‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 159 sur 356 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

Laeroii a toosjoars esté désirée » et da tesmoigaage d'Aroobe.

La vertu que les anciens ont remarquée en Sa croix , outre la chore et précieuse mémoire de la passion , la leur a rendue cxtresmement désirable, et comme parle S. Chrysostome : c De celle que chacun » avoit en horreur, on en recherche si*ar- » dcmment la Ogure : c'est une eslrange » grâce, personne ne se confond, personne » ne se donne honte, pensant que c'a esté

(1) L cw. 1. 1. . (I) BAT. ntt, tt.

» traire, chacun s'en tient pour mieux paré » que par les couronnes, joyauxetcarqnsDS, » et non seulement elle n'est point fuye, » mais est désirée et aymée, et chacun est

> soigneux d'icelle, et par tout elle respleo- » dit. »

Âdjoustez icy les exhortations que l'aih cien Origene, et S. Ephrem, avec plusieurs autres, font pour recommander Fusage de la croix. «Et partant, dit le premier, le- 9 VOUS joyeux ce signe sur nos espaules, » portons ces estendarts de victoires, les » diables les voyant trembleront. Peignons, » dit le second , ce signe vivifique en nos

> portes: fichons et gravons , dit S. Chry- » sostome, avec grand soin , la croix au de- » dans des maisons, es murailles, es fenes-

> Ires. Pour vray nous adorons la figurede » la croix , la composant de deux bois, • dit en termes exprès le grand Alhanase.

« Si est-ce, dit le petit traitteur, que ces » mots reposez se lisent au huictiesme livre » d'Àmobe , respondant à Tobjection des B payens , qui blasmoient les chresliem, » comme s'ils eussent honoré la croix :

> Nous n'honorons, ny desirons d'avoir B des croix. » Je viens de rencontrer cette mesme objection en Illyricus, au livre 40 du catalogue des tesmoins de la vérité pre. tendue, qui est , ce me semble* le lieu où ce traitteur l'a puisée : mais il ne la coupe pas du tout si courte que cestuy-cy. c Ah » nobe. dit-il , qui vivoit l'an 330, liv. 8, • contre les Gentils, réfutant cette calom- » nie, comme si les chrestiens eussent » adoré les croix , lesquelles ils faisoient » en l'air, afin d'estre reconnus par celle » profession extérieure d'avec les payeos, » respond en cette sorte : Nous nliono- » rons ny desirons les croix, vous voire- » ment qui consacrez des dieux de bois, » comme partie de vos dieux. »

Or je remarque que ces deux livres reformez ont celle contrariété, que ce que le petit traitteur applique aux croix matérielles , le catalogue l'assigne au signe fait en Tair : mais ils n'ont qu'une intention de contredire à l'Eglise. L'un ne veut confesser ce qui est présupposé en l'objection des payens; à sçavoir, que les chestieas eussent si anciennement des croix en matière subsistante : et l'autre le confessant, Teut monstrer par là qu'il ne les faut poial

UYRB n , CHAPITRE XII.

honorer. Mais pour venir à mon propos , firenons, je vous prie, raison en payement. Est-il raisonnable que ce traitteur, qui à (dusieurs passages de S. Augustin ne rcsr pond autre chose, sinon que les livres alléguez ne sont pas de S. Augustin , sans autre raison, sinon qu*Erasme et les docteurs de Louvain l'ont ainsi jugé? est-il raisonnable, dis-je , qu*il soit receu à produire un huictiesme livre d'Arnobe contre les Gentils , puisque c*est chose asseurée qu*Arnobe n*en a escritque sept? Peut-es» tre que le traitteur ne sçavoit pas cecy : mais un homme si aigre et chagrin à censurer les autres ne peut estre excusé par rignorance , laquelle ne sert qu*aux humbles. Voicy lesparolles de S. Hierosme, qui eetoit tout voisin d'Arnobe : c Arnobe, dit- B il, a basty sept livres contre les Gentils, » et autant son disciple Lactance. > Si j*estois autant indigent do droict et de raison que le traitteur, je m*arresterois là , sans apporter autre response.

