POUR LE SECOND DIMANCHE D'APRÈS L'EPIPHANIE
Jhptte fada mml te Cau GaliUa, §1 eral maUr Ju» iU. F'kmIw Ml obK» tl J*nn , il dte^pitll
^m ad nuftia» ; El iâfeienU cfM, dtcil maItT Juu ai miM, «imn mm haUnt. ion.», a.
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TtoastilaïUir, la manda Jaiiulgidit: UaDlUi,ilfD'aBt point da «in.
L'Evangile que nous lisons en la messe de ce juur, qui fuit mention du premier miraclo qne QlNoslre-Seigneur aux nopces dsCana en Galilée, sera le sujet de l'en- Imlien que J'ai à vous faire mainU^nant. le ■'•iresteray principalement sur ce quedît i'evangeliâte S. Jean, que ce sigue fut le ^mter que Nos tre -Seigneur Gt pour maufaatersa gloire, foe/MÎtim'Iiuin «l'^norum tn Cana Galileœ , et manifestavil yfonam juam [1 ) , Bl diviseray mon diseoara en deux partiea. En la première, •eus TtHTOns la cause du miracle ; et en li seconde, quia fait le miracle, comment, yar qui, et quelles personnes sont intertenlieK^n iceiuy ; je sçay bien qu'entre les docteurs il y a plusieurs ruisons qu'ils allèguent de part et d'autre, pour monstre r que ce miracle ne fut pas le premier signe que Noslre^ignour Qt ; mais puisque non (eulemenU'évangeUste S. Jean te dit, ains encore S. Ambroise, et que la pluspart des anciens percs tiennent celte opinion, nous nous y arresterons. El pour donner un peu d'intelligence à leur sentiment, j'cxpliqueray seulement deux raisons, et sur ■celles D0U9 ferons une petite considération pour la consolation de noslre foy.
lis disent donc premièrement , que ce rolcacle fulle premier signe queNostre-Seigneur donna au monde pour manifester sa gloire; bien que plusieurs signes et miracles eussent été faicts auparavant, let< uns par Nostre-Seigneur , les autres en Nostre-Seigneur, et les autres pour l'avenemeiit de Nostre-Seigneur, comme celuy de l'Incarnation , qui est le plus grand de tous , et la merveille des merveilles : ce miracle neanlmoins estoit invisible, secret et occulte , car c'estoit une œuvre si relevée et si haute , qu'elle surpassoit infini-
I ment tout ce que les anges et les archanges peuvent comprendre: et partant, ce n'estoit
': pas un signe qui manifestast la gloire dti Dieu en la façon que dit l'Evanguliste, de celuy qui se iît aux nopces de Cana en Galilée ; d'autant que cesl incomparable miracle de l'Incarnation estoit si profond et si caché à l'esprit humain, qu'il n'avoit ■amaisentrédansl'cspritdesancienspayens et philosophes , non pas mesme dans celuy des docteurs de la loy de Moyso, lesquels n'ont jamais pu comprendre ce divin mystère, quoy qu'ils maniassent la saincte Escri tu re , parce qu'il estoit invisible, et d'une telle hauteur, qu'il surpassoit inllniment tous les entendemens humains et angeliques. Or, gracesi DieUtiKHiaautrcd
SERMOH
cbrestJens le croyons en ceste vie mortelle, parce que la foy nous {^enseigne : mais là haut au Ciel nous le verrons à découvert, et ce sera une partie de nostre félicité eteraelle.
