‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 138 sur 356 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

FrtoM einqpieiine. P^r le sout-terremen^ et conienralion de la croix.

Xay monstre cy-dcvant combien la croix a de vertu , cl combien nous avons de devoir de rhonorer, par les conséquences tirées à droit ni des sainctes Eseritures , où , comme vou? avez veu , je n*ay pas eu beaucoup de peine à respondre aux argumens de ma partie; puisqu'ayant fait toutes ses propositions négatives, prolestant de ne vouloir rien croire que ce qui est escrit, il n'a toutesfbis produit qu'un passage de l'Escriluro, employé en un sens tres-imperlinent. Maintenant donc nous entrons en une seconde manière de prouver la vertu et riionneur de la croix ; c'est à sçavoir, par le tcsmoignnge de ceux par renlremiso desquels , et TËscriture , et tout le christianisme est venu jusquea à nous, c'est-àdire , des anciens pcres et premiers chrestiens, avec lesquels le trailtcur faict semblant d'avoir eu grand commerce , tant il discourt à plaisir de ce qu'ils ont dit. C'est donc icy une preuve tirée du faict de nos devanciers , laquelle présuppose que la vraye croix de Nostre-Seigneur ( car c'est celle-là de laquelle nous parlons) leur soit venue à connoissance. Ce qu'aussi le traitleur lasche de nier le plus pertinemment qu'il luy est possible.

«Il semble, dit-il , que Dieu a voulu pre- » venir ridolastrie , laquelle neantmoins » Suthan a introduit au monde ; axr cx)mme » il n'a point voulu que le sepulchre de vMoyse aye esté connu, aussi n'y a-t'il » point de tosmoignage que Dieu aye voulu » que la croix de son Fils soit venue* à con- > noissanco entre les hommes. » Voilà ses propres parolles. Un menteur, s'il no veut eslre du tout sot , doit avoir la mémoire bonne. Ce trailtcur, oubliant ce qu'il a dit icy, parle ailleurs en cette sorte : « Nous » ne nions pas que pour authoi iscr la pre- » dication de l'Evangile , rejettée alors par » les payens, ayant la vogue presque par » tout le monde , Dieu n'aye fait des mira- • clés au nom de Jésus crucifié. Et c'eg^ ce

» qu'Athanase déclara an aomfAmeaiMa >de son livre contre les idoles, qn'apvi » la vemië de la croix, toute l'adoralioi » des imagos a esté ostée, et que par œtt » marque toutes déceptions des diable » sontchassées. »

Accordez , je vous prie , cet homme ava soy-mesme. Pour prévenir, dit-il , Fido lastrie , Dieu veut que la croix de son Fil soit cachée. Par la marque de la croix toutes deeeptionsdes diables sont chasséM La croix abolit ridolastrie. La croix ta cause de ridolastrie. Qui ne void la coa trnrieté de ces parolles! L'une ne peut €> Ire vraye, que l'autre ne soit fausse. Mil laquelle sera vraye , sinon colle que noi seulement S. A(hana'«ea proforée, ainseÉ enseignée par Jesus-Christ et les prophelei etcreuè* par toute l'antiquité?

Pour vray, tous les prophètes ontprwH qu'à la venue* de Noslre-Seignour, p« sa croix et passion, les idoles seroiei abolies. El non memorabuntur ullrû c II n'en sera plus mémoire , » dit Zacha rie (4); et vous , traitleur, voulez au cou traire que la croix soit une idole , et qo ridolastrie aye esté catholique ; c'esl-i dire, universelle en l'Eglise de Jesus-Chrii l'espace de mille ans, et que la vraye rel gion aye esté cachée en une petite poigne de personnes invisibles et inconnufe's. Ji sus-Christ proteste (2) a Que si un jour » esteslcvé en haut , il tirera toutes choM » à soy , et le prince du monde sei » chassé ; » et vous voulez que l'eschel! de son exhaltation aye déprimé et abatl son honneur et service. Toute l'antiquîl s'est servie de la croix contre le diable, < vous dites que cette croix est le throsii de son idolastrie?

