‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 15 sur 356 · POUR LA VEILLE DES ROTS · texte numérisé non relu

POUR LA VEILLE DES ROTS

BffiÊmeto muiem Berode , ecee Ànçttui Domini mppar^U <» twmmi» Joseph in JEgypto , àiet%i : SwTfê, et Mcipe puerum ti tMirem ejut , et ftadê in tmrmm lirael : defuneli tunt enim qtd fwtrsèM»! mUwMm pueri. Matt. ii, t. 19 et 20.

Après U mort «fHérode, l'ange do Seignear apparut en songe à S. Joseph en Egypte, luy disant: Leve-toi , prends Tenfant et la mère , et t'en Ta en la terre d'bradl; car celai qui cberchoit l'enfant pov loi oster la vie est mort.

Encore que toutes les festes que nous avons dans l'Eglise catholique , ayant esté instituées pour honorer Dieu d'une manière toute particulière, et pour entretenir et animer toujours de plus en plus la prière des fidelles, il faut avoiier qu'il y en a quelques-unes qu elle célèbre avec beaueoop plus de solennité et de dévotion que les autres.

Celle qui nous remet en mémoire Tadolation des trois roys , et qui nous reprelente le grand et admirable mystère de la location des gentils à la foy de Jesus- Christ en est constamment une des principales. Et c'est une chose digne de remarqoe, que l'Eglise, qui a de grands desseins dans les moindres choses de sa conduite , ■e se contenle pas de commencer Toffice de cette festede TEpiphanie des la messe data vigiiey où elle nous fàict lire l'Bvan-

gile qui traicte du retour de Nostre-Sei« gneur en la terre d'Israël après sa fuite en Egypte; mais elle le faict commencer des les vespres qui précèdent celte vigile.

Gedeon estant dans une exlresme affliction pour la rude et pressante guerre que lui faisoient les Madianites ses ennemis , lesquels l'avoient environné de toutes paris; Dieu, la bonté duquel est incomparable, en eut compassion, et luy envoya un ange pour le consoler, lequel l'ayant abordé luy dit ces paroles : Z>aintftu« lecum, virorum fortissime , Je te salue , ô le plus fort des hommes, car le Seigneur est avec toy. Lors le pauvre Gedeon , fort pressé de son affliction, luy respomiit : S'il est vrai ce que tu dis , que le Seigneur est avec moi , comment suis-je environné de tant de misères? Nous en pouvons bien dire autant aujourd'hui ; s'il est vray que la tres^nto

SERHOff

Vierge et 8. lofieph ont Nostre-Seigneur ftvec eux , pourquoy donc les voyons-nous si remplis de crainte, qu^iis ont pris la fuito, pour l'appréhension qu*iis avoient d*UD homme mortel, ayant avec eux le Dieu dont la majesté et puissance est infinie , et par Tordonnanee duquel toutes choies se font?

