‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 136 sur 356 · CHAPITRE PREMIER^ Du nom et mBt de croix · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER^ Du nom et mBt de croix

eroix et son nom estoit horrible et leju-'qu^à ce que ie Fils de Dieu vounettreen honneur les peines et traet le crucifiement , sanctifia prcmièit le nom de croix ; si qu*en TËvangile reuve presque par tout en une signim honorable et religieuse : « Qui ne nd sa croix (disoit-il) et ne vientaprès f, n*est pas digne de moy(4). » Donc t de croix , selon Fusage des chressignifie parfois les peines et travaux saircspour obtenir le salut, comme u que je viens de citer ; parfois aussi lifie une certaine sorte de supplice, û on chastioit jadis les plus infasmes aicteurs ; et aulresfois l'instrument, )et, sur lequel ou par lequel on exerî tourment.

je parle icy de la croix en cette derfaçon, et non pour toute sorte d'insint de supplice , mais pour celuy-là ulier sur lequel Noslre-Seigneur en- Entendez donc lousjours quand je 'ay de la croix, de sa vertu et de son ur, que c'est de celle de Jesus-Christ [uelle je traitte : donc j*admire le )\ir , qui présuppose que nous sepala croix de Jesus-Christ d'avec Jésus- , mesme , sans aucune despendance jy. Si que voulant monstrer que les ges des anciens pères, citez es pla- » ne sont pas bien entendus , il parle te sorte : a Quelques passages des iens y sont alléguez : mais hors et 1 loing du sens des aulheurs; car iuuh.x,ta;

» quand les anciens ont parlé de la croix, » ils ne l'ont pas entendu de deux pièces » traversantes l'une sur l'autre ; mais du » mystère de nostre rédemption , dont le » sommaire et accomplissement est en la » croix, mort et passion de Jesus-CI)rist. » Et cet équivoque, ou double signification » de croix , D*estant appercuë par les so- » phistes, fait qu'ils errent et font errer. » Voilà un juge bien téméraire de nostre suffisance, qui croit qu'une distinction si aisée et fréquente nous soit inconnue. Je laisse cequ'en disent les doctes,BeIiannin,/t6.2, de Imag, 24, cap. ad 3, et Justus Lipsius, l, i, de Cruce, Mais le seul Calepin en fait la raison. Or est-il certain que deux pièces de bois, de pierre, ou de quelqu'autre matière traversantes l'une à l'autre, font une croix : mais elles ne font pas pour cela la croix de Jesus-Christ, de laquelle seule, et non d'aucune autre , les chrestiens font estât. '

Les Pères donc parlent bien souvent du tourment et de la orucifixion de Nostre- Seigneur : mais ils parlent bien souvent aussi de la vertu et de l'honneur de la croix, sur laquelle cette crucifixion a esté faite. Et ne sçay si le traitteur trouvera jamais au Nouveau-Testament, que le mot de croix soitpris immédiatement, et principalement pour le supplice de la crucifixion , au moins quant aux passages qu'il cite à cette intention : ff Que par le sang de la croix de Christ » nostre paix a esté faite. » Il s'entend bien plus proprement du sang respandu sur fe bois de la croix , que non pas , comme dit le traitteur, de toutes les souffrances de Nostre -Seigneur, desquelles une grande partie ayant esté endurée en l'ame , elles

L*ESTElfDART DB Là aàlMn-CROIX.

la piscine, de rombre des sunichoirs , et de la robbe saincte, sans aucune authorité de l^Escriture, pourquoy ne pourront les chrestieus , ains ne devront beaucoup espérer de la vertu de la croix de Dieu , quoique rEscriluren*en fist aucune mention ?

Je trouve vostre proposition extresmement hardie et trop générale, a Ce qui n'est » escrit, dites-vous, est tenu comme nul. » Ceux qui ont disputé devant vous contre les sainctes ti aditions ne sont pas si aspres au mestier. Chandieu , l'un des rusez escrivains pour vostre nouveauté, confes.<ve que les choses qui ne sont pas nece8>aires au salut peuvent estre bonnes et recevablcs sans Escrltures; mais non pas les choses nécessaires à salut. C'est sa distinction pei^ petucllc qu'il a faite au traitté contre les traditions humaines. Mais vous parlez absolument sans borne ny mesure.