Il se fit encore plusieurs autres miracles en ceste Ires-saincte Incarnation , dont le plus grand de tous est que Nostre-Seigneur fut conçeu d*une fille, et que ceste fille fut vierge et roere tout ensemble. Outre cela, il se fit encore autour de Nostre-Seigneur plusieursautres miracles, qui estoient tous trèsgrands, comme celuy de ceste estoile si extraordinaire , qui amena les mages d'Orient en Bethléem ; le chant des anges, Tadoration des pasteurs. Mais ces miracles n*estoient que des marques et signes extérieurs pour manifester la gloire de Nostre- Seigneur; ce n*estoitpas luy qui les faisoit, c'est-à-dire , qu'il ne les operoit pas par l'entremise de sa tres*6aincte humanité, ains c'estoit le Père et le SainctrEsprit qui les faisoient pour luy. Je sçay bien qu'il les faisoit aussi en tant que Dieu ; car ce que fait et opère le Père, le Fils et le Sainct- Esprit le font et Topèrent aussi , n'estans qu'un mesme Dieu avec luy, n'ayans qu'une mesme essence et mesme puissance , qui fait que toutes les œuvres que la tressaincte Trinité opère hors de soy, sont communes aux trois Personnes divines, ainsi que disent les théologiens : Opéra trinitatis ad extra sunt indivisa.
Pour la deuxiesme raison , il est encore certain , disent les pères, et cela est 1resprobable , que Nostre-Seigneur fit plusieurs autres miracles pendant le temps qu'il demeura en Egypte, et mesme en la maison de S. Joseph ; mais ils furent si secrets que nous les ignorons. Or le miracle dont je veux parler maintenant est le premier qu'il fit estant aux nopces de Cana en Galilée, po'ir manifester sa puissance aux honmies , ainsi que rapporte S. Jean en son Evangile. Mais quelles considérations tirerons-nous de ce miracle pour la consolation de nostre foy? Il faut premièrement sçavoir que ce premier signe que fit Nostre-Seigneur futdechnnger et transmuer Teau en vin, toutainsi qu'il fit son dernier miracle en ce séjour mortel par la conversion du vin en son sang au tres-sainct sacrement de l'Eucharistie, pour monstrer le rapport qu'il y a eu de ce premier mi-
racle au aemier qu'il fit avant sa passion. Et puisque nous autres , qui annonçons la parole de Dieu , sommes obligez de dire les choses qui peuvent servir à la consolation de nostre foy, quand l'occasion s'en présente : je vous dis cela de l'Eu charistie , parce qu'il vient à mon pro • pos, non point pour vous enseigner ce mystère ^ car, grâces à Dieu , vous le sçavez : non point aussi pour vous confirmer et afiirmer en la foy de ce divin sacrement; car vous voudriez , je m'asseure , mourir pour la maintenir ; mais seulement pour rejouïr un peu nos cœurs , et les remplir de suavité, en entendant parler de ces divins mystères de nostre salut , opérez par Nostre-Seigneur , lequel ( comme dit S. Jean en l'Apocalypse } s'appelle JlpM et Oméga , le commencement et la fin , Primus et noviisitnw (4), le premier et le dernier : c'est pourquoy les Egyptiens voulant représenter la Divinité , pour la faire comprendre en quelque façon , ils peignoient un serpent qui mordoit sa queue , de sorte qu'il estoit tout rond , et ainsi on ne pouvoit vojr en luy ny commencement ny fin : car sa teste , qui est son commencement , enfermoit sa queue , qui est sa fin. Ainsi Nostre-Seigneur, ayant esté de toute éternité , est le principe et le commencement de toutes choses, lesquelles retournent et se rapportent toutes à luy comme à leur fin dernière ; vous voyez donc le merveilleux rapport qu'il y a de la fin au commencement.
Or pour le merveilleux rapport de la fin des œu vres de Dieu avec le commencement, quand il créa l'homme, il donna le premier signe de cette création par une transformation d'une substance en une autre : mais cest homme s'estant perdu par le péché , Dieu vint pour le recréer et faire un homme nouveau , parce que l'homme, par le péché s'estoit tellement aneanty , qu'il ne paroissoit plus ce qu'il estoit en sa création. C'est pourquoy Nostre-Seigneur vint pour le renouveler ; et pour ccst effet , il commence ceste récréation , comme il avoit faict la création, faisant voir un merveilleux rapport en l'un et en l'autre. Car* si vous considérez ce que fit Dieu en la création de Thomme , vous verrez qu'il changea la terre et l'argile en chair hu-
(1) Apo«. I.