La raison de cecy est , que Nostre-Seigneur, venant en ce monde , ne voulut aucunement user de son pouvoir et de son authorité , ni faire cognoistro ce qu'il esloit. se montiant en tout sujet aux loii de Tenfance, ne parlant qu'en son temps comme les autres; et luy qui , non seulement en tant que Dieu , sçavoit toutes choses , mais aussi en tant qu*hommc , celte grâce lui ayant esté infuse des Tinstant de sa conception , en laquelle il fut rempli d*une science parfuicte , à cause de Tunion de la divinité avec Thumanité, ne voulut neantmoins la faire paroistre en aucune chose, jusqu'à Taage de douze ans, qu'il fit estonner et esmerveiller les docteurs l'ayant entendu parier dans le temple, lorsqu'il fit paroistre un petit escbantillon de cette science divine et incomparable qu'il avoit, mais depuis son enfance jusques alors , et depuis ce temps-là jusques à ce qu'il commençast à prescher son Evangile, il Ta tousjours tenue close et cachée sous un profond silence. Hé Dieu 1 que lui cust= ilcousté? luy qui aimoit si chèrement sa tares-sacrée mère et S; Joseph^ son père nourricier , de leur dire un petit mot à l'oreille, pour les adverlir qu'il falloit qu'ib évitassent la furie d'Herode , en s*en allant en Egypte , mais qu*ils n'eussent point de crainte , d'autant qu'il ne leur arriveroit aucun malheur. Ne pouvoit-il pas aussi les ad ver tir qu'ils s'en revinssent en Israël, et qu'Uerode qu'ils craignoient estoit mort? Û ne le fit pas neantmoins, ains attendit que l'ange Gabriel vint révéler à S. Joseph qu'il le falloit faire, en quoy il fit paroistre un admirable abandonnement, ae rendant des lors le parfait exemplaire de tous les hommes, mais particulièrement de ceux qui sont en Testât de perfection , comme sont les religieux et les prélats , quoy que différemment: car les religieux sont en Testât de perfection , c'est à dire en un estât propre à se perfectionner; BDaia les preilals doivent non-seulement estre en Testât de

( perfection , pour Tacquerir comme font les religieux , ains ils la doivent desja avoir acquise.

De mesme la vie deNostre-Seigneurdolt eslro distinguée en deux parties : la première est le modèle et le patron des religieux, qui est celle qu'il a menée depuis sa naissance , jusqu'à ce qu'il commençast Tœuvre de nostre rédemption , c'est â dire qu'il commençast sa prédication ; car TEvangeliste S. Luc dit expressément qu'il demeura tousjours pendant ce temps f>u^iject à ses parons , et erat subdilus illis. Mais des lors qu'il eut commencé à enseigner et prescher, il flt toutes les fonctions appartenantes aux evesques, instituant les sacremens sur l'arbre de la croix , où il offrit ce sacriBce sanglant de soy-mesme , ayant auparavant institué le sainct sacrement de Taulel en la dernière cène qu'il fit avec ses apostrcs , qui est semblablement un sacrifice non sanglant.

Poursuivons nostre discours. et considérons comme Noslre-Seigneur s'est rendu le vray et parfaict exemplaire de la vie religieuse, pendant tout le cours de sa iressainfite vie , et voyons en quelle abnégation de soy-mesme il a tousjours vescu, ma*s spécialement durant son enfance, quoyqu'il fust Dieu.

El, pour mieux comprendre cette abnégation, nous en ferons trois poincts, que j appliquerai aux trois vœux , de pauvreté, chasteté , et obèïssanoe que font les religieux.

Or, pour commencer par l'abnégation des biens de la terre , se peub-il jamais voir une pauvreté plus desnuée que celle de Nostre - Seigneur ? Voyex premièrement comme des sa naissance il renonce à la maison de son père et de sa mère , venant naistre en une ville , laquelle si bien lay appartenoit en quelque façon , estant fils de David ; neantmoins il renonce tellement à tout, que le voilà réduit dans une pauvre estable, destinée pour la retraite des bestes, en laquelle estant nay , il fut couché dans une crèche qui lui servit de berceau ; et après , quelles nécessitez pensez- vous qu'il souffrit pendant son voyage d'Egypte, et tout le temps qu'il y demeura? Êutin sa pauvreté fut si grande, qu'elle passa jusques a la naendiciié, selon Topiuiun de quelques docteurs , et n'eàtoit nourry que

POUR LA tKILU DES ROIS.

d*atiiiio8tie8 ; car ehaoun sait bian que les beaut-peres ne sont pas obligés de nourrir leaenfans de leurs femmes; et neantmoins M ostre • Seigneur n*estoit nourry que du travail de S. Joseph et de celuy de sa tressaincte mère, qui gagnoient leur vie à la aoeiir de leur visage , ce divin enfant ne pouvant paa en ai bas aage gagner la sienne.