Et quant à l'exemple que vous apporte du sepulchre de Moyse, je ne sçay comn il ne vous a ouvert les yeux ; car laissai à part l'infasme comparaison que vos faites entre les Juifs et les chrestiens quant au danger de tomber en idolastrie ne dcviez-vous pas raisonner en ceti sorte : Dieu qui n'a pas voulu que le se pulchre de Moyse aye esté connu , pof prévenir l'idolaïstric , toutesfots il a voul que le sepulchre de Noslre-Seigneur 9] esté connu et reconnu en l'Eglise chr»

tienne , comme tout le monde sçayl, et pe

(ij ZMk. ou» t. — (•) 4oaik sn» la

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le le nie? G?est donc signe que le de ridolastrie n'est pas égal en sepiilrhres et en routre. El s'iln'y int lieu de dani^er d'idolastric en fesldiion du scpulchre de Noâtreir, que pour Teviler il l'uye fallu lehé , pourquoy y en auroit-il daen la croix ?

ft , se dit le traitteur, il n'y a point •moignage que Dieu aye voulu que X de son Filsvinstà connoissîanre. »

voiry une irop grande négative.

roise , S. Chrysoetome , S. CyriDe , >$ine, S. Paulin, S. Sulpice, Euriieodoret , Sozomene , Soorate , rc, RuQin , Justin , et plusieurs aut-anciens aulheurs, sont des tes- Teprocbables que Dieu a voulu que de son FiU vinst à connoissance cuvée.

ivons maintenant comme nostre * enBIe les raisons qu'il a pour sa h « Car de dire (ce sont ses pu- I que la croix a esté conservée et ée au lieu où elle avoit esté érigée, U>it, comme on devine, le lieu où enterré Adam , cela n'a vraysemaucune ; car si on croit les an- Adam a esté enterré en ilebron , près de Jcnisalem. »

-vous comme il extravague? Son I este il de prouver que la croix renuë à connoissance ; il le prouve, ,*ii n'est pas vrayfiemblablc qu'elle enterrée là où elle est érigée. Ce [>uste du lieu où est enterré Adam *un incident , et le voilà qu'il se rejetter, comme si c'estoit son l ; sautant ainsi de matière en mammc vraye sauterelle de ce grand rApoc^lyi)se. Et n*asl-ce [kis une séquence? la croix n*cst pas enoù elle futeri;;éo, donc elle n'est lë à connoissance, comme si elle 1 venir à connoissance , sans cstre au lieu où elle fut dressée.

|uant à ce qu'il adjouste de la sel'Adam , il monstre combien il a connoissance dos anciens ; car la nde trou|)e d'iceux a soutenu (pie fut plantée sur la sépulture d'Aici comme S. Augustin en parle :

le preslre a escrit qu'il a appris »BMiiide« anciens et plus vieux

> Juifs , qulsaac da tolonté • mté immolé » là où depuis Jesus-Christ a esté crucifié ; » mesme par le rapport des anciens , l'on » dit qu*Adtim le premier homme fut jadis » ensevely au lieu où la croix est fiscbée ,

> et que partant oa l'appelle le lieu de » Calvaire , ou du test , parce que le chef » du genre humain fut ensevely en ce lieu- » là : et pour vray , mes frères , on ne croit » pas sans raison que là aye esté eslevé le » médecin où le malade gisoit , et estoit » bien convenable que là où estoit tombé » Torgueil humain , là s'inclinast aussi la » divine miséricorde. Si que comme ce »sang précieux daigne loucher, en distil- »Ianl, la poudre de Tancien pescheur, » Ton croye qu'il Taye aussi rachetée. » Si donc on croit les anciens, Adam aura esté enterré au mont Calvaire. Mais cela n'est gueres à nostre propos , et n'importe pas beaucoup.

Le traitteur donc vient à sa seconde raison, et nous recharge bien vivement à son advis. « Item (dit-il) veu que les disciples ]> et apostres de iesus-Christ ont esté es- » pars durant la mort d'iceiuy, et qu'après » son ascension ils ont esté prohibez de » parler au nom dé Jesus-ChrJst , que Je- » rusalem peu après a esté réduite à une » totale extrémité et ruine : quelle appa- » rence y a-t'il qu'elle aye esté lors serrée » et honorée par ceux qui ont adhéré à » Jesus-Christ ?» Un enfant verroit cette ine(>tie : l'Eglise a esté persécutée, dono elle n'a pas serre la croix? Au contraire, la persécution l'a fait cacher ; incontinent que la persécution a cessé, on Fa retreu* vée. Item, l'Eglise estoit persécutée, dono elle n'honoroit pas la croix? Au contraire, la persécution lenflammoit davantage à son devoir, mais en secret , de peur d'ex* poser ce mémorial de la persécution de Noslre-Seigneur à l'opprobre des ennemis de la croix.