Je sçay ce que vous repondez à l'exemple des mouchoirs de S. Paul , c'est « Que » Dieu a voulu par tels miracles honorer » l'apostolat de S. Paul. » Et pourquoy, je vous prie, n'aura-t'il voulu honorer de pareils miracles la majesté du Maistre S. Paul , à ce que ceux qui ne l'a voient point veu en face fussent persuadez que celuy que Dieu authorisoit par tels miracles estoit le vray Messie? a Mais il y a ce » que nous avons dit, repliquez-vous; à saj» voir que tels miracles des mouchoirs de j» S. Paul sont testifiez par la parolle de » Dieu. Ce qu'on ne peut dire du bois de la • croix. » A quoy je dy que la vertu des autres reliques, et que plusieurs choses ne sont testiHées en TEscriture, qui ne laissent d'estre tres-asseurôes, ce que j'ay jusques-icy prouvé.

Voyons maintenant quelle couleurd'honnesteté vous baillerez à ces inepties. Vous citez i'epistre aux Hébreux , où il est dit que Melchiscdech estoit sans père et sans mère, « Pour cette seule raison , ce dites- » vous , que TEscrilure ne parle aucune- » ment du père et mère d'iceluy, encore » qu'il soit très-certain qu'il a eu perc et > mère comme les autres hommes; » ce sont vos propres parolles sur lesquelles j'aurois beaucoup à dire.

4. J'admire cette témérité, qui roulant rendre douteuse la vertu de la saincte croix , parce que l'Escrilure n'en dit mot, tient noantmoins que Melcblsedecb eut

père et mère; quoy que PEseritn seulement n'en die rien , mais dit .

traire qu'il n'a voit ny père ny mer

2. Je dis que S. Paul ne dit p Melchisedech n*a jamais eu père n] mais seulement qu'il estoit sans ] more, ce qui se peut entendre di auquel il fit les choses qui sont U en I'epistre aux Hébreux , pour les il represenloit Noslre-Seigneur.

3. L'apostre le produit, comme nese 1^ descrit ; car c'estoit en cet qu'il representoit Nostrc-Seigncur Genèse ne descrit point sa genealog tant mieux l'apparier à Noslre-Sei dont i apostre, qui veut monstrer q cienne Escriture n'a pas obmis la g gie de Melchisedech sans mystère, ( estoit sans père et mère. Il appliqi le mystère do l'obmission de la ger de Melchisedech , sans tenir pour père et mère de Melchisedech pou ains seulement pour non escrits, et rieusement celez en l'Escriture. Et il explique ce qu'il veut dire, quand qu'il estoit sans père et sans mère, I ajouste, sans généalogie, comme s'i ce que j'ay dit, qu'il etitoit sans père mère, c'est entant qu'on ne luya p< de généalogie, comme remarque tr S. Alhanasc sur ce lieu.

4. J'ay pitié de vostre aveuglemi voulez que S. Paul tienne pour nu n'est pas esrri t de Melchisedech, et I pas que S. Paul , en cette epistre tien t pour très-importante une doctr avoit à dire du sacerdoce selon l'c Melchisedech, laquelle neantmoins me sauriez monstrer estre escrite e lieu, sinon dedans le cœur de l'Egli tes S. Athanase ne peut entendre S. Paul a peu sçavoir que dedans du Testament il y eust la manne et d'Aaron, puisqu'au livre des Roysc ralipomenon, ilestditquedanscett là il n'y avoit autre chose que les t; la loy : sinon disantqu'il l'a apprisd liel et de la tradition (4). Si vous ei cjuelqu'autre chose , produisez-le ment confessez que S. Paul ne ti pour nul ce qui n'est escrit.

Autant en diray-je de ce que dit : « Que Moyse prenant le sang di

(i>Htbr.a»4.

imOC I, CHAPITMI IT;

sot

1 et des boues avec de Teau , et de la laine » pourprée, et de Thysope , il en arrosa le

• Ihrre et tout le peuple, le tabernacle et

• tous les vaisseaux du service (4); » car hpluspart de ces parlicularilczne se treu- Tent point efcritei^ , non plus que les père et mère de Melchiscdech.

Et quand S. Paul diroit absolument que Mdcbisedech n*avoit jamais eu ny pore ny mère, la seule raison n*en seroit pas, parce fuel'Escriture n'en dit mot ;carilenpourloit avoir d'autres , comme seroit que ses pire et mère fussent incx)nnus. Quia eju$ ineratiombobscurior /tient, ditS. Alha- Mse. Ainsi parlons-nous des en fans treuia, ou qu'ils fussent payons , et de ceux desquels la mémoire périt avec le son , et lont tenus pour nuls; non pour n'estre larolez en TEscriture saincte , mais pour eeTestro pas au livre de vie. Ainsi S. Ireife, Hippolylc et plusieurs autres rapporte! par S. Hicrosme en Topistre ad Eva- §rium, tiennent qu'il estoit de race cuaneen, et parlant genlil et paycn, quoy ^sainct et lidelle do religion, aussi bien (pe le patriarche Job.

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