CHAPITRE XI
L'image de la croix est de grande verti.
Encore deplaist-il au traitteur qae nooi appellions la croix : Remède salutaire. Lm anciens l'ont ainsi appellée, et Dieapv mille expériences en a rendu tesmoignage, non seulement à l'égard de la croix, qui apparut à Constantin , où estoient escritei ces parolles : « Surmonte par cecy ; » mais Nostre-Seigneur luy commanda qu'il fist faire une pareille croix, pour s'en servir comme d'une deffense en bataille ; dont il fit dresser son labare richement esmaillé, en cette forme-là, duquel il se servoit comme d'un rempart, contre tout l'eftort de ses ennemis, et sur ce patron fit faire plusieurs autres croix qu'il faisoit tousjours porter en leste de son armée.
Entre autres en la bataille qu'il gagna sur Maxence , il reconnut que Dieu l'avoit tres-favorablement assisté , par l'enseigne de la croix ; car estant de retour d'icelle, après qu'il eust rendu grâces à Dieu, il it poser des escriteaux etcolomnes en divers endroicts , esquels il dcclaroit à un chacun la force et vertu du signe salutaire de la croix , et particulièrement il fît dresser an fin milieu d'une principale place de Rome sa statue, tenant en main une grande c-roix, et fit inciser en charactcres qui ne se ponvoient effacer cette inscription latine : Hoc salutari signo verœ fortiiudinig indide civitalem vestram tyrannidie pigo iibe^ ravi y et S. P. Q. R. in liberialem t«ndicane prislinœ amplitudini et eplendori restituiy c'est-à-dire : a J'ay délivré vostre » cité du joug de tyrannie par cet esteosdart salutaire, marque de vraye force, » et ay restably en son ancienne splendeur
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> et grandear le eenat et peuple romain , 9 Je remettant en liberté. » Ce fut la con-
> feseion qu*il fit de la croix vainqueresse.
Une autre fois combattant contre Liciaius , ayant au front de son armée Testendart de la croix , il mulliplioit tousjoursles trophées de sa victoire ; car par tout où eette enseigne fut veuë , les ennemis pre- Doîenl la fuite , et les vainqueurs les chas- •oient. Ce qu*ayant entendu Tempereur, 8*11 voyoit quelque partie de son armée affoiblie etaliangourie en quelque end roict, il oonunandoit que Ton y logeast cette enseigne salutaire , comme un secours asseuré pour obtenir victoire , par Tayde de laquelle la victoire fut soudainement acquise : d'autant que les forces des combattans , par une certaine vertu divine , estoient beaucoup affermies. Et partant on députa cinquante soldats des plus entendus 8i vaillans, qui accompagnoientordinaireiient Testendart pour le prendre et porter toor à tour.
Un de ces porte-enseignes se trenvant pemny une aspre et forte escarmouche , fut si poltron qu'il abandonna ce sainct drapeau, et le remit à un autre pour se pouvoir sauver des coups : il ne fut pas plutost hors de la meslée , et sauve-garde delà saincte enseigne, que le voilà transpercé d'une javeline au milieu du ventre, dont il meurt sur-le-champ. Au contraire celuy qui prit la croix au lieu de cestuycy, qu'on luy grelast dessus une infinité de dards, ne peust jamais estre offensé, les fleschcs venant toutes à se ramasser et jkher dans Tarbre , ou lance de Testendart. Chose miraculeuse ! qu'en si peu de lieu il y eust si grande quantité de flesebes, et que celuy qui le portoildemeurast dinM sain et sauvé. De-là advient que Lidnius reconnoissant au vray quelle force, combien divine et inexplicable il y avoit au trophée salutaire de la passion de Jesus-Christ, il exhorta ses troupes de n'aller point contre iceluy, ny regarder : d'autant qu'il luy estoit contraire, et avoit beaucoup de vigueur. Ce ne sont pas des contes de quelques vieilles. Constantin asseura Eusebc de tout cecy, et Eusebe l'a depuis escrit, duquel j'ay presque suivy les propres parolles.
