‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 14 sur 356 · POUR LE JOUR DE LA CIRCONCISION DE NOTRE-SEIGNEUR · texte numérisé non relu

POUR LE JOUR DE LA CIRCONCISION DE NOTRE-SEIGNEUR

Potifuàm eontummati tunt Hei octQ , ui eireumeidtritur puer, 90ûêimm ett nomen ejui JèMiu,

Luc, 2.

Lfes haiet Joort estant accomplis, l'enfant fut ctreoncis, et fot Dommé lésas.

Les jours , les mois et les années appartiennent toutes à Dieu , qui les a faictes et créées. Les anciens payens avoient tellement accommodé les jours et les années , qu'ils les nommoient et distingaoient selon le cours de la lune, et leur donnoientdes noms propres et appartenans à leurs faux dieux, comme le nom de Mercure, de Mars , de Jupiter , et autres semblables : et cette superstition a passé si avant parmy les hommes , qu*on a eu peine de l*drracber. C'est pourquoy la saincte Eglise la voulant extirper, a dédié les jours aux Saincts , et a mieux aymé nommer du nom de ferie les jours auxquels ils n'eschet point de feste dont elle fa^se l'office , que de les nommer des non^ desquels ces anciens prophanes les nommoient ; et combien qu'ondédie les jours de rannéeauxSainctd, si no laissent-ils pas pourtant d'eslre tous dédiez à Nostre-Scigneur , comme à ccluy qui les a faicts, et à qui ils appartiennent. Et c'est le sujet pour lequel la saincte Eglise luy dédie celuy d'aujourd'huy , qui est le premier , et en iceluy tous ceux de l'année.

Or en ce jour nous célébrons la feste de la Circoncision de Nostre-Seigneur , en laquollo il reccut le sacré nom de Jésus : et le mystère que la saincte Eglise nous propose en cesto feslo est très-beau et admirable . d'autant qu'il est comme une image ou représentation de la circoncision spirituelle que nous devons tous faire pour cstre sauvez; et quoy que 1 Evangile qui se lit en ce jour soit le plus court de tous ceux de l'année, il ne laisse pas néantmoins d'cslre très-haut et très-profond , parce qu'en iceluy est faicte mention du nom sacré de Jésus, qui signiûe Sauveur, et

du sang que Nostre- Seigneur respandit huict jours après sa saincte naissance, afin de nous donner des lors des arres de nostre salut, et de l'amour qu'il nous portoit. Je suivray donc l'Evangile, et vous feray voir par ce discours ce que c'est que circoncision , et comme il se faut circoncir spirituellement; et à la fm nous dirons quelque chose du nom sacré de Jésus, qui Sut imposé à Nostre-Seigneur.

Quant au premier poinct* il faut sçavoir que la circoncision estoit un sacrement de l'ancienne loy, qui representoit le baptesmo, d'autant qu'elle estoit comme une profession de foy de l'attente de l'avenement de Nostre-Seigneur; et ceux qui estoient circoncis cstoicnt nettoyez de la coulpe du péché originel , et par ce moyen, d'ennehïis de Dieu qu'ils cstoicnt par le péché , ils devenoient ses amis et ses enfans. Or, Nostre-Seigneur ne pouvant estrc sujet à la circoncision , il n'esloit point obligé de se soumettre à cette lov, non seulement à cause qu'il estoit législateur , mais encore parce qu'il estoit la pureté mesme , sans tache ni rouille de péché , tres-sainct , sans macule , et fils de Dieu ; ayant esté des l'instant de son incarnation remply et comblé de toutes sortes de grâces et bénédictions, par cette estroile union que l'humanité eut avec la divinité , en suitte de quoy il fut non-seulement comb'.é de la plénitude des grâces , mais son aine fût encore parfaitement glorieuse joUissî>nt de la claire vision de Dieu , de manière qu'il n'avoit aucun besoin de s'assujettir?^ la loi de la circoncision ; et néanmoins il n'a pas laissé , pour se conformer aux autres , de s'y soumettre.

Secondement , la circoncision estoit une

POUR LA CmC0NClSî0!f .

