‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 151 sur 356 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

La erois a esté employée aux sacremeiii et aax

processions.

Il faut que je die mon opinion de Tintention de S. Chrysostome , quand il dit : • Que la croix estoit célébrée es rondeaux > et desmarches des délicats mondains , et » es rangs des moynes , » In choreis delU caiorum, et monachorum ordinibus.

Cela ne me détourne point de mon chemin. Je croy qu*il entend parler des processions des séculiers et des moynes : tant pnrco que la propriété des mots dont il use m'in- ?ite à cette intelligence; qu'aussi parce qu'anciennement, et notamment de son temps, on porloil les croix aux processions.

Les Arriens a voient composé des hym- Aes et chansons pour leur secte , et les failoient chanter alternativement en leurs processions, sur tout aux solemnitcz du dimanche et samedy. S. Chrysostome douta que par ce moyen quelques uns de son peuple ne fussent attirez ( car plusieurs se laissent aller à ces délicatesses extérieures , sans sonder le mérite et le fond de Tafifoire, tesmoins les psaumes de Marol), et partant il dressa son peuple à semblable manière déchanter, et dans peu de temps les catholiques surpassèrent en cecy les hérétiques , non seulement en nombre , mais en appareil; caries images et enseignes de la croix , faites d'argent, preccdoîent avec des flambeaux allumez. Et Teunuque de rimperalricc avoit charge de fournir aux despens, et faire dresser des psalmes et hymnes. Cest Sozomene qui iàit ce récit icy. On portoit donc de ce

temps-là des croix d'argent et des flambeaux allumez aux processions.

Une Jurande peste prcssoit un jour TAllemn<:;ne , dont le voisinage en estoit epou* vanté. Les habitans de Reims en Champagne recourrenl à Dieu , avec Tinlercession de S. Remy, prennent un parement dj sepulchre d'iceluy, allument force ci?rges et flambeaux < avec des croix, font une procession solemnclle et générale par tous les coins de la ville , chantant des hymnes et cantiques sacrez. Qu'arriva-t il? La contagion environne de toutes parts la cité : mais arrivant justement jusqucs au lieu où la procession avoit esté , comme elle eut veu là les bornes et limites do son pouvoir, non seulement elle n*osa pas entrer dedans, mais encore ce qu'il y avoit desjà d'infection fut par ce moyen repoussé. S Grégoire de Tours qui vivoit il y a près de mille ans , en est mon aulheur. Ainsi les empereurs ont mis ordre par leurs loix, que la croix fust porté es processions par les députez à ce faire , et puis rapportée en un lieu décent et honneste. Cela me fait bailler aux parolles de S. Chrysostome le sens que j'ay dit.

Or non seulement les anciens portoient les croix aux églises et processions , mais consacroient les églises avec icelles, et les mettoienl sur les autels, a Nostre cruciflx , » dit S. Augustin , est ressuscité de mort , » et est monté auxcieux : il nous a laissé la » croix en mémoire de sa passion ; il a laissé » sa croix pour la santé. Ce signe est un » rempart pour les amis , et une défense s> contre les ennemis. Par le mystère de » cette croix , les ignorans sont catéchisez. » Par le mesme mystère , la fontaine de la » régénération est consacrée. Par le mesme » signe de la croix , les t>aptisez reçoivent »les dons de grâces, par l'imposition des » mains. Avec le charactero de la mesme » croix, on dodie les basiliques; on con- » sacre lesautels, on parfait les sacremens » de l'autel , avec l'entremise des parolleu^ » du Seigneur. Les prestres et lévites son'* » par ce mesme promeuz aux ordres sa- » crez , et généralement tous les sacremens » ecclésiastiques sont parfaits en la vertu » d'iceluy. »

C'est le tesmoigna^^o de S. Augustin ; car bien que ce sermon ne fust pas de S. Augustin , comme respoud le traitteur (chose

L^ESTENDAHT DE LA SAUf CTE CROIX.

certes tres-mal aisée à prouver contre le propre titre et inscription) , si est-ce que ce poinct icy est de S. Augustin : car il dit tout le mesme en ses traittez sur S. Jean , qui sont indubitablement siens.

