‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 17 sur 356 · POUR US SECOND DIMANCHE D*APRÊS L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

POUR US SECOND DIMANCHE D*APRÊS L'EPIPHANIE

«MeMMnorafttfiir (4). Mon bien aymé, dit ITpouse au Cantique des cantiques, oi*e8ton faisceau de myrrhe, je leprendray etie mettray au milieu de mes mammelies, c'est-à-dire, au milieu de mon cœur et de mes alléctions ; d'autant que la goutte de cette myrrhe venant à tomber dessus, le fortifiera et aflbrmira dans toutes les oon* tradictions. Ainsi cette divine amante, la trss-sacrée Vierge, prit les paroles de Nostre^eigneur comme un faisceau de myrrhe, qu'elle mit entre ses mammelles, c'est-àdire, au milieu de ses afhours, pour recevoir la goutte qui découloit de cette myrrhe, laquelle raffermit tellement son cœur, qu'entendant cette respçnse, qui aux autres sembloit un refus, elle crut sans aucim doute que Nostre-Seigneur luy accorderoit sa demande , et pour cela elle dit aux ofliciers de ces nopces : Faites tout ce qu'il vous dira : Quodeumque dixerit vo- Mi faeite {%).

Quant à ces paroles, Nandum venii lùra mea : Mon heure n'est pas encore Yeootf, quelques docteurs ont estimé que Mostre^Seîgneur vouloit dire que le vin B'flstoit pas encore failly. D'autres les expliquent en diverses manières, de sorte qu'il y a une grande diversité d'opinions tor ce subject ; mais je ne m'y veux pas vrester, afin de passer à des choses plus utiles pour nostre instruction, et dire qu'il y a des heures ordonnées de la divine pro- Tidence, desquelles dépendent votre con- Tersion et nostre salut. Or il est vray que de toute éternité. Dieu avoit déterminé Ilieure et l'instant de faire ces grands mirades, à sçavoir, celay de l'incarnation, et celuy de donner au monde le premier signe de sa puissance pour la manifestation de sa gloire : mais c'esloit absolument, et non pas en sorte qu'estant prié il ne les pust advancer. C'est pourquoy les docteurs, parlant du mystère de l'Incarnation, disent que Nostre-Dame par ses prières a mérité qu'il fust advancé , ineruit Êcederaiionem (3), ce qui se doit encore entendre de ce premier signe et miracle de Nostre-Seigneur. Je veux dire un exemple, pour me faire mieux entendre. Rebeoca et Isaac desiroient extresmement avoir des enfants ; mais Rcbecca estant stelilf y elle n'en pouvoit naturellement avoir.

Or, cependant Dieu avoit veu et ordonné de toute éternité, que Rebecca concevroit etauroit des enfans ; mais avec cette condition, qu'elle les obtiendroit par ses prières, et si elle n'eust prié avec son mary Isaac, elle n'eust point conceu : voyan; donc qu'ils ne pouvoient avoir d'enfans, ils s'enfermèrent dans une chambre , et prièrent si fervemment, que Dieu entendit leurs prières et les exauça; et Rebecca, nonobstant sa stérilité, conceut et devint grosse de deux jumeaux, Esaii et Jacob. Ainsi les élans et soupirs d'amour de Notre- Dame, comme disent la plupart des SS. Pères, advancerent le temps de l'Incarnation de Nostre Seigneur. Ce n'est pas pour cela qu'il s'incarna devant le temps qu'il avoit preordonné; mais cela veut dire, que de toute éternité il avoit veu que la Ste Vierge le prieroit d'advancer le temps de sa venue au monde ; et que pour l'exaucer, à cause de ses grands mérites, il s'incarneroil plustot qu'il n'eust faict si elle n'eust prié. II en est de mesme de ce premier miracle que Nostre-Seigneur a fait aujourd'huy auz nopces deCana en Galilée : Nondum venithara mea , Mon heure n'est pas encore venue, dit Nostre-Seigneur à sa tressaincte mère ; mais parce que je ne vous puis rien refuser, je l'advanceray pour faire ce que vous me demandez. 11 est donc certain que Dieu avoit veu de toute éternité qu'il radvanceroit, àla faveur des prières do sa saincte mère.

0 ! qu'heureuse fut l'heure en laquelle la divine providence nous voulut départir tant de grâces et tant de biens; ô qu'heureuse sera l'ame qui l'attendra avec patience, rhoure que Dieu a destinée pour luy départir les graces requises à son salut, et qui avec hdélité se préparera pour correspondre à cette béniste heure quand elle arrivera. Certes, ce fut en cette heure ordonnée de la providence divine, que la Samaritaine fut convertie, et c'est de cette beniste heure de laquelle dépend nostre conversion et transmutation spirituelle; c'est pourquoy on doibt avoir un grand soin à s'y bien préparer, afm que Nostre-i Seigneur venant à nous, il nous trouve disposez à correspondre à sa grâce. Voyons maintenant comme Nostre-Seigneur fit ce miracle.