Mais pour mieux voir sa grande pauvreté , quand il fut question de retourner d'^ypte après la mort d'iiérode , sMls eussent eu quelque bien en Israël , S. Joseph a'eust pas mis en doute s'ils retourneroient en Judée , ou s'ils iroient en Israël ; mais parce qu'ils n'avoient rien, ou fort peu de chose , ils ne savoient de quel costé aller. Davantage, l'amour que Nostre-Seigpeur portoit à la pauvreté luy Gt prendre tt garder tousjours le nom de Nazareth, d'autant que c'estoit une petite ville si pauvre et si roesprisée , que Ton ne croyoit pas (comme dit Nathanaël à sainct Philippe ) qu'il pust venir quelque chose de hoB , ou sortir quelque grand personnage ëe Nazareth. A Nazareth potest aliquid himieêêe (4) t Et bien que Nostre-Seigneur eust pu se faire appeler de Bethléem, ou de Hienùnlem, il ne le voulut neantmoins ja- Buis faire , tant pour cette cause que pour d'autres que nous dirons bien-tost.

Passons maintenant au second poinct , que j'applique à la chasteté , et voyons comme Nostrc-Seigneur a tousjours vescu dans une abnégation tres-entiere de tous. les plaisirs sensuels, quoy qu'il eust une pureté incomparable. Considérez un peu comme des son entrée au monde il priva ses sens de toute sorte de plaif^irs, et premièrement en l'attouchement il ressentit un froid extresme.

Vous sçavez la révélation que Ste Bripà» eutde la naissance deNostre-Seigneur, ftcomroe elle dit , que Nostre-Dumu estant en une grande abstraction et recueillement intérieur , elle vit en un instant ce divin eofiint couché sur la terre tout nud tremhiottant de froid ; et que soudain l'ayant •doré , elle le prit avec une extrême révérence , et l'enveloppa dans do pauvres langes qui ne le pouvoient pus garanlir do HMiffrir la rigueur du froid. Venons à l'odont. Vray Dieu l quelle suavité et quel

ma.

parfum pensez-vous qu'on puisse avoir dans une estable? fit si nous voyons que les roys de la terre, quand leurs enfans naissent, quoy qu'ils ne soyent que des hommes misérables et mortels comme les autres , l'on met tant de parfums et Ton fait tant de cérémonies pour honorer leur naissance , hé Dieu , mes chères âmes , que ne debvroit-on pas faire pour honorer oa divin Sauveur, qui n'est pas seulemeni homme , ains Dieu et homme tout ensem* ble,et neantmoins il ne se fait rien de tout cela. Quelle musique pour recréer son ouïe ? ayant auprès de luy un boouf et un asne pour magnifier la naissance de ce- roy céleste. Enfin il ne trouve rien qui luy puisse donner du contentement ou de la récréation , que cette liqueur céleste du sacré et divin laict que sa tres-beniste mère luy faict Urer de ses tres-pures mammelles ; car il faut confesser qu'il estoil meilleur sans comparaison que le vin le plus délicieux qu'on puisse jamais rencon» trer , ce qui recréait un peu le §oust da oa tres-sainct enfant.

Mais quant au troisième poinct de l'abnégation de soy-mesme, qui regarde To^ beïssance,qui est-ce qui est jamais parvenu à un si entier et parfaict renoncement, pour se laisser conduire à la volonté de ses sup»- , rieurs, que oe divin enfant? 0 Dieu I que c'est bien en ce poinct qu'il s'est montré vray religieux : S. Joseph et Nostre-Dame luy tiennent la place de supérieurs; ils le meinent et le portent d'un lieu en l'autre : il les laisse faire, sans jamais dire un seul mot. Mais il passa encore bien plus avant, se rendant obéissant à la nature mesme, ne voulant faire ses croissances, ny parler, que comme les autres enfans. 0 abnégation nompareille de ce divin Sauveur! estant en son pouvoir de faire des miracles par luy-mcsme, il n'en faict point; et si bien il s'en faict en sa nativité autour de luy par le chant des anges, qui advertissent les pasteurs de le venir adorer; et en la ';onversion des gentild , par les trois roys qui le vindrent voir et recognoistre pour leur Dieu. Toutes ces merveilles se font par le ministore des anges, ou par le moyen d'une estoile extraordinaire; mai^^ en sa personne et en son extérieur, il ne se montre estre autre cliose qu'un pauvre petit aniànl subjei aux infirmités et mi-