« Enfin , dit-il , qui est le signe de Jesus- » Christ que chacun cohnoist, sinon la croix

> de Jesus-Christ? lequel signe , sMl n'est

> appliqué ou au front des croyans, ou à la

> mesme eau , par laquelle ils sont rege- 1 nerez , ou à Thuile , par laquelle ils sont • cbresmez, ou au sacrifice, duquel ils B sont nourris ; rien de tout cela n'est par- » faictement accomply. Comment donc ne

> sera-t*il rien signifié de bon par ce que

> les mauvais font , puisque par la croix

> de Christ que les mauvais ont faite, tout

> bien nous est marqué , et signé en la ce- » remonte de ses sacremens. »

Or donc que le sermon que j'ay allégué soit de S. Augustin , ou de Fulgencc son disciple, ou de quelqu*autre ; si est-ce que la sentence que J'en ay rapportée est de S. Augustin.

S. Chrysostome en avolt dit auparavant tout de mesme en cette sorte : « Portons » d'un cœur jo) eux la croix de Jesus-Christ, 9 comme une couronne ; car toutes les

> choses qui profitent à nostre salut sont

> consommées par icelle ; car quand nous 1 sommes régénérez , la croix de Jésus- » Christ y est. Quand nous sommes repus » de la tres-sacrée viande ; quand nous

> sommes coUoquez pour estre consacrez >en l'ordre, par tout et tousjours cette » enseigne de victoire nous assiste. Par- » tant portons avec grande affection la

> croix au dedans des maisons et es mu-

> railles ( vous voyez qu*il parle du signe B et image de la croix), et es fenestres, et » au front , et encore en l'esprit ; car cela

> est le signe de nostre salut.»

Et peu après, parlant encore de la croix, il dit ainsi : « Laquelle il ne faut pas sim- » plement former avec le doigt au corps , B mais premièrement en l'esprit , avec une » grande foy ; car si tu l'imprimes en cette B sorte en ta face , pas un des meschans B démons voyant la lance , par laquelle il B a receu la playe mortelle , no Posera at- B taquer. b

Il répète le mesme ailleurs , disant :

« Cette maudite et abominable marque du B dernier supplice, à sçavoir la croix, a esté

B faicte plus illustre que les couronnes et » les diadèmes ; car le chef n'est pœnt tant B orné par une couronne ro3rale , comme B par la croix , qui est plus digne que tout B honneur ; et de celle qu'auparavant on » abhorroit , on cherche si curieusemenlla B figure , si que Ton la trouve par tout vers B les princes , subjets , hommes , femmes, B vierges , mariées , serfs , libres ; à tout B coup chacun se signe d 'icelle , la formant B en autre trcs-noble membre ; car on la B figure tous les jours en nostre front; B comme en une colonne. Ainsi elle reluit B en la table sacrée , ainsi en l'ordination B des prestrcs , ainsi encore derechef es B cènes mystiques , avec le corps de Jésus- B Christ , on la void célébrer par tout.»

Qui ne void donc combien expressément S. Augustin et S. Cbrysosteme tesmoigneot que la croix est employée à tout , et sur tout es choses sainctes et sacrées , qui n*estoient pas estimées pour telles, si elles n'estoient signées de la croix? Mais S. Augustin remarque particulièrement que la croix csloit nécessaire au sacrement de l'autel , qu*il nomme sacrifice , duquel sont nourris les chresliens. Autant en ditsainct Chrysostome : « L'enseigne do la croix, B dit-il, nous assiste, lorsque nous sommes B nourris de la tres-saincte viande, et B qu'elle reluit en la sacrée table, eteo la B cène mystique , avec le corps de Jésus- B Christ. » Que pourroil-on dire exprez?

Mais remarquons que S. Chrysostome dit séparément a Que la croix reluit en la table sacrée ; i* et tantost après , « Qu'elle B reluit derechef en la cène mystique avec B le corps de Jesus-Christ ; » car il semble par là qu'il veuille dire que la croix estoit non seulement à l'autel, ou table sacrée, suivant ce qu'il est commandé aux prestres en sa lithurgie , de faire la révérence, se retournant vers Timago de Jesus-Christ, et que S. Paulin récite chap. 4 , d'avoir mis l'image de la croix près l'autel , comme j'ay dit cy-devant; mais encore que l'imagp et figure de la croix cstoit empreinte en la tres-sacréo viande de l'Eucharistie. Aussi es préparatoires do la lithurgie , ou messe de S. Chrysostome , traduit par Léo Tuscus , le diacre doit avec une lancette Idire le signe de la croix sur le pain à consacrer; et quand ce vient à la célébration , il est ordonné que l'on mette les pains aur l'an*

Page 1