Alais ce n'est que pour embrouiller que ce traitteur ditcecy; car nous ne disons pas que ce soient les amis de la croix qui 1 ont ainsi enterrée. Ains plutost les ennemis d'icellc, afin d'en abolir la mémoire, l'ont ainsi cachée. Ny ne disons pas que ces nicsmes ennemis ne Tayent peu jetter en mer : au contraire , nous disons qu'ils Font peu jetter dans la mer, nonob.?(unC la distance qui est entre le poH ùè Jn^lidi

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L'ESTElfDAUt 02 lA JUINCTE-CROnL

etlavilledeHieraftalem, ou avec peine, ou sans peine , par le moyen des rivières qui l'eiis?ent re^^orgée dans la mer. Et disons encore qirils la pouvoient brusler : xiais nous admirons d'autant plus la providence supresme , qui n*a pas permis la perte de ce sien estendart.

Or sur tout le trailteur se fasche de ce 4|iron dit que sur le mont de la croix on adjusta les idoles de Venus et d*Adonis : » Qui est-ce , dit-il , qui ne rejettera cette » fable , s'il considère la haine que por- »toient les Juifs à toutes sortesd'images? 9 Mais jediray : Qui est-ce qui ne rejettera l'ineptie de ce |)etit traitteur, s'il considère qu'on ne dit pas que ce soient les Juifs , mais les Gentils qui ayent fait cela? et que ce n'est pas Esope qui raconte ce fait? mais une infmité de très-graves et anciens au theurs , comme Eusebe, Ruffin , Paulin, Sulpice , Theodoret , Sozomene , Socrate.

Le seul S. Jerosme devroit suffire pour rendre mieux appris ce traitteur ; voicy ses parolles en l'epistre à Paulinus : a Dès le » temps d'Âdrian jusques au règne deCon- » stantin , l'idole de Jupiter a esté révérée » par l'espace de presque ccntquatre-vingts » ans y sur le lieu de la résurrection de » nostre Sauveur, par les Gentils. Et de » mesme en ont-ils fait à celle deVenus, qui » estoit eslevée en marbre sur lu montagne » de la croix : les autbeurs de la persccu- » tion se persuadant que |)ar ce moyen ils » enleveroicnt de nostre estomach la foy de » la résurrection et de la croix , s'ils ve- » noient à polluer les lieux saincts par leurs » idoles. Nostre Bethléem (un petit coin du » monde , duquel le psalmiste chante (4) : » La vérité est née de la terre), est main- » tenant ombragée es bocages d'Adonis ; » et en la caverne en laquelle jadis Jesus- » Christ petit a jetlé ses cris enfantins , » estoit regretté et pleuré l'amoureux de » Venus. » Voyez-vous à quel propos ce traitteur allègue la jalousie des Juifs, puisqu'on ne dit pas que ce fussent les Juifs, mais les Gentils ; à quel propos il allègue le temps de la ville de Hierusalem, puisque ce fut après son extermination ?

Qui sera donc si désespéré que de mettre en doute cette histoire, tesmoignée par tan t de graves autbeurs , et tous voisins des temps dont ils ont parlé , pour bailler cre-

(Dffnkuuuf.it.

dit à ce contre-diseur, qui après douze cents ans » les vient in ment démentir?

ff Mais , se dit le traitteur, tels a » servent sinon à anéantir la c » ChrisL » Mais quelle insolence ^e cy, d'injurier tant de saincts perc quels la sufTisance est incomparal prix de c«lle de tous ces novateurs

a La saincte histoire (réplique » teur) nous enseigne bien une aut » qu'ont tenue' les ennemis de la ci » ce qu'ils ont rejette la predica » l'Evangile. » Voilà pas une belle Je confesse que celle-là est une a çon qu'ont tenue les ennemis de 1:

mais il ne s'ensuit pas qu'ils n'ayi encore celle qui est reciûée par ces pères ; car Tune n'est pas contrain tre , mais s'entrcsuivent.