POUR LE SECOND DIHANCHE DIAPRÉS L*ÉPlPHAIfIE.
Ah
maîDe ; et pour faire ceste admirable transmutation , il prit de Fargile et une masse de terre , puis il dit : Faisons l*homme à nostre image et semblance, Faciamus hominem eUL imaginem et similitudinem nostram (4); et Tayant formé, il souilla dans ce corps, et par ce souffle il luy inspira et donna la vie ; et alors ceste masse de terre fiit convertie et transformée en chair et sang ; c'est à dire , qu'il en fit un homme Tirant. Nostre-Seigneur estant donc venu en ce monde pour faire ceste création , il 'voulut faire son premier miracle par la transmutation de l'eau en vin , donnant œ signe pour première manifestation de sa gloire , d'autant qu'il a tousjours faict voir un grand rapport en toutes ses œuvres : et si nous les considérons des son entrée au monde , il naquit tout nud du vootre de sa mère ; et selon les révélations de Ste Brigide , la tres-saincte Vierge en sa nativité le vid ainsi devant ses yeux , ayant produit ce fruict tres-beny sans aucun travail , ny préjudice de sa virginité, estant alors absorbée en une tresdouce et amoureuse contemplation ; de façon que sans qu'elle s'en apperçeust , ce divin Sauveur sortit de ses tres-pures entrailles; puis estant revenue à soy , elle le vid tout nud devant ses yeux , et le prenaiit avec une grande révérence , elle l'enveloppa de linges. Sur quoy vous remarquerez , qu*il voulut sortir du monde comme il estoit entré , mourant tout nud sur l'arbre de la croix , et après sa mort on le descendit de la croix , pour estre semblablement enveloppé et ensevely dans des linges, ainsi qu'il avoit esté en sa nativité, n naquit en plturant comme les autres enfans , qui tous naissent ainsi , et n'en est jamais oay aucun qui ne soit nay en pleurant, sinon un certain dont il est parlé dans Virgile , qui fut un Ires-mechant homme , lequel se prit à rire en naissant. Vais Nostre-Seigneur n'est pas nay en riant, ains en pleurant et gémissant, comme il est dit en un passage de la Saptence, qui se peut bien appliquer à sa naissance , quoy que les paroles soient de Salomon, lequel parlant de soy, dit : Quoyque je sois un roy très-grand et admirable en puissance et richesse , si est-ce que je suis nay sur la terrecommeles autres en-
fans, en pleurant et gémissant, ^/prtmatn vocem omnibus similememiiiploran${i\ Ainsi nostre vray Salomon , bien qu'il soit nay roy souverain du Ciel et de la terre, a neantmoins voulu naistre en pleurant, et de mesme il est mort en pleurant. Et comme il a voulu donner entrée à l'Evangile par ce premier signe de la conversion et transmutation de l'eau en vin, ainsi pareillement il a voulu donner fin à ses prédications par la transmutation du vin en son sang. Il fit ce premier miracle en un banquet ; aussi fit-il ce dernier miracle de TEucharistie en un autre banquet : et comme il avoit changé l'eau en vin aux nopces de Cana en Galilée , et mesme en ce dernier souper qu'il fit avec ses apostres, qui fut comme des nopces sacrées , où il espousa de rechef la nature humaine, il changea le pain en sa chair, et le vin en son sang, et en ceste transmutation il commença la solemnité des nopces , lesquelles après il acheva sur l'arbre delà croix par sa mort. En somme , son premier miracle fut en convertissant l'eau en vin ; et le dernier qu'il fit avant sa mort fut semblablement de faire ceste admirable conversion du pain et du vin en son sacré corps et sang. Et nous devons croire fermement la veritéde cemystere , lequel, après celuy de ilncarnation, est le plus grand, le plus profond et le plus adorable de tous , nous arrestant à la doctrine de la saincte Eglise , qui nous enseigne qu'il est en ce tres-sainct sacrement en corps et en ame. El l'Apostre dit, que lechrestienest nourry de la chair et du sang du, Dieu vivant (2)« Et quoyque ceste vérité répugne à nos .sens, qui ne la peuvent comprendre,neantmoins nous la devons croire , nous appuyant sur les paroles de Nostre-Seigneur , qui dit en faisant ceste admiirabletransubstantiation : Cecy est mon corps, cecy est mon sang (3) , avec plus de fermeté que si nos sens y cognoissoient quelque chose. Or la divine providence voyant que ce mystère sacré de l'Eucharistie estoit trop obscur pour estre compris de nos petits esprits , elle nous a voulu donner mille et mille preuves de ceste vérité, tant en l'ancien qu'au nouveau Testament : Dieu ayant donné aux
(1) Sap. vu.— (1) Cor. x «1 xi.— (8) Hat xxwi ; Mare, siT; Loe, zxu , •! Cor. xi.
