CHAPITRE VUL
Qlelatroix représente la passion de Nostre-Seigneur. Preuve sepuesiiie.
t*on trouve que le sainct bois de la croix aeu plusieurs usages punny les cliresliens, tes son invention : mais parlant generalelient, on les peut réduire à trois : 4 . Car les anciens s'en sont servis comme d'un Aer mémorial etdevoste remembrance de Il passion. 2. Comme d'un bouclier et remède contre toutes sortes de maux. 3.
Gomme d'un saincl et propre moyen pour honorer Jesus-Christ crucilic. Or le traitleur fait sembljnl d'i^^noriT tout cccy , et quant au premier usa ,40 , qui est de ropreseolerla passion , il en parle en celte sorio:
«Si par le mot de croix nous enteudons
» les Bouffrances que le Fils de Dieu a pi»- » técs en son corps et en son ame , ayant
• esté remply de douleurs, comme dit
• Isaye (0 , et ayant esté contesté en son »ame jusques à la mort , voir ayant beu > la coupe de l'ire de Dieu, à cause de quoy » il a crié (2): Mon Dieu , mon Dieu ,' |)our- » quoy m'as-tu abandonné? il est certain » que telles souITrances ne se peuvent re* » présenter ; car nos sens ne les sçauroienL » comprendre : mais par la foy nous enlen- » dons qu'elles sont JnGnies et indicibles; » pourtant nous disons en nostre symbole
• que nous oroyons que Jesus-Christ a » souffert , qu'il a esté crucifié , mort et sensevely, et est descendu aux enfers:
» que si cela est indicible , il est aussi ir- » ropresentable. »
Voilà la philosophie ; mais voyons un peu ce qu'elle veut.
Si par lessouffrancesdeNostre-Seigneur il entend la valeur et mérite d'icelles, il dit vray qu'elles sont infinies .mais il s'explique mal , les appelant souffrances, douleurs , tristesse , coupe de l'ire de Dieu , et abandonnement d'iceluy ; il faudroit plustost les appeler consolations et douce eau salutaire, de laquelle les abreuvez n'auront jamais pi us soif -.puis encoredit^il mal; car quoy que celte valeur et ce mérite de la passion soient infinis , et que nos sens ne les puissent comprendre , ils sont neantmoins represen tables , autrement ils ne seroient pas croyables. Rien n'esl creii qui ne soit premier représente à nostre oUye , qui est un de nos sens. Daniel représente D eu , l'homme est fait à l'image et ressemblance de D.eu , ce qui ne se peutsans qu*il le représente: a (3) Les choses invisibles >de Dieu se voyent do la créature du » monde , par les choses faites (4). Ainsi »lescieux nous représentent et annoncent » la gloire de Dieu. » Ainsi les chérubins, quoy qu'invisibles , et surmontant de bien loing la capacité de nos sens , n'ont pas laissé d*estre représentez (5) en l'ancienne loy.
S'il entend les propres peines , souffrances et passion do Nostrc-Seigneur , il est inepte de dire qu'elles sont irrepresentables ; cr qu'est-ce que representoient tant de sacrifices sauglan» de l'ancienne loy (6)?
(1) l«AÏe , LUI. n.— (:-) s. Maiib. xxtii. 46. — (s; Ruui. I, «0.^(1) hiaL ttiii,i.~(i)£xad. Uki^il. — (6)I.Ctfr.k, li.UcLr. IX, 11, 12.
Lvsmnkicr db Là sAmon-CROix.
et qii*eftt-oe que représente maintenant l'Eucharistie, sinon la passion et mort du Sauveur? Jacob n*eut pas plutost veu la robbe de son fils Joseph ensanglantée (4 ) , que tout à coup il se représenta si vivement la mort présupposée d'iceluy , qu*ii ne pouvoit estre consolé.
Qui est-ce qui, voyant la croix de Nostre-Seig;neur , ne se représente sa mort et passion? < J*ay veu bien souvent, dit S. » Grégoire Nissene , la figure de la passion, » et n'ay peu passer les yeux sur cette pein- » ture , sans larmes , lorsque je voyois Tou- » vrage de Parti ficc estre demonstré en la » personne signifiée. Act. 2 et 4.». Cestoit lorsqu'il voyoit' l'image d'Abraham , sacrifiant son fils , tant elle luy representoit piteusement les martyres de ces deux personnages , et la passion de Nostre-Seigncur qui y estoit figurée.
