LIVRE n, cflAPinui xm
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nù honneur extérieur, où me le montrera- 'on? Et pourquoy, je vous prie, aara-t'on ilus de crédit à brusier ot briser les croix , 9B appeler idoles et sièges du diable, qa*à BB dresser et honorer, et appeller sninctes, irecieuses, triomphantes? car si cecy n'est «crit , cela l'est encore moins.
Rejetterccque TEglise reçoit, part d'une zcessive insolence. Je trouve en TEscriupe (<) : « Qu'il faut ouyr TEglise (2), qu'elle est colomne et fermeté de vérité (3) , que les portes d'enfer ne prc- Taudront point contre elle : » mais je e trcuve point oA l'Escriture qu'il faille battre ce qu'elle dresse, honnir ce qu'elle onore. Il faut croire aux Escriturcs, ainsi ae TEglisc nous les baille ; il faut croire à Eglise, ainsi que l'Escriture le commande. •Eglise mo dit que j'honore la croix : il n'y huguenot si afBlé qui pcust monstrcr que Escrituro le deffcndc ; mais l'Escriture ni recommande tant l'Eglise, recommando 5SCZ les croix dressées en l'Eglise, et par Eglise.
Je dy avec Nycephoro Constantinopoliaîn : « Qu'il est commandé d'honorer la croix là où il est cominanJé d'honorer Jesus-Christ , d'autant que l'image est inséparable de son patron , n'estant l'imago et le patron qu'une chose, non par ' nature , mais par habitude et rapport, ' et que l'image a communication avec » son patron de nom , d'honneur et d'ado- » ration : non pas à la vérité esgalement, » mais respectivement. »
La verge de Moyse , d'Aaron , l'arche de 'alliance , et mille telles choses , ne furentilles pas tenues pour sainctes et' sacrées , it par conséquent pour honorables. Ce l'esloient toutesfois que figures de la croix, ^urquoy donc no nous sera honorable fmage de la croix? Disons ainsi : N'est-ce las avoir en honneur une chose , de la tedr pour remède salutaire et miraculeux Q nos maux? Mais quel plus grand honleur peut-on faire aux choses que de les ivoir en telle estime , et recourir à elles lour tels eflfects? Or les premiers et plus ffectionnez chresliens a voient cette honoablo croyance de Tombre de S. Pierre (4), leantmoins leur foy est loiiée et ratifiée ler le succez et par l'Escrituce mesme. Et
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cependant t'ombre n'est aulreehoaeqn^ane obêeurité confuse , et tres-imparfaite image et marque du corps , causée , non d'aucune réelle application , mais d'une pure privation de lumière. L'honneur de cette vaine, frivole et légère marque est receu en l'Escriture : combien plus l'honneur des images permanentes et solides , comme est la croix.
Enfin je produis l'honorable rang que le serpent d'airain , figure de la croix , tenoit parmy les Israélites, pour mônstrer qu'autant en est-il deu aux autres images de la croix , qui sont parmy le christianisme. La raison est considérable , comme je vay faire voir par les répliques que j'opposeray à ce qu'en dit le traitteur , lequel avec un grand appareil produit ce mesme serpent d'airain contre nous , afin qu'il nous mordOi en celte sorte:
a Mais ce qui est allégué du deuxiesme B chapitre des Nombres ne doit estro passé » légèrement, car s'il y a exemple qui ra- » butte formellement et fermement l'abus 9 commis touchant la croix , c'est celuy du «serpent d'airain. Iceluyavoit esté basly » par le commandement de Dieu , pourtant » ce n'estoit pas unç idole ; car combien » que par la loy générale Dieu èust défendu 9 de faire image de chose qui fust au ciel ^ » en la terre , ny es eaux sous la terre , si » est-ce que n'estant astreint à sa loy, aîns » estant au-dessus d'icelle , il a pu dispen- » ser : comme de fait il a dispensé luy- » mesme de sa loy , et commandé de faire » ce serpent, qui a esté figure de Icxalta- Dtion de Jesus-Christ eslevé en croix, » comme luy-mesme le tesmoigne en S.