11 v uYOit six cruches de pierre preparées

pour la porifieatioii des Joife» dit l'Bvangeiiste, d'autant ((u'ils se iavoient fréquemment, spécialement quand ils avoient touché quelque chose défendue' par la loy; car ils faisoient force cérémonies extérieures, esquelles ils estoyent grandement exacts, bien qu'ils ne se souciassent guelts de pu« rifier leur intérieur. Nostre-fieigneur donc youiant faire ce grand miracle^ pour don* ner au monde le premier signe de sa puis* senee) il fil remplir ces cruches d'eau, Im^ phtB hydhuê âqua^ ce que les officiers de ces nopotn firent promptement : en quoy ils furent grandement soigneux de faire ce que la 6te Yierge leur avoit dit ; car si-tost que le commandement fut fait, ils les remplirent si pleines, que, cotnmedit le sacré texte> l'eau surnageoit par dessus : Et tmpleverunt eu$ usqne md summum (4)v Après quoy, Nostre-Seigneur dit une parole intérieure que personne n'entendit, et à rinstant celte eau fut changée en de très* bon vin . Cette parole sans doute fût sembla* hle é celle par laquelle il créa toutes choses du néëntet donna l'estreet la vie è l'homme, et par lequeile en ce dernier banquet qu'il fit avec ses disciples, il changea le vin en son sang, instituant le tres-saincl sacrement de rEttcharistie,nous donnant ee vin trescxcellent^ duquel nous sommes nourris peur ta vie éternelle, puisque c'est par la réception du corps et sang de Nostre-Seigneur que nous sont appliquez les mérites de sa mort et passion, et que nos amcs sont substantées^ fortifiées et vivifiées. Gotidiimis ce discours.

Mais avant que de finir, disons encore oe mot d'instruction sur l'Evangile, qui est que nous debvons avoir un grand soin de nous addresser è Nostre-Dame, puisque nous voyons qu'elle a tant de crédit auprès de son divin tils ; et afin qu'elle lui représente nw nécessitez, il nous la faut inviter à nostre festin avec Nostre-Seigneur ; car là où esi la mère et le fils, le vin n*y peut manquer, d'autant qu'elle luy dira infaii-^ libtement : Mon Seigneur et mon file, cette mienne fille vostre servante n'a point de vin \ Mais prenea garde» mes chères âmes, qtml vin c'est que vous lui demandez. 0 o,»rles, je me doute bien que c'est celuy de N'ostne propre consolation : ce que je vous feray entendre par un exemple familier.

i.tjS Mil M.

Vous verrea une femfne qui a «m its lade: il faut employer le ciel et la iértn pour obtenir sa santé, car cet enfant est unique ; c'est en luy auquel elle a mis toutes ses espérances; et quand les re« medes humains n'y peuvent plus nen, elle a recours auxsaincts, afin qu'ils soient set intercesseurs envers Dieu, espérant d'obtenir par leur eiitremise la santé de son fils. C'est bioE faict d'avoir recours aax saincts en nos nécessites ; mais pourquoy demandez- vous tant la santé de ce fils Y Quand il se portera bien vous en ferei vostre idole; il eust donc esté plus utile pour vous , que Nostre-Seigneur voua l'eust esté. Si la Ste Vierge luy eust de« mandé du vin, afin que ceux qui estoyent aux nopces se fussent enyvrez, sans douta il n'eust point faiot ce miracle»

Mais remarquez que si nous voulons que Nostre-Dame demande à son fils, quil change l'eau de nostre tepidité, au vin éô mn fervent amour, il nous faut faire tout ce que Nostre-Seigneur nous dira , ainsi que firent les ofiiciers de ces nopces. Faiotes-le donc fidellemetit, mes chereS ameÉ^ remplissez bien vos cœurs de Peau de pe> nitence, et il vous changera cette eau au vin de son fervent amour. Mais si vous voulez avoir de la ferveur, -entretenez-vous le long du jour en de bonnes pensées, faictes de fréquentes oraisons jaculatoires; et tenez pour règle générale, si vous voulez estre recueillies en vos oraisons, de ne vous pas laisser dissiper le long du jour, et n'employez pas le temps à faire des re* flexions inutiles, tant sur vous, que sur co qui se passe autour de vous, eins occupe»> vous fidellement en la présence de Dieu : et si vous vouiez avoir des lumières pour pouvoir comprendre quelque chose des mystères de la foy, occupez-vous le plus que vous pourrez à les considérer. En somme, mes chères filles, pour conclusion, faites bien ce qui vous a esté enseigné jusques à présent; reposez-vous en la Providence de Dieu, et soyez asseurées qu'il ne manquera jamais de vous donner oe qui vous sera nécessaire pour vostre salut : benisscz-le continuellement en cette vie , et après icelle vous le glorifierez éternellement là haut au ciel avec tous les esprits bien-heureux, où vous conduise lePerê^lt Fils, et le iiaîapet<fispriU àxûMfàk

POUR Là raMncATioif.

SERMON

POtm LE JOUR DE U PURIFICATION DE NOSTRE-DAME.

BitrûêoUm^ «1 Kf fereul mm» Domina. Loc lu

ipr» qao Itt |Mrt éê la purgailon de Maria, selon la loi da Mojfa» Anant

f enfaui Jaaut a« templa poar la presaolar aa Scignaor

plU»iliparléiMI

Dieu ditcmnme il faict, et il faict comme il dit : en quoy il nous monstre qu*il ne ■ous faut pas seulement contenter de bien dire * mais qu'il faut que nous adjoustions les effets conformes à nos paroles ai Dous voulons lu y estre agréable : et tout ainsi qu*cn Dieu , dire et faire B^est qu'une mesme chose , il faut aussi que noslre dire soit faire , et que nostre parole soit incontinent suivie de Tœuvre. Et pour cela les anciens, quand ils vouloient représenter un homme de bien et Tertueui, ils se servoient de la comparai- Km d'une pescbe , sur laquelle ils appliqooienl une feuille de poschor, parce que b pesche a la forme d'un cœur, et sa feuille celle de la langue, pour nous monstrcr que l'homme aage et vertueux a non*seulemcnt une langue pour bien dire; mais que ceste langue estant appliquée sur son cœur, il le parle sinon à mesure que son cœur le veut, c'est à dire, qu'il ne dit que des palolea qui procèdent des affections de son cœur, qui le portent en mesme temps à opérer et mettre en effect ce qu*il dit. C'est ee que nous représentent les quatre animauK que vid Ezechiel (4) , lesquels n'a- Toieot pas seulement des ailes pour voler; Biais au-dessous d*icelles ils avoient des nains pour opérer; pour nous signifier que nous ne nous devons pas contenter d'avoir seulement des ailes pour voler au ciel par de saincts désirs et de bonnes pensées, si avec cela noa«i n'avons des mains pour nous exercer aux bonnes œuvres, aÔn do mettre en practique nos désirs: car c est une chose asseurée que nos bous

(1) EaMk. L

propos, nos resolutions, ny nos paroles, pour sainctes qu'elles puissent estre, ne nous conduiront point au ciel| si elles nd sont accompagnées des effets.