4ff
SERMON
prophètes des lumières et intelligences si grandes de ce divin mystère, que c'est dhose admirable de voir ce que quelquesuns d'entre eux en ont écrit, en parlant d'une façon si claire et intelligible, que l'on est presque ravy d*admiration en lo lisant, voyant que Dieu s*est ainsi donné à nous, pour demeurer jusqu'à la consommation du monde parmy nous sur nos autels [h). Certes, nous devrions faire cent mille fois le jour des adorations à ce divin sacrement, en recognoissancedccestamour
nvec lequel il demeure parmi nous. Et voilà la considération que nous devons faire pour la consolation de nostre foy.
Voyons maintenant pour la secx)nde partie, comme se fil ce premier signe et miracle de Nostre-Seigneur ; et pour vous le mieux faire entendre, il faut rapporter les paroles de l'Évangile : Nuptiœ factœ sunt in Cana Galiîeœ, et erat mater Jesu ibi; vocatus est autem et Jésus, et discipuli ejus ad nuptias. Il se fit, dit S. Jean, des nopces en Cana de Galilée , où Nostre- Seigneur, avec sa saincte mère et ses disciples furent invitez. Or Cana estoit une petite ville proche de Nazareth.
Il y a diverses opinions sur ce sujet ; car il se treuve des docteurs qui se plaisent à disputer si Nostre-Seigneur et la saincte Vierge y furent invitez ou non : mais laissons ces disputes, et nous tenons à ce que dit rEvongcliste, et considérons l'extresme bonté de Nostre-Seigneur , lequel estant invité à ces nopces, ne refusa poinct de s'y treuver; et d'autant qu'il estoit venu pour racheter et reformer l'homme, il ne voulut pas prendre un maintien, ny une conte- ^anco grave, austère et rigide ; mais bien * une manière et façon de procéder toute suave, civile et courtoise pour l'attirer à luy ; et cela fut cause qu'estant invité à ces nopces, il ne refusa poinct d'y aller, ains s'y trouva, et par conséquent retrancha beaucoup d'excez et legeretez qui se commettent ordinairement en telles occurrences.
0 combien pensez- vous, mes obères âmes, que ces nopces furent modestes!