SERMmi

sercs de la nature comme .es autres, luy de qui les anges sont illuminez et éclairez, et par qui ils entendent et comprennent toutes choses, ne faict point de révélations, ains attend que S. Gabriel les iYîcnne faire à son père nourrissier, ainsi que nous voyons en TEvangile de ce jour. Faut -il fuïr devant Uerode? il n'en dit mi)t, ains attend que cet ange, destiné pour la conduite de sa famille, le vienne dire et ordonner ; de mesme après la mort d'Herode, pour s'en retourner d'Egypte en Israël , il n*en dit rien. Ne pouvoit-il pas bien dire à S. Joseph, ou à Noslre-Dame : Vous pouvez retourner en Judée quand il vous plaira , car Herode, que vous craignez, est mort, neantmoins il ne le faict point, mais attend que l'ange le vienne révéler à S. Joseph. Ne voilà pas une merveille très-grande, que ce divin enfant aye tellement renoncé et abandonné le soin de 8oy-mesme pour se laisser conduire selon la volonté de ses supérieurs, qu'il n'aye pas voulu seulement dire une petite parole pour advancer leur départ?

0 que ce document est remarquable I Nostre-Seigneur est remply de toutes les sciences, il sçait toutes choses, car des i*instant de sa conception il reçeut une parfaite cognoissance de tout ce qui avoit esté, qui estoit et qui seroit; et neantmoins .'1 ne dit pas un seul mot , mesme à sa saincte mère, gardant un continuel silence pour ne luy point tesmoigner sa science. 0 qu*il practique bien le contraire des hommes du monde ; car, pour Tordinaire, s'ils ont une once de science , Ton ne les peut tenir de parler, tant ils ont envie de se faire estimer sçavans.

Or puisque Nostre-Seigneur est venu en ce monde pour nous donner un parfaict exemple de Tabnegation de soy-mesme, il est bien raisonnable que nous Timitions et allions après luy, pour conformer (autant ffoi'W nous sera possible) nostre vie sur la sienne. Et c'est le sujet pour lequel , mes chères filles, vous venez maintenant vous présenter pour estre religieuses, car sans doute vous avez dit eu vuus-mesmes : si mon Seigneur et mon Dieu a bien voulu renoncer aux richesses, à sa patrie, et à la maison de ses parens, pour l'amour qu*il portoit à la pauvreté ; hé 1 pourquoy donc, à son imitation , ne le ferons-nous pas? et

8*n a renonce a tous les plaisirs de la terre, et à soy-mesme, et s'est assujetty à Tobeï»sance pour l'amour de nous, afin de nous montrer combien la vie religieuse, où tout cela se practique, luy est agréable, pour^ quoy ne Tembrasserons-nous pas pour luy agréer? Non , dites- vous, nous ne quittons pas le monde seulement pour acquérir 1» ciel , car les personnes qui y demeurent le peuvent gagner en vivant dans l'observance des oommandemens de Dieu, ains pour accroistre un peu plus nostre charité et nostre amour envers sa divine bonté.

Mais pour revenir à ce que j'ay dit , que Nos^re-Seigneur se fit appeller Nazaréen, je remarque qu'une des principales raisons pour lesquelles il prit et retint tousjoursce nom , outre celle que nous avons dite, est parce qu*il signifie fleur, ou fleury : hal que c'est tres-à-propos qu'il s'appelle fleur, car n'est-ce pas l'odeur de cette divine fleur qui attire ces âmes à la suite de ses parfums (4)?

