasm'enlretenir en cecy ; ciir je ne pense pas qu'il y ay t îcy personne tant ennemie de l'antiquité, qui ne [)orte honneur particulier aux Eglises , comme maisons de Dieu ; seulement je vous mcllray un argument en main à ce propos , lequel vous pouvez porter on face de tous les plus éveillez do nos adversaires. Si pource que Dieu est en tous lieux il n'a point do lieu qui luy soit plus sacré l'un que l'autre, dites moy, pourquoy ferons-nous aucunes fcstes? car s'il est en tous lieux, aussi est-il en tous temps, et pourquoy donc y a-t'il des jours qui sont appeliez saincls, consacrez, dédiez, cl qui s'appellent jours de Dieu , jours du Seigneur? Dieu est-il plus en ces jours là qu'es autres? non véritablement; pourquoy donc sont-ils pluslost appeliez jours de Dieu que les autres? Ah ! me direzvous , parce que Dieu se les est reservez, aussi a-t'il des lieux : Domus mea^ domus orationisMix maison. es( une maison d'oraisoa , dit-il enrEvangiie, Domum tuam.
I Domine^ deeet êanetituâo (4 ), 0 Seigneur, la sainctclé est bienséante eu vcMtra maison, dit David : Fere loeu* iste saneiui eti, et ego nesciebam^ terra sancta est, Vray^ment ce lieu-cy est sainct , d:<K>it Jacob, al je no le sçavois pas, cette terre est saÎDCta. Vous me direz aussi (|ue c'est pource qu*eB ces jours Dieu nous a favorisez de la création et autres bénéfices; au?'.i en certains lieux nous fait-il des bénéfices plus qu'es . autresl Dieu est en tous lieux. Dieu est en ; t(jus temps; il y a pourtant certains temps I qui luy sont sacrez, etèsquels il veutestre plus particulièrement honoré; pourquoy n'y auroit-t'il pas aussi certains lieux destinez pour cela? Comme nostre amej qui estant par tout lo corps , neantmoins est dite estre au cœur, ou au cerve^iu :ain^' Nostre-Seigneur est particulièrement aux cieux, pource qu'il y descouvre sa gloire, et es E;-;lis('S , pour ce qu*il y communiqua pîirticuiierementses grâces -.je sçais bien que quelquesfois S. Paul a dit que Dion n'habitoit pas aux temples, mais c'esloil aux Athéniens qui croyoient aux idoles, pour leur monslrer qu'il n'y avoit qu'm Dieu qui remplissoit le ciel et hi terre; saqn avoir nea'ssilé de temple. S. Etienne en dit bien <iutantune fuis, mais c'estoilcoor Ire les Juifs qui pensoient qu'hors leur temple jamais ne deust estre aucun lieu sacré , et pensoient qu'hors iceluy Dieune deust jamais estre invoqué ceh'brement.
Mais c'est une règle générale, que voyant riiiscriturc aflirmer une chose d'un costé, et la nier de l'autre , on ne doit pas enr tendre la négation ab:iOlument, maisâfiqlement avec quelle condition : ainsi quand elle nie Dieu estre au temple, cela s'entend y rslre comme des choses créées, lesquelles sont tellement en un lieu qu'elles ne sont pas en l'autre. Quand elle affirme qu'il e?t en certain lieu, cela s'entend par commu? nication de ses grâces. Enfin , Est in /«mplo non inclusus, extra templum none^ clusus, Il est dans les Eglises siuis y csUe enfermé , il est (h^hors des Eglises &ans en estre exclus. D'icy est venue la grande révérence que de tout temps les lideles ont portée aux Eglises, et (|uc Nostre-Seigneur a enseignée, disant : Domus mea, etc., Ma maison eA une maison d'oraison. Ditexi coram domus tuœ , J'ay aymé et honoré Ip
POUR LE JOUR DE hh DÉDICACE DE L*ÉGL1SE.