^r sans doute, aue la présence de Nostre- Seigneur et de Nostre-Dame faisoit que l'on estoit grandement retenu ; et quoyque le vin y faillist, ce n^ fut poinct pour en avoir pris avec excès ; mais il est tres-pro-
bable que cela arriva par une permiBsion de Nostre-Seigneur, qui vouloit par le miracle qu'il fist, changer l'eau en vin, faire cognoistre à ceux qui estoient là presens, mais spécialement à ses disciples, un eschantiUon de sa toute-puissance. Or lo trcs-saincte Vierge, qui estoit tres-sage e* prudente, et pleine d'une très-grande charité, s'en estant appercuë, s'advisa d'un expédient admirable, pour remédier à cest inconvénient : mais que fera cesle saincte dame? car elle ne porto poinct d'argent pour faire acheter du vin ; son fils n'en a point aussi : sur quoy donc fonde-t-elle l'espérance qu'elle a de pouvoir remedjpr à reste nécessité? 0 certes, elle n'ignoroit pas la puissance et la bonté de Nostre- Seigneur ; elle sçavoit combien grande estoit sa charité et miséricorde, en suite de quoy elle s'asseuroit qu'il pourvoiroit infailliblement ^ la nécessité de ces pauvres gens, estant bien croyable qu'ils n'estoient pas riches, puisque le vin leur manqua ; et c'est une des causes nourquoy Nostre-Seigneur estant inyi^ à ces nopces, y alla, d'autant qu'il se plaisoit fort converser avec les pauvres et les favoriser.
La samcte Vierge donc voyant Cftst inconvénient, et sçaçhant que sonQlggeii] sans argent pouvoit mettro remède à cetto nécessité; elle s'adressa à luy ; mais remarquez un peu, mes chères âmes, ce que faict et dit cette saincte dame : mon Sei gneur et rf\on fils, dit-elle, ils n'ont point de vin, vinun^nqn hahent; comme si elle eust voulu dire, ces bonnes gens sont pauvres; et quoyque la pauvreté soit grandoment aymable, et vous soit tres-agreable, si esl-ce qu'elle est de soy honteuse,et souvent elle réduit son hoste à soufl'rir beau*coup de mespris et de confusion devant le monde ; ces bonnes gens qui vous ont invité s'en vont tomber dans une grande ignominie, si vous ne les secourez. Je sçay que vous estes tout-puissant et quo vous pouvez remédier à jour nécessité, je no doute point aussi de vostre charité et miséricorde, souvenez -vous de l'hospitalité qu'ils nous ont faicto de nous convier à leur banqpet, et pourvoyez, s'il vous plajst, à leur besoin. Mais la Saipcte- Vierge ne fit pas un si long discours pour représenter à son divin fils la nécessité de ces nopces^ ains comme bien advîsèe et tres-sçavante
POUR LE SECOND DIHAIfCHE D'APRÈS L*ÉPIPHAmE.
tn là manière de bien prier, elle usa de la plas courte, mais de la plus haute, excellente et efficace façon de prier qui soit et qui puisse estre , et dit seulement ccà paroles : Mon ûls, ils n'ont point de vin, t?tfmmnan habent. Vous estes (vouloit dire cette saincte Vierge) si doux et Si charitable, vous avez un cœur si clément et si plein de pitié; condescendez, s'il vous plaist, à mon désir, et faites ce de quoy je TOUS prie pour ces pauvres gens. Prière certes très- excellente, en laquelle cette saincte dame parle à Nostre- Seigneur avec la plus grande révérence et humilité qui ae puisse imaginer, car elle 8*en va à luy, non point avec arrogance, ny avec des paroles de présomption, comme font plusieurs personnes indiscrettes et inconsidérées; ains lui représente avec une profonde humilité la nécessité de ces nopces, tenant pour toutasseuréquMl y pourvoiroit, ainsi qae nou$ dirons bien-tc^t.
0 que c'est une excellente manière de prier, que celle de se contenter de représenter simplement ses nécessitez à Nostre- Seigneur, puis le laisser faire, nous tenant asseurés qu'il y pourvoira selon qu'il nous sera le plus convenable, nous conti'ntant de luy dire : Seigneur, voicy vostre pauvre créature désolée et affligée, pleine do seidiereases et ariditez, remplie de misères et de pecbez ; mais vpus sçavez bien ce de quoy j'ai besoin, il me suffit de vous faire voir ce que je suis; c'est à vous de pourvoir à me$ misères selon qu'il vous plaira, et que vous cognoissez m'estre plus utile pour vostre gloire.