Une autre raison que je remarque encore , et que je ne feray que toucher en passant, pour laquelle Nostre-Seigneur se fit appeller de Nazareth, est parce que celte ville estoit le lieu de sa conception, qui est une chose que les hommes ne peuveut faire, d'autant que tandis qu'ils sont dans le ventre de leur mère, l'on ne sçait quelle issue' ils auront, et s'ils viendront au monde morts, ou vivans, l'on ignore entièrement ce qui en arrivera : mais il n'en estoit pas ainsi de Nostre-Seigneur; c'est pourquoy il a pris le nom du lieu de sa conception, parce que des cet instant il fut homme parfaict.

Revenons à nostre seconde raison , expliquons un peu plus particulièrement la cause pour laquelle Nostre-Seigneur a voulu estre appelle de Nazareth , qui vaut autant à dire fleur : et , pour mieux comprendre cecy, écoutons ce qu'il dit au Cantique des cantiques (2), Ego sum flos cam" pi , et lilium convaUium : Je suis la fleur des champs et des campagnes, et le lys des vallées. Mais quelle fleur des champs estesvous. Seigneur? certes quand il dit : Je suis la fleur des champs, l'on doit entendre la rose, parce qu'elle excelle toutes les autres fleurs en odeur et beauté, Or vous sça-

(1) Cuit. I. — (I) Caal. II.

POUR lA VEILLE . DES ROI.

vex qo*n y a deux sortes de fleurs, les unes qui procèdent du bois, et les autres qui ont leur tige d'berbe : entre toutes celles qui procèdent du bois, la rose emporle le prix, ainsi que faict le lys entre toutes celles qui ont leur tige d*herbe ; et les diverses proprietez et excellences qui se rencontrent es roses et es lys, se retrouvent admirablonent bien en Nostre-Seigneur , ainsi que nous dirons maintenant.

La première propriété que je remarque en la rose, est qu*elle croist sans artifice, et D*a presque point de besoin d*estre cultivée; aussi voyez-vous qu'on ne cultive point celle qui croist aux champs ; etquoy que son odeur soit extresmement suavtf k»^u*elle est fraiscbe, toutesfois elle est beaucoup plus forte quand elle est seiche : œ qui nous représente merveilleusement bien que cette divine fleur de Nostre-Seigneor, qui est sortie de la très -Sainte Vierge, ainsi qu*il a esté prédit par Isaïe, qu'une fleur sortiroit de la verge de Jessé, Ègredietur fio$ de radiée Jesse (4), quoy qu'il aye exhalé des parfums d'une admirable odeur et suavité tout le temps de sa tres-saincte enfance, et pendant tout le cours de sa vie ; neantmoins si faut-il advouer qu'à l'heure de sa saincte mort et passion , comme une rose seiche , fanée et flestrie par les tourmens qu'il endura , il a exhalé une odeur beaucoup plus forte pour attirer les âmes à la suite de ses parfums.

Secondement, je considère qu'il n'est pas seulement appelle la fleur des champs, mais aussi le lys des vallées. Chascun sçait bien que la beauté du lys consiste principalement en la blancheur ; or que cette blancheur se retreuve par excellence en Nostre-Seigneur, personne n'en peut douter, d'autant qu'il a tousjours eu une pureté et candeur si relevée au dessus des anges et des hommes, qu'elle ne peut recevoir de comparaison. Dilectus meus candidus (2), mon bien-aymé a une blancheur nompareiile, dit l'épouse sacrée au Cantique des cantiques, parlant de Nostre-Seigneur. Et Salomon au livre de la Sapience dit qu'il est la splendeur de la lumière éternelle, le miroir sans tasche de la majesté de Dieu, t la parfaicte image de sa bonté. Qui est

(t)lM.SI.->(t)CUt.V.