beanté de voslre maison , dit David : mais lurtoot les chrestiens y doivent avoir une plus grande révérence que les antres; car Bi les Juifs portoient tant d'honneur à leur temple , dans lequel on ne sucrifioit que des animaux , quelle revcroncc doivent •voir les cbrestiens, lesquels sçiivont que rE^lise est le lieu auquel est sacrifié Jésus- Christ, et où son sarré corps est réserve^, si que nous pouvons bien dire ce que le bon homme Job disoit, quand Dieu lui eut fait |»art de ses merveilles: F'ere Dominusest in loeo i</o,Vraycmcnl Dieu ost on ce lieu. Kl c'est de quoy il mo semble que nostre mère la siiincte E;;lisc nous veuille principalement donner advis, lorsqu'on i*Evangile elle nous propose un grand effet de la présence de \oslre-Scig :eur en onelquo lieu , par Texemple de ce qui se fcen la personne de Zachée; en quoy encore elle nous instruit de ce que nous devons faire , afîn que Je^us-Christ fasse son habitation chez nous ; car nous sommes les temples de Dieu , pour lesipiels les autres temples ont esté faits : Nescitis quia lemflum Dei esliê, et Spiritus Dei habitat in «ofttj,No sçavez-vous pas, dit S. Paul, qne vous estes le temple de Dieu , et que le Sai net-Esprit hubite en vous? S. Luc die donc que Nostre-Seigneur traversant la ifîlle de Jerico, voicy qu'un homme appelle Zachée, prince des publicains, fort riche , vouloit voir Nostre-Seigneur quel homme c'estoit. Voyez-vous comme il faut que Nostre-Seigneur vienne le premier à bous; s'il n*eust entré en Jerico , jamais Zachée ne le seroit allé trouver, dont il dit hicn après : ^enit eniin fHius hominis purrere et saïvum facere quodperierat^ Le fils de rhommp est venu pour chercher et sauver ce qui estoil perdu.
Zachée donc s'aperc^vant que Nostre- Seigneur estoit entré en la ville, à cause du grand peuple qu'il voyoit se presser pour rapprocher, et voyant qu'il no le poutoi^voir parmy la presse, estant petit, il 8'encourt devant , et monte sur un arbre de figue folle. Il n'est pas comme plusieurs fui pour les choses de Dieu ne remueroient pas les pieds, mais il est ardent do 06 pas laisser perdre cette occasion ; et comme l'homme fut trompé dessous un aAre , cestuy-cy monte sur un arbre pour le des-abuser et voir Nostre-Seigneur. Ât*
tendant donc Nostre-Scignepr sur Tarbre . comme il vint à pas-er , il regarde cet homme d*un re°^ard d'amour et de mise* ricorde, et voyant TalTeclion qu'il avoit de le voir, il luy donne le moyen non seulement de le voir, mais de joiiir de sa présence, liy disant : Zachée^ festinans des^ cende , Zachée, descends en diligence, parce qu'il faut qu'aujourd'huy je demeure en la maison ; et il descendit vistoment, et lo receu t joyeusementen sa maison .Icy Zachée fait dili|;cnce et se haste, mais il si*ra bon 4 mon advis que nous nous y arrestions un peu. Nostre-Seigneur appelle Zachée par son nom , luy faisant paroistre que c'estoit luy qui nommoit toutes choses par leur nom, et qu'il connoist toutes choses, et qu'il estoit Dieu ; car Zachée ne l'avoit jamais vcu , ny Nostre-Seigneur Zachée , et en le voyant il l'appelle par son nom , Zachée, et quant et quant après s*estre decouvert à luy, il luy demande d'estre receu en sa maison, mais qu'il se despesche; et Zachée obeyt incontinent.
C'est icy où il nous faut apprendre nostre leçon ; car il y en a plusieurs qui voudroient bien se ranger au service de Dieu ; mais ils y vont si laschement, que pour cela seul ils sont reprehonsibles. Qui estce qui ne juge devoir servir Dieu , et qui est-ce d'entre les chrestiens qui, sçachant les grandes recompenses que Dieu donne à ses serviteurs, ne désire le servir? Mais quoy 1 ils perdent tout le mérite en ce qu'ils retardent trop, et font comme l'Espouse es cantique^ , laquelle sentant son Espoux à la porte, fît difficulté de se lever pour luy ouvrir, après elle voulut luy ouvrir, mais il ne s'y treuva plus, elle le chercha, et ne le treuva plus. Ainsi plusieurs estant couchez parmy leurs meschancetez , senteni que Dieu frappe à la porte, ils font les sourds, après ils voudroient se confesser lorsqu'il faut passer outre, et sçachantla beauté de la vertu, ils font comme le paresseux , qui veut et ne veut pas , P^ult et non vult piger. Ils font comme ces gens desquels il est encore dit aux Proverbes : Pedeseorumad malum currunt^ Que leurs pieds courent au mal ; mais quand il est question de bien faire , ils font comme ces invitez apportant un monde d'excuses ; ils font comme ces vierges folles | disant : Daté noMi 4$
SERMOIf , ETa
