CHAPITRE IV
hrare trois iesme. De la verta et honneur de la eroii, par un passage de l'Escriiure, outre ceux que le Iraillcur avoit alleguex.
Reste maintenant à voir, pour le troiliesme, si ce trailteur a fîdellement rap' porté tout ce que rEscriture louche de la Ot)ix, pour [)OUVoir si résolument dire, eomme il fait en sa première proposilion, qn'outre cela nous n'en lisons rien : et pour Tray, il est tres-ignorantou tres-impudent imposteur; car outre inHuité de beaux poincts qui sont semez en l'Escrilure, louchant la saincte croix de Nostre-Scigneur , desquels une partie sera produite cy-après, aeloD que nous les rencontrerons sur nos- Ire prupos , en voicy un si considérable , qoemesme tout seul il pourroit suffire pour eriablir la créance calholique : C'est que hiainctecroix est apnellée croix de Jésus; car que pouvoit-on dire de plus honorable
de celle croix?
C'est icy où j'appelle le trailteur , pour
iuy faire voir s'il n*a point de honte d'a-
^ si indignement parlé de celte saincte
e)Mr.a.llu
croix y lorsqu'il la veut rendre semblable en saincteté aux cruelles mains des bourreaux qui foUellerent et crucifièrent Nostre-Seigneur, et à l'infasme et deloyable bouche de Judas qui le baisa. Sa raison est, parce que si la croix a quelque vertu , c'est pour avoir touché au corps de Nostre-Sei<;neur : or ces mains et ces lèvres le touchèrent aussi bien que la croix : elles en auront donc reccu une vertu esgaie. « Ce qu'es- » tant absurde , il l'est encore plus de dire » que du bois, n'ayant vie, par un seul » attouchement, aye esté rendu suscepti- » blo de saincteté; car si cette vertu p esté » conférée au bois , parce que Christ y a » souffert, pareille vertu doit avoir esté B en ceux par qui il a souffert. »
Voilà son dire : mais je luy oppose que la croix est la croix de Jésus, et que les mains et lèvres des ennemys de Nostre- Seigncur ne sont ny mains ny lèvres de Jésus ; mais de Malchus , de Judas , et tels autres garnemens, qui estant impies et meschans , ont rendu participantes de leurs meschancetez toutes leurs parties : si que la mauvaise ame dont elles estoient animées fuisoil résistance aux précieux attouchemensde Nostre-Seigneur , par lequel, sans cela , elles pouvoient estre sanctifiées, là où en la croix il n*y a point de contrariété en la sanctification. Et le trailteur est digne de compassion , quand il fait force en ce que la croix est inanimée , et les crucificurs vivans, pour monstrer que la croix est moins susceptible de saincicté que les crucifieurs ; car puisqu'on traitte icy d'une vcrlu surnalurelle et gratuite , d'estre vivant n'y fait rien , mais bien souvent y nuit par l'opposition que l'ame fait à la grâce* Ainsi ne fui point sanctifié le diable, quoy qu'il portast Nostre-Scigncur sur le faiste du temple, et le touchast en certaine façon , par Tapplication de son opération (4). Or certes , tout ce qui a esté particulièrement à Dieu , ou à Jesus-Christ son Fils, a esté doiié d'une spéciale sanctillcalion et vertu. Tous les coflres, tous les édifices, tous les hommes sont à Dieu , qui est le supresme Soigneur : neantmoins ceux qui luy sont spécialement dédiez sont coffres de Dieu, niaisonsdcDieu,hommesde Dieu, tours de Dieu , et sont sanctifiez avec de
1 particuliers privilèges, non qu'ils soient (0 II. t. MalUrr.li
L*ESTElfDÀIlT DE LA SATIfCTE-CROnr.
employez à Tusage de Dîeu ; car tout cela ne liiy sort à rion , ouy bien à nous, pour riiomTcr tant mionx : mais 1rs choses losquolles le Fils de Dieu a employées pour le aervict^ de son humanité , et à faire nosire rédemption, ont ce particulier avantage, qu'elles luy ont esté dédiées, non seulement à son honneur, mais encore jx)ur son usage, selon Pinfirmité à Inquelle il s*estoit réduit, pour nous tirer de la nostre. Et celhw-cy, outre la sainrtoté, ont eu do tres-gnindes vertus etdignitcz.