» Jean , chapitres. »
Et peu après : a Or voyons ce qui est » advenu depuis cela, jusques au temps » du bon roy Ezechlas , c'est-à-dire , par » l'espace d'environ sept cent trente-cinq » ans; il n'a point esté parlé de ce serpent » d'airain. Et estant advenu qu'alors la » peuple luy faisoit des encenseracns, c'esb- » à-dire , l'adbroit ; quoy qu'il eust esté » fait par Moyse et eust esté conservé par » l'espace de sept cent trente-cinq ans , » Ezechias le rompit et brusla , dont nous » recueillons du moindre au plus grand , » si les images en gênerai , et spcciaien^eo^. scelles do la croix, ne se font poinf ppf . » l'ordonniance de Dm, ains par outre-
fESTJUfDART DE Là SAINCTB CMDL
» cuidance et deBance des hommes , qui • ont pensé que Dieu ne les voyoit , ny » oyoit , sinon qu'ils eussent telles images
> devant leurs sens ; voire des images in-
> troduites depuis je ne sais combien de » temps, combien doivent-elles estre mises »au loing? De fait, quand les choses de-
> viennent en tel poinct, qu'elles n*ont » peu estre commencées par tel et mesme » poinct , il les faut ester, comme Ezechias 9 a esté le serpent , qui n'a pu estre dressé »au commencement pour eslre encensé, » et à cause de l'abus survenu touchant ice- « luy, il a bien fait de l'ester du tout, car
> ridolastrie n'est pas de ce genre des » choses dont on puisse dire : Corrigez » l'abus, et retenez l'usage, d'autant qu'en » quelque sorte qu'on prenne Tidole , elle » ne vaut rien. » Voilà toute la déduction du traitteur.
Mais, mon Dieu , que d'inepties ! 4 . Vous dites, ô traitteur I que le serpent d'airain a esté fait par le commandement de Dieu , qu'il l'a dit à Moyse ] mjis je dy que les croix se font par le commandement de Dieu , qui le sugjjwp à l'Eglise , et le luy a enseigné par la tradition apostolique. Vous me monslrerez que Dieu a parlé à Moyse: je vous monstreray qu'il enseigne et assiste perpétuellement l'Eglise , en façon qu'elle ne peut errer.
2. Vous dites que le commandement de faire ce serpent d'airain a esté une dispense du commandement prohibitif de faire images. Donc , de faire des images , n*est pas idolastrie , ny les images ne sont pas idoles; car l'idolastrie est mauvaise en toute façon, et est impossible qu'elle puisse estre loisible, d'autant qu'en quelque sorte qu'on prenne l'idole, elle ne vaut rien. Dieu donc n'eust jamais dispensé pour faire ces images , si cela eust esté idolastrie , sinon que Dieu peust dispenser pour estre renié.
3. Vous dites que depuis cela jusques au temps du bon roy Ezechias, c'est-à-dire , par Tespace d'environ sept cent trente-cfnq ans, il n'a point esté parlé de ce serpent d'airain : que n'avez-vous aussi bien remarqué pour vostre ediûcation , que, quoy qu'il n'en soit parlé en l'Escrilure , si ne laissoit-il pas d'estre gardé et conservé précieusement, et qu'ayant esté fait hors ei bien loin de Ja teore de promission , Il
ne fut pas laissé où il fat foil, mais fat transporté avec les autres meubles fiacrezt Item , que n'ayant esté dressé , quant à ce qtie porte le seul texte de l'Escriture.sinoi aûn qu'il fust remède à ceux qui estoient mordus des serpens au désert , il ne laissa pas d*estre soigneusement conservé en la terre de promission parmy le peuple d'Israël , avec une honorable mémoire , l'es» pace d'environ sept cent trente-cinq ans» comme vous le dites.
En bonne foy , faire ce serpent , estoit^ une dispense du commandement prohibitif de ne faire aucune imdge? Vous le dites ainsi : or la joUyssance de dispenser doit estre limitée par le temps et la condition pour laquelle on l'accorde; car la caose estant ostée , il ne reste plus d'effect. Le peuple donc estant arrivé sain et sauf ea la terre de promission , ne pouvoit plus prendre aucun fondement en l'Escriture de garder cette image , puisque la cause de la dispensalion esloit ostée.
Parlant, confessez que cette image demeura honorablement parmy le peuple, sans aucune parolle de Dieu escrite>oo grand espace de temps. Donc , avoir des images hors et outre lEscriture, n'est ny idolastrie , ni superstition.
Et ne soyez pas si effronté de dire que la conservation et garde du serpent d'airaia fust superstition ; car vous accuserez de connivence , lascheté et irreligion les plus saincts cl fervcns serviteurs que Dieu aye eus en Israël : Moyse , Josiié , Gcdeon , Samuel , David , sous l'autborité et règne desquels cette image a esté transportée et conservée tant d'années , outre le temps pour lequel Dieu l'a voit commandé. N'estoit-il pas à leur pouvoir de l'ester , si c'eust esté mal fait de la garder hors l'usage pour lequel elle avoit esté faite? Ces esprits si roides et francs au service de leur maistre eussent-ils dissimulé cette faute ?