SI

marque par laquelle le peuple de Dieu esloit reconnu et distingué des autres nations , de laquelle Nostre-Seigneur n*avoit aucun besoin , yeu que luy-mesmc estoit la Traire marque , le sceau et Timage du Pèie Blemel ; Qui evm sU splendor gloriœ , ei figura iubêtaniiœ ejus^^). Mais entre plusieurs causes qui ont porté Nostre Seigneur à 8ubir la circoncision , à laquelle il ■'estoit aucunement sujet , il nous sufQra de dire , que c'a esté pour nous donner exemple de la circoncision spirituelle et Intérieure que nous devons tous faire , si ■ODS ¥Oulons estre sauvez.

Or nous devons sçavoir que la circoncilion se faisoilen Fune des parties du corps ^i esloit la plus intéressée et endommaffodu péché de nostre premier père Adam ; et c'est la premitTO remarque que nos anttens pères font sur ce mystère , pour nous ■K)ntrer que quand nous voulons faire la circoncision spirituelle, il faut que ce soit en la partie la plus malade et intéressée de laotcs. Certes c'est un grand malheur que ^osîeurs et presque tous les chrestiens veulent bien se circoncir en quelque chose pour avoir part à ceste feste , mais touteslois ils ne veulent faire cette circoncision qu'en la partie la nioins intéressée.

Par exemple, vous en verrez qui sont abandonnez aux voluptez sensuelles , et q ui eourent après les plaisirs brutaux ; ils voudront faire lu circoncision spirituelle , et pour cela ils tireront volontiers do Targent de leurs bourses , et feront beaucoup d'au- Bosnes. C'est bien fait de circoncir sa bourse et de donner Taumône : quoniam ileemoMyna à morte libérât , et ipsa est fMT purgat peccata , et facit invenire miierieordiam et vitam œtemam (2) : car Taumosne, dit lange Raphaël à Tobie, flelivre l'ame de de la mort, eflaco les pccbei, et fait trouver grâce et miséricorde devant Dieu , qui la recompense do la vie fteroelle. Donc il est vrai quo c/cst une chose très-bonne île faire Taumc^ne ; elle fit utile CD tout temps et en toute saison. • }''.'■% ùe voyez-vous pas que si bien vous Uli/ps la circoncision spirituelle , vous ne Ib laites pas en la manière qu'il faut, d'autant que ce n'est pas voslre bourse qu'il £iat circoncir , ains la partie que vous avez k plus malade. Circoncisez donc yostre

cœur ; retranchez ces discours , cette compagnie, cette conversation, ces amitiez, et autres telles choses qui vous portent au péché , d'autant que c'est par là qu'il faut commencer, si vous voulez faire une bonne circoncision : ce que ne faisant pas, en suivant vos brutales affections , vous pensez toutesfoi s beaucoup faire de donner quelques aumosnes , quoy quo vous persévériez tonsjours dans vostre péché.

Il y en a d'autres qui sont avaricie«ix et cupides d'amasser des richesses ; ils veulent neantmoins se circoncir , et pour cela ilsfontbeaucoupdejeusne9,d*abstinences, de veilles , se chargent de haires , et macèrent leurs corps par de grandes penilences, et pensent, en faisant ctla , cslre des demy-saincts : 0 Dieu ! qu'est-ce que vous faictes ? ces austeritez quo vous practiquez à la vérité sont bonnes ; mais vous no faites pas la circoncision spirituelle comme il faut , d'aulant que vous ne commencez pas en la partie la plus intéressée ; le mal est au cœur, et vous tuez le corps. Il faut donc retrancher tant d'affections déréglées que vous avez pour les biens , honneurs et commodilez de ceste vie; c'est pourquoy mettez hardiment dans vostre cœur le Cousteau de la circoncision , et commencez par là , comme par la partie la plus intéressée qui soit en vous.

Il y en a aussi qui font de longues prières et oraisons , lesquels neantmoins après cela ne foindront point de tremper leurs langues dans le sanj du prochain , par la médisance et detraction : 0 pauvres j;;«^ns, que faites-vous ! vous pense/ ci^îre bien circoncis de faire ces chcsos , et ne vovozvous pas qu'il faut circoncir la lani^ue qui 50 baigne dans lo sa:i;^ du prochain ?