Nostre-Seigneur donc , pour confirmer cette vérité, et nous monstrer qu'il faict ce qu'il dit, vient aujourd'huy au temple» pour y estre offert à Dieu son père, s'assujettissant à l'observance de*la loy qu'il avoit donnée à Moyse, en laquelle il y avoit quantité d'observances particulières, aux» quelles il ne pouvoit estre subject estant le Créateur et le monarque souverain de tou* tes choses. Mais noantmoins, parce qu'il devoit estre mis devant nos yeux comme un divin portrait, auquel nous nous de» viens conformer en toutes choses, autant que la foibicsse de nostre nature le pourroit permettre, il voulut observer la loy qu'il avoit donnée, et s'y assujettir, et sa très -saincte Mère aussi à son exemple, ainsi que nous voyons en l'Evangile de ce jour, qui fuit mention de la présentation de Nostre-Seigneur au temple et de la purification de Nostre-Dame , duquel je tireray trois petites considérations pour noslre instruo tien, que je ne feray que toucher en passant, les laissant après ruminer à vos esprits, pour en faire une bonne et heureuse digestion.

La première considération sera touchant l'exemple que Nostre-Seigneur et la glo* rieuse Vierge nous donnent, d'une profonde et véritable humilité : la seconde sera sur l'obeyssance , qui est entée sur l'humilité ; et en la troisiesme nousapprea* drons une méthode exoeUenle pour hien faire roraiaen.

éi

SERHOll

Or premièrement, quelle plus grande et plus profonde humilité se pourroîtron imaginer que celle que Nostre-Seigneur et Nostre-Dame practiquent en venant au temple ; l*un pour y estre offert comme tous les enfans des hommes pécheurs, et Tautre se venan t purifiercomme les autres femmes? Quant à Nostre-Seigneur, II est très-certain qu'il ne pou voit estre oblige à ce^ cérémonie, veu qu*il estoit la pureté mesme, et qu'elle n'obligeoitque les pécheurs: et quant à Nostre-Dame, quelle nécessité avoit-ellc, ou pouvoit elle avoir de se purifier, puis qu'elle n'estoit, ny ne pouvoit estre soiiillée, ayant esté doiiée d'une pureté et d'une grâce si excellente des l'instant de la conception, que celle des chérubins et séraphins ne luy est nullement comparable , car si bien Dieu les prévint de sa grâce des leur création, pour les empescher de tomber en péché, neantmoins ils ne furent pas confirmez en grâce des cet instant , ains ils le furent seulement par après en vertu du choix qu'ils firent de se servir de cette première grâce, et par la volontaire soubmission de leur franc- arbitre à leur Créateur : Mais Nostre-Dame ne fut pas seulement preveniie de la grâce au mesme instant de sa conception, ains elle fut encore tellement confirmée en icelle, qu'elle n*en oouvoit descheoir. Et neantmoins l'enfant et la mère, nonobstant leur incomparable pureté, se viennent aujourd'huy présenter au temple, comme s'ils eussent esté pécheurs, ainsi que tout le reste des hommes. Oacte d'humilité incomparable ! plus la dignité des personnes qui s'humilient est grande, et plus l'acte d'humilité qu'elles Ibnt est inestimable ; ha ! quelle grandeur de Nostre-Seigneur et de sa tres-saincte mère? 6 que c'est une considération utile et profitable pour les âmes qui veulent tendre à la perfection , que celle de l'humilité que Nostre-Seigneur apractiquée; car il a tellement estimé et chery ceste vertu, qu'il a mieux aymé mourir que d'en laisser la practique, suivant ce qu'il a dit luy-mesme, qu'il n'y a point de plus grand amour, que de mettre sa vie pour la chose aymée : or Nostre-Seigneur a donné sa vie pour rhuroilité , ayant fait en mourant le plus excellent et souverain acte d'humilité qui se puisse jamais imaginer.

Le grand apostre S. Paul nous voulant

faire concevoir en quelque feçon famoar que Nostre-Seigneur portoil à cette verta» dit qu'il s'est humilié jusques d la mort, et à la mort de la croix, Eumiliatiit «emetipêummqueadmortem.mortemautemeru' eis; voulant dire, qu'il ne s'est pas humilié seulement pour un temps, ny en quelque action particulière , ains jusques à la mort, c'est à dire , des l'instant de son incarnation, jusques au dernier instant de sa vie : et pour nous monstrer la grandeur de cette humilité de Nostre-Seigneur, il s'est humilié, dit-il, jusques à la mort, et la mort de la croix, qui estoit la plus ignominieuse, la plus infâme et pleine d'abjection, qui se pust trouver. En quoy nous sommes enseignez qu'il ne nous faut pas contenter de practiquer Thumilité en quelques actions l^rticulieres, ny pour un temps seulement, ains lousjours et en toutes occasions ; et non-seulement jusques à la mort, ains jusques à la mort de la croix , c*est à dire , jusques à l'entière mortification de nousmesmes, humiliant l'amour de nostre propre estime, et l'estime de nostre propre amour ; car il ne se faut pas amuser à la practique d'une certaine apparence d*hu^»*-i milité , de contenance et de paroles, qui ' consiste à dire que nous ne sommes rien que l'imperfection mesme, et à faire quantité de révérences et d'humiliations extérieures , qui ne sont rien moins que l'humilité, laquelle si elle est vraye, nous fait recognoistre et tenir pour le vray néant, qui ne méritons pas de vivre, et nous rend souples, maniables, et soubmis à un chacun, observant par ce moyen ce précepte de Nostre-Seigneur , qui ordonne de renoncer à nous-mesmes, si nous le voulons suivre. Si guis vult post me venire, abne» getsemeiipsum(\).