Ce mcsme traitteur est encore inepte , B*il veut dire que les souffrances roe^mes sont infinies ; parce que boire Tire de Dieu, et estre abandonné d'iceluy , est un mal infini : il semble neantmoins que ce soit son intention , quand il dit que le Sauveur a beu la coupe de Tire de Dieu , et met entre les articles de la passion la descente aux enfers; ce que sans doute il rapporte à la crainte que Calvin attribué' à Jesus- Christ, disant qu'il eut peur et crainte pour le salut de son ame propre, redoutant la malédiction cl ire de Dieu. Mais cela est un blasphesme intolérable, comme j'ay monstre ci-devant, puisque la crainte présuppose probabilité en l'événement du mal que Ton craint , et que partant Nostre-Seigneur eut probabilité de sa damnation.
Chose horrible à dire 1
Le traitteur donc ne peut pas dire que les souffrances de Nostre-Seigneur sont îrrepresentables pour estre infinies , et moins encore pour estre indicibles ; car Dieu , qui est infiny , ne laisse pas do nous estre représenté en plusieurs sortes , et sa gloire mesme, quoy qu'elle soit indicible , quant à la grandeur de ses perfections : autrement ny Dieu , ny sa gloire , ne sont pas du tout indicibles ; car ils seroient incroyables , puisque nous ne croyons que par Toiiye.
Or ces inepties sont mises on avant par le traitteur , d'autant qu'il pense que pour
représenter une chose il la fdOe bler de tout point : ce qui est sot el igDO» rant ; car les plus parfaites images ne fb* présentent que les lineamens et oonleon extérieures. Et neantmoins on dit , et il ert *vray , qu'elles représentent vivement. Lai choses sont représentées par leurs eflGKH^ par leurs ressemblances , par leurs caoseit et enfin par tout ce qui en reveille ennoa la souvenance ; car tout cela nous rend kl choses absentes conmie présentes. '
Le traitteur dit que c'est un article di foy, et partant incompréhensible à os sens. Je confesse tout cela : mais je dy aussi que cet article est representable, noa pas certes parfaitement (car qui repres»' teroit jamais la valeur et le prix de M sang divin , et la grandeur des travaux ift* teneurs du Sauveur?) mais il estrepr»> sen table comme les hommes et les uu^ sons , dont on ne représente que les vi» ges et façades extérieures.
Or que le bois de la croix représente passion de Nostre-Seigneur , la chose desoy trop claire ; l'infaillible rapport qai la croix a au crucifix ne peut moins opertf que cette représentation. Dont Ruffinu8^ lant de la pièce de la croix qu'Helene laissa en Hierusalem , il dit : a Qu'elle estoit en- » core gardée de son temps , avec une soi- > gneuse vénération , pour souvenance et » mémoire , Etiam nunc ad memorioM » iolUa veneratione servatur » Autant en ditSocrate. Théodore t dit : «Qu'ooll » bailla en garde à l'evesque, afin qu'elll » fust pour mémorial de salut à la posta* » rite. » Ainsi Constantin -le-Grand, ei l'epistre àMacaire, appelle les lieux di sepulchre et croix de Nostre -Seigneur:
Signi/icationem passionis sanciissinUÊt Signe de la tres-saincte passion.
Et S. Paulin , en l'espitre à Severe , lof envoyant une petite pièce d'une partie dt*: la croix : a Que vostre foy, dit-il , neaoîl^ » point retrecie , vos yeux charnels voyait » peu de chose : mais que par la veuëin- » terieurc elle voye en co petit peu toute » la vertu de la croix , pendant que voai » pensez voir ce bois-là , auquel nostre Si* » lut , auquel le Seigneur de Majesté es* » tant cloiié, fut pendu, tout le monde » tremblant, et vous resjouyssez avec » crainte. » Et plus bas , parlant de Tinvcntion de la croix , il dit : < Que lesiuiti
Unmi, C8APITREIX.
StI
•eni abolie y s*il8 Teusseat trouvée , eussent peu souffrir (ce soot ses pas) qu*en la croix , demeurant en esla passion de ceiuy-là fusl honorée, iiel ils ne peuvent supporter que la rrection soit révérée , laquelle a esté ivée par le sepulchre vuide, les ux en estant levez. »
s s'il m'est permis de parler par exce, quelle dévotion vit-on s'allumer ' les deux confréries d'Annessy et de 3ery , lorsqu'estant allées en proces- Aix , elles eurent ce bien d'y voir icle pièce du bois de la croix, laquelle M>Qservée ; personne ne se peut tenir urer et souspirer vers le ciel , à la de ce précieux gage. Combien de B8 resolutions de mieux vivre à Tad- , et de saincts déplaisirs et regrets vie passée prit-on à cette occasion ?
;, la simple veuè'd*un bois n*eusl pas crédit, si par-là la toute- puissante n du Sauveur n'eust esté vivement «ntée. Saincte et admirable vertu de Ix pour laquelle elle mérite d'autant fttre honorée I