oleo vestro, Donnez-nonsde vostre huile, quand *ils sentent venir Tespoux : mais lielasl c*est trop tard. Ne sçavez-vous pas ce que Joab respondit à Abner; il Tavoit poursuivy si vivement, qu*Abner voyant le soleil couché , et que neantmoins Joab poursuivoit tousjours à les battre , il s'escria : Num usque ad intertietionem tutu tnucro des€eviet ? Et ait Joab : Fivit Dominus^ si locutus fuisses mane^ recesiisset populus persequens (4); Ton espée 8era-t*elle si cruelle que de nous mettre tous à mort? Vive Dieu, dit Joab, si tu eusses parlé au matin , le peuple qui te persécute se fust retiré. Ainsi trop tard est-il de penser bien faire quand le temps de la mort est venu , quand le soleil est couché pour nous sans jamais se relever. C'est bien ce que dit le sage aux Proverbes, que les pécheurs ne pensent point au jugement , riri mali non cogitant judieium (2). Pharaon entra diligemment en la mer, poursuivant les Israélites, et pensa 8*en retourner, mais ce ne fut pas assez tost; s*il s*en fust retiré au commencement il eust eschap{)é; il voulut tant poursuivre quil y demeura , et se reconnut trop tard , disant : Fugiamus Israël, Dominusenim pugnat pro eis contra nos (3), Fuyons du peuple d*Israë'l , car Dieu combat pourluy. Trop tard va-t*on au médecin quand on est mort. Advisé donc est Zachée, qui tout incontinent vient pour recevoir Nostre-Seigneur, lequel luy donne une si grande contrition qu*il rend quatre fois autant qu'il a desrobé, et donne la moitié de ses biens aux pauvres, dont Nostre^Seigneur rappelle fils d* Abraham pour sa fuy, et poursa salvation future, et prononce qu'il a fait la salvation de cette maison. Mes frères , vous voudriez bien estre sauvez , mais recevoir Nostre-Seigneur quand il vous appelle, rien moins, faire restitution et pénitence, abandonner Toccasion de pécher, rien moins. Nostre-Seigneur a beau crier : Superbe, descends et quitte ton orgueil ; Paresseux , despeche de te convertir; Luxurieux, quitte ta paillardise, car je veux venir chez toy ; Avaricieux , laisse l'usure , ne prends pas tant sur le pauvre laboureur, ne ronge pas tant ces pîiuvres os martyrisez sous tant de travaux. Ne vous flattez pas de ce qu*on n'entend rien , on
Cl) 0. Btf.li. •(!) ProT. UTiu. — (t) BX04. m
n'eu sçait rien , car ces choses tous seront un jour rudement reprochées , et Jesu»- Christ se plaindra qu'il vous a advertis de vous on déporter. Vous demanderez quand , et il vous dira : Ce que le moindre des miens vous a dit, c'est moy-mesme qui vous Tay dit , Quod unus de minimii meis dixit, ego dixi\ suivant ce qu'il dîsoit à ses apostres : Qui vos audit, mê audit; qui vos spemit mf«pemtf. Voulezvous vous sauver? faites comme Zachée, festinanSy hastez-vous, commencez dès maintenant , ce ne peut jamais estre trop tost, mais bien trop tard ; car Dieu qui pro* met de pardonner aux penitens ne promet pas de donner le temps de faire pénitence, Deus pœnitentibus veniam promisit^ tempus pœnitendi non promisit. David voyant la remontrance du prophète, dit à Finstant : Peccavi; faites comme luy. Marie Magdelaine, Ut cognovit, attulitalê' bcutrum , Si tost qu'elle eut connu que Nostre-Seigneur disnoit chez le pharisien, elle prit sa boëte d*onguent et s'alla jeter à ses pieds. 0 que je pourrois bien dire à plusieurs ce que le bon Moyse mourant reprochoit aux Israélites , que depuis le jour qu'ils estoient sortis d'Egypte, ils n'avoient cessé d'estre rebelles à Dieu,^ die quo egressus es de ^gyto , semper adversus Vominum contendisti (4). Qu'on cesse de faire le mal , et qu'on commena à faire le bien , D est ni te perverse agere, incipite bene facere Ne soyez pas comme ceux desquels il est dit que leur malice e^t semblable à celle du serpent et de Taspie sourd, qui estoupent leurs oreilles pour ne pas entendre, Furor eorum secundum similitudinem serpentis , sicut aspidis surdœ , et obturantis aures suas; et pour lesquels il est dit en Isaye : Corn* mandez et recommandez , Brit eis verbum Dei : manda et remanda, etc. Dcr»
mierunt somnum suum omnes viri divitiarum, et nihil intenerunt in mê»
nibus suis (2) ; Les hommes des richee* ses, dit David , ont dormy leur sommet et à leur réveil ils n'ont treuvé iiucun bien dans leurs mains , si ce n'est peut estre l'ordure de leurs pcchcz attachée à leurs pieds, ne s'estant pds ressouvenus de leur Gn dernière, etc., Sordes ejus, inpedibuê eju8, nec recordala est finis suis, etc. (3).
(1) BMt Utll,«(t) PmL LUT.-*-(t;
DtFEIfSE m Là SAUlTAnOIf ÉTANGÉUQDE.
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