Au reste, avant que de finir ce je veux descouvrir un trait de ce ti qui monstre combien il est passion mauvaise foy. Il fait dire à S. At au commencement du livre contre les , qu'après la venue de la croi: l'adoration dos images a esté esté une fausseté bien expresse: car S nase ne parle point là des imag( des idoles. El de fait, comme aun que parla croix toute l'adoration < ges a esté ostée , luy qui, es questi' a escriles à Antiochus, ditexprez rolles : a Certes nous adorons la f » la croix , composée de deux bois

Je sçay bien que le traitteur s< couvrir de la commune opiniastr laquelle les reformateurs veulent nir qu'idole et image n'est qu'une chose. Mais certes c'est une troj ineptie; car par-là on pourroildin sus-Christ est une idole, puisqu'i pelle disertcment image de Dieu criture Si donc image et idole n'es mesme chose , Jesus-Christ , qui e de Dieu , sera idole de Dieu , et • l'adorent seront idolastres. Tout c que blasphesme. .

L'absurdité est toute pareille, dit : « Que les noms des idoles » changez , mais que les choses » meurées au christiani.-me; »

compte-là , ce que nous appelloi Christ ne sera que le Jupiter des

UfBM I, CHAFiniE TH.

esaie de Calvin, Beze, et tels ai furent baplisez parmy les ca- , sous le nom de la Saincte-Trisera fait en realité qu*au nom et u de quelques idoles.

3 aussi bonne grâce quand il met entre l'idolaslrie payenneetTichreslienne fcar il semble que [es se rapportent à cette inten- ;t comme qui diroit une chaleur 1 une lumière ténébreuse. Mais nt à ce poinct de faire leschresistres , et Jesus-Christ idole. La e du mal-talent que ces reformacontre l'Eglise catholique les ofcment que, pour nous courir sus, )ndre dans ces précipices. Mais lit en passant , pour décharger la que Fantiquité nous a faite, du ment et conservation du bois de des calomnies et reproches que traitteur.

idantce n'est pas un petit argur la vertu et l'honneur de la )ix , que Dieu Paye ainsi consere trois cent trente.ans sous terre, pourtant elle soit aucunement ît que les ennemis du christiant fait tout leur possible pour en mémoire , elle leur aye esté cair estre révélée en un temps auutsainctement révérée. Et pour miracle de l'invention et consercettesaincto croix d'autant plus voir conservé deux autres croix, ssent occasion à la preuve miraje Ton eut de la vertu de la troi- ) sont les parolles de S. Paulin :

jit-il , la croix du Seigneur si ips couverte, cachée aux Juifs, )s de la passion , et qui ne fut ^couverte aux Gentils , qui sans euserent et tirèrent beaucoup de )ur redification du temple qu'ils dressé sur le mont de Calvaire, 3 pas esté cachée par la main , à ce que maintenant elle fust quand elle a esté religieusechée? »

nd Constantin reconnoist en ce lirable providence de Dieu : en qu'il escrit à Macairo, selon le isebe, hb. iijdevit. Comtant.y t de Theodoretf libA , cap. 27, là

où parlant de laconservation du sepuMire, et autres saints lieux du Calvaire , il dît ainsi :« Car que la remembrance de la tre»- » saincte passion aye esté si longuement » accablée de terre, ainsi par l'espace de » tant d'années, inconnuëjusquesàceque » le commun ennemy de tous ayant esté » exterminé , elle apparut à ses serviteurs , » pour vray cela surpasse toutes sortes » d'admirations. » Et plus bas : < La • croyance de ce miracle surpasse toute » nature capable de raison humaine. »

Mais à qui revient l'honneur de cette conservation si miraculeuse de la croix, sinon à Jesus-Çhrist crucifié? Elle a pris et beu cette vertu incorruptible du sang de la chair, laquelle, ayant souffert la mort, n*a point veu la corruption : Islam incorrup' tibilem virtutem^ de illius profecto carnie sanguine bibit , quœ passa mortem , non vidit eorruptionem. Ce sont les parolles de S. Paulin ad Sever.

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