Il s'en trouve encore d'autres, le-quels .' rconcisent bien la langue, et se résoudront de garder un profond silence ; mais nonobstant cela ils vont tousjours grondant, murmurant, et s'împatienlaut en eux-m(>mos : lia ! mes chères âmes, quo faictes- vous? le mal est caché dans le cœur; voyez donc que ce n'est pas tout de circoncir la langue , ains que vous devez encore circoncir le cœur d'où naissent toutes ces impatiences, ces murmures et ces ressentimens , parce que la circoncision se doit tousjours faire en la partie la plus malade ^ et que la circoncision spirituelle consiste à

SERIIO^

sçavoir rechercher les inclinatioQS qui sont eo nous contraires à la raison , afin d'en retrancher et couper toutes les productions; et pour cela il est besoin d*un sérieux et soigneux examen, pour bien recognoistre quelles sont les plus fortes passions qui domincnlen nous, etqui nous fontlepluscommettre d'imperfections, afin de commencer par là nostre circoncision spirituelle.

La seconde remarque que je fais sur le mystère que la saincte Église nous propose en ceste feste, est, que c'estoitune circoncision, et non pas une incision. Il y a bien de la différence entre la circoncision et Tincision , parce que l'incision se fait seulement en quelque membre malade, duquel on ne retranche rien ; ce qui n'est pas de mesme de la circoncision : et cela est une chose nécessaire à sçavoir, d'autant que la plus grande partie des chrestiens, pour l'ordinaire , font des incisions au lieu de circoncisions ; ils donneront bien quelque coup à un membre qu'ils ont malade, mais ils n'apportent pas le Cousteau de la circoncision pour couper et retrancher du cœur ce qui est superflu.

Or, pour mieux comprendre cecy, il faut sçavoir que nous sommes tous obligez do faire la circoncision spirituelle, mais différemment, et non pas également, d'autant que lesevesques, les prostrés, les religieux et religieuses y ont une particulière obligation, et la doivent faire d'une manière plus parfaite que ceux qui vivent dans le monde, à cause qu'ils sont plus particulièrement dédiez au service de Nostre-Seigneur.

Il y a plusieurs chrestiens qui se contentent seulement de couper et retrancher tout ce qui les empesche de garder la loy de Dieu ; et ceux-là vrayment, s'ils la gardent entièrement, seront bienheureux, car ils auront enfin le paradis, puisque pour l'avoir il ne faut que bien garder et observer les commandemens de Dieu. Il y en a d'autres qui se contentent de retrancher et combattre seulement une passion ou habitude vicieuse, mais ils ne laissent pas neantmoins de croupir dans mille autres sortes de péchez contre la loi de Dieu ; or ceux-cy ne font pas la circoncision , ains Une incision , car ils ne vont pas à la partie la plus malade , pour couper ce qu'il faut pour estre vrayement circoncis ; aifis

se contentent de donner seulement un coup à quelque membre qu'ils ont gasté, bien que pour l'ordinaire ce ne soit pas le plus malade ; et neantmoins ils pensent, en fai*sant cela, qu'ils font une entière circonci* sion , d'où vient que vous verrez des personnes qui se vautrent dans la fange et ie bourbier de mille péchez, qui sont liez de mille passions et affections dépravées : si vous leur dites, qu'est-ce qu'ils font , ou qu'ils ont faict? Ils vous respondront qu'ils n'ont point faict de mal. Nous n'avons point dérobé, diront-ils, ny fait d'homicide ; il est vray, mais sçachez que ce n'est pas là tout; il y a bien d'autres péchez que ceux-là, lesquels peut^stre vous avez faicts, ou que vous faites, qui sont aussi dangereux que ceux que vous dites n'avoir pas faicts. «

Dieu n'a pas seulement ces deux commandements en sa loy, ains il y en a encore d'autres qu'il faut nécessairement observer pour estre sauvez ; car manquer à observer un commandement de Dieu, c'est se condamner soy-mesmes aux peines d'enfer. Lorsque Dieu donna sa loy à Moïse, il ne dit pas seulement : celui qui tuë'ra , mourra , ny celui qui desrobcra ; mais il fit encore la mesme menace , et ordonna la mesme peine et le mesme chastiment à l'esgard des autres commandements ; car c'est une vérité indubitable , que jamais personne n'entrera dans le paradis, qu'il n'ait observé toute la loy de Dieu ; je dis toute, et non pas seulement une partie d'icelle ; et celuy qui n'aura faict qu'une incision , c'est à dire, qui se sera contenté d'observer un conunandement, ou deux de la loy, retranchant la mauvaise habitude qu'il avoit à y contrevenir, ne se souciant pas de circoncir ses autres vices ou passions, qui le rendent refractaire aux autres commandemens de Dieu, il sera éternellement damné.