Il y en a plusieurs qui se trompent grandement en ce subject, pensant que l'humilité (2) ne soit bonne à practiquer que par les novices et commençans; et des qu'ils ont fait quelques progrez en la voye de Dieu, ils se persuadent qu'ils se peuvent bien relascher en cette practique, croyant d'estre desja assez advancez en icelle ; en quoy certes ils s*abusent grandement; car ne voyent-ils pas que Nostre-Seigneur s'est humilié jusques à la mort; c'est à dire, tout le temps de sa vie. 0 que ce divin

(1) s. Httlà., sn. - (K) s^ uo , sou

POUR Lk roaiFICATlON.

de nos âmes savoil bien que son cmn|>le nous estoit nécessaire, d*autant que n'ayant nulle nécessité pour lui de s'humilier, il a neantmoins voulu persévérer en cette practique depuis sa naissance JQsqnes à sa mort, aûn de nous inciter à embrasser cette vertu. 0 que la persevcnmœ est nécessaire en ce subject ! car combien en a-t^n veu qui avoient bien commencé en te practique de i*humilité , lesquels Haute de persévérance , se sont perdus : c'est pourquoy Nostre- Seigneur n*a pas dit, celuy qui commencera, ains celuy qui persévérera , sera sauvé. Qui persevefweerii usque in finem , hic salvus erit. Qu'est-ce qui a fait pécher les anges, sinon le défaut d'humilité : car si bien leur péché fut une desobeyssance , pour prendre toutes choses en leur origine, toutefois ce fut l'orgueil qui les fit desobeyr à Dieu ? Hé ! ne voyons-nous pas que ce misérable Lucifer commença à se mirer et contempler luy-mesme, et puis il passa de là à s'admirer et complaire en sa beauté, ensuite de quoy il dit ces paroles : Je monteray au Ciel, et seray semblable au Très- Haut, In cœlum ascendam, similis ero Al- Ussimo (I); et se secoua ainsi le joug de la laincte soubmission et obeyssance qu'il debvoit à son Créateur. Il avoit bien raison de considérer son excellente nature ; mais non pas pour s'y complaire et en tirer de la vanité ; non, ce n'est point mal faict de le considérer soy-mesme pour glorifier Dieu et le remercier des dons qu'il nous a faicts , pourvu que nous ne passions pas à k vanité et complaisance de nous-mesmes. Cette parole des philosophes payons, CoU" nm-toy toy-meime^ a esté fort approuvée et bien receuë des anciens Pères ; car c'est conune s'ils eussent voulu dire, connois l'excellence et noblesse de ton ame , afin de ne la point avilir, mespriser , ny faire diose aucune qui soit indigne de sa grandeur. Mais prenons garde neantmoins de demeurer tousjours dans les termes de l'humilité , et d'une saincte et amoureuse recognoissance envers Dieu, de qui nous dépendons, et qui nous a faicts ce que nous sommes.

Nos premiers parens et tous les autres qui ont péché, ont esté presque tous portez à ce faire par l'orgueil , c'est pourquoy

Nostre-Seigneur, comme un sage et amoureux médecin de nos âmes, prend le mal en sa racine ; et au lieu de l'orgueil, il vient premièrement planter au monde la tres-bellc et utile plante de la saincte humilité, vertu qui est d'autant plus nécessaire, que son vice contraire est gênerai parmy les hommes.

Nous avons veu comme entre les anges l'orgueil s'y trouve, et que le défaut d'humilité lésa fait perdre pour jamais; et entre les hommes, ne voyons-nous pas comme plusieurs ayant bien commencé, faute do persévérance en cette vertu, ont esté perdus misérablement? Que ne fit pas le roy Saiil au commencement de son règne?

l'Escriture dit qu'il estoit en l'innocence d'un enfant d'un an, FtVtttJuniiM annierat Saul.cum regnare cœpisset '.2), et cependant il se pervertit do telle sorte par son orgueil, qu'il fut reprouvé de Dieu, selon la plus commune opinion des Pères. Et Ju • das, quelle humilité ne tesmoigna-t-il pas vivant en la compagnie de Nostre-Seigneur? et cependant, voyez quel orgueil il avoit en mourant, ne se voulant point humilier, ny faire les actes de pénitence pour lesquels l'humilité est si nécessaire, ce qui fut cause qu'il désespéra d'obtenir pardon et miséricorde; orgueil certes insupportable , de ne vouloir pas s'humilier devant la divine Miséricorde, de laquelle nous debvons attendre tout nostre bonheur. Enfin l'orgueil est un mal si commun entre les hommes, qu'on ne leur peut jamais assez prescher et inculquer la nécessité qu'ils ont de persévérer en humilité. C'est pourquoy Nostre-Seigneur et Nostre- Dame, pour nous montrer l'estime que nous debvons faire de ceste vertu, viennent aujourd'huy au temple prendre la marque de pécheurs, en s'assujettissant à la foy, qui n'estoit point faicte ny pour l'un ny pour l'autre; humilité tres-admirable pour Nostre-Seigneur et sa tressaincte mère, de s'abaisser ainsi. 0 Dieu 1 ce n'est pas grand chose de nous voir abaisser et humilier, nous autres qui no méritons qu'abaissement et anéantissement; mais Nostre-Seigneur et Nostre-Dame, qui sont d'une grandeur incomparable, leur humiliation estoit d'un prix inestimable; et des qu'ils se furent une fois humiliez^