De n^esme les Scythes et Sauromates , qui avoient rendu tributaires les empe*
rears précédons , furent réduits sous Tempereur Constantin , qui dressa contre eux cette mesme enseigne triomphante, se confiant en Fayde de son Sauveur, et partant il vouloit que sur les armes l'on gra-» vast le signe du trophée salutaire, et qu'on le portast en teste de son armée. C*est en core un récit d'Eusebe. *
Le roy Osuvald devant que combattre contre les Barbares, dressa une grande croix de bois, et s*estant mis à genoux avec toute son armée , obtient de Dieu la victoire qu'il eut sur-le-champ. Depuis grand nombre de miracles se firent en ce lieu-là , plusieurs mesme venoient prendre de petites bûches du bois de cette croix » lesquelles ils plongeoient dans l'eau , qu'ils faisoient boire aux hommes et animaux malades, et soudain ils estoient guéris. Bothelmus, religieux d'Ângulstade, s'estent brisé et rompu le bras , appliqua sur soy certaine raclure de ce bois, et tout incontinent il fut guery. Bede le vénérable est mon aulheur.
Combien de merveilles furent faictespar l'image du crucifix , en la ville de Berythe, au rapport de S. Âthanase. Après la mort de Julien l'apostat se fit un si grand trembleblement de terre, que la mer sortant de ses propres bornes , il sembloit que Dieu menaçast le monde d'un déluge universel Les citoyens d'Epidaure estonnez de cela accoururent à S. Hilarion, qui pour lors estoit en ce pays-là , et le mirent au rivage , où tout àussi-tost qu'il eust fait trois signes de croix au sable, la mer qui s'estoit si fort enflée, demeura ferme devant luy, et après avoir fait grand bruit se retira petit à petit en elle-mesme. S. Hierosme en est le tesmoin.
Cosroës envoya certains Turcs marquez à Constantinople : l'empereur voyant qu'ils portoient l'image de la croix au front, s'enquit d'eux pourquoy ils portoient ce signe , duquel au reste ils ne tenoienl compte? ils respondirent que jadis en Perse estoit arrivé une grande peste , contre laquelle certains chrestiens , qui estoient parmy eux , leur baillèrent pour remède de faire ce signe-là. C'est Nicephore qui le dit.
Les habitans d'une certaine ville du Japon ayant appris par l'expérience , et par les Portugais qui y estoient , que la croix servoit de grand remède contre les diables,
L'ESTEHDAST M Là SiIlN«TB CMfOL
pas tOQsJourg les diables des corps , et do » l'enseigne d'une mort mavdite : n €ob> TOndroit pas qu'on treuvast eslrange que les minisires n'en chassèrent jamais un seul. Les pères se sont contentez pour 'preuver la vertu de la croix, de tesmoi-
Sier que les diables^ la craignent et en sont urmontez, et cet homme veutqu*infailliblement elle les chasse. El quoy I « (4) Si le ~» corps est tourmenté par le démon, aGn '• que Tesprit du possédé soit sauvé. » (comme par Taposlre) voudriez-vous que Tcxorcisme ou la prière empeschast cet effoct? a (2) Vous errez n*entendant ny les > Ecritures, ny la vertu de Dieu. >
Cc[)ondant Piccard, que vous appelez sainct par mocquerie , Testoit à bon escient, pour le zèle qu*il avoit au service de Dieu : la Sorbonne vous desplaist tousjours; aussi est-ce un arsenal infaillible contre vos académies. El n*est pas vray que les croix de Rome soient plus saincles que les autres, comme vous dites en gaussant; car cUes n*ont point d*autre qualité que celles des autres provinces, ny ne sont le siège do la saincteté plus que les autres. Leur sainctclé, c*est le rapport qu*elles ont à Jesus-Christ , lequel elles représentent, où qu*elles soient. Et ne sont point le siège du pape (duquel sans doute vous aviez envie de parler, ô petit traitteur ! si un peu de honte do sortir ainsi hors de propos ne vous eust retenu pour ce coup), du pape, dis-je, lequel estant appelle saincteté , pour Texcellence de l'office qu'il a au service de Jesus-Christ en TEglise , se tient neantmoins pour bien honoré, d'honorer le seul signe de cette première , absolue, et souveraine saincteté, qui est Jesus-Christ crucifié.