Vous voyez donc bien comme il est nécessaire que tous les chrestiens fassent une bonne et véritable circoncision, mais non pas tous esgalement et d'une mesme façon, ains chacun selon sa nécessité; tous doivent également couper, et aller avec le Cousteau de la circoncision; non-seulement en un lieu , comme ceux qui font des incisions, mais tout à l'entour du cœur, afin de retrancher tout ce qui les êmpeaohede

POUR LA cmcoifcisioif ,

garder la loy de Dieu, et faisant cela ils seront bien heureux , car estant marquez de celle marque de la circoncision spirituelle, ilsseronl recogneus pour enfans de Dieu , et comme tels ils seront enfin colloquez en sa gloire. Mais quant aux personnes consacrées à son service, comme nous autres ecclésiastiques, religieux et religieuses, il est indubitable que nous sommes bien plus obligez à cette circoncision spirituelle que les aolres, et nous la debvons faire non lenlement en la façon que la font les séculiers, ains encore en une manière bien plus parfaite, à laquelle ils ne sont pas obligez , pour n'avoir pas les moyens si propres à cela, comme nous. Cest pourquoy il ne suffit pas que les religieux et religieuses se contentent de couper et combàUre seulement un vice ou une mauvaise inclination , mais ils doivent entièrement retrancher de leur cœur tout ce qui peut déplaire a Dieu, pour petit qu'il soit; et pour cela ils doivent user d'un soin tout particulier à regarder et remarquer leurs imperfections, pour y apporter le Cousteau de la circoncision , qui n'est autre chose qu'une bonne et forte resolution de surmonter toutes les difficultez qui se rencontrent en la practique des vertus.

Les anciens pères, parlant de la religion, disent qu'elle est hospilal spirituel, où l'on guérit non seulement les maladies dangereuses et mortelles de l'esprit, mais encore les plus petites esquelles il n'y a nul danger de mort , d'autant que les religieux se doi- Tent puri6er en icelle des plus petits défiants, qui peuvent empescher ou retarder rame d'avancer, et faire progrès en la perfection , taschant mesme autant qu'il te peut d'oster les causes du mal , en veillant continuellement sur leur cœur, pour voir quelles sont leurs passions, pensées, désirs et afléclions , aûn de circoncir tout ce qui est contraire à la volonté de Dieu. 0 que ceux qui font ainsi sont heureux !

U est vray, direz-vous : mais j*ay desjà tant de fois apporté le cousteau pour couper et circoncir mes passionà ; et quoy que faye desjà fait, ce me semble, tout ce que fay pu, et que j'y aye employé beaucoup de lemps, avec tout le soin et la vigilance qo'il m'a esté possible, je ne laisse pas aeantmoins de sentir tousjours des averû», deagousts et respugnances. Uéi mes

ss

chères âmes, ne savez-vous pas que nous ne sommes point en ce monde pour jouir, ains pour pastir ; attendez un peu que vous soyez au ciel , et vous aurez une paix parfaicte, et un contentement entier, d'autant que vous serez alors exemptes de sentir les mouvemens déréglez de la nature viciée , et corrompue par le péché, et posséderez une tranquillité et un repos perdurable, parce que c'est là où l'on doit jouïrde la paix , et non en ceste vie, où il faut pastir et se circoncir, et celuy qui seroit icy sans passions ne pastiroit pas, ains il jouiroit, ce qui ne peut estre; car tant que nous vivrons, nous aurons des passions, et n'en serons jamais quittes qu'à la mort , selon l'opinion des docteurs, receuë de toute l'Eglise. Mais de quoy nous mettons-nous en peine, puisqu'au combat de telles passions et émotions gist nostre victoire et triomphe?