SERlOll

Ils peisevêrcrent tout te temps de leur vie, et ne se voulurent plus relever ; c'est pour-

Suoy le grand apostre, parlant de rhumi té de Nostre-Scigneur, dit qu'il s*humilia Jvsques à la mort, et la mort de la croix , Bumiliavit semetipsum uêque ad tnor^ iem,,mortem autem erucis (4). Mais nous autres, misérables créatures, qui ne faisons que ramper, et nous traîner sur la terre, des aussi-tost que nous nous sommes abaissez ou humiliez en quelque légère occasion, nous ne pouvons persévérer, ains BOUS nous relevons incontinent, et recherchcns d'estre estimez quelque chose de bon ; et bien que nous soyons rimperfec^ lion mesme, nous voulons neantmoins estre estimez samcts et parfaicts, et cependant nous voyons Nostre-Dame qui ne peut pécher; et laquelle nonobstant son exiresme pureté, veut bien estre estimée pécheresse.

Considérez, Je vous prie, une fille d*Eve, combien elle est ambitieuse d'honneur et d'estime? et si bien cernai est gênerai entre les hommes, neantmoins il semble que ce sexe y soit plus enclin. Or Nostrc Damo et glorieuse Maistresse n'estoit nullement fille d'Eve selon l'esprit, ains seulement selon le sang; c'est pourquoy elle fut tous- Jours exlresmement humble et rabbaissée, ce qui fut la cause de son bonheur, ainsi

Qu'elle témoigne elle-mesme en son sacré antique, disant : que toutes les nations la prescheroient bien -heureuse, parce que Dieu avoit regardé son humilité : Quia respexit humilitatem ancillœ suœ ; ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes

fjenerationes f^}. Je sçay bien qu'elle vouoit dire que Dieu avoit regardé sa petitesse ; mais c'est en cela mesmo que nous reconnoissons davantage sa profonde et ^incère humilité : ecoutez-la, de grâce, et voyez comme elle se mes-estima tousjours, mais principalement quand l'ange lui annonça qu'elle devoit estre mère de Dieu, Scce ancilla Domini (3). Je suis la servante du Seigneur, luy respondit - elle. Donc pour conclusion de ce premier poinct, nous sommes enseignez par nostre divin Mai.'^tre et nostre glorieuse Maistresse, de l'estime que nous debvons faire de la tres-saincte humilité, comme estant la base de toutes les vertus, et le fgnde-

(1) fhOiWh n. — (t) «. Ut., I. — (Q IHdnu

ment de l'édifice de la perfection^ lequei ne peut subsister ni s'elovej^ que par la

Sraclique d'une profonde, sincère et vert- Me recognoîssance de nostre petitesse et imbécillité, qui nous porte à un vray anéantissement de nous-mesmes.

Passons à la seconde considération, et voyons comme Nostre Sauveur et sa très» beniste mère, ont tousjours accompagné leur humilité d'une parfaicte obeyssance, qui a eu tant de pouvoir sur l'un et sur l'autre, que Nostre-Seigneuramieux aymé mourir de la mort de la croix que de manquer d'obeyr, Faclus obediens usque ai mortem^ morletn autem (^rucf«, Jesus- Christ a esté fait obcyssant jusque» à la mort de la croix , dit le grand apostre ; et quant à Nostre-Dame, quel acte signalé d'obeyssanca ne fit-elle pas à Theure mesme de la mort de son divin Fils, qui estoit tout son amour ; car elle ne résista aucunement, nonobstant qu'elle fust transpercée du glaive do douleur, ains demeura tousjours ferme et constante aux pieds de la croix, avec une parfaicte soubmission à la très-saincte volonté du Père Eternel. Certes, ce divin Sauveur ne fit jamais rion que par obeyssance, ainsi qu il disoit luy» mesme, Descendi de ccelo, von ut faciam voluntatem meam^ sed voluntalem eju$ qui misit me. Je sufs descendu du ciel, non pour faire ma volonté, ains pour faire celle de celui qui m'a envoyé. En quoy il nous monstre qu'il regardoit tousjours en toutes choses la volonté de son pcre celeste, pour la suivre. Et quant à Nostre- : Dame, considérez tout le cours de sa vie, vous n'y trouverez qu'obeyssance ; et elle a tousjours fait une telle estime de cette vertu, que si bien elle avoil fait vœu de virginité, neantmoins pour obeyr elle se soubmit au commandement qui lui fut faict de se marier, et persévéra tousjours I en la practique d'icelle, amsi que nous I voyons aujourd'huy, venant au temple I pour observer la loy de la purification, à ' laquelle elle n'avoit nulle obligation : et I cette obeyssance estant purement volon- ; taire, elle en estoit d'autant plus excel- • lente, parce que cela procedoitde l'amour qu'elle portoit à celte vertu, qu'elle avoit entée comme un divin grefie sur la tronc sacré de sa tres-saincte humilité, aussi n'en a-t-elie point recommandé d'autre

POUR LA PUMPIGATIOIf.

tu h&am&B ^ eetle obeyesanee; eaf 11 se 86 trouve point en l'Evangile qu'elle leur ail parlé, sinon aui nopees de Cana en Galilée, qu'elle dit : Faites tout ce que mon fils vous dira : Quodeumque dixerit 9obU facitêy preschant ainsi I observance de la tres-saincte obeyssance, qui est une vertu inséparable de l'humilité, d'autant que c'est rhumilité qui fait que nous nous floubmettons à obeyr.