L'exemple de la sainclc robbc de Noslrc- Seîgneur, fait extresmement à nostre propos, n*eut-olle pus une grande vertu , puisqu*}iu touch'T du fin bord d'icello , cette grande et si incurable maladie des hemorrdïdes fut guérie ? Aussi avoit-ellc les conditions que je disois , elle avoit touché Nostrc-Seigneur, sans aucune résistance à sa grâce ; et non seulement Tavoit touché , mais elle estoit sienne, dédiée à son usage, « Si Je touche le bord de sa robe , disoit » celte pauvre femme, je seray guerie(4). » Elle ne dit pas le bord de la robbe qui le touche , mais le bord do sa rohbe : ainsi , dis-je , que la croix est sanctifiée , non seu-: lement par ratlouchement de Nostre-Sci' gneur , qui comme un baume précieux purfumoit tout ce qui la louchoit, quand il n'y avoit point de résistance au subjct, mais est encore beaucoup plus sîmctifiée, pour avoir esté propre de Nostre-Seigncur , son instrument pour nostre redempt on , et consacrée à son usage , dont elle est dite « Croix de Jésus (2). »
Et certes le traitteur voulant rire , est ridicule , quand il veut rendre comparable le falot à la croix; car s'il n*est lout-à-fait erervellé, il doit avoir considère que le falot n'estoit pas à Nostrc-Seigneur, nj^ne le toucha point : aussi ne le tiendroit-on pas pour relique , non plus que la lanterne , mais seulement pour une nmrquo d'antiquité. Quant à la corde, Tesponge, le fouet, la lance, nos. anciens, comme S. Alhanase, les appellent siiinctes et sacrées, et nous les honorons comme relicpies et précieux instrumcns de noslre salut , mais non en pareil degré que la croix; car ces choses ne furent point rendues propres à Noslre Seigneur , et n'avoienl rien que le simple attouchement d*iceluy, dont rEscriture ne
(ij Ue, Tui , tk. — (t) Joaa. six, U.
t les appelle pas fouet et esponge de lan
I comme elle fait la croix.
! Cependant c'est un Iraîct de chnriat d'appeller le foilcl, reschelle, la corde, Ti ponge, le falot, saincls et sa i net es, >s aucun article, a Saipcte corde, dit le tra » leur, saincte esponge, sainct foiiet, aaii » falot; » car nostre langue ne permet | que Ton traitle ainsi , sinon des noms p près et particuliers , comme Pierre , Pai Jean. Mais des noms généraux et commui comme lance , f» bel , es|)onge , on ne s sert qu'avec l'article i>our les dctermini le sainct foiiet , la saincte corde , la sain lance. Or le traitteur fait ce Iraict, p( faire croire , sans le dire à son simple l leur desjà embaboUiné, que nous lent le falot ou le follet de la passion p( sainctes personnes; car ce sont les rw ordinaires des reformateurs , et veut ai surprendre l'imagination du piuivre p< pie. Ou peut-estre il a voulu (si d'avanti il estoil quelque ministre) c^moniser h terne , foUet , eschelle , falot, et comm< dit : a Ceux par lescpjels Nostre-S.ignc » a enduré , » pour rendre sainct et c*ir nisé , ministre ; car entre les personne racontées par les evangelistes, (pii toi menterenlNostro-Seii^neur , il y avoir ftw ministres, c'est-à-dire sergens, sbire bourreaux, lueurs. Voulant donc firor saincteté du foliet de la saincleté de croix, il voudroil encore, |>ar mi»8i moyen , joindre à la liste de ces Siiiiu sainct ministre , qui seroit un sainct l)i nouveau cl inconnu. Mais redisons un m de ce que nous avons déduit pour ap|)ari la croix à la robbe de Nostre-Seigneiir. Vous avez dit, Irailleur, que ce qui n'c escritest nul , entre les vrais fiddJes. I dévote malade n'avoil point ieu qu'elle l roit guerio à rallouchemenl de la robbe i Noslre-SeigMèur , neantmoins elle le cro et sa foy est approuvée : elle croit cbo non escrite, et ne la tient point pour null aussi la trouve-relle vraye; pourquoydo reprendrez- vous en moy une parei créance , sur un pareil subjecl? Que dit( vous donc? Vous ne lisez rien de la cro sinon que No>tro-Seigneur l'a i)grt<îe,i rerdu res[»rit? Qu'est-ce quo celte paui malade avoil veu do la robbe, sinon q Nostre-Sei;j;neur la porloit? Elle n'y
' point le sang du Sauveur respandu corn
UTRE I, GKAPITRB ▼.