Je sçay bien qu*il y a eu quelques hermites et anachorètes en la Palestine, qui ont tenu l'opinion contraire, asseurans que l'homme, par la soigneuse et fréquente mortiûcation, poUvoit arriver jusques là, que d'estre sans passions , ni émotions de colère, en sorte qu'il pouvoit recevoir un soufflet sans rougir, estre injurié, mocqué et battu sans le ressentir : mais cette opinion a esté condamnée comme fausse et rejetée de toute l'Eglise, laquelle a déclaré que tant que l'homme vivra sur cette terre, il sera tousjours sujet à avoir des passions, et sentira tousjours en la partie inférieure de son ame des tremoussemens de colère, des soulevemens de cœur, des affections, inclinations, respugnances , desgousts, aversions, et telles autres choses contraires à la raison. Et ne se faut jamais estonner si quand l'on nous dit nos fautes, ou que l'on nous reprend, nous sentons à rinstant que la colère s'émeut en nous ; et si nous avons des desgouts et respugnances sur les choses qui nous arrivent, ou qui nous sont faictes, contraires à nos inclinations ; ny moins, si nous avons des volontés propres, qui nous font désirer plustost une chose qu'une autre. 0 non certes, car tout cela sont des passions qui nous sont naturelles , lesquelles ne sont point péché en elles-mesmes : et ne faut pas pcnser,quand vous sentez tous ces mouvemens s'esiever en la partie inférieure de vostre ame, con*

ire vostro volonté, qoo vous pediiez et of* fensicz tant soit peu, et pourveu que vous ne fassiez rien ensuite, car il ne dépend pas de vous de n*avoir point ces sentimens.

Plusieurs se trompent grandement en cecy, pensant que la perfection consiste à ne rien sentir, et des qu'ils sentent quelque rébellion ou soulèvement des passions, il leur semble que tout est perdu : bel ne voyez-vous pas que cela n'est pas la par^ lie la plus malade, et que ce n'est pas cela qu'il faut circoncir, ains ce qui se fait en suite de ces mouvemens. Posez dono le Cousteau de le circoncision sur ces paroles de ressentiment et d'impatience : et vous, é mondains, circoncisez ces blasphèmes, ees juremens, ces paroles injurieuses et de detraction, qui naissent de ces mouvemens de colère, qui sont véritablement péchez, et maladies mortelles : circoncis sez encore ces haines du prochain, et ces pensées de murmure entreieneuës volontairement dans le cœur, les jours, les sefiiaines, les meSs et les années toutes entières. Et vous, mes chères âmes, qui têtes plus spécialement dédiées à Dieu, circoncises ces respugnances volontairement fomentées sur les obéissances contraires à vos inclinations : allez tout à Tentour du oœur, et regardez soigneuse* ment vos passions et affections desreglées, tranchez et coupez nettement et entièrement ce prépuce, ne vous contentez pas de faire^ seulement des incisions, comme ibnt ceux qui sont dans le monde, mais faites de bonnes circoncisions spirituelles •i intérieures.

La troisiesme remarque que Je fiais sur l'Evangile de ce jour, est qu'en l'ancienne )oy, celiiy qui estoit circoncis ne se circoncisoit pas luy-mesme, mais il estoit cir- * éoncis par la main d'autruy : or Nostrefteigneur, qui se vouloit en tout et partout conformer aux autres, et s'assujettir à la loy sans aucune exception, voulut aussi estre circoncis, non par soy-mesme, mais par la main d'autruy ; ce qu'il a voulu faire pour nous donner exemple, et pour nous montrer qu'encore que ce soit une chose très-bonne de se circoncir soy-mesme, il est neanlnioins beaucoup meilleur d'estre circoncis par la main des autres. Certes, lV)n8çait assez combien sont reeommandablea éea ancieBs bermileè et

anachorètes qui vhroient es déserts, et es quelle estime il les faut avoir, pour les admirables triomphes et victoires qu'ils ont remportez sur le diable , le monde et la chair, en se mortiGans et cireoncisans euxmesmes, aidez à ce faire par la grâce de Dieu, suscitez et poussez par Tinspiration du Sainci-Bsprit, et de leurs bons anges. Mais aussi il est certain que la circoncision que nous souffrons nous estre faicte par les mains d'autruy va au-dessus de la leur, et est bien plus parfaicto, parcs qu'elle est plus douloureuse, et partant plus recommandable ; et Dieu veut que nous souffrions ceste circoncision en laquelle sans doute il y a beaucoup plus d% perfection, et de mérite, qu'à celle que nous faisons nous-mesmes. Et bien que les vrays religieux soient tousjours en attention et veillent continuellement sur leur propre cœur, pour voir ce qu'il faut retrancher et mortifier afin de se circoncir eux-mesmes, cela neantmoins ne les empesche pas de vouloir estre circoncis par les mains d'autruy, bien que ceste drooQ« dsion soit plus sensible et difficile à sup» porter que l'autre.