Or No6tre4)ame et très - sacrée maistresse ne craignoit pas la desobeyssance, parce qu'elle n'estoit nullement obligée d'obeyr à la loy, ains qu'elle en craignoit seulement l'ombre, à cause que si elle ne ftist pas venue au temple pour offrir son Fils Nostre-Seigneur, et pour se purifier, Ton euat pu trouver des personnes qui ODsseni voulu foire enqueste de sa vie, pour sçavoir pourquoy elle ne faisoit pas comme les autres femmes. C'est pourquoy elle vient aujourd'buy au temple, pour lever tout ombrage aux hommes , et leur ester toute sorte de soupçon , afin de nous monstrer que nous ne nous devons }>as iontentep d'éviter seulement le péché, ains qœ nous devons mesme en éviter Tombre, M nous contentant pas de la résolution que nous avons prise de ne pas commettre tel ou tel péché, mais aussi que nous defons éviter les occasions qui nous pour* raient servir de tentation pour nous y feire tomber. Ce qui nous apprend aussi ie ne nous pas contenter du témoignage de noâtre bonne conscience, mais que nous devons avoir soin d'ester toute occasion NX autres de se mal édifier de nous et de DOS deportemens ; ce que Je dis pour certaines personnes, lesquelles estant résolues de ne point commettre quelque poché, ' ne se soucient pas de rendre témoignage ({D'elles le commettroient volontiers si elles ' OBoient.

0 combien cet exemple que nous don- ' Bentaujourd'huyNostre-Seigneur et Nostre-Dame, de la tres-saincte obeyssance, BOUS debvroit inciter à nous soubmeltre absolument et sans reserve à l'observation des choses qui non seulement nous sont eummandées, mais encore de celles qui BOUS sont conseillées, afin de nous rendre touBjours plus agréables à la divine bonté. Hoo Dieu, estrce si grande chose de nous vcÉr iodi)fflettre à obeyr, nous autres qui

sommes nei pour eelaf puisque le roi 8U^ presme, à qui toutes choses doivent estra subjectes, s'est bien voulu assujettir à !'•beys»sance?

Apprenons donc de eet exemple, que nous donnent aujourd'buy nostre Sauveur et la glorieuse Vierge, à nous rendre sou<« pies, maniables et faciles à tourner à toute main, non pour un temps ny pour certains actes particuliers, ains pour iousjours, c'est à dire jusques à la mort.

Voyons en troisiesme lieu , comroeit nous pouvons remarquer en l'Evangile de ce jour une excellente manière de bien faire l'oraison. Plusieurs se trompent gran» dément, croyant qu'il faille tant de metlio» des pour cela ; et l'on en void souvent qui se mettent en peine, et qui sont dans ua grand empressement , pour rechercher un certain art qu'il leur semble qu'il faut sça* voir pour le bien faire, et ne cessent jamais de subtiliser autour de leur oraison pour voir comment ils la font, et quelques-uns pensent qu'il ne se faut tourner ny remuer, de crainte que Tesprit de Dieu ne se retire, comme si l'esprit de Dieu estoit si delioat qu'il dépendit de la metliode et de la conte* nance de ceux qui font l'oraison. Or je ne dis pas 4U*il ne se faille servfirdos methe^ des qui sont marquées, mais il ne faut pas s*y attacher, et les affectionner tellement que nous debvions mettre toute nostre confiance en icelles ; comme ceux qui pensent 'que pourveu qu'ils fassent tousjours bien les considérations devant les afieetions, tout va bien. Ce n'est pas qu'il ne soit bon xle faire des considérations, et suivre les règles qui sont données pour faire l'o* raison : mais je dis qu'il ne se faut pas attacher en telle sorte à une metliode, que nous pensions que tout nostre bien en de* pende.

Or nous devons sçavoir qu'il n'y a qu'une seule chose nécessaire pour bien faire loraison, qui est d'avoir Nostre-Seigneur entre nos bras, comme S. Simeon ; c'est à dire , entre nos affections ; et cela estant, nostre oraison sera tousjours bien feite, en quelque façon que nous la fassions : mais sans cetlo condition, jamais elle ne pourra estre receuë de Dieu : Nemo venit ad patrem nm per me (4), nul ne peut aller a mon pcre que par moy, dit

(1) s. Jmo, If.

SERMON

Kostre-Seignenr. L'oraison, disent les docteurs, n*est autre chose que I*eIevatioD de notaire esprit en Dieu , Oratio est mentis ad Deum aseensvsih), élévation que nous ne pouvons nullement faire de nou8-mes-« mes ; mais ayant noslre Sauveur entre nos bras , tout nous sera rendu facile . Et pour preuve de cecy , considérez , je vous prie , mes chères âmes, ce sainct homme Simeon , et voyez comme il faict bien Porai- 8on, ayant Noslre-Seigneur entre ses bras : Nuncdimittis servutntuum, Domine, êecundum verbum luum in pace : quia tiderunt oeuli mei salutare tuum (2).

Laissez , dit-il , maintenant allei^ vostre serviteur en paix, puisqull a veu son salutaire, et son Se gneur. Certes, ce seroit un extresme abus de vouloir exclurre Nostre- Seigneur Jésus-Christ de nostre oraison , et de la penser bien faire sans son assistance, puisque c*est une chose indubitable que nous ne pouvonsestre agreablesau Père Eternel, sinon en tant qu*il nous regarde à travers de son Fils nostre Sauveur; et non seulement les hommes, mais encore les anges ; car si bien il n*est pas leur Rédempteur, il est neantmoins leur Sauveur; et les anges ont esté justifiez et confirmez en grâce parluy ; car il la leur a méritée, suivant ce qui est dict dans TApocalypse (3)« Et comme il arrive quand on regarde à travers d*un verre rouge ou violet , tout ce qu'on voit paroist aux yeux demesme couleur ; ainsi le Perc Eternel nous regardant à travers de la beauté et bonté de son sacré Fils, il nous trouvera beaux et bons selon qu*il nous désire ; mais sans cet artifice, nous ne paroistrons à ses yeux que la laideur et dififormilé mesme.