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on 1^ vea en la croix , et la conséquence qu'elle on fit do pouvoir guérir fut si bonne, qu'elle luy donna la sjinté. Pourqooy me garderez- vous de faire , dire , et croire la mesme conséquence do la tresainctc croix?
Le traiUeur pense bien nous arroster en ce discours , quand il dit : a Que c'est une ■ erreur très -pernicieuse d*atlribuer au ibois de la croix ce qui est propre au I seul crucifié; et qu'es choses surnalu- I relies Dieu y opore par vertu miracu- >leuse non attachée à signe , ny à fijiçiire,» et semblables autres ])aroIlcs re-:p<induë's en (ont son traillé. Par où il veut faussement persuader que nous attribuons à la croix une vertu en elle-même indcpondantcét inhérente: mais jamais cathulique M dit a'Ia. Nous disons seulement que la croix , comme plusieurs autres choses , a sne vertu assistante , qui nVst autre que Dieu mesme, qui par la croix fait les miracles, quand bon luy semble , et en temps et lieu, ainsi qu*il le déclara luy-niesme do n robbe, quand il guérit celte pauvre femme ; car il ne dit pas : « .Vay senti uno i •vertu sortie de ma robbo , mais j'ay ap-
• perçu une vertu sortir de moy (1), » et tout de mesme n'auroit-il pas dit: «Qui
• est-ce qui a touché ma robbe? » mais plulosl : « 0"î est-ce qui m'a louché? »
Comme donc il advoua que toucher sa robbe par devolion , c'est le toucher luynesme ; aussi fait-il sortir de luy la vertu nécessaire à ceux qui touchent sa robbe. Pourquoy ne diray-jo de mesme que c'Oîrt Nostrc-Scigneur qui est la vertu , non-inhérente à la cruix , mais bien assistante? Quelle est plus grande ou moindre , non ^s selon elle-mesme ; car estant vertu de Dieu et Dieu me^me , elle est invariable , lousjours nue et esgale « mais elle n'est pas lou^jours esgale en l'exercice , et telon les ellets , car en quelques endroits , en Certains lieux et occasions , il fait des mer- Teilles, et plus grandes et plus fréquentes, que non i)as aux autres. Que ce traiiteur donc cesse de dire que nous attribuons à la croix la vertu qui est [)ropreà Dieu; car la vertu [)ropre à Dieu luy e^t e^scnlJolle , la vertu de la croix luy est assistante : Dieu est agissant en sa vertu propre , la croix n'opère qu'en la vertu de Dieu >. Dieu cit
CD t.
' le premier èntheur , et mouvant , la croix n*est que son instrument et outil. Et tout ce qui se dit de la croix de Noslre-Seigneur se lit de sa robbe avec une esgale asseuranf e , puisque la mesme Eglise qui nous enseigne ce qui se lit de sa robbe nous prcâ> che ce qui se dit de la croix.
aUPITRE V.
Preove quairieinie par aatrea pauaget do t'E^cnturo.
Ce que j'ay déduit jusques îcy monstre assez combien est honorable le bois que Noslre-Seigneur |)orta, comme un autre Isaac , sur le mont destiné pour estre immolé sur iceluy en divin agneau qui lave les ])echez du monde : mais voicy des raisons particulières inévitables.