Vous verrez des personnes qui sont naturellement orgueilleuses, fieres et hautaines; elles voyent bien qu'il est du tout nécessaire de circoncir cette passion, d'autant qu'elle leur cause un grand empeachement à la grâce de Dieu, et pour cela, lorsqu'elles sont en l'oraison, elles ressentent en leur cœur un grand desirde faire cette circoncision, et retrancher ce deffaut, et se mettent après à y travailler avec tant de ferveur, qu'il semble que les practiques d'humilité ne leur coustent rien.

Voulez- vous sçavoir d'où cela procède?

C'est que tout ce que nous faisons de noiiamesmes, par nostre propre choix et esleotion, nous apporte tousjours beaucoup de satisfaction, et ne nous couste quasi rien, tant les subtilitez et inventions de miatre amour propre sont si grandes : mais si en ce temps-là quelqu'un vient à leur dire leurs deffiauts, ou leur faire la correction» ou s'il arrive qu'on les contrarie en quelque chose, 6 certes, tout est perdu I le t>ang se remue, l'on est troublé, l'on ne peut supporter cela, l'on n'a plus de répliquée pour faire entendre et valoir ses raisona pour ae justifier. Voaaveyeadoqccorobieii

POUR LA cmcoRcisioii.

l fnx nécessaire pour noBtre perfection ^m tulre |M-oniBe en mnln le oooiteau IMffMnn ehneoncir, carilsçaitbien mlem ol Ate faut mettre que nous-mesmes.

Vil ponr noistre Instraction Je veux don ce subjc^t par une histoire admirable di te Genèse, où il est dit qn'nn jour IiRibiTec tous faes enfoos, et sa famillei liilQOier se^ tenles et ses pavillons près Staline de IHcheiii ; or, il avoit une fille ■ffimfepîn^ auî Mtpitflbrt belle, laquelle M taltemenlb porlée de corioBité de voir «B^tîHe Toypile, iju^onjour elle s'y en Alffoipener toute seule; et comme elle AiBH^oîi à oonwderer et regprder dp tons ffltfi \fi% beautez et singularltez de cette IwdeYÎUe^il errira que le Jeune prince é SAÔn, fils du ro7 Bemor, se mît en ame temps à regarder par la fenestre, Kioyaiit cette jeune damoîselle douée tae tres-Tsre beauté, il en fut 9i espris

eto fii B0ud9ii| pnlever; ce qui luy fût tant plus facile, que les grands troulet Uiusjoarp ^ssex de personnes qui les Inrîaeal e^ leurs mautais desseins :

Mmî 0lle ta% non seulement enlerôe, mais oiom âMboDOrée par ce jeupppnnce, cp qrf sdliges gnindentent son bon p^re JjK« pob, et aas frerps, parce que le roy Hemor etb prisée 3idiam son fils n'estoient pas de leur nation, et ne gardoient pas la )oy 4a licIrcpDCùwn : mais le roy Hemor sçadystceis, et oognoissant combien son fiJs eloitumonreux et passionné de cette fille j csr )*BÉ(Criture dit que Tame de Sicbem esloit collée à eelle de Dîna, et eonglutimi0 m iSsIsMi 4^ ewn mi, il résolut de hlaj dosner as mariage.

Hais, à Dieol que les amours du mondie Mit foiblea et dp peu de durée! certes, Fos peut dire qu*iis naissent et périssent aa neame temps; ce qiM n'est pas ainsi de ramour de Dieu, car U dure tou^ourd eC aa sort jsaiais de l'ame où il est une fois aillé, ai elle 00 le quitte volontairement^ fusiiéaat et liant arec sa diviqe majesté, nos posr deus on trois jours seulement, flOHse Fampur mopidain, mais pour une Hsrnilé, astralasast l'ame (des délices et dopeesrsde Tai^ ?ie; tout au contraire de est smonr damoable et mondaii^, leqaal n*a pour soo entretien que c|es mugatltmea pt ypttsriea. Le roy, cogpoiaent l'sflédion'ds «pi> Aa pour jWjtf, et