candor lucis œtemœ et spéculum sine

macula Dei majestaiis et imago boni-

taiis HUus, La seconde propriété du lys est , qu'il

peut croistre aussi bien que la rose sans eslre cultivé , et sans artifice, comme l'on voit en certain païs ; et cecy nous monstre l'amour que Nostre-Seigneur portoit à la simplicité, ne voulant pas estre appelle du nom des fleurs des jardins, qui sont cultivées avec tant de soin et d'artifice. Et quand il dit : Ego sum flos campi (4), je suis la fleur des champs, il choisit sans dou^ la rose entre toutes les autres fleurs, à cause de l'amour qu'il portoit à la pauvreté, parce qu'il n'y a rien de plus pauvre que cette fleur, car elle n'a que des espines, et ne requiert point (comme nous avons dit) qu'on s'employe autour d'elle pour la cultiver; et quoy qu'elle soit seiche, toutesfois elle ne laisse pas de rendre tousjours une très-bonne et agréable odeur : ce qui confirme ce que je viens de dire de Nostre-Seigneur, lequel, combien qu'il fust environné de croix, d 'espines, de tourmens, et de toutes sortes d'afflictions en sa mort et passion, ne laissoit pas neantmoins de respandre tousjours une odeur extresmement suave, pour nous faire comprendre que les afflictions, les ténèbres intérieures, les ennuis d'esprit , qui sont quelquefois si grands entre les personnes les dIus spiri-ï tuelles, et qui font profession ae la devo lion , qu'il leur semble qu'elles sont presque du tout abandonnées de Dieu, ne sont jamais capables de les séparer de luy, en sorte qu'elles ne puissent tousjours respandre devant sa divine Majesté des parfums d'une saincte soubmission à sa tres-saincte volonté, accompagnées d'une invariable resolution de ne le point oflencer; cela s'entend en la partie supérieure de l'esprit.

Mais pour revenir à ces filles, qui se viennent maintenant présenter pour estre ofiertes et sacrifiées à la divine Majesté; si on leur promet d'abord qu'elles jouiront des richesses de la félicité éternelle, on ne les trompe point, car on leur a dit que c'est à condition qu'elles renonceront entièrement aux choses terrestres et' périssables, et qu'il faut quitter la maison de

(1) CtDl. II.

SERMtm

ses parens et sa patrie, non seulement d*cffet,*mais encore d'affection, pour n'en avoir jamais plus que colle de la religion en laquelle elles entrent. On leur promet aussi qu^elles jouïront des consolations que Dieu a accoustumé de donner à ceux qui le servent Gdellement, mcsme deceste vie ; mais â condition qu'elles renonceront à tous les plaisirs sensuels, pour licites qu'ils puissent estre. On leur promet encore qu'elles seront éternellement unies à la divine Majesté ; mais à condition toutesfbis qu'elles renonceront parfaitement à elles-mesmes, et à toutes leurs passions, afTectloni et inclinations, faisant une absolue transmigration de toutes choses : car nous leur di- ^ns, si autrefois vous avez aimé à vivre selon vostre volonté, et à faire estime de vostre propre jugement, désormais il ne faudra plus estimer que i'obeïssance et la soubmission, taschant tant qu'il vous sera possible d^aneantir toutes vos passions, pour ne plus vivre selon icelles, ains selon la perfection qui vous sera enseignée. Nous leur mettons un voile sur la teste, pour leur montrer qu'elles seront cachées aux yeux du monde ; et si elles ont eu affection d'estre connues et estimées par le passé, désormais il ne sera plus faict aucune mention d'elles. Nous leur changeons encore d'habit, pour leur faire entendre qu'il leur* faudra changer d'habitude : et leur disons qu'elles seront appellées pour jouïr de la félicité avec Nostre-Seigneur sur le mont Thabor, mais que ce ne sera qu'après qu'elles auront esté cruciGées avecluy sur celuy du Calvaire par une continuelle ' mortification d'elle-mesmes, et volontaire acceptation de celles qui leur seront faites et ordonnées sans choix, ny exception quelconque. Et pour ne les point tromper, nous ne leur promettons pas qu'elles seront espouses de Nostre-Seigneur glorifié , sinon après qu'elles l'auront esté en ceste yie de Nostre-Seigneur crucifié, qui ne leur présentera pas la couronne d'or, sinon après qu'elles auront porté celle d'espines. Enfin nous leur disons que la religion est un mont de Calvaire, où les amateurs de la croix se trouvent et font leur demeure. Et toutes, ainsi que les abeilles, rejettent et abhorrent toutes sortes de parfums estrangers, qui ne proviennent pas des fleurs sur lesquelles elles cueillent le miely ce que