Mais je dy en second lieu que quand ce huictiesme livre seroitd'Arnobe, si ne faudroit-il pas Tentendre si cruëment, et dire que les chrestiens de ce temps-là ne désirassent ny honorassent les croix en aucune façon. Ma raison est claire : on ne gçauroit nier , qu'environ le temps d'Arnobe , les chrestiens dressoient , honoroient et desiroient les croix. « Arnobe , » dit Uliricus , vivoit environ Tan 330. » Environ ce temps-là vivoit Constantin-Ie- Grand , S. Alhanase , S. Antoine , S. Hilarion, Lactance, Firmien. Un peu auparavant vivoient Origene , Tertullien , Justin le martyr : un peu après S. Chrysoslome , S. Hierosme, S. Augustin, S. Ambroise, S. Ephrem.

Constantin fait dresser des croix pour le rendre agréable aux chrestiens, et les rend adorables à ses soldats. S. Athanase proteste que les chrestiens adorent la croix, et que c'est un preignant remède contre les diables. S. Hilarion l'employé contre les desbordemens de la mer. Lactance, disciple d'Arnobe, fait un chapitre tout entier de la vertu do la croix. Origene exhorte qu'on s'arme de la saincte croix. Tertullien confesse que les chrestiens sonl reli(;icux de la croix : autimt en fait Justin le oiartyr ; S. Chrysostomc en parle comme Boua avons veu, et S. Ephrem aussi . S. Am-

broise aaseure qu'en ce signe de Jésus- Christ gist le bonheur et prospérité de toutes nos affaires. S. Hierosme loue Paula prosternée devant la croix S. Augustin tesmoignc que cette croix est employée en tout ce qui concerne nostre salut.

N*ay-je pas donc raison de dire ce que S. Augustin dit à Julien , qui alleguoit S. Chrysostome contre la croyance des catholiques : Hane, dit-il, ista verba saneti Joannis episcopi, tanquam é conirariOf tôt taliumqueêenlentiU coHegaruniejtUf opponere, cumque ab illorum eoneordiêiimâ societate sejungere, et ei$ adoena» rium conttilusre? Sera-t'il donc dit, petit traitteurl qu'il faille opposer ces paroiles d*Arnobe comme contraires à tant et de telles sentences de ses collègues , et le séparer de leur tres-accordante compagnie, et le leur constituer ennem y et adversaire? Pour vray, si Arnobe vouloit que la croix ne fust aucunement ny désirée ny honorée, il desmentiroit tous les autres; si au contraire les autres pères vouloient que la croix fust désirée et honorée de toute sorte d'honneur, et en toute façon , ils desmentiroient Arnobe, ou l'autheur du livre que le traitteur luy attribue. Ne les mettons en ces dissentions : baillons à leur dire un sens commode, par lequel ils ne s'offensent point les uns les autres, accommodons-iee ensemble, s'il se peut faire, et demeurons avec eux. C'est la vraye règle de bien lire les anciens.

La croix donc a esté honorée et désirée, cela ne peut se nier absolument , nous en avons trop de tesmoignages, il le faut seulement bien entendre : elle a certes esté honorée, non d*un honneur civil , car elle n'a point d'excellence civile qui le mérite; ny d'un honneur religieux absolu et supresme, car elle n'a point d'excellence absolu(< et supresme; mais d'un honneur religieux , subalterne, moyen , et relatif, comme son excellence est vrayement relir gieuse, mais dépendante, et pui>éedu rap* port , appartenance et proportion qu'elle a au crucifix. .

Au rebours la croix n'a pas esté désirée ny honorée comme une divinité, ou comme les idoles. Ce qui n'est point contraire à ce qu'ont dit les anciens. Les Gentils dune qui voyoient la croix estre en bonneuc parmy I les chrestiens, croyoient qu'elle fust tenuij

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pour Dieu , copime leurs idoles, et le reprochoîent aux chrestiens. Ârnobe visant à IMntention des accusateurs, plus qu'à leurs parolles , nie tout-à-fait leur dire : « Nous ne desirons pas, dit-il , les croix , » ny ne les honorons : » cela ne s'entend en la sorte et qualité que vous pensez , ny •elon le sens de vostre accusation. Il arrive souvent de respondre plus à Tintcntion qu*aux parolles. Et c'est la raison de bailler plutost tout autre sens à la parolle d'un homme de bien , que de luy bailler bux et menteur, tel que seroit celuy d*Ar* Robe , s'il contredisoit au reste des autbeurs anciens.