Le sepulchre du Sauveur n'a rien eu plus que la croix , il receut lo corps mort, que la croix porta vivant et niounmt : mais il no fut ()oint TexalUition de Nostre- Stîigneur, ny instrument de noslre rédemption; et neantmoins voilà le prophète Isiiye qui proteste que ce sepulchre sera glorieux , £t eril sepulchrum ejus gloriomm {\). C'est un texte tres-esprês , et S. Jérôme en l'epistre à Marcelle rapjwrto ce trait d'Isaye à l'honneur que les chrestiens rendent à ce sepulchre , y accourant de toutes parts en pèlerinage.
Davantage, Dieu e t par tout, mais lu où il comparoît avec quelquo ])articu!itT effoct, il laisse tousjours quelque saincteté, vénération, et dignité. Yoyez-vous pas comme il rendit vénérable lo mont sur lequel il apparut à Moyso , en un buisson ardent? a 04e tes souliers , dit-il ; c r la » terre oii tu es est saincto (2). » Jacob ayant veu Dieu et les anges en B'Ihel, combien tient-il ce lieu pourhonoriible(3)? L'ange qui apparut A Josué , es Cîimpagncs de Jéricho , luy commanda de tenir ce lieulà i)0ur sainct et d'y marcher pieds niids , par rcverancc (4). Le pi'jut de Sinaï, lo tem[)le de Salomon , l'Arche de l'allianco et cent autres lieux , èsquels la majesté do Dieu s'est monstrée, sont tou-jours demeurez v<'nerubles en l'ancienno loy.
Comme devons-nous donc philosoplier du sainct bois, sur lequel Dieu a comparu
(I) JMto . XI. 10.— m *>o^ lu, I. «• (•; Can. uîin, il.
f^Oi
L'ESTENDÀRT DE Là SilHCTErCROCL
toat embrasé de charité en holocauste , pour nostre nature humaine? La présence d*un bon ange sanctifîe une campagne ; et pourquoy la présence de Jesus-Christ, seul Ange du grand conseil , n*aura-t*elle sanctifié le sainct bois de la croix? Mais rArche de Talliance sert d'un tre&-magni- 6que tesmoignage à la croix ; car si Tun des bois, pour estre Tescabeau ou marchepied de Dieu , a esté adorable, que doit estre celuy qui a esté le lict , le siège , et le throsne de ce mesme Dieu? Or que TArche d'alliance fust adorable , TEscriture le monstre : c Adorez , dit le psalmiste , Tes- » cabeau des pieds d'iceluy (4) ; car il est » sainct (2). » On ne peut gauchir à ce coup, il porte droit dans'l'œil du trailteur, pour le luy crever, s'il ne void que si cet ancien bois seulement, enduit d'or, seulement marche-pied , seulement assisté de Dieu , est adorable ; le précieux bois de la croix, teint au sang du mesme Dieu , son throsne , et pour un temps cloiié avec iceluy, doit estre beaucoup plus vénérable.
Or que l'escabeau des pieds de Dieu ne soit autre que l'Arche, TEscriture le tesmoigne ouvertement (3); et qu'il le faille adorer, c'est-à-dire vénérer; il s'ensuit expressément du dire de David , où le vray mot d'adoration est expressément rapporté à Tescabeau des pieds de Dieu , comme sçavent ceux qui ont connoissance de la langue hébraïque. Et de fait , Dieu avoit rendu si honorable cette saincte Arche, qu'il n'en falloit approcher que de bien loin ; et Oza la touchant indignement , en est incontinent chastié à mort (4). Bref, il n'estoit permis qu'aux prostrés et levistes de toucher et manier ce bois , tant on le tenoit en respect.
Ilelisée garda soigneusement le manteau d'ilelie, et le tint pour honorable instrument de miracle (5). Pourquoy n'honorerons-nous le bois duquel Noslre-Seigneur s'affeubla au jour de son exaltation , et de la nostre ? Que direz-vous de Jacob , qui adora le bout de la verge de Joseph (6) ? n'eust-il pas honoré la verge et sceptre du vray Jésus? Hester baisa le bout de la baguette d'or de son cspoux (7) ; et qui empeschera l'ame devoste de baiser par honneur la baguette du sien?