L*oraison, ainsi que disent les pères, n*est qu'une élévation de nostre esprit en Dieu, et si bien en allant à Dieu nous rencontrons les anges et les saincts en nostre chemin, nous n'élevons pas nos esprits à eux pour les y arrester, ni ne leur add ressens pas nos prières, ainsi qu*ont voulu dire meschamment les hérétiques, ains seulement nous les prions de joindre leurs oraisons aux nostres, pour en faire une saincte confusion , afin que par ce sacré mélange, elles soient mieux reçues du Père Eternel, qui les aura tousjours agréables, si nous

(l)S.lMB ItaMM., Ht. d« ta roy ortkod.fCh. sl▼.— (^ s. Lac , u. — (•) ApOO. XII.

menons quant et nous son cher petil Bob» jamin, ainsi que firent lesenfans de Jaoob« quand ils allèrent voir leur frère Joseph en Egypte (4 ) ; car si nous ne le menons quant et nous, nous aurons la mesme punition dont Joseph menaça ses frères, à sçavoir, qu'ils ne verroient plus sa face, et n*auroient rien de luy s'ils ne luy menoient avec eux leur petit frère. Or nostre peti^ frère est ce divin poupon que Nostre-Dame vient anjourd'huy apporter au temple, le remettant elle-mesme, ou par Tentremise de S. Joseph, au bon vieillard S. Simeon : il est neantmoins plus probable que ce fut plustost S. Joseph que Nostre-Dame pour deux raisons. La première est, que les hommes venoicnt offrir leurs enfants, comme y ayant plus de part que les mères : la seconde raison est que les femmes n'estant pas encore purifiées, elles n'osoient approcher de l'autel où se faisoient les offrandes. Mais quoy que c'en soit, il suffit que S. Simeon receut ce tresbeny poupon entre ses bras, ou des mains de Nostre-Dame, ou de S. Joseph. 0 que nous serons heureux, si nous allons an temple disposez pour recevoir cette grâce d'obtenir de Nostre-Dame, ou de son cher espoux S. Joseph , nostre divin Sauveur I car l'ayant entre nos bras nous n'aurons plus rien à désirer, et pourrons bien chanter ce sacré cantique : JVunc dinUttis #«rvumftiiim, Domine, secundum verbum tuum in pace(t): Laissez maintenant aller vostre serviteur en paix, ô mon Dieu, puisque mon ame est pleinement satisfaite, possédant tout ce qui est de plus désirable au ciel et en la terre.

Mais considérons un peu , je vous prie, les conditions qui nous sont nécessaires pour obtenir cette grâce de recevoir et porter Noslre-Seigneur entre nos bras, ainsi que S. Simeon et Anne cette bonne vefve, qui eurent le bonheur de se trouver au temple au mesme temps qu'il y fut apporté. En premier lieu, je remarque que l'Evangeliste dit de S. Simon, qu'il estoit juste et timoré, Et homo iêtejustus et limoratus (3), en plusieurs endroits de TEcriture saincte ; ce mot de timoré nous fait entendre le respect envers Dieu , et les choses qui regardent son service ; en quoy nous remarquons que

(I) G«ii. xLii 61 suii. — (D 8. Lno , u. «■ (I) S. Um, n M; A0I. fui.l.

ROUa lA PURIFICÀTIOlf.

ce bon vieillard estoit plein de révérence t eoTers les choses sacrées. Mais il est dit encore qu'il attendoit la consolation , c*est idire la rédemption d*lsraèl, et que le SaÎDCt-Esprit estoit en luy : Expeclans eonsolatianem Israël et Spirilus Sancfut erat in eo. Ce qui nous représente fort à propos quatre conditions nécessaires pour bien faire Toraison ; dont la première est, que nous devons avoir Nostre-Seigneur entre nos bras, je veux dire entre nos affections comme le bon S. Simeon , ainsi que nous avons dict , d'autant que c'est en cela que consiste la vraye oraison.

Pour la seconde condition, l'Ëvangeliste dit de ce sainct vieillard, qu'il estoit juste, iihomoiêtejustus^ c'est à dire, qu'il avoit parfaitement ajusté sa volonté à celle de Dieu, vivant selon sa tres-saincte loy : de mesme il est certain que nous ne serons jamais capables de bien fairela saincteoraison, si nous n'avons nostre volonté unie et ajustée à celle de Dieu ; et c'est à quoy nous manquons souvent. Par exemple, vous verrei quelquesfois une personne qui va faire l'oraison , demandez-luy pourquoy elle y va? c'est , dira-t-elle , pour demander à IMeu des consolations, et le prier qu'il me délivre de tant de distractions qui m'y importunent sans cesse. Helas 1 vous ne voulez donc pas ajuster vostre volonté à celle de Dieu , qui veut qu'entrant à l'oraison , TOUS soyez résolue de souffrir la peine des distractions, seicheresses et desgousts qui vous y arriveront : demeurant aussi contente que si vous aviez beaucoup de consolation et de tranquillité; puisque c'est une chose certaine, que vostre oraison ne sera pas moins agréable à Dieu , ny utile pour vous, pour*eslre faicte avec plus de difiSculté, pourveu que vous ajustiez tousjours vostre volonté avec celle de sa divine majesté. Et cela estant, vous ferez tousjcurs vos oraisons, et toute autre chose, utilement pour vous, et agréablement aux yeux de Dieu, qui est ce que nous devons désirer.