Or je sçay bien qu'on peut demander à Dieii, non seulement les nécessitez spirituelles, mais aussi les temporelles ; il n^y a nul doute que cela ne se puisse et doive faire ; Nostre-Seigneur nous l'a luy-mesme enseigné en l'oraison dominicale que, nous disons tous les jours, en laquelle nous dei^andooa premièrement que le royaume de Dieu nous advienne, comme le but et la fin à laquelle nous visons, et puis aussi que ta »aincte volonté soit faicte, comme Tuni- |iie moyen pour nous conduire à ccstc On n beatitudid : mais outre cela, nous faisons encore une autre demande à Dieu, à sça- Toir, qu^il nous donne nostre pain quotidien, Panem nostrum quotidianum da
nohis hodie, La saincte Eglise mesme a des prières particulières pour demander à Dieu les choses temporelles, ayant des oraisons propres pour demander la paix en temps de guerre, la pluye en temps (Je seicheresso, et le beau temps dans les trop grandes pluyes : mesme il y a des messes toutes particulières pour le temps de contagion et autres nécessitez. Vous voyez donc qu'il n'y a point de doute ny de difficulté, que l'on ne puisse et doive demander à Dieu ses nécessitez temporelles, aussi bien que les spirituelles, et cela en deux manières : Tune en la façon que le fit la tres-sainto Vierge, qui est de luy exposer simplement nos nécessitez : l'autre en luy demandant qu'il nous donne telle ou telle chose, ou qu'il nous délivre de tel ou tel mal; toutes fois avec cette condition, qu'il fasse en cela sa volonté, et non la nostre. Mais pour l'ordinaire nous ne faisons pas ainsi; vous verrez quelquefois une personne qui practiquera la dévotion, laquelle demandera à Dieu en toutes ses prières qu'il lui donne son sainct amour, et ceste sacrée dilection qui rend toutes choses si suaves et faciles; et qu'il luj donne encore cette humilité, qui cause ei^ rame un si bas sentiment de soy- mesme ; d'autant, dira-t-elle, que je ne suis point humble! et neanlmoins je voy qu'on po sçauroit se sauver sans ceste vertu.
C'est bien fait de demander l'humilité, car ce doit estre nostre chère vertu entm toutes les autres ; il est aussi tros-bon de demander l'amour divin : mais neantmoins je vous dis que cette demande qîie vou3 faictcs de l'bumililé et de l'amour de Dieu n'est pas bonne, car ce n'est pas l'amour ny l'humilité que vous demandez, ains lai scntimens d'amour et d'humilité, vou^ voulczsçavoir et sentir si vousaymez Dieu, et si vous estes humble, et c'est ce qu'i ne faut point demander ny désirer, d'autant que cela n'est point requis pour Ig perfection; et ceux qui ont la véritable humilité ne voycnt ny ne sentent point ea eux cette vertu ; de mesme pour a y mer Dieu, il n'est point requis d'en avoir le sen* timent, car le véritable amour ne résida point dans les sens, ains dans la supiesma poincte de l'esprit; et il en est de mesm* de l'humilité et des autres vertus». Me de-
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mandez donc point cela, mes chères filles, mais résolvez-vous de servir Dieu généreusement, Fans goust ny sentiment, d'autant que ce n'est pas icy le lieu des douceurs et suavitez. Quand vous serez dans le ciel en la félicité éternelle, vouscognoistrez clairement si vous avez rhumilité, et verrez alors comment vous aymerez Dieu, et gousterez pleinement la suavité de son amour : mais en ceste vie, Dieu veut que nous vivions entre la crainte et Fesperance, que nous soyons humbles, et que nous Taymions, en nous appuyant sur les veritez de la loi, et non pas sur nos sentimens.
Revenons à la tres-saincte Vierge : Finum non haheni : Mon fils (dit-elle), ils n'ont point de vin. Ce qu*entendant Nostre-Seigneur, il luy dit : Quidmihi.et tibi est mulier? nondum venit hora mea.