(1) Fui. cixii . 7. — (t) Psal. xcnn , I. - (t) I. PanL uvm, I. — (4) II. Réf. VI. T. — (I) IT. Mtff. u. 11.— (•)li0te.xi^. — rOBtttft. T.l.
Je sçay la diversité des leçons qi fait sur le passage de S. Paul ; mai sçay-je que celle-là de la yulgate est asseurée naïfve , mesme estant ra( et confrontée avec ce qui est dit dU aussi est-elle suivie par sainct Cl tome.
Qui ne sçay t que la croix a esté h trede Jesus-Christ? dont il est es Isaye : « Duquel la principauté est f » espaule (4) , » car tout ainsi que de David fut mise sur Tespaule d'EI Gis d'Elcias , pour le mettre en pos de son pontificat (2) , Nostre-Seignet prix sa croix sur son espaule, 1 chassant le prince du monde , prena session de son pontificat et de sa rc il attira toutes choses à soy, comm« preste S. Cyprien au livre second les Juifs, et S. Jcrosme au comme et Julius Firmicus Maternus, qui environ le temps de Constantin -le-»
au livre de mysleriis profanarw gionum, cap. 22 , et plusieurs aut anciens, quoy que Calvin, sur < sage , sans authorité ny raison , se i de cette interprétation , l'appelant Et voilà un lieu en TEscrilure touc croix, outre ceux que le traitteur guez, quand il a bien osé dire q cela il n'en lisoit rien.
Le bois de la croix a eu des quai le rendent bien vénérable : c'est esté le siège de la rovaulé de NosI gneur, comme dit le psalmiste : « I » nations que le Seigneur a régné » bois (3). » Ainsi que lisent les Se] S. Augustin et S. Justin le mar S. Cyprien , qui remarque l'escriU fut mis sur le bout de la croix, en ï grec et latin, déclara qu'alors se ^ le mystère prédit par David. Dont le en haine des chrcstiens , avoient mot à lignOj comme dit Justin.
La croix a esté l'autel du sacr:
nostre rédempteur, comme va des S. Paul en l'epistre aux Hébreux , ' dit aux Colossiens : « 0"^ Nostre-S » a tout pacifié par le sang de sa cr( C'est son exaltation (5); c*est le de ses trophées , a auquel il affige
I comme une riche despoUillo , « la
' (1) taTe ,*ix , 6. — (t) iMTe , xxii. tt. ~ (t) I 10. -. (4) Hebr. IX , 11. - (•} Col. I, M.— (•> th.
LIYRE I« GHAPITRB T.
ida décret qui nous estoit contraire.»
Mais quand il n'y auroit autre chose quo es qu'elle est la vraye enseigne , le vray irdre, et vray es armoiries de noslre Roy, nroit-ce pas assez pour la rendre vénérable? Les coquilles , toisons et jaretiers sont en lionneur, quand il plaist aux princes ks prendre pour enseigne de leur ordre ; eombien sera plus digne de respect la croix du Roy des roys qu'il a prise pour Km enseigne 1 De quoy voicy la preuve tiléede TEscriture, que le Iraitteur a laissée ptf ignorance. N'est-ce pas chose bien lemarquable que Nostre-Seigneur a voulu prendre un de ses noms de la croix , voulut qu'il luy demeurast perpétuel , voire après sa résurrection ? et comme la croix est appelée croix de Jésus , qu'aussi Jésus fost nommé Jésus crucifié (1 ) ? « Et cber- >chez-vous Jésus do Nazareth crucifié (2) ? >Kous pre^chons Jésus crvicifié (3). J'ay »estimé ne rien sçavoir, sinon le seul Jc- 1SQ8, et iccluy crucifié. » S. Cyrille Jeronlymitaln a remarqué tres-expresscment «discours sur le milieu de sa c itechese 43. Vous ne disiez mot do tout cecy , petit tnitteur ! estes-vous aveugle , ou si vous
[-faites le fin? Il y a bien à dire entre tesiDoigner quo Jésus- Christ a esté crucifié, et dire qu'il s appelle crucifié. Où trouvelez-vous qu'autre que ce Seigneur aye pris ce nom ? comme il est appelé Galilecn (te son pays, Nazaréen de sa ville , il est appelé crucifié de sa croix. Quelle ineptie d'apparier les autres instrumens de sa passion à celuy-cy ; car où trouvera-t'on ffnà le Sauveur soit appelé foiictté , lié et {NOtlé ? et vous voyez qu'il prend à nom crociQé, ou crucifix. Là où la dislinclion ,
[ ii mal par vous ménagée , de la croix supplice, et de la croix instrument de supplice, ne vous sçauroit sauver; car la crucifixion ne se fuit pas par Taffixion au supplice , mais à la croix , au gibet. Si donc Kostre-Seigneur a tant honoré la croix qu'il a voulu prendre un surnom d'icellc , qui eai^ qui la mesprisera?