Item, que n*avez-vous remarqué que cette image n'eust pas esté conservée si longuement , si on en eust eu quelque con* ception honorable : quelle raison y pouvoil-ilavoirde la retenir , ny pour sa forme, ny pour sa matière? Certes, elle ne pouvoit avoir autre rang que d'un recommandable et sacré mémorial du beneQce receu au désert , ou'd'une saincte représentation d'un mystère futur do l'esaitatioii du FUs
LITRE n, GHAPmiB HT.
de Dieo , qui sont deux usages religieux et hnnorables , mais beaucoup plus propres à l'image de la croix qui sert de remembrance du mystère passé de la crucifixion, et du mystère à advenir du jour du jugement.
Mais que n'avez-vous considéré que celui qui abattit le serpent d'airain estoit eslabii roy sur Israël , et luy appartenoit de foire cette exécution ; et qu'au contraire , les brise-croix de noslre aage ont seditieu- ■ement commencé leur ravage , sans authorité ny pouvoir légitime?
Item » que le peuple faisoit une grande irréligion autour du serpent d'airain : 4 . En oe que Tencens est une offrande propre à Dieu , comme il est aisé à déduire de TEseritiire, et toute l'antiquité Ta noté sur Toffrande fuite par les roys à Nostre-Seigoeur , d'or , d'encens etde myrrhe. « L'en- » cens, disent-ils tous , est à Dieu. » Après que Ton a offert et dédié l'encens à Dieu , on le jette vers le peuple , non pour luy offrir y mais pour luy faire part de la chose nnctifiée. On en jette vers les autels , mais c'est à Dieu , comme à celuy qui est adoré sur Tautel ; on en jette vers les reliques et mémoire des martyrs , mais c'est à Dieu, en actions de grâces de la victoire qu'ils ont obtenue par sa bonté ; on en jette es temples et lieux de prières (4), pour exprimer le désir que Ton a que Toraison des fidèles monte à Dieu , comme l'encens. En quoy un grand personnage de nostre aage a parlé un peu bien rudement , disant que l'encens est offert aux créatures. Ce sont inadvertances qui arrivent quelquefois aux plus grands (2) , Ut sciant gentes qu(H itoi homines $unt
2. En ce qu'anciennement l'encensement estoit tellement conditionné , qu'il falloit qu'il fustoffert par les prostrés et lévites (3), etqu'il fust bruslé sur le feu de l'autel, au seul temple de Hierusalem , où estoit l'autel du parfum destiné à cet usage ; ailleurs il n'estoit pas loisible , comme vous confessez vQus-mesme. Nadad et Abiu (i) se treuverent mal d'avoir fait autrement.
Quelle merveille donc y peut-il avoir si Ezechias voyant ce peuple s'abcstir autour de cette image , et l'honorer d'un honneur
(I) Hatt. n , il ; LevU xti . t il ; Exod. zxx, ▼, T. — C^PmI. IX, il. — (t) Deut. xxxTi,ti 11. Parai. TittiPaal. tttfu, «,«•.—(») Urib I, A.
divin, la dissipa et la mit à néant? il falloit ainsi traitter avec un peuple si prompt à l'idolastrie.
Donc nous concluons au rebours de ce que vous avez fait , petit traitteur 1 Si les sainctes images en gênerai , et spécialement celle do la croix , sont adressées par l'ordonnance de l'Eglise, et par conséquent de Dieu , quoy que vitupérées par l'outrecuidance et défiance des hommes, qui ont estimé que Dieu ne les pouvoit ny voir, ny ouyr ; sinon qu'ils eussent renversé telles images , voire des images receues depuis un temps immemorable, combien doiventelles estre retenues et conservées? Ezechias fil bien d'abattre le serpent d'airain, parce que le peuple idolastroit en iceluy. Moyse, Josué, (jedeon, Samilel et David firent bien de le retenir, pendant que le peuple n'en abusoit pas. Or rE;^lise, ny les catholiques, par son consentement, n'abusa jamais de la croix , ny autres images ; il les faut donc retenir.
Ceux qui nous reprochent lesidolastries ne sont pas des Ezechias , ce sont les raclures du peuple et des monastères , gens passionnez, qui osent accuser d'adultère la Suzanne, que le vray Daniel a mille fois prononcé innocente en la saincte Escriiure. Ny ne faut mettre en compte l'abus qui peut arriver chez quelque particulier, cela ne touche point à la cause publique : il n'est raisonnable d'y a^ir égard au préjudice riu reste. Le moyen do redresser l'usage de la croix ne 'gist pas à la renverser, mais à bien dresser et instruire les peuples.