voyant que , pour satisbirii ft aondeair et contenter aa passion, il felloit en venir jusques-id que de les marier ensemble, î} s'advîsa de traiter cette aOalre avec îaobbi et le fit appeler pour se trouver en une as? semblée feicte pour ce sujet, où Ton an« porta tant de raisons, qu'il fut enfin resofn de faire ce mariage ; mais c'est chose ep? trange des inventions et malices de Teih prit de rhomnie; Sim^n et Levif fii^rw de Dina, sçacbans que Jaccril) leur pera traictoitde marïer lepr sfnur pvec le primsn Sichem, offensez et piquez du deslipnncfff qu'i) luy avoit fait, s'advispreot dp propi^i ser une chose au roy, sans laquelle jh i^ consentirolent point à ce mariage, qui ept toit, que s'il vouloir faire allianP^9vacei^ et que leur fils epous^st leur m«ir, ils 4pi mandoient que jou^ |e peuple fust ciricps* ds, sur quoy il y p^t de grtindps difflcpb tes; mais enfin, pprpsbepujDpup4e raisom r^resentées de p^r» et d'PH^re, il fvt n^r solu de proposer |p circoncision a toi^t |f peuple de la terre de Sichem. Tout ce pe^si pie estant donc assemblé m \\m prpfii pour fairp Ips copsultations, la cirpoppk sipn leur fût propoBée, mais ayeo faut p( de si fortes raisons pour les esmoffvoir % fsire ce que le roy desiroit, afin decosi» tester la passion de son fils, qu'ils y coq.-* sentirent tous pour luy pompjairp souJef ment : mais comme ces^ circoncision es* toit grandement douloureuse, et que Ip plus grande partie des humme^ en mou** roient, ou en deme^iroient tellement aCfoi* blis, qu'ils estoientà demy morts, Siipeoi^ et Levi, frères de Dina, après que ce paut vre peuple pu^ esté circoncis, entrèrent en cottp y||le et en firent un cruel carnage, met^nt tout à fei^ et à sang pour se yent gpr f4u tort que |p prince ^ichem, fils dif roy Hemor, avoit fuict é leur wmc. Or, mes trcs-pbere^ arues, que tirorbns*nous de cette histoire pour nostre instruction? remarquez un peu, je vous prie, radmi# rable souplesse et subjeciion de ce peuplpi à condescendre à la volonté du roy, subr jection qu'i|s firent paroistre pu pcquiesr çant si linrement «son désir, fpe^aijif |pur vie au hazard, sans ^utre poM^^reMoi^ que d'pbliger et |pira plajsi^ au )lils df roy.

0 Dieu ! ppres œto» serons^iotts bien si lasches décourage, que de fuir 9P9(fP4ir-

zé

SERirON

concision spirituelle, voyant aujourdliuy Qostre divin Sauveur s*assujeltir à cette rade loy de la circoncision , pour nous donner exemple ; il nous invite en respandant son sang , non point de respandre le nostre , mais seulement de respandre nos cœurs et nos esprits devant luy, et par une entière soubmission à sa tres-saincte volonté; et nous luy refusons ce devoir?

Quoi , souffrirons-nous qu*il nous ijovite à la circoncision spirituelle, non pour son profit et plaisir, ains pour nostre salut , et que nous refusions après cela de faire ce qu'il nous demande? Aurions-nous bien le courage de voir ce peuple de Sichem se éoubmeltre à cette rude loy , seulement pour faire plaisir au fîls du roy ; et que nous autres soyons si lasches ettiedesen Famour de nostre divin roy , que nous ne voulions pas à son exemple nous humilier, et assujettir nos esprits à faire et souffrir des choses sans comparaison plus faciles et aisées , que ce qu'il a faict et enduré pour nous?

Achevons maintenant en disant un mot du nom qui fut imposé à Nostre-Seigneur : TEvangile de ce jour dit que Jésus, qui veut dire Sauveur , fut son nom. Ce fut certes très à propos qu'on luy donna le nom de Sauveur au jour de sa circoncision : car il no pouvoit pas estre Sauveur sans respandre son sang , il ne pouvoit pas donner son sang sans estre Sauveur. Il pouvoit bien sauver le monde sans respandre du sang , quant à l'effet, mais non pas quant à Taffection qu'il nous portoit : il pouvoit bien satisfaire à la justice divine pour tous nos péchez par un seul soupir de son sacré cœur ; mais non pas pour satisfaire à son amour, lequel vouloit qu'en prenant le nom de Sauveur il conunençast à donneij de son sang , comme des arrhes de celuy qu'il devoit respandre en sa passion pour nostre rédemption. Le nom de Sauveur luy a donc esté donné tres-justemcnt au jour de la circoncision , d'autant que, comme dit le grand apostre en l'Epistre aux Hébreux, sine sanguinis effusione non fit remisaio (4) , il n'y a point de rémission, c'est à dire de salut et de rédemption sans effusion de sang, et Nostre-Scigucur se faisant appeler Sauveur et Re* dompteur des hommes, il commence, en

mesme temps qu'il prend ce sacré nom , à payer nos de b tes, non d'autre monnoye que de son précieux sang.