Femme, qu'avez- vous à faire avec moi?
mon heure n'est pas encore venue. Certes, cette response semble d'abord bien rude, de voir un tel fils parler ainsi à une telle mère ; un fils si doux et si clément rejeter si rudement, ce semble, une prière faicte avec tant de révérence et d'humilité, par une mère la plus aymante, la plus aymée et la plus aymable qui fut jamais. Ha 1 Seigneur, la créature n'a-t-elle pas à faire avec son créateur, de qui elle tient l'estre et la vie? la mère avec son fils, et le fils avec sa mère, de qui il a reçeu la chair et le sang? ces paroles semblent un peu estranges et difficiles à entendre ; et ayant esté mal entendues par des ignorans, qui se sont attachez à la lettre, ils en ont formé trois ou quatre hérésies. Mais, ô Dieu 1 qui sera si hardy que de présumer pouvoir comprendre par son propre esprit, pour aigu et subtil qu'il puisse estre, le vray sens de l*Escriture, sans avoir reçeu d'en haut la lumière requise à cela?
Ceste response, au contraire, estoit tresamoureuse ; et ceste saincte Vierge, qui entendit le vray sens d'icelle, s'en ressentit la plus obligée mère qui ayt jamais esté ; ce qu'elle fit paroistre, lors qu'après ceste réponse, son cœur demeura tout plein d'une saincte confiance, disant à ceux qui servoient à table : Vous avez oiiy ce que mon fils m'a respondu, et pour cela, vous qui n'entendez pas le langage d'amour, pourrez entrer en doute qu'il ne m'ayt esconduicte; 6 non! ne craignez
point, faites seulement ce qu*il vous dira, quodeumque dixerit vobU facite, et ne vous mettez pas en peine, car sans doute il pourvoira à vostre besoin.
Il y a une grande variété de raisons et d'opinieas parmy les docteurs, sur ces paroles de Nostre-iSeigneur : Femme, qu'avez-vous k demesler avec moy? D'aucuns disent qu'il vouloit dire : Qu'avons-nous à faire ny vous ny moy de nous mesler de c«Ia ? nous sommes seulement des in\ itez ; c'est pourquoynous ne devons point avoir de soin de ce qui manque à ces nopces ; et autres semblables raisons qu'ils disent.
Mais demeurons fermes à celle-cy, que la pluspart desSS. Pères de l'Eglise tiennent, laquelle est que Nostre-Seigneur fit ceste réponse à sa tres-saincte mère, pour apprendre aux personnes qui sont constituées en quelque bénéfice ecclésiastique, de prelature, ou autres telles dignitez, qu'ils ne se doivent point servir de telles charges, pour faire en faveur de leurs parens chose aucune qui soit tant soit peu répugnante à la loy de Dieu ; d'autant que pour la chair et le sang, je veux dire pour leurs parens, ils ne se doivent jamais oublier jusques-là qu'à leur occasion, et pour les gratifier, ils viennent à faire quelque chose qui soit tant soit peu éloignée de la perfection et droiture avec laquelle ils doivent exercer leur charge. Nostre-Seigneur voulant donc faire cette leçon au monde^ il se servit du cœur de sa tres-saincte mère; en quoy certes il lui donna des preuves très-grandes de son amour, d'autant que c'estoit comme s'il luy eust dit : Ma tres-cbere mère, en vous disant, qu'est» ce que vous avez à demesler avec moy ? je ne veux point vous esconduire de vostre demande : car qu'est-ce que peut refuser un tel fils à une telle mère? mais d'autant que vous m'aymez souverainement, et que je vous ayme parfaictement, je me veux prévaloir de la fermeté de vostre cœur pour faire cette leçon au monde. Or je sais bien que vostre cœur amoureux ne s'en troublera point , quoy qu'en apparence cette parole soit un peu rude; mais ce n'est rien pour vous, qui entendez le langage d'amour, lequel ne s'entend pas par 'les paroles seulement, ains encore par les yeux, par les gestes et actions. Dilectus meus fascicultu myrrhce, inter ubera