Si ne veux-je pas laisser à dire quel est â'autheur de ce huictiesme livre que le Iraitteur a cité , qui est certes digne de respect ; car c'est Minutius Félix , ndvocat romain, lequel en cet endroict imite voira mesme presque es parolles Tertullien , el Justin le martyr ne se contentant pas d'avoir respondu que les chrestiens n*adaroient ny netlesiroient les croix à la façon qu'en tendoient les payons : mais par après il fait deux choses; Tune c'est qu'il rejette l'accusation des Gentils sur eux-mesmes , monstrant que leurs estendarts n'estoieni autres que des croix dorées et enrichie^!, leurs trophées de victoire non seulement estoient de simples croix , mais represenlolenten certaine façon un homme crucifié. Signa ipêa 9t cantabra , et vexilla eastrorum , fuid aliud quàm auratm ffruce$ iunt et omatœ't Trophœa vesiravietriçia , non tantum iimplicis eruciê facîemy «enim et affUri hownnis imit&ntur.

L'autre chose qu'il fait, c'est de monstrer que le signe de la croix est recommandable, selon la nature mesme, alléguant que les voile» des navires et les jougs estoient faits en forme de croix ; et qui plus •Bi , que l'homme levant les mains au ciel pour prier Dieu, represenloit la mesme croix. Puis conolud en cette sorte : Ita iigno erueiê , aut ratio naturalis inni- Htur^ ûut veêtra religio formatur. Tant •'en Haut donc que Minutins rejette la croix, ou son honneur, sinon comme nous avons dit, qu'au contraire il l'establit plutost. liais le traitteur qui n*a autre soucy que de faire valoir ses conceptions à quelque prix que ee soit, n'a pris qu'une felitê partie du dire de oel aatbeuri

Iti S^n^ÇTR CROIX.

qui lui a semblé propre à son Intention.

Je sçay qu'en peu de parolle» on pouvoit respondre : Que quand Minutins a dit : Cruees née coHmus, nec opfomm, il entendoit parler des fourches el gibets; mais l'autre response me sembb plus naïTve.

Cependant que nous avons combatta pour Arnobe , et soublenu qu'il n'a pu mesprisé la croix , ftiisons-luy en dire lufmesme son opinion. Arnobe donc luymosme sur le psoaume octante-cinq , interprétant ces parolles (♦) : Fac meam signum in bonum ; il introduisit les apostres, parlant ainsi : a Car iceluy Seigneur » ressuscitant et montant au ciel, noui » autres ses âpostres et disciples aurons » le sij»ne de sa croix à bien , avec toos » les ftdelles, si que les ennemis visibles » et invisibles voycnt en nos fronts ton » saînct signe , et soient confondus ; car » en ce signe-là tu nous aydes, et en îce- » luy tu nous consoles , o Seigneur, qui » rognes ôs siècles des siècles. Amen. • Quelqu'un pourrq dire que ces commentaires ne sont pas d'Arnobe le rhetoricien; mais n'aura pas raison de le dire, et c'est assez.

aiAPiTRE xm.

GfiQ^ieii t^n doit priser la eroix par la couparaison d'ioella «veq le serponi d'airain.

L'eschappatoire ordinaire des huguenots de demander quelque passage exprez en l*Escriture, pour recevoir quelque article de créance , semble demeurer encore en main au traitteur; car il me dira : Où est- Il dit qu'il faille honorer les images de Is eroix , et qu'elle aye les vertus que vous luy attribuez? J'ay desjà respondu au commencement du premier livre : mais maintenant je dy, premièrement , qu'on n'est pas obligé de faire voir expre» en l'Escrîture commandement de tout ce que l'on fait. Me sçauroit-on monstrer qu'il ftiilla avoir en honneur et respect les dimanches, et les tenir pour saincts plus que }» jeudy *^ Item , l'Eucharistie , si elle n'est autre chose qu'une simple commémora tion de la passion , comme présupposent les reformez? on trouvera bien qu'il faut s'esprouver soy-mesme , et ne la manger pas indignement : mais qu'il y Eaille «u-

(1) PMl. Lmv» IT.

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