La troisicsme condition nécessaire pour bien faire l'oraison , est que nous devons ittendre comme le bon S. Simeon , la rédemption d'Israël ; c'est à dire , que nous jevons vivre en l'attente de nostre propre perfection. 0 qu'heureux sont ceux qui vi-

vant en cette attente , ne se lassent point d'attendre : ce que je dis pour plusieurs , lesquels ayant désir de se perfectionner par l'acquisition des vertus , les voudroient avoir tout d'un coup , comme si la perfection ne consistoit qu'à la désirer. 0 certes! ce seroit un grand bien si nous pouvions estre humbles aussi -tost que nous avons désiré de Testre , et que sans autre peino nous poussions nous revestir des vertus aussi facilement que nous ferions d'une robbe : mais cela estant impossible , il faut que nous nous accoustumionsà rechercher nostre perfection en tranquillité de cœur , selon les voyes ordinaires, faisant tout ce que nous pourrons pour acquérir les vertus , par la fidélité que nous aurons à les practiquer chacun selon nostre vocation , demeurant après en attente pour ce qui regarde de parvenir , tost ou tard , au but de nostre prétention , laissant cela à la divine providence, laquelle aura soin de nous consoler au temps qu'elle a destiné de le faire , ainsi qu'elle a fait à S. Simeon ; et quand bien ce ne seroit qu'à l'heure de nostre mort , il nous doit suffire : contentons-nous donc de faire ce qui est en nostre pouvoir, et nous aurons tousjours assez tost ce que nous desirons, pourvu que nous l'ayons quand il plaira à Dieu de nous le donner.

La quatriesme condition requise pour bien faire l'oraison est , qu'il faut estre timoré comme S. Simeon ; c'est à dire, plein de révérence devant Dieu au temps de la saincte oraison. Hé Dieu ! mes chères âmes, en quel respect et révérence ne debvonsnous pas estre en parlant à la divine majesté , puisque les anges qui sont si purs , tremblent en sa présence I mais , direzvous, nous ne pourrons avoir en nos oraisons ce sentiment de sa présence , qui cause une si grande humiliation de toutes les puissances de l'ame , ny cette révérence sensible, qui fait qu'elle se tient basse et humiliée devant Dieu , en la cognoissance de son infinie grandeur , «t de nostre extresme petitesse et indignité : 0 certes 1 il n'est point nécessaire d'avoir ce sentiment, ains il sufiit d'avoir cette révérence en la volonté et partie supérieure de nostre ame. 0 qu'il faisoil bon voir la révérence avec laquelle S. Simeon tenoit Nostre-Seigneur entre ses bras I puis qu*il avoit lacogooiS'

SERMOll

BdBce de la souveraine dignité de eelny qu'il tenoit.

Je remarque de plus, qu'il est dit que le Sainct-Ësprit estoit en S. Simeon , et qu'il faisoit sa demeure en luy , Et Spiriiu$ sanctus erat in êo (1); ce qui fut cause qu'il mérita de voir Nostre-Seigneur, et de le tenir entre ses bras : de mesme , îl faut que nous donnions place en nous au Sainot-Esprit , si nous voulons que Nostre- Dame ou S. Joseph nous donne à tenir et à porter entre nos bras le divin Sauveur de nos âmes , duquel procède , et auquel consiste tout nostre bon-heur, puisque nous ne pouvons avoir accez vers son Père celesie que par son entremise etprsa faveur. Mais que faut-il faire pour oonner place en nous au Sainct-Èsprit? je rcpandray mon esprit sur toute chair , dit Dieu par son prophète Joël , S/funiam Spiritum meum super omnemcamem (2). Le Sainct^Esprit a esté répandu sur toute la terre , dit le sage au premier chapitre de la Sapience , Spiritus Domini replevit orbêm terrarum; mais neantmoins, ainsi qu'il dit au mesme lieu , il n'habite point dans un cœur feint et dissimulé , Spiritus enim sanctus disciplinœ effugiet fiefttm (3). Grand cas 1 que le Sainct-Csprit ne fasse nulle reserve pour n'habiter point en nous , que celle de la feintise , artifice et dissimulation. Or, puisque ce deffaut empesche que ce divin consolateur ne réside dans nos âmes, et ne les comble de ses grâces et faveurs célestes , il faut donc estre simples et sans artifice , ny dissimu-

(I) s. |«i0 , II, ^ (t) loti, u. " (I) Sap. I.

lation, si nous voulons qu'il vienne efl nous , et après luy Nostre-Selgneur ; car le Sainct-Esprit veut estre le fourrier de nostre Sauveur Jesus-Christ ; et comme le Sainçt-Esprit procède de luy ^e toute ete^ nité, entant que Dieu , il semble qu'il lur rend son change , Nostre-Seigneur prooe^ dant de luy en tant qu'homme.

Que nous reste-t'il plus à dire maintçnant, sinon qu'ayant des cette vie périssable et mortelle le Sainct-Esprit en noua, nous tenant en grand respect et révérence devant la divine majesté , attendant avec soubmissîon l'événement de nostre perfeo* tion , ajustant tousjours le mieux qu'il nous sera possible, nostre volonté à cette de Dieu , nous aurons sans doute le bon-henr de porter Nostre-Seigneur entre nos bras , comme le bon S. Simeon , et par le moyeft de cette grâce nous ferons fort bien l'oraison , à'condition toutesfois que nous ayons, au préalable, imité fidellement Nostre-Seigneur et Nostre-Dame en la practiqoe d'une parfaicte obeyssance , qui soit entée sur une profonde , véritable et sincère humilité (ainsi que nous l'avons dict). E( après cela , il ne nous restera plus rien à faire qu'à chanter avec S. Simeon : Nunc dimittis servum tuum , Domine : laisçei; maintenant aller , 6 Seigneur, vostre serviteur en paix , en la jouyssance de la vi^ étemelle , en laquelle sa bonté nous por^ tera éternellement entre ses bras , en cootr'eschange de ce que nous l'aurons porté sur les nostres durant le cours de cette vie mortelle. Ainsi soitril.

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