vous esprouverez, si vous leur portez dti musc ou de la civette, car vous les verrez incontinent fuïr, et se resserrer dans leur ruche, rejettent tous ces parfums, parce qu'ils proviennent de la chair : de mesme les amans de la croix rejettent toutes sortes de parfums estrangers, c'est-à-dire de coiw sola tiens sensuelles et terrestres, que le monde, le diable et la chair leur presentent, pour n'adorer jamais d'autres parfums que ceux qui proviennent de la croix, des espines, des fouets et de la lance de Nostre-Seigneur, qui sont les plus riches atours et les bagues qu'il donne à ses es* pouses, d'autant que ces choses sont les plus belles pièces de son cabinet ; et comme nous voyons que les espoux du monde donnent à leurs espouses des carquans, des bracelets, des basues, et semblables ba* ga telles, et qu'ils Ibnt des festins à leur» nopces , ainsi en fait' Nostre-Seigneur : mais sçavez-vous ce qu'il leur donne, et quels sont les mets les plus délicieux de son divin festin? ce sont des mortifications, des humiliations, des mespris, des douleurs, des peines intérieures, des pressures de cœur, et des angoisses, lesquelles sont quelquesfois si grandes, qu'elles nous font quasi doubter de nostre salut, nous estant ad vis que nous sommes tout à fait abandonnés de Dieu. Mais comme nous voyons que les abeilles tirent le plus excellent miel des fleurs les plus ameres ; de mesme les abeilles mystiques dans l'amertume des plus grandes peines intérieures, par les actes qu'elles produisent d'une saincte et amoureuse soubmission au bon plaisir de Dieu, cueillent le plus excellent miel de la dévotion.

Mais outre ce que nous avons dit des abeilles, les naturalistes rapportent encore une admirable condition qui se retreuveen elles, avec laquelle je veux finir, àsçavoir; qu'elles sont si fidelles à leur roy, et ont tant d'amour pour luy, que lors qu'il vient à mourir, elles se mettent toutes autour do son corps et mourroient plutost que de le quitter ; et si leur gouverneur ne venoit pour les faire retirer, indubitablementelles ne s'en separeroient jamais, et mourroient toutes auprès de luy. Or les gouverneurs des abeilles spirituelles font tout le contraire, car comme ceiuy-là prend soin de les faire retirer, crainte qu'elles ne meu»

POUR LE SECOND DlHArtCBE 1)*APRËS LIÏPIPHAniE:. 4)

nous R pcFTlé ; lequel aeslésîgrand.qu'it l'a fuit mourir pour nous, aBn que noua ne Yiïions plus quo pour luy ot pour bo^ amour pcn.lanl c«Lte vio mortelle et périssable, pour obtenir aprï!S la grâce de l'ay ' mer éternellement dans le Ciel, oit vous conduise le Pert, le FiU et la Salnct-BipriL Amen.

Tœt autour du corps de leur roy tnort ; cetix-cy, au contraire, ont un tres-grand soin de faire que les abeilles my-^tlqucs, c'est à dire les âmes dcvolos, demeurent autoar du corps de leur roy mort ot crucifié, anprèsduqud elles se doivent tousjours tenir Gdellement tout le temps de leor vie, pour considérer l'amour qu'il

SERHQN

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