Nostre-Seigneur, disent nos anciens pères, entre les divers noms et tiltres qu'on Ini donne , en a trois , qui luy appartiennent souverainement , et lesquels ne peuvent estre attribuez ny donnez à d'autre qu'à luy : dont le premier est celui de son estre , qui luy appartient si souveraine» ment, qu'il ne se peut attribuer à nul autre ; par lequel nom il se cognoist luymesme par luy mesme , et voit que luy seul peut dire en vérité : Ego sum , qui ium(^ ) ; je^uisceluy qui suis. Le deuxiesme nom est celuy de Créateur , qui ne peut estre aussi attribué qu'à Dieu seul, car nul ne peut estre Créateur que Dieu tout puissant; et dans ce nom il se cognoist non seulementsoy-mesmeparsoy mesme, mais il se cognoist encore dans ses créatures; et spécialement dans celles qu'il a créées à son image et semblance.

Le troisiesme nom est celuy de Jésus , c'est à dire de Sauveur, qui est un nom lequel semblablement ne peut appartenir qu'à Notre-Seigneur; car nul autre que luy ne pouvoit estre Sauveur.

Mais outre ces trois noms, il y en a encore un autre qui est le nom de Christ , qui veut dire grand-prestre eloincldeDieu, Tu es sacerdos in œternum (%); vous estes le grand-prestre éternel , dit David , parlant à Nostre-Seigneur en ses pseaumes.

Or , nous autres chrestiens participons à ces deux noms de Jésus et de Christ, d'autant que le nom de chrestien est venu de celui de Christ, qui signifie oinct d'une onction sacrée, à laquelle nous participons tous quand nous recevons les sacremens, par lesquels cette divine onction de la grâce est respanduë dans nos âmes par le Sainct-Esprit; mais quand nous serons au ciei, nous participerons à celuy de Sauveur, c'est à dire, que nous jouirons du salut que Nostre-Seigneur nous a acquis par sa mort et passion, et serons appelez les sauvez.

0 que nous serons heureux , si à l'heure de nostre mort, et pendant nostre vie, nous prononçons souvent et amoureusement ce nom sacré de Jésus, car il sera comme le mot du guet , qui fera que nous aurons l'entrée libre dans le ciel, parce que le nom

(i) bod. iik — (t^ nai. ou.

POUR LA YEILLfi DES ROIS.

de Jesas est le nom de nostre rédemption. Heureux, certes! seront ceux qui le prononceront souvent et dévotement, et avec «n profond ressentiment d*amour envers ceioy qui nous a sauvez par son sang el par sa passion ; car ceux qui le nommeront bien seront indubitablement sauvez. Nous devons donc , mes chères âmes , avoir un grand soin de bien prononcer ce nom sacré pendant nostre vie , puisqu^il a esté donné du Père éternel à son fils, afin qu1l nous sauvast tous. 0 que nous pouvons bien dire avec le grand apostre , que ce nom sacré est par-dessus tout nom , et domnii illi nomên quod est super amne M4imen, O que ce nom est doux et suave I

c*est un baume divin, propre à guérir ton» tes les playesde noslre ame, c'est à ce sacré nom que tout genoUil se doit fléchir, an ciel , en terre et dans les enfers, utinnO" mine Jesu omne genu flectatur cœles^ (tum, terreslrium etinfemorum.

C'est ce tres-sainct nom qui réjouît les anges, sauve les hommes, et fait trembler les diables. Il nous le faut donc bien graver dans nos cœurs et dans nos esprits, afin que le prononçant fréquemment, le bénissant et honorant en ceste vie, nous soyons dignes de chanter éternellement dans le ciel , avec les bienheureux esprits : Vivi Jissus I viv£ Jésus I Amen.

SERMON

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