Pour vray, le traitlcur scroit bien désespéré s'il vouloit mcà-huy se servir de cet argument, tant chanté parmy les reformateurs , qu'il faut rejctter la croix comme gibet de nostre bon Père , et que lo fils doit avoir en horreur l'instrument de la mort
m Bifuifit €•—(!) L Cor. I tlS» — (S) I. Cor. u, i.
de son père. S'il alleguoit jamais cette ineptie :
4 . On l'enferroit par son dire propre , quand il loile infiniment la mort, la passion et les souiïrances de Nostre-Seigneur, et à raison : mais si les propres douleurs et alllictions sont aymables et loiiablcs, pourquoy rejettera-t'on les instrumens d'icelles, s'il n'y a autre mal en eux que d*avoir esté instrumens.
Le fils ne peut avoir en horreur le gibet de son père : s'il a en honneur la mort et souffrance d'iceluy, pourquoy-rejetteroit-il les outils de ce qu'il honore ?
2. On luy diroit que la croix n'a pas esté seulement l'instrument des bourreaux pour crucifier Nostre-Seigneur ; mais aussi a esté celuy de Nostre-Seigneur, pour faire son grand sacrifice : c'a esté son sceptre , son throsne et son espée.
On luy opposeroit que la croix peut estre considérée , ou comme moyen de l'action descrucifieurs, ou comme moyen de la passion du crucifix : comme instrument de 1 action, elle n'est du tout point vénérable; car cette action estoit un très-grand péché : comme instrument de la passion , elle est extresmement honorable ; car celte passion a esté une tres-admirable et parfaicte vertu. Or Nostre-Seigneur prenant à soy cet instrumcnt,et en estant le dernier possesseur, il luy a levé toute Tignominie, la lavant en son propre sang ; dont il l'appelle sa croix, et se surnomme Crucifix. Ainsi l'espée de Goliath estoit horrible aux Israélites (4), pendant qu'elle estoit au flanc de ce géant; laquelle par après fut amie et prisable es mains du roy David (2). Ainsi la verge d'Aaron ne fleurit point avant qu'eslre destinée à la tribu de Levy, et quo le nom sacerdotal d'Aaron y fust inscrit; et la croix qui auparavant estoit une verge seiche et infructueuse , soudain qu'elle fut dédiée au Fils de Dieu , et que son nom y fut attaché , elle fleurit et fleurira à jamais , à la veiie de touai les rebelles. Ce palais est ho • norable, puisque le roy y a logé , et l'a retenu par l'escriteau de son sainct et vénérable nom. Je vous prie enfin de vous ressouvenir de l'honneur que S. Jean portoit aux souliers mesmes de Nostre-Seigneur (3), il les prisoit tant qu'il s'estimoit
in.ie.
rESTENDÀOT ra ^k SAllHm^CROlX.
indigne de iMtwièhM»: qu*cu»t-îl falcts'il eu^t ronron! ré la croix? Le pnrfaict honneur s'e»tend jnsques 6nx moindres appartenances de celuy que l'on ayme.