‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 133 sur 356 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

PREMIEIIB PARTIE.

Gomme Dieu tout-puissant est la première cause (Je toute perfection , aussi veut-il que toute la gloire luy en revienne. C'est le tribut qu'il demande pour tous ses bienfaits (1). a Les eaux qui toutes sortent de » la mer ne cessent de ruisseler et flotter » jus lues à tant qu'elles aillent abysmer » dans leur propre origine. » L'honneur et ia gloire ne logent pasparmy les créatures pour y séjourner et vivre, mais seulement par manière de passage. Leur propre domicile, c'est ia divinité ,'comme aussi c'est le lieu de leur naissance.

L'univers et chaque pièce d'iceluy, pour petite qu'elle soit , a ce commun devoir d'honorer son Créateur : de quoy les saincts les somment et sollicitent si souvent , et si chaudement, par tant d'exhortations et cantiques, que leurs livres en sont pleins : mais la façon de faire cet hommage est différente. Les créatures intelligentes le font en leur propre personne : tout le reste le fait par l'entremise des intelligences, comme par leur procureur. Et de fait, puisque la créature raisonnable tire le reste de cet univers à son usage, la raison veut qu'elle l'acquitte de ce de\oir qu'il a et qu'il ne peut rendre luy-mesme , à faute de*quoy « tout se mutinera contre les in- »8ensé8(2) » au jour du jugement, parce qu'ils n'auront honoré et gloriûé sa divine Majesté.

C'est donc la seule créature intelligente qui est chargée de rendre à Dieu , et payer le devoir d'honneur qui luy est deu par toute créature. C'est ce que font éternellement les bien-heureux là-haut, jettant leurs couronnes aux pieds de celuy qui est assis au throsne, avec celte reconnoissance : a 0 Seigneur no>tre Dieu ! vous

> estes digne de prendre la gloire , l'hon-

> neur et la vertu ; car vous avez tout créé » et tout est , et a esté créé par vostre vo-

(1)1001.1,1 — (D8ap.Ml.

» lonté (1). » Autant en fait l'Eglise icybas , par les solemnelles conclusions de tous ses offices : « Gloire soit au Père , as » Fils et au Sainct-Esprit : bénissons la » Seigneur , rendons grâces à Dieu , t repelant presque tous le» jours après S. Paul: « Au roy des siècles immortel , invisible, » au seul Dieu soit honneur et gloire (î).>

Pour vray, ces veritez sont si évidentes et asseurées, qu'elles n'ont besoin que d'estre bien entendues; car faudroil-il re fuser de faire honneur aux pères et mères, aux roys et magistrats, pour dire que toute gloire et honneur appartient à un seul Dieu ? L'honneur de Dieu seroit deshonoré par cet honneur, et ce respect offenseroil sa jalousie. Nous voicy en difficulté avec nos religionnaires. L'ennemy de la croix avec lequel j'entreprends de combattre dit ainsi son advis sur ce subjet(et lesaulres de son party ne disent pas mieux).

« Nous croyons de cœur et confessons » de bouche, que Dieu seul doit estresenrf » et honoré : de fait combien que nous » nous puissions honorer les uns les autre» » civilement , suivant ce qui est commandé » aux inférieurs d'honorer leurs supérieurs, » si est-ce que quand il est question d'hon- » neur religieux , ou consciencieux , c$ » sont choses non accordantes , de donner » tout honneur à un seul Dieu et à son » Fils , et en départir une portion à aucuû » homme , ou à la croix matérielle , ou à > créature qui soit. »

Il partage donc l'honneur en civil et en consciencieux ; et veut que du dernier s'entende seulement, qu'à Dieu seul soit honneur et gloire. Mais je remarque au con- Iraire que c'est trop retrancher de l'honneur deu à Dieu, d'en lever le civil elle politique ; car si la raison avancée par les bienheureux est raisonnable, pour vray non seulement tout honneur religieux, mai» aussi tout honneur politique doit eslre rendu à Dieu seul. Ils rendant t^t iiMk*

(1) Afoo. iv,U^ (t)l. Timot 1,11.

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